Ennemi ou ami, imaginaire ou réel ? Ou Jakyll et Hyde à la Ghost Whisperer
Le 5 juillet 2007, The Antique Shop of Grandview, vers 9 h 00.
Je suis dans l’arrière-boutique, en train de faire l’inventaire. Kylie est à la caisse. Christopher et Jack sont à la maison avec Jim. Mon mari n’a cours qu’en après-midi et le soir.
Tout à coup, le téléphone sonne. Je jette un coup d’œil à l’afficheur : un numéro de la ville, étant donné l’indicatif téléphonique.
Je soulève le combiné :
— Bonjour, Melinda Gordon, propriétaire du The Antique Shop of Grandview, à l’appareil. Que puis-je faire pour vous ?
— Bonjour, Madame Gordon, répond une voix féminine un peu chevrotante au bout de la ligne. Christine Greene. J’ai mis récemment en vente ma maison… Je vous laisse la voir… Vous pourrez y trouver des objets pour votre boutique…
Je pense : « Intéressant ! Des acquisitions pour la boutique ! Des nouveautés feront du bien ! Youpi ! Et peut-être, chemin faisant, aider un esprit… »
Je dis :
— Ah, d’accord ! Oui, bien sûr ! Mon associée, Kylie Sloan, et moi viendrons… Seulement, à quelle adresse ?
— 198, rue Mainroad, à Grandview.
Je note rapidement l’information sur une feuille vierge de mon calepin puis je dis :
— Merci ! Mais quand pouvons-nous venir ?
— Quand vous voulez…
— Alors nous viendrons en après-midi, vers 13 h 00-13 h 15.
— Ceci me convient parfaitement, Madame Gordon ! À bientôt !
— À bientôt, Madame Greene !
Et je raccroche le téléphone avant d’informer mon associée que nous irons cet après-midi dans la maison de Madame Greene. Celle-ci hoche la tête.
Je précise :
— On se retrouve après la pause du midi devant la boutique puis je conduirai jusqu’à l’adresse.
— Ceci me convient, murmure-t-elle.
Après le repas du midi, j’explique à Jim ce que je ferai cet après-midi afin qu’il emmène nos fils dans la garderie de l’Université, où j’irai chercher à la fin de ma journée. Après la vaisselle, je prends la voiture de mon mari et je me rends jusqu’à ma boutique, où j’attends mon associée. Celle-ci arrive quelques minutes plus tard. Nous embarquons dans le véhicule que je conduis jusqu’à l’adresse.
Nous arrivons devant une grande maison, entourée d’une immense clôture de fer. On dirait que la maison ressemble davantage à un château en pierres, qui se profile derrière la clôture. Une femme, peut-être entre la vingtaine et la trentaine, vêtue d’une ample robe bleue avec des motifs floraux, se tient là, devant la clôture, près du trottoir, comme si elle attend quelqu’un. Mon associée et moi sortons de la voiture et je l’apostrophe :
— Madame, je suis Melinda Gordon, la propriétaire du The Antique Shop de Grandview.
En faisant un geste vers l’étudiante, j’ajoute :
— Voici mon associée, Kylie Sloan.
Le visage de la femme s’illumine d’un large sourire et elle s’exclame :
— Enchanté ! Moi, c’est Christine Greene !
Nous échangeons de solides poignées de mains et Christine débarre la porte de la clôture. Mon associée et moi la suivons. Nous traversons une allée, entourée de rosiers blancs et rouges de chaque côté d’un chemin en dalles qui conduisent jusqu’à la porte d’entrée. Nous y entrons. Rien de bizarre. Rien qui dit que la maison est hantée. Je songe, heureuse : « Enfin ! Je n’aurais pas des objets auxquels seront attachés des esprits ! Hourra ! Dieu soit loué ! »
Lorsque Christine referme la porte derrière nous, elle dit :
— Je vous laisse regarder les objets. Aucune pièce ne vous est interdite…
À ce moment précis, je vis une silhouette humaine apparaître à la droite de notre interlocutrice : un esprit, hors de doute. Comme quoi je me suis réjouie trop tôt. Je le détaille : un gamin, visiblement plus âgé que mes fils, aux yeux bruns qui expriment cette tristesse enfantine de ne plus être vivant, et auc cheveux bruns légèrement bouclés. Étant donné la similitude de certains traits de son visage avec ceux de Christine, j’en déduis qu’il est sans doute son fils. Il est vêtu d’un manteau en denim sous lequel se voyait un chandail gris ainsi que d’un pantalon en jeans. Des chaussures baskets complètent sa tenue. Cependant, un détail me frappe : des traces de sang séché sur son visage, sa poitrine, ses bras et ses mains.
La gamin, ayant sans doute remarqué que je l’observe, murmure :
— Pouvez-vous m’aider, Madame ?
Je réponds mentalement : « Oui… Je suis Melinda Gordon. Et vous ? »
— Daniel Greene, répond-il d’une voix rauque.
Je suis interrompue par la voix de Christine qui nous fait la visite de la demeure :
— … ici, à votre droite, c’est la cuisine. Un peu vers votre gauche, le salon. À l’étage, deux chambres et une salle de bain.
Kylie et moi nous hochons la tête. Je remarque du coin de l’œil que le revenant vient de disparaître de ma vue.
L’ancienne propriétaire de la demeure ajoute d’une voix douce, avec son plus beau sourire :
— Mesdames, je vous laisse regarder les objets. Vous pouvez emporter ceux que vous voulez. Si vous avez des questions, je vous attendrai dans le corridor, près de la porte d’entrée.
— Merci, Madame Christine Greene, murmure-je d’un ton affable.
Puis mon associée et moi observons les artefacts qui se trouvent au salon, la pièce la plus proche de nous. Des canapés, une table basse, un meuble de télévision et une grande bibliothèque s’y trouvent. Un classique pour les salons. Rien n’attire notre attention. Je rapporte à mon associée au sujet de la présence du revenant. Elle manifeste sa compréhension d’un signe de tête, étant au courant de mon don depuis la première semaine de son embauche. Et elle s’est montrée ouverte, sans manifester aucun doute sceptique.
Nous explorons les autres pièces de la maison des Greene. Nous repérons quelques objets pour notre boutique — une commode en bois laqué en bon état, quelques livres sur des sujets variés et quelques figurines en porcelaine. Et je laisse mon associée déposer les objets les plus légers sur la commode. Ensuite, nous verrons pour les apporter jusque dans la voiture. Le gamin apparaît à nouveau au moment où Kylie et moi nous nous dirigeons vers les escaliers.
Je murmure à mon associée :
— Daniel Greene est devant nous, sur la première marche des escaliers.
Elle manifeste sa compréhension d’un geste de tête.
Je ramène mon attention vers l’esprit et je l’aborde d’une voix douce :
— Daniel Greene, pourquoi demeures-tu encore attaché à cette maison ?
— Parce que, répond-t-il d’un air résigné, je ne veux pas que maman soit si triste.
« Sans doute parce qu’il se sent fautif de sa mort », déduis-je.
Les larmes me montent aux yeux tellement je suis émue. Je trouve toujours triste ces histoires de fantômes d’enfants. Les pauvres, ils n’ont pas eu le temps de profiter de la vie.
Comme si Daniel a lu mes pensées, il hoche la tête et ajoute :
— En effet, si je ne me serais pas entêté à sortir au parc, je serais encore vivant…
— Peux-tu me dire les dernières choses dont tu te souviens ?
Il demeure silencieux pendant un certain temps, la mine pensive, avant de répondre d’un air qui me semble hésitant :
— J’étais sorti rapidement de la maison… J’étais à l’extérieur…, sur le trottoir, devant la maison… J’attendais avec impatience que maman arrive…
« Et le père, il était où ? » songé-je.
Comme s’il lisait mes pensées, Daniel continue :
— Papa était un travail…
— Si ma question n’est pas trop indiscrète, comment s’appelle ton père et quel métier exerce-t-il ?
— Il s’appelle Marc et il est directeur de la compagnie Greene and Sons…
Je hausse les épaules en pensant : « J’ignore quelle est cette compagnie, mais ça n’a pas d’importance… »
Le gamin poursuit son explication :
— Mes derniers souvenirs… Une voiture grise se dirige vers moi… Puis plus rien… Je me trouve dans les airs comme si je flottais au-dessus de mon corps.
« Hors de doute », pensé-je en clignant des yeux pour retenir en vain mes larmes qui coulent sur mes joues, « ce pauvre gamin a été frappé par un véhicule… »
Je soupire.
« En espérant qu’il ne s’agit pas d’un coup planifié… »
Daniel, comme s’il a lu mes pensées, dit :
— Je ne pense pas que ce soit volontaire… Je ne comprends pas qui voudrait me tuer et pour quelle raison…
Je le remercie d'un signe de tête.
À ce moment, un esprit apparaît derrière l’esprit du gamin, probablement quelques marches plus loin : l’Observateur français.
À sa vue, je fronce des sourcils en songeant :
« Ah ! Ne ne dites pas encore qu’il s’agit encore d’une histoire sordide ? »
Je note son expression sérieuse, annonçant rien qui vaille, à mon avis.
Kylie murmure à mon oreille, comme si elle est gênée de m’interrompre :
— Madame Gordon, je vous laisse continuer avec l’esprit…
Je la corrige gentiment :
— Deux esprits…
Un bref sourire se dessine sur les lèvres de mon associée. Elle reprend :
— Vous avez compris… Puis-je aller voir les objets à l’étage ?
Je tourne ma tête vers elle et je marmonne :
— Allez-y ! Je vous rejoindrai après…
Puis elle monte l’escalier, passant au travers les deux esprits. Moi, je ramène mon attention vers eux en pensant : « Excusez-moi de cette interruption… »
Les deux esprits disent simultanément :
— Sans problème…
Daniel, sans doute étonné d’entendre une autre voix que la sienne, se retourne vers la direction du son et demande :
— Monsieur, qui êtes-vous ?
Un bref sourire se dessine sur les lèvres de Jean, qui répond :
— Jean de Guébriant, un Observateur par la volonté de Notre Seigneur.
En promenant son regard de moi à l’esprit du garçon, mon informateur infaillible continue d’un air sérieux :
— Je vais vous dire la vérité au sujet de la triste fin de Daniel Greene…
Je pense malgré moi : « Avec peut-être des nouvelles surprenantes, comme toujours lorsqu’il m’éclaire dans les cas des esprits… »
Comme s’il ignore mes réflexions, le Français affirme :
— Ce n’est pas un accident, mais le résultat d’un meurtre prémédité.
— Par qui et pourquoi ? demande l’esprit, probablement aussi étonné que moi.
— Merci, Daniel, de devancer ma question, marmonne-je, plus pour moi que pour mes interlocuteurs, en sortant rapidement mon calepin et mon stylo de mon sac à main pour prendre quelques notes.
— Très bonne question, reprend l’Observateur. Le coupable est Francis Kahn, qui est le pseudonyme de Carl Neely…
Je ne peux pas m’empêcher de penser : « Encore lui ! J’ai déjà compris qu’il agit ainsi ! Ce ne serait ni la première ni la dernière fois ! »
Comme s’il a lu mes pensées, Jean Bude de Guébriant les confirme :
— C’est, en effet, un moyen en lequel il est devenu habile avec le temps, grâce à la complicité de son ami l’agent du FBI Matthew Mallinson
Je proteste mentalement : « Mais pourquoi tout doit remonter à eux ? Pourquoi tuer un gamin innocent ? »
Daniel Greene, les yeux grands comme ceux d’un hibou, balbutie :
— Pouvez-vous m’expliquer qui est ce Carl Neely ?
Je réponds :
— Carl Neely est un policier qui est responsable de la mort de beaucoup de gens dans notre ville.
Le gamin hoche la tête puis marmonne :
— Mais pourquoi moi ? Ni mes parents ni moi ne le connaissons…
L’Observateur toussote puis affirme :
— C’est précisément ce que j’allais vous dire. Monsieur Carl Neely, sous le pseudonyme mentionné, n’a fait qu’obéir aux ordres de Matthew Mallinson…
J’interviens :
— Qui étaient…
— … qui est, reprend notre interlocuteur, de convaincre les parents de Daniel de travailler comme agents doubles…
— Pourquoi ? s’écrie le gamin en tremblant de tous ses membres.
— Parce que Monsieur Matthew Mallinson a compris que vos parents pourront devenir des agents doubles, car ils ne courent qu’après l’argent. Et comme Matthew Mallinson et Carl Neely ont des complices dans la police…
« À commencer par ses supérieurs », songé-je quelque peu ironiquement.
Comme s’il ignore mes pensées, l’Observateur termine sa phrase :
— … il s’agit officiellement d’un accident.
— Et c’est tout ? demande-je en griffonnant la dernière note en abrégé dans mon calepin.
— Oui. Sur ce, passez une bonne journée !
— Pareillement pour vous ! réplique Daniel Greene.
Je murmure :
— Au moins, nous avons rapidement su la vérité sur votre…
Il approuve d’un geste de tête puis disparaît de ma vue, ayant certainement comprit la fin de ma phrase. Je soupire et je monte les escaliers pour trouver Kylie en train de regarder les objets dans l’une des chambres. Lorsque je me pointe dans le cadre de la première porte, elle se retourne et demande d’un air joyeux, les yeux brillant d’une expression quasi enfantine :
— Madame Gordon, avez-vous vu ce que j’ai trouvé d’intéressant ?
— Non…
En pointant de son index droit dans un coin près de moi, elle dit :
— Les objets, je les ai réunis ici…
— J’y jetterai un coup d’œil, murmure-je en faisant un pas vers ceux-ci.
Pendant que je les observe attentivement, j’entends les bruits des pas de mon associée qui flâne dans la pièce. C’était une grande chambre, avec un lit, un placard, une table de travail, une chaise et des jouets. Parmi les objets que Kylie a repéré, il y a trois peluches, quatre petits jouets en forme de voiture et une chaise en bois massif. Je les retourne de tous les côtés pour m’assurer qu’ils ne présentent aucun défaut. Mon associée, qui s’est approchée entre-temps à ma droite, demande :
— Alors, Madame, les objets sont bons pour la boutique ?
— Oui, oui… Et bien, terminons notre visite et ramenons les objets dans la boutique…
Kylie approuve mes propos d’un signe de tête puis me demande comment a été ma rencontre avec les esprits. Je lui résume les principaux éléments, en lui précisant ce que je sais au sujet de Carl Neely.
Mon associée commenta, les yeux grands comme ceux d’une chouette :
— C’est vraiment terrible !
— En effet, approuve-je dans un soupir.
Elle lève les épaules et murmure :
— Madame, et si nous laissons ce pauvre esprit pour plus tard ?
— Oui… Je dois discuter avec Madame Greene, afin qu’elle ne soit pas si triste…
À ce moment précis, Daniel Greene apparaît devant moi. Surprise, je tourne mon regard vers lui et je murmure :
— Qu’est-ce qu’il y a, Daniel ?
— Abandonnez votre idée de discuter avec ma maman. Elle ne vous croira pas.
— Alors, que puis-je faire pour que tu partes dans la Lumière ?
— Que vient-il de se passer ? intervient mon associée, en me fixant d’un air étonné.
— Mademoiselle Kylie Sloan, dis-je, je vous l’expliquerai après…
Elle hoche la tête. Je ramène mon attention vers le gamin :
— Excuse-moi, Daniel, de cette interruption…
— Pas de problème… murmure-t-il.
— Et bien, que puis-je faire pour toi afin que tu quittes le monde des vivants ? Tu dois trouver ennuyeux de voir toujours cette maison, mais sans pouvoir rien toucher, n’est-ce pas ?
— En effet, je commence à m’ennuyer…
Daniel Greene s’interrompt, la mine pensive. Il reprend après un certain temps :
— Comme je pense qu’il serait difficile à ma mère de ne pas me pleurer, je veux seulement que vous ne vendez pas mon jeu de train électrique. C’est mon jouet préféré.
— D’accord, je n’y toucherai pas, promis, murmure-je.
Et le fantôme s’évapore dans les airs jusqu’à disparaître complètement de ma vue.
Je me retourne vers Kylie et je lui répète la dernière volonté de Daniel. Elle manifeste sa compréhension d’un geste de tête à peine perceptible.
Je remarque que ce jeu de train électrique est avec les autres objets à apporter. Je le prends et je commente d’une voix douce :
— Alors, pour respecter sa volonté, nous le laisserons ici…
En pointant du menton les autres objets, j’ajoute :
— Nous avons assez de nouvelles acquisitions sans ce petit jeu de train électrique.
Mon associée grommele :
— En effet…
Je dépose le jeu de train dans la chambre. Je reviens vers mon Kylie et je dis :
— Bon, très bien ! L’inventaire sera grandement augmenté !
Elle hoche la tête puis nous descendons l’escalier en apportant les différents objets qui agrandiront l’inventaire de notre boutique. Chemin faisant, je remercie Madame Christine Greene de nous avoir accordé la permission de prendre les objets que nous voulons.
Après, Kylie et moi amenons les objets dans la voiture et nous nous rendons jusqu’à la boutique, où nous déchargeons la voiture. Ensuite, nous apportons ces nouvelles acquisitions dans l’arrière-boutique. Voyant l’heure qu’il est, je décide de les ajouter dans l’inventaire demain matin. Il est temps de fermer boutique. Je remercie mon associée de son aide et elle quitte la boutique. Je place l’écriteau « Fermé » puis je barre la porte. À peine je fais quelques pas sur le trottoir pour me diriger vers la voiture de mon mari, stationnée devant ma boutique, qu’un esprit apparaît devant moi, me forçant à suspendre brusquement ma marche. Je le reconnais aussitôt : Daniel Greene. Je remarque que les traces de sang ont disparu, ce qui me réjouit dans mon for intérieur.
Je murmure d’un air cordial :
— Alors, Daniel, es-tu prêt à partir dans l’Autre Monde ?
— Oui…
Il respire et inspire profondément puis ajoute :
— Madame, je me sens tellement léger.
— Très bien…
Il tourne sa tête vers sa droite, fixe pendant un certain temps cette direction puis s’exclame :
— Madame Gordon, je vois une lumière !
— C’est de ce dont je te parlais, réplique-je d’une voix qui se veut douce.
— C’est tellement beau ! Tellement merveilleux !
— Vas-y sans crainte ! dis-je pour l’encourager.
Le revenant se retourne une dernière fois vers moi et murmure d’une voix émue :
— Merci à vous, Madame Gordon !
— Il n’y a pas de quoi… Je ne fais que mon travail…
Il se retourne vers sa droite et s’avance dans cette direction. Je le regarde jusqu’à ce qu’il disparaisse complètement de ma vue. Hors de doute, il est parti dans la Lumière. Soulagée, j’embarque dans la voiture et je roule jusqu’à l’Université Rockland, pour ramener mes fils à la maison.
Lorsque Jim revient le soir de ses cours, alors que Christopher et Jack dorment depuis un certain temps, je lui résume ma rencontre avec l’esprit qu’a été Daniel Greene. Nous sommes au salon, moi assise sur ses genoux, enlacée dans ses bras réconfortants. Il m’écoute attentivement, comme d’habitude puis commente :
— Mel, encore une histoire sordide…
Je m’exclame, exaspérée :
— Mais pourquoi tout doit remonter à Carl Neely et son ami du FBI !
— Bonne question…
Mon époux demeure silencieux pendant un certain temps, le front plissé. Il continue d’une voix rauque :
— Peut-être parce qu’ils, je veux dire Carl Neely et son ami espion, veulent avoir plus de gens pour t’avoir à l’œil…
— Ne me dis pas que…
— Ton don les intéresse ? En tout cas, c’est une possibilité à ne pas exclure…
— Et quoi si… murmure-je, au bord des larmes.
— C’est un avertissement en raison des deux signes qui nous menacent encore, n’est-ce pas ?
« Et quoi s’ils sont prêts à faire d’autres attentats sur nos anges ? » songe-je amèrement.
Mon mari poursuit sa phrase en haussant un peu le ton :
— Ou encore parce que ce salaud de policier te veut pour lui ? C’est possible…
Je sanglote. Jim me berce et murmure à mon oreille :
— Mel, ne pleure pas. Ressaisis toi. Tu sais que que nous ne savons rien de leurs sinistres intentions…
— Tu as raison, grommèle-je à contrecœur en séchant mes larmes du dos de ma main.
— Pour l’instant, le meilleur serait de dormir.
J’approuve d’un geste de tête et je me lève. Nous nous rendons dans notre chambre, où, allongés dans notre lit, nous récitons trois fois de suite la prière du soir. Dieu merci que mon sommeil est tranquille, sans aucun cauchemar.