Le conte des trois frères

Chapitre 12 : Le lapin parmi les lanternes

1828 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 06/02/2026 17:10

Trois jours avant le festival

À quelques jours du festival de l'école, Lily était en train de peindre la pancarte du café avec l'aide de deux autres filles qui riaient et discutaient. Leurs voix résonnaient dans la salle de classe transformée en atelier improvisé, légères et insouciantes.

La Takumi ne put s'empêcher de sourire en les écoutant, appréciant leur humour. Puis une ombre passa dans son regard. Mikasa aurait dû être là, elle aussi, à rire avec elles, le pinceau à la main, à se moquer gentiment de leurs erreurs de peinture. Le festival aurait dû être leur moment à toutes les deux.

Lily serra les dents et replongea son pinceau dans la peinture rouge. La vie continuait. Elle devait continuer.

Elles furent soudainement interrompues par un groupe de filles de leur classe portant des tenues de servante à bout de bras, les montrant fièrement. Les costumes étaient classiques : robe noire à volants blancs, tablier immaculé, petit bandeau dans les cheveux. Le genre de tenue qu'on voyait dans les mangas et les cafés à thème de Tokyo.

« Vous êtes sûres que ça ne fait pas trop ? » questionna l'une d'entre elles.

« Qu'en dis-tu, Lily-chan ? » demanda une autre.

La blonde ouvrit la bouche pour répondre, mais elle fut coupée dans son élan par deux mains qui se posèrent doucement sur ses épaules.

« Vous allez être trop mignonnes, les filles ! » s'extasia Momiji. « On va être obligé d'engager des gardes du corps ! »

Les filles se mirent à glousser et Lily eut un léger sourire. Même avec cette apparence de jeune garçon, il arrivait à toutes les charmer en un clin d'œil… Elle remarqua le regard insistant de ses camarades de classe. Elle hocha la tête, acceptant de porter cette tenue. Pourvu que Kurai et Tsuyo oublient le festival…

Momiji resta à côté d'elle quelques instants, observant leur travail avec intérêt, avant de se tourner vers ses amis qui venaient de raconter une blague. Il se mit à rire aux éclats.

« Momiji ? Tu as besoin de quelque chose ? » l'interpella-t-elle.

« Non, pourquoi ? » répondit-il en plongeant ses yeux marron dans ceux, bleus, de la jeune fille.

Elle désigna ses mains, toujours posées sur ses épaules. Il les retira aussitôt et les plongea dans les poches de son short.

« Désolé, mais, dis-moi, tu ne dois pas aller travailler ? » dit-il.

« Si, mais j'ai encore le temps… »

Momiji s'étonna et la Takumi jeta un coup d'œil à la pendule. Elle poussa un léger cri de surprise en se relevant prestement, renversant le lapin au passage. Elle s'excusa précipitamment et sortit de la classe en vitesse. Dans le couloir, elle percuta quelqu'un et entendit un bruit étrange, mais qui commençait à lui être familier — ce bruit caractéristique suivi d'un nuage de fumée.

Elle redressa la tête et resta choquée par la vue qui s'offrait à elle.

« Une vache… ?! » souffla-t-elle, très surprise.

Lily cligna des yeux et comprit qu'elle avait percuté Haru. Un rire juste derrière elle la fit sursauter.

« Ça va ? Tu ne t'es pas fait mal ? » questionna le lapin en apparaissant à ses côtés.

« Non… »

« Tant mieux. C'est la forme d'Haru, un bœuf… Il n'apprécie pas qu'on le confonde avec une vache. »

« Oh ! Pardon, Haru. »

« Tu devrais te dépêcher… Je vais m'occuper d'Haru. »

Lily hocha la tête, ramassa ses affaires, s'excusa à nouveau et se précipita vers les escaliers. Alors que ses pieds frappaient rapidement contre les marches, elle entendit le bruit de la transformation de Haru qui reprenait forme humaine. Elle eut un léger rire et passa le portail avec le sourire aux lèvres.


Les jours suivants passèrent rapidement dans les préparatifs. Les élèves décoraient les couloirs, répétaient leurs spectacles, finalisaient leurs stands. L'excitation montait peu à peu, contagieuse, envahissant chaque recoin de l'école.

Lily se laissait porter par cette agitation. C'était plus facile ainsi. Ne pas trop penser. Ne pas trop sentir. Se concentrer sur les tâches à accomplir, sur les détails insignifiants qui l'empêchaient de plonger trop profondément dans son chagrin.

Et puis, le jour du festival arriva.


Le jour du festival

Leur salle de classe avait été transformée en petit café. Des tables rondes avaient été installées, décorées de nappes à carreaux et de petits bouquets de fleurs. Au fond, un comptoir improvisé servait de cuisine. Des guirlandes lumineuses pendaient au plafond, créant une ambiance chaleureuse.

Lily se tenait devant le miroir des toilettes, observant son reflet. La tenue de servante lui allait étonnamment bien, même si elle se sentait ridicule. Elle ajusta son bandeau et inspira profondément.

Tu peux le faire. Ce n'est qu'une journée.

« Bien, n'oubliez pas : gardez le sourire et amusez-vous ! » lança joyeusement le délégué de la classe.

Les camarades de classe de Lily poussèrent des cris de joie et les feux d'artifice retentirent à l'extérieur, marquant l'ouverture officielle du festival. Le délégué ouvrit les portes de la classe et les premiers clients entrèrent dans le petit café.

Le festival battait son plein. Dans les couloirs, des élèves costumés criaient pour attirer les visiteurs vers leurs stands. Les odeurs de takoyaki et de yakisoba flottaient dans l'air. La musique et les rires résonnaient partout. L'école tout entière vibrait d'énergie.

Lily s'approcha d'un groupe de visiteurs, les accueillit avec un sourire poli et les conduisit à leur table pour prendre leur commande. Elle leur détailla le menu et leur laissa le temps de faire leur choix.

« Tu es vraiment douée pour accueillir les clients ! On dirait que tu fais ça depuis des années ! » s'exclama le jeune Sohma en apparaissant à ses côtés.

Lily lui sourit en guise de remerciement, puis haussa un sourcil en apercevant le lapin en train de manger des bonbons.

« Tu sais que tu es censé donner les gourmandises aux clients et non les garder pour toi… » lança-t-elle avec un sourire taquin aux lèvres.

« Tu n'as rien vu… » répliqua-t-il avec un clin d'œil complice.

Lily s'esclaffa et attrapa le thé que lui tendait Haru.

« Lily ! J'avais raison, tu es vraiment mignonne en servante ! »

La déclaration de Momiji la prit au dépourvu. Elle détourna le regard, gênée, et fila vers ses clients en essayant de chasser la chaleur qui lui était montée aux joues. Elle n'avait pas l'habitude des compliments. Mikasa lui en faisait souvent, mais venant de Momiji, c'était… différent. Elle ne savait pas trop pourquoi.

Elle secoua la tête et se concentra sur son service, apportant les commandes avec efficacité.


Les heures passèrent rapidement dans un tourbillon d'activités. Lily prenait les commandes, servait les clients, nettoyait les tables, souriait. Encore et encore. Ses pieds commençaient à lui faire mal, mais elle ne s'arrêtait pas. C'était presque agréable, cette fatigue physique qui remplaçait l'épuisement émotionnel.

« Lily ! C'est l'heure de la pause ! » cria le lapin en lui faisant de grands signes.

« Ok ! Merci ! Tiens, tu peux prendre mon plateau », dit-elle à une fille de sa classe.

La Takumi se dirigea vers les deux cousins Sohma, qui, eux aussi, allaient partir en pause.

« Qu'est-ce que vous allez faire de ce temps libre ? » demanda-t-elle en lissant les plis de sa jupe.

« La classe de Yuki, Kyo et Tohru va interpréter une pièce de théâtre, on va aller la voir », répondit joyeusement Momiji.

« Tu nous accompagnes ? » proposa Haru de sa voix calme.

« Je vais plutôt aller tester tous les stands de nourriture du festival… » répondit Lily avec un petit sourire.

Momiji lui demanda de prendre quelques sucreries pour lui et fila vers la salle de classe de Tohru. Haru lui offrit un simple geste de la main avant de le suivre tranquillement, faisant sourire Lily.

En arrivant dehors, elle s'arrêta un instant pour observer la scène. L'école était méconnaissable, transformée en véritable fête foraine. Des stands de nourriture s'alignaient dans la cour, des groupes de musique jouaient sur des scènes improvisées, des élèves déguisés déambulaient en riant.

Mikasa aurait adoré ça.

La pensée surgit d'elle-même, douloureuse et douce à la fois. Elle aurait traîné Lily de stand en stand, aurait insisté pour tout goûter, aurait ri aux larmes devant les spectacles les plus ridicules.

Lily ferma brièvement les yeux. Puis elle les rouvrit et se dirigea vers le premier stand.

La vie continuait. Et peut-être que c'était correct. Peut-être que Mikasa aurait voulu qu'elle continue, qu'elle sourie, qu'elle vive.

Peut-être.

Elle acheta des takoyaki et mordit dedans, savourant la chaleur réconfortante. Le monde continuait de tourner. Elle continuait avec lui.

Lily entendit son nom être crié. Elle se retourna et vit ses deux frères jumeaux s'approcher d'elle. Les deux arboraient de grands sourires promettant mille et une blagues en fixant sa tenue.

Lily gémit intérieurement.

Tsuyo oubliait quotidiennement d'éteindre la lumière du couloir. Kurai avait tendance à omettre les documents administratifs. Mais le festival de leur petite sœur ? Ça, jamais ils ne l'oublieraient.

Lily croisa les bras et leur lança un regard mi-amusé, mi-exaspéré.

« Pas un mot sur cette tenue, compris ? »

Les deux frères échangèrent un regard complice.

Trop tard.

« Regardez-moi ça ! Notre petite Lily en costume de servante ! » s'exclama Tsuyo en sortant son téléphone.

« Rangez ça immédiatement ! » siffla Lily en essayant de lui arracher l'appareil.

« Jamais ! » protesta Kurai en la retenant doucement par les épaules. Ces photos sont pour la postérité ! »

« Je vous déteste tous les deux… »

« Tu nous adores », corrigea Tsuyo avec un clin d'œil.

Et c'était vrai. Malgré ses protestations, elle ne put s'empêcher de sourire. Parce que malgré tout — malgré le deuil, malgré la douleur qui restait tapie au fond de sa poitrine — elle était heureuse. Là, maintenant, avec ses frères qui la taquinaient et ses amis qui l'attendaient quelque part dans ce festival bruyant et coloré.

La vie continuait.

Et elle continuait avec elle.

« Bon, puisque vous êtes là, autant en profiter », soupira Lily avec un sourire résigné. « Venez, je vais vous faire visiter notre café. Mais je vous préviens : si vous m'embarrassez devant mes camarades, je ne vous adresse plus jamais la parole. »

« Promis, on sera sages comme des images », promit Kurai en levant la main droite.

« Menteur. »

Mais elle les entraîna quand même, le cœur plus léger qu'il ne l'avait été depuis longtemps.

Derrière eux, le festival continuait sa danse joyeuse. La musique résonnait, les rires fusaient, la vie pulsait.

Et pour la première fois depuis la mort de Mikasa, Lily se sentit presque entière à nouveau.

Presque.


Publié : 06/02/2026

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