đ Someone called Adam đ
chapitre 2 : Juste un monstre
âChĂšre Elizabeth,
Câest le cĆur lourd (puisque cette peste avait sous-entendu quâil nâen avait pas) que ma plume doit vous apprendre une terrible nouvelle que ma voix ne peut exprimer puisque Dieu (un Dieu nommĂ© Victor) a jugĂ© bon de vous rappeler Ă Vienne pour les affaires de mon cher frĂšre. Peu aprĂšs votre dĂ©part (bien avant Ă vrai dire, mais quâimporte), jâai reçu la visite de votre oncle, qui souhaitait sâenquĂ©rir de lâavancĂ©e de mes travaux (plutĂŽt sâapproprier ma crĂ©ation pour se dĂ©barrasser de son corps syphilitique, mais quâimporte).
En homme moderne, Ă lâesprit aiguisĂ© et ouvert (pas comme sa niĂšce), il a Ă©tĂ© conquis par la rĂ©ussite de mon expĂ©rience ! Mais alors quâil examinait lâampleur des dissections nĂ©cessaires Ă mes travaux dans lâendroit qui me tint lieu de morgue, tout Ă son engouement pour la science (en vĂ©ritĂ©, son engouement semblait sâĂȘtre toute sa vie tournĂ© sur les femmes de petite vertu, mais aprĂšs tout, chacun ses passionsâŠ), le monstre sâest libĂ©rĂ© de ses entraves et nous a retrouvĂ©. Son Ă©tat sauvage, accentuĂ© par sa force dĂ©moniaque et son absence dâhumanitĂ©, lâa fait se jeter sur votre oncle pour lâattaquer violemment (inspiration de derniĂšre minute) !
Dieu me pardonne dâavoir créé une crĂ©ature aussi abjecte, dans laquelle je nâai su insuffler aucune Ăąme⊠à combien vous savez comme jâai toujours estimĂ© Heinrich (surtout son pognon), aussi nâai-je pas hĂ©sitĂ© Ă mâinterposer pour tenter de le sauver. Malheureusement, mon intervention nâa fait que provoquer un terrible incendie ! Un puissant coup portĂ© Ă lâarriĂšre de son crĂąne a accĂ©lĂ©rĂ© le trĂ©pas de votre oncle, tandis que - blessĂ© - je parvenais Ă grand-peine Ă ramper hors de la morgue.
Je vous exprime, ma chĂšre Elizabeth, mes plus sincĂšres condolĂ©ances (imaginaires) face au dĂ©cĂšs de votre oncle, que je nâai pu Ă©viter (sur ce point au moins, il ne mentait pas). JâespĂšre que dans votre deuil, vous trouverez un quelconque rĂ©confort Ă savoir que le monstre a pĂ©ri dans lâincendie. DĂ©pourvu dâintelligence, il nâa pas saisi le danger des flammes et celles-ci ont dĂ©vorĂ© son corps difforme, le renvoyant en Enfer auquel il appartient.
Cette tragĂ©die pĂšsera jusquâĂ mon dernier souffle sur mon Ăąme (tu parles !), aussi ai-je dĂ©cidĂ© de demeurer seul dans cette sinistre tour, en pĂ©nitence de mes pĂ©chĂ©s. SitĂŽt que jâaurai guĂ©ri de mes blessures, soyez assurĂ©e que jâoffrirai aux ossements de votre oncle - mon cher ami - une sĂ©pulture digne de lui (la fosse commune destinĂ©e aux viscĂšres et aux piĂšces de cadavres inutilisables).
JâespĂšre quâun jour vous me pardonnerez ce que je ne saurais me pardonner moi-mĂȘmeâŠ
Victor Frankensteinâ
Cela faisait plus dâun mois maintenant quâil avait envoyĂ© cette lettre Ă Elizabeth, ainsi quâune autre destinĂ©e Ă son frĂšre, bien que nettement plus prosaĂŻque. William lui avait rĂ©pondu rapidement, visiblement satisfait de la façon dont son frĂšre avait habilement maquillĂ© le dĂ©cĂšs dâHarlander, mĂȘme sâil dĂ©plorait que sa fiancĂ©e soit dĂ©vastĂ©e. William lui avait assurĂ© quâil ne serait inquiĂ©tĂ© par aucune investigation, trop soulagĂ© quâil Ă©tait du dĂ©cĂšs de la crĂ©ature pour laquelle il nâavait, du reste, pas demandĂ© plus dâexplications, bien conscient du sang qui souillait les mains de son frĂšre.
Sâil savaitâŠ
Depuis les pluies diluviennes qui s'Ă©taient abattues pendant plusieurs jours suite Ă lâincendie de la morgue, la crĂ©ature - loin dâĂȘtre morte puisque immortelle - partageait le dernier Ă©tage de la tour avec Victor. Le baron sâen Ă©tait montrĂ© fort incommodĂ© au dĂ©part, osant Ă peine passer une tĂȘte par lâembrasure de la porte de la chambre dans laquelle il maintenait le monstre attachĂ© au lit.
Sa compagnie sâavĂ©ra toutefois largement supportable, mĂȘme selon les critĂšres exigeants du baron. La crĂ©ature semblait dĂ©terminĂ©e Ă ne pas attirer lâattention sur elle et se montrait curieusement discrĂšte. Surtout lorsquâelle entendait la canne de Victor rĂ©sonner sur le sol. Le monstre tirait toutefois sur ses chaĂźnes pour observer son crĂ©ateur lorsquâil travaillait, depuis la porte entrouverte de la chambre. Le scientifique, maintenant quâil Ă©tait soulagĂ© par la disparition dâHarlander et la tranquillitĂ© que lui avaient apportĂ©s ses mensonges, Ă©tait moins nerveux et plus enclin Ă vouloir tenter de nouvelles expĂ©riences. Il passait ses journĂ©es Ă dessiner fĂ©brilement des croquis et Ă Ă©crire sur dâinnombrables carnets, tout en mettant de lâordre dans le laboratoire encombrĂ©.
Remarquant lâattitude passive et calme du monstre, il prit un jour le risque de le dĂ©tacher durant la journĂ©e, lâautorisant ainsi Ă dĂ©ambuler dans le laboratoire, comme Ă son premier jour. Il sâen fĂ©licita en remarquant que le monstre ne cherchait ni Ă fuir, ni Ă mettre le bazar. Bien au contraire, mĂȘme sâil avait tendance Ă tourner autour du baron et Ă bousculer certaines affaires de par sa maladresse, il savait Ă©galement se montrer utile, comme le constata rapidement Victor. Le scientifique pouvait, de temps Ă autre, lui confier quelques missions trĂšs simples, comme porter des charges lourdes Ă sa place ou encore dĂ©placer des meubles. Ătrangement, la crĂ©ature prononçait de plus en plus de mots en Ă©coutant les monologues incessants de Victor. Il formulait mĂȘme des associations de mots, squelette de phrases quâil peinait cependant Ă articuler correctement. Pour faire des progrĂšs, il pouvait toutefois compter sur les corrections appliquĂ©es de son crĂ©ateur, qui punissait chaque Ă©chec, mais ne fĂ©licitait aucune rĂ©ussite⊠Chaque nuit, il reconduisait la crĂ©ature jusquâĂ la chambre dâami et entravait sa cheville, la lourde chaĂźne reprĂ©sentant davantage une barriĂšre mentale que physique, car le monstre Ă©tait fort, trĂšs fort.
Tandis que lâautomne sâĂ©teignait doucement, emportant avec lui le poids de ses regrets, le baron boitait toujours autant. Peut-ĂȘtre avait-il sous-estimĂ© sa blessure aprĂšs tout, car sa cheville souffrait de raideurs importantes, lâobligeant Ă marcher avec lâaide de sa canne. Il avait Ă©puisĂ© sa rĂ©serve de bĂ»ches, or le froid mordant sâinfiltrait par tous les interstices de la tour, aggravant ses douleurs, pour lesquelles il consommait de plus en plus dâalcool. Les cheminĂ©es exigeaient du combustible pour rĂ©chauffer le dernier Ă©tage de la tour, aussi Victor, par un matin glacial, se dĂ©cida Ă emmener avec lui la crĂ©ature dans la forĂȘt toute proche. Il avait longuement hĂ©sitĂ© cependant. Se rendre dans le bois nâavait rien de dangereux, mais ajouter une hache dans lâĂ©quation tenait de la folie. Mais Victor nâen manquait pasâŠ
Le monstre, dont le regard expressif tĂ©moignait dâune curiositĂ© mĂȘlĂ©e de crainte, suivit docilement son crĂ©ateur Ă lâorĂ©e de la forĂȘt. Toute la matinĂ©e, il observa Victor couper de jeunes arbres et les traĂźna pour lui jusqu'au pied de la tour sans Ă©prouver aucune fatigue, contrairement au baron, qui suait sous lâeffort et grimaçait de douleur.
â Bois, rĂ©pĂ©tait inlassablement le monstre, en pointant les troncs, Ă©talĂ©s au sol.
A chaque coup de hache, il reculait et poussait de petits gémissements apeurés, qui exaspéraient le baron :
â Ăa va, câest les arbres que je coupe, je vais pas te dĂ©couper toi, jâai mis trop de temps Ă tâassembler !
â Bois !
â Oui, le bois, le bois⊠rĂ©pĂ©ta Victor, fatiguĂ©. Câest pour le feu. Le feu ! Tu tâen fous, tâas pas froid, toi⊠ajouta-t-il, haletant, en sâasseyant lourdement sur le tronc quâil venait de coucher dans un lit de mousse et de feuilles mortes.
Tandis que Victor ĂŽtait ses gants de cuir rouge pour passer ses mains dans ses cheveux, Ă©puisĂ©, la crĂ©ature sâapprocha de lui avec prĂ©caution. Une fois devant lui, le monstre se laissa tomber assis par terre, faisant virevolter autour de son visage glabre ses mĂšches, de plus en plus longues. Les rayons de soleil, qui filtraient au travers des branches, illuminaient par endroit les diffĂ©rentes teintes de chĂątain et de blond qui parsemaient son crĂąne, selon le scalp auxquelles elles avaient appartenu jadis. Il se mit ensuite Ă jouer avec les Ă©corces, les Ă©pines de pin et les feuilles mortes, pour contrer lâennui. Victor redressa son visage et observa sa crĂ©ature manipuler chaque dĂ©chet de la nature avec un intĂ©rĂȘt candide, lâĂ©merveillement se lisant sur chacun de ses traits, empruntĂ©s Ă tant dâhommes diffĂ©rents⊠Câest alors quâil remarqua la chair de poule qui parsemait la peau nue du monstre, aux teintes bleutĂ©es par endroit. Les lĂšvres cyanosĂ©es du monstre sâĂ©tirĂšrent en un sourire timide lorsquâil tendit avec hĂ©sitation une feuille morte vers son crĂ©ateur :
â F⊠Feuille, bĂ©gaya-t-il, concentrĂ©.
Surpris, Victor saisit la feuille, aux teintes ambrées chaleureuses :
â Oui. Une feuille. Elle⊠Elle est trĂšs belle⊠rĂ©pondit-il, en examinant le dessin dĂ©licat de ses nervures, qui lui rappelĂšrent immĂ©diatement les cicatrices de sa crĂ©ature.
Une ombre passa dans les yeux sombres du scientifique lorsquâil remarqua que le monstre guettait sa rĂ©action avec une apprĂ©hension Ă©vidente, en tapotant son front avec ses longs doigts.
â Feuille⊠VictorâŠ
â Câest⊠Câest pour moi ? demanda le baron, interdit.
Le monstre acquiesça silencieusement, avant de baisser le regard vers les autres feuilles et de reprendre son admiration silencieuse. Victor hĂ©sita Ă le remercier et alors quâil examinait tour Ă tour la petite feuille et lâimmense crĂ©ature assise Ă ses pieds, il se rendit compte que le monstre Ă©tait secouĂ© de spasmes. Il tremblait. Une rĂ©alitĂ© transperça alors lâopacitĂ© du cĆur du baron.
â Tu⊠Tu as froid ? demanda-t-il, en fronçant les sourcils.
Comment Ă©tait-ce possible pour une crĂ©ature immortelle de ressentir le froid ? Le monstre, cependant, avait froid, câĂ©tait Ă©vident ! Pourquoi Victor ne lâavait pas remarquĂ© avant ? Tandis quâil se questionnait, la crĂ©ature releva son visage avec lâair circonspect quâil arborait toujours lorsquâil ne comprenait pas ce que Victor lui disait. Câest-Ă -dire souvent.
â Froid ? rĂ©pĂ©ta le baron, en se penchant lĂ©gĂšrement en avant.
Victor tendit une main vers lâĂ©paule du monstre, qui poussa un gĂ©missement implorant, mais le baron se contenta de promener sa main sur son bras.
â Tu es gelĂ© ! Froid ? rĂ©pĂ©ta-t-il, en frottant ses propres bras, pour mimer la sensation de froid.
La créature sembla enfin comprendre :
â Froid⊠murmura-t-il de sa voix profonde, ce simple mot formant un petit nuage de brouillard devant sa bouche.
â Oui. Oui, tu as froid⊠Rentrons ! ajouta Victor, en se levant dâun bond.
Le monstre resta assis Ă ses pieds, Ă lâobserver, avant de pointer les arbres :
â Bois ?
â Non. Maison ! LĂšve-toi, ajouta le baron, en lui assĂ©nant un coup de pied dans la jambe.
Un monstre. Ce nâest quâun monstre, se rĂ©primanda Victor.
Le monstre en question se leva sans broncher, habituĂ© aux sautes dâhumeur de son crĂ©ateur, et tracta le dernier tronc jusquâau pied de la tour.
Ils passĂšrent ensuite une bonne partie de lâaprĂšs-midi Ă dĂ©biter les troncs en bĂ»ches, que la crĂ©ature monta jusquâen haut de la tour sans relĂąche. La nuit tomba tĂŽt sur le Lichtenstein et Victor Ă©tait fourbu, aussi finit-il par ordonner la fin de leur journĂ©e de labeur.
â Ăa suffit, dit-il, essoufflĂ©, tandis que le monstre faisait mine de ramasser davantage de bĂ»ches.
â Bois ?
â Non. Ras le bol de ce satanĂ© bois⊠rĂ©pondit Victor, en Ă©tirant ses bras endoloris.
â Maison ? demanda alors le monstre.
CâĂ©tait la premiĂšre fois quâil rĂ©pĂ©tait ce mot et il rĂ©sonna Ă©trangement chaleureusement sur ses lĂšvres.
â Ouais ! Maison⊠rĂ©pĂ©ta Victor, en grimaçant.
â Victor blessĂ© ? demanda la crĂ©ature, dâun air prĂ©occupĂ©.
â Non, ce nâest rien. Jâai mal aux bras, câest tout !
Il guida le monstre jusquâau sommet de la tour et y alluma plusieurs chandeliers, ainsi quâun feu nourri dans lâĂątre du laboratoire, dont la chaleur bienvenue se rĂ©pandit bientĂŽt sur lâĂ©tage. Harlander avait fait installer un ersatz de cuisine dans un coin du laboratoire, vers laquelle se dirigea sans tarder le baron, affamĂ© !
â Je reviens, dit-il au monstre, en sâĂ©loignant. Je vais me prĂ©parer Ă manger, ne touche Ă rien !
AprĂšs sâĂȘtre dĂ©barrassĂ© de ses vĂȘtements sales, il enfila sa robe de chambre par-dessus un pantalon propre et se fit rĂ©chauffer la marmite de ragoĂ»t de mouton qui lui restait de la veille. Il nâavait presque plus de viande et devrait se rĂ©soudre, sans tarder, Ă aller sâapprovisionner dans la ferme voisine des De Lacey, des Ă©leveurs de brebis. Cette famille pauvre se rĂ©jouissait de lui fournir de la viande, du pain, des lĂ©gumes et des fruits contre de lâargent sonnant et trĂ©buchant, nĂ©cessaire Ă la survie de toute la famille ! Pour lâheure, une odeur dĂ©licieuse flottait dans le laboratoire, mettant lâestomac du baron Ă la torture, tandis quâil fouillait son garde-manger Ă la recherche dâune miche de pain, non encore rassie. Il revint avant peu dans le laboratoire, oĂč il posa lourdement sur une petite table la grosse marmite. AprĂšs avoir Ă©tĂ© chercher une assiette, le pain, ainsi quâune bouteille de vin, il sâassit enfin, avec un plaisir non dissimulĂ©. Cherchant du regard la crĂ©ature, il la remarqua accroupie devant lâĂątre, Ă observer les flammes avec fascination.
â Ne touche pas au feu, rappelle-toi ! Le feu brĂ»le, il est dangereux, le mit en garde Victor, tout en se coupant une Ă©paisse tranche de pain.
â Le feu⊠Dangereux, rĂ©pĂ©ta pensivement le monstre, en jouant avec les lambeaux de tissus autour de ses poignets.
Victor se versa une louche de ragoĂ»t dans son assiette creuse et but une gorgĂ©e de vin directement au goulot de la bouteille. Tandis quâil commençait Ă manger, en poussant des petits soupirs de plaisir, il remarqua que le monstre lâobservait attentivement, le nez en lâair, inspirant profondĂ©ment les effluves Ă©manant de la marmite. Victor reposa alors lentement sa cuillĂšre, tandis quâil se posait une question quâil ne sâĂ©tait encore jamais posĂ©e. Le monstre ressentait-il la faim ? La crĂ©ature Ă©tant immortelle, le baron avait toujours supposĂ© quâelle nâĂ©tait soumise ni Ă la faim, ni Ă la soif, ni aux tempĂ©ratures extrĂȘmes. En bref, Ă tous les affres de lâhumanitĂ©. Or, la crĂ©ature avait eu froid dans la forĂȘt ce matinâŠ
Le baron versa une nouvelle louche dans son assiette et y plongea sa cuillĂšre. Il prit de son autre main la tranche de pain quâil sâĂ©tait coupĂ©e et se leva. Dâun pas claudiquant, il se dirigea vers la cheminĂ©e devant le regard mĂ©fiant de la crĂ©ature et sâassit Ă ses cĂŽtĂ©s, sur le tapis.
â Tu as faim ? demanda-t-il, en tendant la tranche de pain au monstre.
La créature observa le pain avec hésitation, puis reporta son regard craintif sur son créateur, sans oser y toucher.
â Pends. Câest pour toi ! Pain. Ăa se mange, expliqua le baron, en croquant dans la tranche, avant de lui tendre avec insistance. Mhmm, câest bon !
Le monstre saisit maladroitement la tranche de pain et la manipula avec attention, avant de la porter Ă son nez. AprĂšs lâavoir longuement reniflĂ©, il la goĂ»ta. Dâabord avec prudence, il finit par la dĂ©vorer en quelques bouchĂ©es, tout en poussant des petits cris de plaisir.
â Tiens, prends du ragoĂ»t ! lâencouragea Victor, alors quâune pointe de culpabilitĂ© lui tordait lâestomac.
La crĂ©ature faisait preuve dâun appĂ©tit vorace, mangeant avec ses doigts, dĂ©vorant rapidement tout le contenu de lâassiette ! Une question tarauda alors lâesprit du scientifique. Combien de fois la crĂ©ature Ă©tait-elle morte de faim dans les trĂ©fonds de la cave, puis dans le silence de sa chambre, la nuit, avant que la vie impitoyable ne se propage Ă nouveau dans son corps ?
Victor lui offrit une assiette pleine Ă deux reprises supplĂ©mentaires, ainsi que la moitiĂ© de la miche de pain et lâĂ©quivalent dâune carafe dâeau, avant que le monstre ne semble rassasiĂ©. Rompu de fatigue, il approcha ensuite un fauteuil devant lâĂątre. Se dĂ©barrassant de sa robe de chambre dans un tourbillon de satin rouge et vert, il sâĂ©croula dans le fauteuil et rabattit une petite couverture en laine sur ses jambes.
Perdu dans le tumulte de ses pensĂ©es nĂ©buleuses, il observa longuement la crĂ©ature jouer avec la cuillĂšre, tandis que lui-mĂȘme sombrait dans le sommeil, aidĂ© par la douce ivresse du vin bon marchĂ©, se rĂ©pĂ©tant inlassablement la mĂȘme choseâŠ
Un monstre. Ce nâest quâun monstreâŠ
NDA : Je suis super contente de vous annoncer que cette fic va faire lâobjet dâune collaboration prochaine (en janvier normalement) avec martina_a_duck (sur Insta), qui va rĂ©aliser un header, ainsi quâun fanart đ (l'hyperfixation, ça se partage XD)!
Comme le site ne permet pas dâinsĂ©rer dâimages, la fic fera donc lâobjet, en temps voulu, dâun topic sur le forum du site đ