Les fantômes au fond de tes beaux yeux

Chapitre 39 : La récompense

2939 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/11/2026 11:16

Chapitre 39 : La récompense


Le lundi, je suis replongée dans le journalisme et plus la journée avance, plus je pense à mon enquête de samedi soir. Dès le moment où Kai a attrapé son arme et m’a fait passer par la fenêtre pour fuir un danger, j’ai su que je tenais quelque chose.

Ce qu’il est en train de m’arriver est ce que j’ai attendu toute ma vie : une vraie enquête, du vrai danger, un vrai cœur qui bat dans ma poitrine.

Je sais déjà que mon projet journalistique tournera autour de Kai et de son gang, même si je ne sais pas encore pourquoi ni comment.

Je passe trois longues soirées à me renseigner sur les réseaux de drogues, à envoyer des petits messages à ma panthère par-ci et par-là pour essayer de mieux comprendre le sien et j’achète même un grand tableau blanc comme on trouve dans les commissariats.

Le mercredi soir, mon tableau est rempli à craquer et mon projet journalistique tout trouvé.

Il y a forcément un grand patron qui règne sur tous les hommes impliqués dans le réseau de cette ville. Et si cet homme venait à se faire démasquer, Kai serait libre puisque tout le réseau tomberait comme un château de cartes.

Alors voilà mon projet : Découvrir l’identité de « x », le grand patron, et l’envoyer derrière les barreaux.

Si je menais à bien cette enquête, non seulement je pourrais libérer mon amour, mais je serais aussi assurée d’être diplômée voire engagée dès ma sortie de l’école… en considérant que je sois toujours en vie.

Je ne sais pas dans quel pétrin je me lance encore, mais qu’importe.

Je bascule mon tableau, j’y dépose le drap que j’ai prévu pour le cacher, puis je m’attèle aux quelques devoirs que j’ai à faire en retard.

Je suis interrompue quelques heures plus tard par un appel de ma panthère, plutôt très surprenant puisqu’il ne l’a jamais fait.

-         Kai ? m’inquiète-je en décrochant.

-         « Désolé de t’appeler… mais tu répondais pas et c’est… Je… »

-         Oh je suis désolée, je suis absorbée dans un devoir. Tu voulais savoir si j’étais disponible pour un câlin ? Je pourrai sans doute quand j’aurai terminé mais je ne sais pas à quelle heure ce sera et je me lève tôt…, hésite-je.

-         « Non, en fait… je me demandais si je pouvais venir dormir… ? Je sors du boulot là et j’ai juste besoin d’être vers toi … Je me mettrai dans un coin et je fermerai ma gueule si tu veux travailler, mais j’aimerais vraiment… Oh laisse tomber putain ! Mais qu’est-ce que je te fais chier sans déconner ?! »

-         Kai, calme-toi ! Tu peux évidemment dormir ici ! J’en serais même très heureuse. En revanche, je dois finir ce que je fais, alors tu risques de venir pour me regarder travailler… ça me ferait plaisir mais je ne veux pas non plus te…

-         « J’arrive dans quinze minutes, je passe chez moi prendre un sac. »

Il raccroche et je fronce un peu les sourcils, tout de même inquiète de l’entendre si étrange.

Je suis assise dans mon lit, absorbée dans mon travail, lorsqu’il arrive en entrant comme s’il était chez lui. Je relève le nez de mon écran d’ordinateur pour lui sourire et il m’en offre un en retour, absolument craquant, rempli de bonheur et de soulagement.

Il pose son sac sur une chaise avant de venir jusqu’à moi les mains tendues, alors je me redresse pour lui offrir ma tête, sachant que c’est ce qu’il vient attraper.

Effectivement, il agrippe mes joues pour m’embrasser longuement mais sagement.

-         Pourquoi ta porte n’était-elle pas fermée à clé ? me gronde-t-il gentiment contre mes lèvres. 

-         Oups. Ça va, toi ? Je suis heureuse de te voir !

-         Oh moi aussi…, soupire-t-il simplement en m’embrassant encore une fois.

Il s’assoit ensuite derrière moi en passant ses bras autour de mon ventre, pour appuyer son menton sur mon épaule et regarder mon écran avec moi.

-         Qu’est-ce que tu fais, mon petit bébé… ? demande-t-il avec curiosité.

Je fonds.

J’attrape ses bras qui m’encerclent et je colle ma tête contre la sienne pour le câliner, décidément bien trop heureuse de sa présence.

-         Un travail de recherche… En gros, je fouille internet pour trouver des infos sur un type dont on nous a donné le nom. C’est pour voir si nous arrivons à cerner l’essentiel, à vérifier nos sources et à être synthétiques…

-         Oh d’accord…

Il reste quelques minutes contre moi, sans me déranger ou me déconcentrer, il me câline juste en observant ce que je fais. Il est tellement adorable que je suis déçue lorsqu’il finit par se lever.

-         Je vais aller fumer en bas, annonce-t-il.

-         Mais non. Ouvre la fenêtre et mets-toi là, tu ne me déranges pas. Je te le promets.

J’ai le droit à un long baiser sur le front, puis il se rend à la cuisine pour sortir une bouteille de whisky de son sac et un verre de mes placards. Je ne suis clairement pas sa mère alors je ne commente pas.

Je l’observe simplement ouvrir la fenêtre pour s’assoir sur le rebord avec son paquet de cigarette et son verre.

Mon beau diable… On dirait presque une image sortie d’un magazine de rock, avec le beau rebelle qui boit au bord d’une fenêtre avec nostalgie, une clope fumante à la main, des yeux à vous envoûter, une mâchoire anguleuse… Il ne manquerait plus qu’il soit torse nu et le tableau du mannequin serait parfait… Stop Julia.

*

Je termine mon devoir trente minutes après.

Kai a eu le temps de fumer trois cigarettes et de descendre deux verres, ce qui est intense pour un si petit laps de temps.

Je file donc me mettre à genoux devant lui, pour caresser son front, inquiète. Il me rend mon regard avec douceur, la tête appuyée contre le mur derrière lui, un sourire fatigué sur les lèvres – décidément loin d’avoir l’air au top de sa forme.

-         Ça va ? demande-je doucement.

-         Ce n’est pas dingue…, admet-il.

-         Je vois ça…

Je me penche pour embrasser son front, histoire de prendre sa température.

-         Tu n’as pas de fièvre, je pense, annonce-je.

Ça le fait froncer les sourcils, évidemment.

-         Comment tu le sais ? demande-t-il.

-         Tu n’es pas chaud… Ma mère faisait ça quand j’étais petite. Les lèvres sont très sensibles et bien plus efficaces pour déterminer si ton front est normalement tiède ou chaud de fièvre…

-         Tu viens d’embrasser mon front pour… pour voir si j’avais de la fièvre… ? chuchote-t-il d’une drôle de voix.

-         Oui. Tu ne m’as pas l’air en forme et tu viens de me le confirmer, alors je m’inquiétais.

Il m’observe en souriant faiblement, les yeux brillants d’affection.

-         Je t’aime Julia…, dit-il finalement.

-         Moi aussi…, réponds-je en rougissant légèrement. Dis-moi ce qui ne va pas, je veux t’aider.

Il attrape ma nuque pour m’embrasser gentiment et lorsqu’il me relâche, il avoue enfin.

-         J’ai mal à la tête, vraiment mal à la tête…, chuchote-t-il.

J’observe son verre et sa cigarette, avant de lui lancer un regard sévère :

-         L’alcool et le tabac ne sont en général pas conseillés pour les maux de tête, le réprimande-je.  

-         Ouai… je sais bébé… mais… j’atterris là… Je me détends depuis que j’ai foutu les pieds dans ton appartement. Ça ira bien dans peu de temps je pense, tu ne peux pas imaginer comme ça va déjà mieux.

-         Je ne comprends pas…

Il me lance un regard si triste et torturé que je comprends une seconde avant qu’il ne le dise à voix haute.

-         C’est juste l’addiction qui tape ce soir… Je ne sais pas pourquoi certains jours plus que d’autres… J’en sais rien putain… L’alcool et les clopes m’aident à penser à autre chose…

-         Excuse-moi d’avoir posé la question, c’était évident…

-         Non t’inquiète, c’est rien. Quand ce genre de soirée se déclenche… je suis obligé de me murger jusqu’à m’écrouler dans le coma pour m’éviter de replonger. Ce soir… c’est la première fois que ça m’arrive depuis qu’on se voit. Et bordel, quand j’ai terminé le taff, que j’ai acheté ma bouteille, que j’ai pris la route de chez moi en imaginant la soirée de l’enfer qui s’annonçait… Putain, j’ai pensé à toi et…

Il ouvre de grands yeux émerveillés perdus dans la vague, comme s’il se souvenait de ce moment où il s’est rendu compte qu’il pouvait m’appeler.

Un grand sourire se glisse sur ses lèvres et il me lance finalement un regard joyeux :

-         Je savais que ça passerait ici, bébé… J’étais sûr que tu me guérirais, j’en étais sûr ! Bon, j’ai toujours mal à la tête, mais je ne pense plus à la came depuis que je suis entré. Je ne pense qu’à toi, à nos moments tous les deux et je te regarde bosser sur ton ordi… T’es trop belle quand tu bosses, Julia…, conclut-il.  

Folle amoureuse, je fonds sur ses lèvres pour l’embrasser, rayonnante d’avoir pu l’aider sans même le vouloir. Je savoure ce doux mélange dans lequel je pourrais me noyer, savon, whisky, cigarette… En d’autres mots : mon Kai.

-         Tu sais, ma panthère… L’homme a inventé des petits trucs formidables pour les maux de tête, nommés les dolipranes…, l’embête-je.

Il me lance un drôle de regard mais je vais lui en chercher un et une bouteille d’eau avant de retourner près de lui.

Il fixe le cachet, avant d’afficher un air honteux :

-         Je ne peux pas, bébé… J’évite tous les médocs, tous les anti-douleurs… j’ai peur que ça me fasse péter un câble, que ça me fasse penser à l’héro, que…, panique-t-il à voix basse.

-         Oh mon dieu ! Kai ! Je ne t’aurais jamais proposé un médicament qui contienne le moindre risque ! m’exclame-je.

-         Le moindre risque ? Mais comment tu sais lesquels sont risqués ? demande-t-il en ouvrant des yeux ronds.

-         Je me suis renseignée, admets-je en lui lançant un regard coupable. Quand j’ai su pour l’héroïne, la cocaïne… Je me suis renseignée sur tout ça pour éviter les boulettes… Typiquement te donner le mauvais médicament en pensant bien faire…

-         T’es sérieuse… ? souffle-t-il.

-         Evidemment.

Il attrape mon haut et me tire contre lui, pour poser mon front contre le sien alors qu’il secoue tout doucement la tête :

-         Putain… mais je t’aime Julia…, chuchote-t-il en me gardant contre lui. Je ne comprends pas ce que j’ai fait de bien pour que tu débarques dans ma vie… Qu’est-ce qui m’a donné une récompense pareille… ?

Recevoir autant de mots doux enveloppe mon cœur d’un sentiment si puissant que je souris comme une idiote.

-         Il me semble qu’avoir décroché de tes démons est amplement quelque chose qui méritait une récompense… Tu m’as rencontré un mois et quelques après ton abandon des drogues… Je suis ta récompense, plaisante-je timidement.

Il me recule alors vivement pour vriller ses yeux les plus sérieux dans les miens, les sourcils plus froncés que jamais :

-         Mais c’est ça, putain… Tu as raison… je me demandais comment c’était possible, ce que j’avais bien pu faire pour que tu débarques comme ça et que tu rendes ma vie si belle…

-         J’ai dû me tromper, tu as assurément de la fièvre ! ris-je.

Il rit avec moi et je lui repropose le doliprane.

-         Tu es sûre que… ? s’inquiète-t-il.

-         Certaine, l’héroïne est un opioïde… Tu ne risques rien avec ça, c’est un antalgique qui n’agira pas sur les récepteurs opioïdes de ton cerveau…

-         Je capte rien bébé…, s’excuse-t-il presque.

-         Pour te la faire courte, il faut que tu évites absolument les anti-douleurs qui contiennent des opioïdes comme la morphine ou la codéine, mais tu peux prendre un doliprane. Je te le promets Kai, je ne te dirais pas de le prendre s’il y avait le moindre risque, j’ai tout étudié.

Il m’offre encore un immense sourire avant d’avaler le médicament en toute confiance. 

-         Putain… Non seulement venir ici m’a passé mon manque, mais en plus, je sais maintenant que j’ai le droit aux dolipranes parce que tu es trop intelligente… T’es parfaite, bébé. Pour être honnête, quand je t’ai appelé tout à l’heure, j’étais déjà en route…

-         Vraiment ? ris-je.

-         Ouai… Je t’ai envoyé les messages quand je suis arrivé chez moi. J’ai fait mon sac en attendant ta réponse, mais comme elle venait pas… Je suis parti en me disant que j’allais juste me pointer au cas où… puis j’ai pensé à t’appeler.

-         Petit menteur ! ris-je.

-         J’avais besoin de toi bébé ! Mais je voulais pas passer pour un forceur ! se récrie-t-il en riant.

Nous rions puis je m’installe contre l’autre montant de ma fenêtre pour fumer une cigarette avec lui. 

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