đ Someone called Adam đ
TW : Ceci est un premier essai de fic sur ce fandom đ. Il ne sâagit pas dâune romance avec Elizabeth, et encore moins dâun slash avec Victor ! Câest un fix-it fic sur la relation Victor/Adam qui prend place avant la scĂšne de lâexplosion de la tour Frankenstein. Victor est⊠Et bien il est Victor au dĂ©but, ce gros connard maltraitant, mais il va Ă©voluer, en parallĂšle du personnage dâAdam. Il y sera question de violence physique et psychologique au moins sur les premiers chapitres, aussi nâhĂ©sitez pas Ă Ă©viter cette histoire si cela vous perturbe ! Dernier point, ça se prĂ©sente un peu comme des tranches de vie, la seule vĂ©ritable "action" se passe dans la tĂȘte et dans le coeur des protagonistes...
Prologue : Le feu et lâeau
LâĂ©change avec Elizabeth avait Ă©tĂ© rude.
Cette femme impĂ©tueuse - sa future belle-soeur - le dĂ©testait de toutes les fibres de son coeur inaccessible. Si elle sâĂ©tait montrĂ©e charmĂ©e par sa personne, cela appartenait dĂ©sormais Ă un passĂ© rĂ©solu ! âSeuls les monstres se prennent pour Dieuâ, avait-elle assĂ©nĂ©, avant de lui tourner le dos. Elle avait prĂ©fĂ©rĂ© passer du temps avec la crĂ©ature⊠Ce monstre sous-dĂ©veloppĂ©, cette erreur, ce rat de laboratoire⊠Par jalousie, Victor sâĂ©tait rendu dans le sous-sol de la tour pour observer cette chose, si chĂšre Ă Elizabeth, mais qui ne trouvait grĂące Ă ses yeux de perfectionniste. Il sâĂ©tait alors vengĂ© sur lui et lâavait battu, comme il le faisait souvent. La crĂ©ature avait fini par saisir la tige de fer qui sâabattait sans merci sur lui et lâavait pliĂ©e en deux en hurlant le nom de Victor, sous les yeux Ă©bahis du baron. La frayeur sâĂ©tait alors emparĂ©e de lui et il avait eu une idĂ©e. Une idĂ©e machiavĂ©lique. Il allait brĂ»ler la tour, le laboratoire, la morgue et le sous-sol ! Il se dĂ©barrassait ainsi du cadavre de Harlander, du monstre et de toute trace de ce projet contre-nature. Il recommencerait Ă zĂ©ro.
Tandis quâil avait rĂ©ussi Ă se dĂ©barrasser de son frĂšre et dâElizabeth le lendemain matin, Victor entreprit de mettre en Ćuvre son plan diabolique, mais alors quâil rĂ©pandait du combustible dans la morgue, il sâĂ©tait interrompu⊠Non. Il ne pouvait se rĂ©soudre Ă dĂ©truire le fruit de son dur labeur. Pas plus quâil ne pouvait brĂ»ler vif sa crĂ©ature. Sâil restait une part de bontĂ© dans lâĂąme du baron Frankenstein, elle sâĂ©tait manifestĂ©e Ă cet instant et lâavait empĂȘchĂ© de commettre lâirrĂ©parable. Il mit toutefois le feu Ă la morgue, comme prĂ©vu, considĂ©rant quâun accident de laboratoire constituait le meilleur moyen de se dĂ©barrasser du corps putrĂ©fiĂ© de Harlander⊠Lâodeur de fumĂ©e et le bruit quâavait provoquĂ© lâincendie avait effrayĂ© la crĂ©ature, qui nâavait cessĂ© de hurler le nom de Victor, unique mot de son rĂ©pertoire, au grand dam du scientifique, qui nâavait pas jugĂ© bon dâaller le rassurer, malgrĂ© le ton suppliant de sa voix.
Il nâĂ©tait pas redescendu dans le sous-sol depuis la veille et nâavait pas prĂ©vu dây retourner de sitĂŽt. La crĂ©ature Ă©tait manifestement beaucoup plus forte quâil ne lâavait Ă©valuĂ© et Victor se demandait pourquoi le monstre se laissait maltraiter, alors quâil Ă©tait Ă©vident quâil aurait pĂ» briser ses chaĂźnes et sâenfuir depuis le dĂ©but. Il aurait mĂȘme pu le tuer dix fois⊠Toutefois il ne lâavait pas fait et ne tĂ©moignait dâaucune agressivitĂ© Ă son Ă©gard. Ătait-ce par loyautĂ© ? Par stupiditĂ© ? Parce quâil Ă©prouvait de la gratitude Ă son Ă©gard ? De lâaffection ?
Cette derniÚre idée fit naßtre en Victor Frankenstein un profond sentiment de malaise.
Le feu brĂ»lait toujours dans la morgue, rĂ©duisant Ă nĂ©ant tout ce qui sây trouvait, morceaux de corps disloquĂ©s et cadavre incriminant inclus. Lâincendie faisait rage depuis le matin et, si Victor avait rĂ©ussi Ă circonscrire le feu Ă cette seule partie du bĂątiment, il commençait Ă se demander comment il allait bien pouvoir Ă©teindre ces immenses langues de flammes, qui ne semblaient pas vouloir mourir dâelles-mĂȘmes.
Tandis quâil se tenait dehors, Ă observer le brasier et Ă contempler le ciel menaçant dont le vent attisait les flammes, il entendit la crĂ©ature hurler Ă nouveau, depuis les profondeurs de la tour :
â VICTOOOOR !
â LA FERME ! hurla Frankenstein en retour.
Mais alors quâil sâĂ©tait tournĂ© vers les fenĂȘtres crasseuses, derriĂšre lesquelles il devinait la silhouette du monstre, une micro-explosion retentit dans la morgue et le souffle projeta Victor en arriĂšre, oĂč il sâĂ©crasa contre un poteau dâattache en pierre. Retenant un hurlement, le scientifique examina sa jambe douloureuse. Heureusement pour lui, il nâavait aucune fracture, seules quelques contusions avaient entamĂ© sa chair par endroit et il souffrait dâune belle entorse Ă sa cheville droite. Son dos Ă©galement le faisait souffrir, lĂ oĂč il avait embrassĂ© le granit, mais rien de bien mĂ©chant. En tout cas, rien qui ne lâempĂȘcha de se relever !
Alors quâil commençait Ă sâinquiĂ©ter de ce feu tenace, qui continuait de brĂ»ler mĂȘme sans combustible, le ciel sembla dĂ©cidĂ© Ă lui venir en aide, car une lourde pluie se mit Ă tomber, tandis que le soleil se couchait Ă lâouest, derriĂšre dâĂ©pais nuages. SoulagĂ©, le baron grimpa clopin-clopant les marches de la tour jusquâĂ son laboratoire, tout en haut, et soigna ses blessures. Il se confectionna ensuite un bandage pour maintenir sa cheville fragilisĂ©e et trouva une canne qui traĂźnait lĂ . Peut-ĂȘtre avait-elle appartenu Ă Harlander ? Le baron ne sâen souvenait pas. Quoi quâil en soit, elle ferait lâaffaire ! Elle lâaida Ă se diriger vers son lit, sur lequel il sâĂ©tala de tout son long, satisfait, aprĂšs avoir balancĂ© sa chemise sur le dossier dâune chaise. Demain, il ne resterait de la morgue que des ruines et il nâaurait plus quâĂ envoyer une missive Ă Elizabeth pour lâinformer que son oncle avait pĂ©ri dans une tragique explosion⊠En rĂ©flĂ©chissant Ă son forfait, Victor dĂ©cida dâajouter la crĂ©ature Ă la liste des morts accidentelles, ainsi la jeune femme, tout Ă son chagrin, nâaurait pas lâidĂ©e de revenir lâimportuner. Il demanderait Ă William de faire jouer ses relations pour Ă©viter toute enquĂȘte et le tour serait jouĂ© ! Autant que la fortune de leur dĂ©funt pĂšre serve Ă quelque chose aprĂšs toutâŠ
Apaisé, Victor sombra ensuite dans un profond sommeil, pour la premiÚre fois depuis que sa créature était revenue à la vie.
Il fut rĂ©veillĂ© quelques heures plus tard par le bruit du tonnerre et la lumiĂšre des Ă©clairs. Il remua pĂ©niblement dans son lit et essaya de se rendormir. En vain. Victor, ne cessait de hurler le monstre, au sous-sol. Lâespace dâun instant, le baron regretta de ne pas sâen ĂȘtre tenu Ă son plan dâorigine⊠Lâorage redoublait de violence dehors, zĂ©brant la nuit dâune lumiĂšre inquiĂ©tante. Victor sâassit dâun bond dans son lit en Ă©mergeant de sa torpeur. Il pleuvait Ă torrent depuis des heures maintenant, la riviĂšre voisine Ă©tait peut-ĂȘtre sortie de son lit, inondant le sous-solâŠ
Faisant fi de la douleur lui vrillant la cheville, Victor sâenveloppa de sa robe de chambre et saisit sa canne, avant de quitter sa chambre et de commencer Ă descendre quatre Ă quatre les escaliers.
Son instinct ne lâavait pas trompĂ©, lâeau lui arrivait aux cuisses lorsquâil parvint en bas des marches, dans le hall dâentrĂ©e.
â Victooooooor ! continuait de hurler la crĂ©ature, sa voix se rĂ©percutant de façon lugubre contre les parois voĂ»tĂ©es du sous-sol.
Le baron attrapa la clĂ© de ses chaĂźnes, suspendue Ă un crochet, dans le hall. Dans la cave, le niveau dâeau Ă©tait lĂ©gĂšrement plus bas grĂące Ă lâĂ©norme conduit dâĂ©vacuation des eaux, nĂ©anmoins celui-ci Ă©tait rempli de feuilles mortes qui obstruaient partiellement le canal.
La crĂ©ature Ă©tait juchĂ©e sur la dalle de bĂ©ton qui lui tenait lieu de lit. Il observait avec une inquiĂ©tude manifeste le niveau dâeau lâentourant.
Lorsquâil remarqua le baron, il tira frĂ©nĂ©tiquement sur ses chaĂźnes, en hurlant dâune voix dĂ©chirante :
â VICTOR ! VICTOR !
â Je suis lĂ , finit par rĂ©pondre le baron, en approchant.
Il guetta les rĂ©actions de la crĂ©ature, mais celui-ci se tĂ»t et se contenta de fixer la canne du baron avec crainte. Frankenstein dĂ©bloqua alors les fers du monstre au niveau de la dalle, mais lui laissa les entraves attachĂ©es autour des poignets et de sa cheville. Il ramassa ensuite les lourdes chaĂźnes et les tint dans sa main libre, reprenant sa canne de lâautre.
â Viens avec moi, ordonna-t-il Ă la crĂ©ature, en tirant sur ses chaĂźnes.
Le monstre descendit du socle dâun bond maladroit et suivit le baron en baissant la tĂȘte, manifestement effrayĂ©. Victor peina Ă avancer, la rĂ©sistance de lâeau contre sa cheville douloureuse lui arrachant quelques gĂ©missements jusquâĂ ce quâils regagnent lâimposant escalier. AprĂšs en avoir gravi quelques marches, le baron se stoppa, essoufflĂ©, et observa la crĂ©ature. Immense en taille, le monstre semblait encore Ă©prouver quelques difficultĂ©s Ă maĂźtriser son nouveau corps. Ses gestes Ă©taient saccadĂ©s et maladroits, pour ne pas dire enfantinsâŠ
â Mais quâest-ce que je vais faire de toi ? finit par murmurer Victor, las.
La crĂ©ature, pour sa part, promenait son regard de la canne de Victor Ă sa cheville bandĂ©e. Au bout dâun long moment, il releva ses yeux sombres sur ceux du baron et articula avec peine, de sa voix caverneuse, Ă©raillĂ©e dâavoir tant criĂ© :
â Victor⊠BlessĂ©âŠ
Abasourdi, Frankenstein fronça les sourcils et la crĂ©ature baissa instantanĂ©ment sa tĂȘte, craignant un Ă©ventuel accĂšs de colĂšre du baron.
â Suis-moi, se contenta toutefois de rĂ©pondre Victor, en tirant Ă nouveau sur les chaĂźnes du monstre.
Ils arrivĂšrent bientĂŽt dans le laboratoire, au dernier Ă©tage, et le baron referma la porte derriĂšre lui avec soin. La crĂ©ature observait la piĂšce avec curiositĂ©. Il semblait la reconnaĂźtre, bien que Victor ne l'ait pas ramenĂ© ici depuis des semaines. Du bout de ses longs doigts, il effleura le miroir devant lequel le baron rasait ses cheveux, au dĂ©but, pour vĂ©rifier la bonne cicatrisation de ses sutures. A lâĂ©poque oĂč il se souciait de luiâŠ
Victor le força Ă hĂąter le pas en tirant sur ses chaĂźnes. Lâorage se dĂ©chaĂźnait dehors et la faible lumiĂšre du laboratoire en rendait les ombres inquiĂ©tantes !
Il passa rapidement devant sa chambre et la contourna pour pĂ©nĂ©trer dans la chambre attenante, quâoccupait auparavant Harlander, plus petite, mais toute aussi confortable. LĂ , il hĂ©sita sur la conduite Ă tenir. Le monstre Ă©tait dangereux, il le savait, mais il lui Ă©tait par ailleurs docile et extrĂȘmement soumis. Le baron ne pensait pas sâexposer Ă un rĂ©el danger en sa prĂ©sence, mais il ne voulait courir aucun risque, aussi attacha-t-il les chaĂźnes du monstre aux pieds de lâĂ©norme lit Ă baldaquin. Le meuble ne retiendrait nullement la crĂ©ature sâil souhaitait sâenfuir, mais au moins le bruit de ses chaĂźnes Ă©veillerait le scientifique ! Le lit Ă©tait dĂ©fait, mais il nâĂ©tait pas question dây installer le monstre, quoi quâil en soit. Le tapis suffirait amplement pour cette bĂȘteâŠ
La crĂ©ature lâobserva lâattacher en silence, avant de braquer son regard sur la fenĂȘtre au son du tonnerre.
Il sursauta brusquement et se cacha le visage de ses longues mains :
â Victor, gĂ©mit-il, apeurĂ©.
â Quoi ? Tu as peur du tonnerre ? demanda Victor, stupĂ©fait. Tu es nĂ© grĂące Ă lui ! gronda-t-il, mĂ©content.
â Victor, rĂ©pĂ©ta le monstre, transi de peur.
â Ăa suffit ! le rabroua Frankenstein, en levant sa canne pour le menacer.
La crĂ©ature se recroquevilla Ă ses pieds avant de se balancer dâavant en arriĂšre, comme pour se bercer. Victor chassa cette idĂ©e saugrenue de son esprit, elle lui paraissait aussi obscĂšne que la crĂ©ature elle-mĂȘme !
â Maintenant je vais me coucher ! Ne touche Ă rien et ne tâavises pas de chercher Ă sortir de cette piĂšce, tu mâas compris, monstre ? menaça Frankenstein, en levant Ă nouveau sa canne.
Seul un gĂ©missement Ă©touffĂ© lui rĂ©pondit et Victor passa nerveusement une main dans ses cheveux avant de quitter la chambre en claquant la porte derriĂšre lui. Le bruit effraya la crĂ©ature, qui poussa un nouveau glapissement de terreur, mais Frankenstein lâignora, retournant vers sa chambre dâun pas dĂ©cidĂ©, en faisant claquer sa canne au sol.
Il sâassit ensuite sur son lit, Ă©puisĂ©, et se prit la tĂȘte entre ses mains. Le monstre avait prononcĂ© un nouveau mot. Mieux que cela, il avait remarquĂ© sa blessure et avait trouvĂ© le bon mot pour dĂ©signer son Ă©tat, parmi le vocabulaire quâil avait entendu ici et lĂ , faisant preuve - pour la premiĂšre fois aux yeux du scientifique - dâintelligence.
Peut-ĂȘtre avait-il eu raison de lâĂ©pargner aprĂšs toutâŠ
NDA : Je suis dĂ©solĂ©e đ«ŁâŠ Victor est vraiment un trou du cul dans ce chapitre, mais il va sâamĂ©liorer, je vous le promets ! Le terme âmonstreâ est beaucoup employĂ© pour le moment, mais ça aussi ça va changer đ.