Bienvenue dans le quotidien de Melinda Gordon

Chapitre 1 : Bienvenue à Grandview !

3802 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 07/02/2026 13:21


27 octobre 2007, dans le salon de la maison de Jim Clancy et Melinda Gordon-Clancy, en après-midi.



Assise sur un canapé, Melinda, une petite brune vêtue d'une longue robe vert forêt jusqu’aux chevilles, serrait la main droite de son époux, un grand homme qui la dépassait d’une tête même lorsqu’elle portait des talons hauts. Jim l’enlaça pour la rassurer des événements de la veille. Elle avait passé la soirée dans la ville souterraine, pour essayer de comprendre les circonstances entourant la mort de Tessa Lucas. Elle s’était rendue dans l’église abandonnée, où elle vit des âmes rassemblées. La médium était entrée dans l’église pour tenter de discuter avec ces esprits errants. Mais, lorsqu’elle était parvenue au fond de l’édifice religieux, l’esprit du prêtre — un terrifiant fantôme aux yeux rougis qui donnaient l’impression d’être possédé — avait marmonné quelques vagues paroles et voilà que la bâtisse s’était écroulée sur elle. Melinda avait passé plusieurs heures, coincée entre plusieurs planches de bois. Au moins, elle avait un peu d’air, car les planches ne s’étaient pas complètement refermées sur elle comme un tombeau. La médium avait attendu ainsi pendant des heures, en priant que son mari vienne la chercher. Pendant ce temps-là, elle avait discuté avec son ancêtre, Tessa Lucas et elle apprit sa dernière volonté : voir leur ville à la surface. La pauvre défunte, qui avait passé des décennies à errer dans la ville souterraine, ignorait que Grandview existait à la surface. Et voilà que, tout à coup, Tessa s’était exclamée d’un air joyeux, les yeux brillant : 

— Melinda, voilà ton mari qui arrive !

L’antiquaire n’avait pu s’empêcher de pleurer de joie. 


***


Maintenant, tout ceci était derrière elle. Melinda remarqua un esprit devant elle, près de la table basse : Tessa Lucas, son arrière-arrière-arrière-grand-mère maternelle. Elle la reconnut aisément à sa robe brune des années 1800. La même lueur typique des femmes de la famille, ce regard propre à celles qui percevaient ce que les autres ne pouvaient pas : l’invisible.

L’antiquaire murmura à son époux : 

— Jim, Tessa est là…

L’homme aux yeux clairs manifesta sa compréhension d’un geste positif. Melinda se libéra de son étreinte. 

Son ancêtre, avec son plus beau sourire, dit à mi-voix :

— Tu mérites bien ton mari, un homme très attentionné… Il me rappelle mon John avant qu’il me quitte…

Une larme coula aux souvenirs de son époux — si cela était possible à une telle entité. L’esprit l’essuya prestement du dos de la main puis ajouta d’une voix songeuse :

— John m’écoutait avec mes différents énigmes d’esprits… Malheureusement, il ne les avait pas longtemps entendu puisqu’il m’a quitté peu après la naissance de notre fille…

Melinda approuva et se leva, sans quitter Tessa des yeux. Celle-ci lui dit d’une voix douce :

— J’espère que tu n’as pas oublié de me faire visiter notre ville ? 

— Non, je n’ai pas oublié, répliqua-t-elle.

— D’autant plus que le temps est merveilleux… Il serait dommage de ne pas en profiter !

— En effet, approuva la médium.

« Et sans doute que Tessa a afin hâte de partir dans la Lumière », pensa-t-elle.

L’aïeule de Melinda hocha la tête puis disparut de sa vue.

La médium se retourna vers son mari et dit :

— Jim, je dois te laisser, Tessa me rappelle gentiment de lui faire visiter notre ville.

— Vas-y, Mel ! l’encouragea-t-il en se levant à son tour pour serrer brièvement sa main en signe de soutien.

— En espérant qu’après notre tournée, elle partira enfin dans la Lumière, ajouta-t-elle en lâchant la main de son mari.

Il murmura :

— Je l’espère aussi…

Elle lui adressa son sourire le plus doux, celui qui voulait dire « Merci de ton soutien indéfectible », lui tourna dos, chaussa ses talons hauts verts.

Son aïeule le regarda d’un air ébahi en murmurant : 

— Je n’ai jamais vu ce modèle de chaussures… N’as-tu pas mal aux pieds ?

La médium, ignorant sa remarque, ouvrit puis referma la porte d’entrée.


***


Une fois à l’extérieur, Melinda nota la présence de Tessa à sa droite. Les deux femmes s’adressèrent un sourire complice et marchèrent silencieusement jusqu’au parc de la ville, un charmant endroit avec ses nombreux chênes et érables qui laissaient tomber une pluie de feuilles sur le sentier. Le monument des vétérans surplombait le lieu, le rendant probablement visible depuis le marché, situé au sud de la ville. Melinda, en faisant un grand geste des mains vers le monument, murmura à son aïeule, qui observait autour d’elle avec une curiosité quasi enfantine :

— Voilà le parc de Grandview !

— Comme c’est merveilleux ! En plus avec ce paysage automnal ! s’exclama la revenante.

— En effet, c’est magnifique ! approuva-t-elle dans un souffle.

Tout en marchant vers le monument, la médium poursuivit son explication à voix basse, ayant remarqué que des familles étaient présentes dans le parc :

— Ce parc a été construit en 1990. Au début, il n’y avait que quelques arbres…

Elles passèrent devant un module à jeux, qui était là, posé discrètement. Un toboggan bleu et des balançoires vertes.

— Là, un module à jeux… Beaucoup d’enfants viennent jouer ici…

— En parlant d’enfants, penses-tu en avoir avec ton mari ?

— Oui, bien sûr ! répondit-elle en rougissant légèrement et en baissant la tête. On essaie, on essaie…

— Il faut persévérer !

— Merci de l’encouragement… dit Melinda en relevant la tête.

Un silence plana et elles continuèrent leur promenade, absorbées par la beauté des arbres. Les deux femmes regardèrent les érables, les chênes et les pommiers décoratifs, qui élevaient leurs branches vers le ciel comme en un geste de prière.


Au bout du parc, Melinda s’arrêta devant le monument et commenta :

— Voilà le monument en l’honneur des soldats morts au cours des différentes guerres…

— Lesquelles ? demanda Tessa, les sourcils levés.

— De la Première et de la Seconde Guerre mondiale, il me semble…

La revenante haussa les épaules et murmura :

— Même si je ne comprends pas ce dont tu parles…

— Je peux te l’expliquer…

— Laisse faire ! dit Tessa en faisant un geste des mains. Je n’aime pas les conflits… La paix est meilleure…

— Bon, d’accord…

Après une courte pause, la femme de Jim reprit d’une voix douce :

— Passons alors à autre chose… Je vais te montrer les lieux les plus intéressants de la ville…

« Merci, Tessa, grâce à toi, je saurai si je peux être un bon guide touristique. » Songea Melinda avec humour.

Elles traversèrent la rue, longèrent les maisons et les boutiques pour arriver jusqu’au marché. À cette heure-là, les passants étaient nombreux. On dirait une fourmilière grouillante ; des gens allaient rapidement d’un étal à l’autre, sans doute pressés de faire leurs emplettes, d’autres qui flânaient, comme s’ils avaient tout le temps du monde. 

Melinda, en entrant au marché, commenta à mi-voix :

— Voici le marché, l’endroit où je fais mes commissions… L’endroit le plus important pour tous les habitants…

Son aïeule hocha lentement la tête.

L’antiquaire enchaîna :

— On y trouve de tout… Des salades, des fruits et des légumes frais, des bibelots de toutes sortes… Un complément au supermarché, qui est au centre de la ville… Il y a même des souvenirs pour les touristes à l’extérieur du marché… 

Après avoir traversées le marché, dans une clairière isolée où seuls des rails et un système de signalisation désuet abandonné les accueillirent, la jeune brune fit la remarque suivante :

— Par le passé, il y avait même un train qui passait par là…

— Où allait-il ? demanda la revenante d’un air intéressé.

— Si je ne me trompe pas, il allait de Grandview à Piermont en passant par Centarville. Sauf que, depuis quelques années, la ligne de train n’est plus fonctionnelle.

— Pour quelle raison ?

— Peut-être en raison d’un accident, répondit Melinda en haussant les épaules. À moins que ce soit en raison d’une grève… des employés ou des esprits… Ou d’un bris important de l’équipement… Ou un manque de personnel… À vrai dire, je ne le sais pas…

— Sans importance, répliqua Tessa d’une voix douce. Mais merci de l’information…

— Il n’y a pas de quoi.

En continuant leur flânerie, la vivante chuchota :

— Maintenant, je dois te montrer d’autres endroits… Il n’y a pas que le marché…

Les deux femmes passèrent par une rue perpendiculaire pour tourner à droite. Elles arrivèrent devant la boutique de Melinda, tellement reconnaissable à son imposante enseigne au-dessus de la porte et à ses grandes vitrines qui laissaient voir l’intérieur. L’antiquaire sourit à son associée, Delia, qui la salua d’un geste de la main. La médium lui rendit un geste de salutation puis se retourna légèrement vers son ancêtre pour commenter d’une voix chaleureuse :

— Voici ma boutique, The Same It Never Was. C’est mon lieu de travail pour ainsi dire…

— Tu ne restes pas à la maison, Melinda ? demanda son ancêtre, visiblement étonnée.

— Euh… Non… Tu sais que les temps ont changé…

— Je l’ignorais, en effet…

— Depuis 1920, les femmes ont le droit de vote et le droit d’exercer des métiers, comme les hommes…

— Dieu que les mentalités changent vite ! soupira Tessa.

— C’est la vie, fit son interlocutrice en haussant les épaules.

Elle fit une courte pause puis continua :

— Mais que je reviens à ce que je voulais dire… La boutique… Je la tiens avec mon associée, Delia Banks…

— La grosse femme qui t’a salué ?

— Oui… Elle vient m’aider dans la boutique… Elle est une mère monoparentale…

— Pourquoi ne demeure-t-elle pas aux côtés de ses enfants ?

— Delia n’a qu’un fils, Ned, qui est un adolescent…

— Ah, d’accord, je comprends… S’est-elle remariée ?

— Non, pas ce que je sache…

— C’est pourquoi elle travaille ?

— Oui, dit Melinda en haussant les épaules. Si tu veux le dire ainsi…

Elle soupira, regarda pendant quelques secondes son associée, qui semblait vérifier les objets sur les présentoirs, puis reprit d’une voix douce :

— Mais revenons à la boutique… C’est le lieu où je rencontre le plus d'esprits errants… Car ils sont attachés à des objets… Et je les aide à résoudre leurs énigmes et à accomplir leurs dernières volontés afin qu’ils cessent de hanter les vivants en question…

— Je comprends… Moi, je les rencontrais dans la rue, en allant au marché ou à l’église…

En clignant rapidement des yeux, l’entité demanda d’un air innocent :

— Et ton mari, il est au courant ? Je veux dire, de ta boutique ?

— Oui, j’en avais longuement discuté avec lui avant d’acheter le local…

— D’accord… Et ton mari, il vient travailler dans la boutique ?

— Non… Il vient seulement pour m’encourager… 

— Alors, quel métier exerce-t-il ? 

— Ambulancier à l’Hôpital Mercy.

— C’est un hôpital dans la ville ?

— Oui… Le seul hôpital… C’est précisément le prochain endroit que j’allais te montrer..

— Très bien !

— Allons-y !

Et Melinda tourna vers sa droite pour s’engager dans une rue perpendiculaire, puis tourna à nouveau vers sa droite. Elle était suivie par son ancêtre, qui regardait silencieusement d’un air émerveillé les bâtisses autour d’elles. Les deux femmes se rendirent devant un édifice en pierres grises, ayant pour seule inscription « Hôpital Mercy » en lettres dorées. 

L’antiquaire murmura :

— Voici le lieu de travail de mon mari… L’Hôpital Mercy… Ainsi nommé en l’honneur de Notre Dame de la Charité… Je ne connais pas par cœur les informations le concernant, mais selon ce que je sais, l’équipe est très dévouée et professionnelle… Il y a plusieurs médecins, de différentes spécialisations ; une dizaine d’ambulanciers rapides — des collègues de Jim, parmi lesquels Bobby, Tim et Will ; des infirmières attentionnées. Bref, tu comprends ce que je veux dire.

L’entité hocha la tête.

Melinda reprit :

— Voilà pour ce qui est de l’Hôpital Mercy, qui a été construit en 1940…

Elle fit une courte pause, s’éclaircit la gorge, puis dit d’un ton chaleureux :

— Et si maintenant au passait au café ?

— Oui…

La descendante de Tessa se dirigea d’un pas assuré vers le café Java, presque en face de sa boutique. En faisant un geste des mains vers la bâtisse verte, avec sa terrasse comportant quelques petites tables rondes et des chaises, elle commenta :

— L’endroit nécessaire pour se ressourcer en café chaque matin et après-midi…

Melinda jeta un coup d’œil rapide à sa montre et ajouta :

— D’ailleurs, j’ai tellement envie d’en prendre un maintenant…

— J’espère seulement que le café ne coûte pas une fortune, marmonna l’aïeule.

— Non, pas du tout ! À deux dollars, ce n’est pas cher.

— Les prix ont alors vraiment baissé entre-temps… À mon époque, c’était vingt-deux dollars la livre.

— Mais c’était une autre époque…

— C’est pourquoi je n’ai jamais bu de café de mon vivant, soupira Tessa. Tu peux me dire quel goût a le café ?

— Décrire son goût… fit Melinda d’une voix songeuse en entrant dans le café.

La barista, derrière le comptoir, déposa une tasse d’espresso la salua :

— Bonjour, Melinda !

— Bonjour, Anna !

— Un espresso simple ?

— Oui, comme d’habitude !

— Tu connais cette demoiselle ? demanda d’un air étonnée la revenante, en promenant son regard de sa descendante à la barista.

— Oui, répondit-elle dans un chuchotement. Depuis que je vis à Grandview, Anna la barista est toujours l’employée constante du café. Bien sûr, il y a eu d’autres baristas, mais ils ne sont pas restés longtemps.

— Il y a beaucoup trop de femmes qui travaillent ! Qui donc s’occupe des enfants, alors ?

— Tessa, tu ne dois pas oublier que ce ne sont pas tous les couples qui ont immédiatement des enfants…

L’interpellée roula des yeux, exaspérée, puis détourna la conversation :

— Et si nous revenons au goût du café ?

Melinda soupira.

Heureusement pour elle, l’espresso fut servi. Tessa pencha sa tête au-dessus de la tasse et renifla comme si elle voulait mémoriser l’odeur. Relevant sa tête, elle supplia :

— Puis-je goûter un peu de ton café ?

« Quoi ? » pensa sa descendante en levant les sourcils. « Tu penses me posséder pour une gorgée de café ? »

— Pourquoi pas ? Ce sera une expérience intéressante…

La vivante hésitait.

« Accepter… Pas accepter… Oui, non, peut-être… »

Elle promena son regard de son ancêtre à la tasse de café pendant au moins une minute. Tessa la fixa d’un regard implorant en murmurant :

— S’il te plaît… S’il te plaît… Accorde-moi cette faveur une fois avant de partir dans la Lumière…

Melinda, attendrie par l’attitude de Tessa, céda, avec son plus doux sourire :

— Bon d’accord… J’accepte…

Elle fixa son aïeule droit dans les yeux, pour noter une lueur de joie quasi enfantine, ce qui la fit sourire malgré elle qui s’effaça quelques secondes plus tard.

Melinda ajouta d’un air sérieux :

— Mais seulement pour une gorgée, pas plus… C’est entendu ?

« N’essaie surtout pas de profiter de la situation pour boire ma tasse de café ! » pensa-t-elle.

— Oui, répliqua la revenante.

Cette dernière s’approcha de la vivante. L’âme de Melinda sortit par son nez et observa, à la droite de son corps, ce qui allait se passer. Tessa entra dans le corps en passant par le nez. 

Aussitôt, le corps, possédé, en un mouvement quasi naturel s’il n’aurait été trop rapide, saisit la tasse de café pour la porter à ses lèvres. Elle but rapidement une gorgée, puis déposa la tasse sur la table. Gênée par le regard curieux des autres clients, elle jeta un coup d’œil autour d’elle, avec un sourire de contentement nullement dissimulé. 

L’âme de Melinda songea :

« Comme il est bizarre de voir son propre corps ! »

En remarquant que les autres clients du café la fixaient, l’âme de Melinda rougit — si ceci était possible à une âme — en se disant à elle-même :

— Tessa, tu n’es pas subtile !

Elle saisit la pensée des autres vivants autour d’elle : 

« Melinda serait-elle impatiente ? Du jamais vu ! Est-ce que le travail dans sa boutique est si urgent ? Ou son mari qui reviendra bientôt du travail ? »

L’âme de l’antiquaire crut même capter les sifflotements mentaux des autres clients. D’autres levèrent même les sourcils. Ceci la gêna encore plus en raison de l’allusion. Elle attendait avec impatience de revenir dans son corps.

Puis l’esprit cessa sa possession et l’âme de Melinda regagna son corps, en passant par la poitrine. Tessa sortit par le nez, se matérialisa à sa droite et la remercia d’un signe de tête.

Melinda, étourdie, pensa : « Merci, Tessa ! Grâce à toi, je comprends mieux ce que c’est que d’être possédée ! Quelle impression bizarre ! »

Après un long silence, elle parcourut de son regard les autres clients, qui continuèrent à la fixer, puis elle demanda :

— Qu’est-ce qui se passe pour que vous me regardez ainsi ? Je ne me suis pas salie avec le café ?

Elle observa sa robe, comme si elle cherchait une tache. Elle n’en voyait aucune. Rassurée, elle regarda autour d’elle, dans l’espoir que quelqu’un répondît à ses questions.

Personne ne souffla mot. Tous détournèrent leurs yeux d’elle. Ils se comportaient comme si rien ne s’était passé.

La passeuse d’âmes, s’étant assurée que personne ne la regardait, ramena son attention vers son aïeule : 

— Et alors, Tessa, comment tu trouves le goût du café ?

— Bien…

Et la vivante termina lentement sa tasse de café, paya et Anna la demanda d’une voix douce :

— Ça va, Melinda ? Mais pourquoi es-tu si pressée de boire ton café ?

— Ce n’est rien, je te l’assure… Seulement… rien, bredouilla-t-elle en baissant les yeux.

— Si tu le dis… Dans tous les cas, passe une bonne journée !

— Pareillement pour toi !

Elle sortit de l’endroit, suivit par Tessa, qui ne prononça pas un seul mot. 


Une fois à l’extérieur, la passeuse d’âmes murmura :

— Maintenant, je te conduis jusqu’à ma maison.

— Celle où je t’ai vu dans le salon, avec ton mari ?

— Oui !


En traversant rapidement une rue, les deux femmes s’arrêtèrent devant une petite maison avec un petit jardin à l’avant. Melinda affirma avec une expression de fierté, en faisant un grand geste des mains vers la maison :

— Voilà la maison dans laquelle Jim et moi vivons depuis quelques années !

— Hmm, elle est vraiment jolie… Ce serait mieux avec des enfants, pour ajouter un peu de vie, commenta Tessa.

— Pour les enfants, ne t’inquiète pas, on y travaille, mon mari et moi, fit son interlocutrice en rougissant légèrement.

Un silence plana entre elles pendant plusieurs minutes.

La passeuse d’âmes dit :

— Tessa, es-tu contente de ta visite improvisée de notre ville ?

— Oui, merci beaucoup…

— Alors, prête à partir dans la Lumière ?

L’esprit inspira et expira profondément, d’un air serein. Il regarda autour de lui, puis fixa un point vers sa droite et murmura :

— Oui. Je vois la Lumière… À mon tour d’y aller maintenant !

— Bon voyage, Tessa !

L’interpellée, le visage envahi par un large sourire, les yeux noisettes brillant de joie, se retourna une dernière fois vers sa descendante et dit à mi-voix :

— Merci à toi, Melinda !

Elle tourna à nouveau son regard vers la Lumière, s’écria :

— Voilà mon mari bien-aimé, John. et mon ange de fille, Julia, et même Mary-Ann qui m’attendent !

— Tu as vraiment un joli accueil ! Va-y ! s’exclama sa descendante en pleurant de joie.


Et Tessa Lucas, sans se faire répéter deux fois, s’avança d’un pas assuré vers cette lumière qu’elle seule voyait. Lorsqu’elle disparut complètement de la vue de la médium, comme si elle entra enfin dans la Lumière, celle-ci ne put s’empêcher de lâcher une larme de joie. Melinda essuya ses larmes du dos de sa main droite, puis se dirigea vers la porte d’entrée, que son mari ouvrit avant même qu’elle ne chercha ses clés dans le fond de son sac à main. Elle fut accueillie par un chaste bisou sur les lèvres. Une fois à l’intérieur, Melinda et Jim se dirigèrent vers le salon, où elle lui expliqua sa petite mésaventure au café. Il l’enlaça tendrement et commenta simplement :

— Mel, vois cela comme une expérience de plus !

— Mouais, si tu le dis ! Maugréa-t-elle.

Il l’embrassa sur les lèvres pour faire taire ses protestations, la souleva du sol pour la déposer doucement sur le canapé.



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