Mémoire perdue puis retrouvée (de Clueless Oyster, traduit de l’anglais)

Chapitre 8 : Découvertes musicales

1535 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/06/2026 00:25


Ned était allongé sur son lit, téléphone à la main, fixant le plafond tandis que le léger bourdonnement de sa chambre de cité universitaire flottait en arrière-plan. La jeune fille fantôme s'attardait dans la pièce, sa présence invisible mais palpable. Le calme s'était installé entre eux depuis un moment, un silence à la fois confortable et tendu, comme s'ils attendaient tous deux que quelque chose vienne combler le vide.

Soudain, son téléphone s'éclaira sur le lit, à côté de lui. L'écran clignota et, avant que Ned ne puisse réagir, de la musique commença à résonner, douce au début, le grattement reconnaissable d'une guitare acoustique emplissant la pièce.

— Attends, quoi ? marmonna-t-il en ramassant son téléphone. 

Il n'y avait pas touché. Il vit le titre de la chanson s'afficher : Lonely Day de System of a Down. Ned haussa les sourcils, surpris. 

— C'est toi qui as fait ça ? demanda-t-il à haute voix, riant à moitié face à ce moment inattendu. 

La seule réponse fut un léger scintillement de son téléphone, mais il le savait déjà. Alors que les premières paroles s'égrenaient dans la chambre « Such a lonely day, and it's mine [Quelle journée solitaire, mais c'est la mienne]... »  le sourire de Ned s'effaça, le poids de la chanson s'imprégnant lentement en lui. Les notes mélancoliques l'enveloppèrent comme une brise fraîche, et soudain, il ne lui sembla plus si étrange qu'elle ait choisi ce titre. Il y avait quelque chose dans l'air désormais, une tristesse qui s'accordait à l'ambiance du morceau.

Il ferma les yeux, laissant la musique l'envahir. Les paroles le frappèrent plus fort qu'il ne s'y attendait. « The most loneliest day of my life [Le jour le plus solitaire de ma vie]… ». 

Il pensa à elle, cette fille qu'il ne pouvait pas voir mais à laquelle il se sentait, d'une certaine manière, plus connecté qu'à la plupart des vivants qui l'entouraient. La musique continuait, et à chaque vers, la pièce semblait devenir plus petite, plus intime. Il pouvait la sentir, pas physiquement, mais par la façon dont la chanson comblait les espaces vides, les rapprochant l'un de l'autre. Le refrain retentit à nouveau, « The most loneliest day of my life [Le jour le plus solitaire de ma vie]... », et c'était comme si les mots restaient suspendus entre eux, une vérité qu'aucun des deux n'avait voulu prononcer à voix haute.

 — Tu n'es pas seule, là tout de suite, murmura Ned, sa voix étant à peine audible par-dessus la chanson. Je suis là.

Il y eut un léger bourdonnement sur son téléphone, une vibration subtile qu'il avait appris à reconnaître comme sa manière de répondre. 

« Je sais. » 

Puis un autre message : 

« Merci. »

Ils ne parlèrent plus après cela. La chanson les porta à travers cet instant, chaque note les rapprochant d'une manière que les mots ne pouvaient égaler. Ils n'étaient plus que tous les deux, partageant le silence et la musique, sans besoin d'explications. Pour la première fois, Ned sentit qu'ils avaient franchi une ligne invisible. Le lien entre eux grandissait, quelque chose qui n'avait pas encore besoin d'être précipité ou défini. Juste... ressenti. Alors que les derniers accords de la chanson résonnaient, Ned se rallongea, sentant le poids du monde s'alléger un peu. Peut-être que tout cela n'était pas si compliqué après tout. Il passa une main dans ses cheveux, un peu secoué par la profondeur avec laquelle tout cela résonnait en lui. Mais il n'était pas du genre à laisser les choses en suspens ainsi. Si elle pouvait se montrer vulnérable, il le pouvait aussi. Il saisit son téléphone, hésitant un court instant avant de parcourir sa playlist. Il y avait une chanson qu'il n'avait pas écoutée depuis longtemps, une chanson qui lui serrait toujours le cœur, mais là, à cet instant, elle semblait tomber à pic. Il la trouva et appuya sur lecture avant de pouvoir changer d'avis. Le grattement doux et familier de « Wake Me Up When September Ends [Réveille-moi quand septembre sera fini] » de Green Day envahit la pièce. Il ne dit rien au début, laissant le rythme délicat parler pour lui. La jeune fille fantôme resta silencieuse, comme si elle percevait le changement d'atmosphère. Elle ne toucha pas à son téléphone cette fois-ci. Elle se contenta… d'écouter. Ned se racla la gorge, la voix basse quand il finit par prendre la parole.

— Cette chanson… Elle parle de la perte de quelqu'un. Le chanteur l'a écrite pour son père, qui est mort quand il était enfant.

Il déglutit avec peine, les mots venant plus lentement. 

— J'ai perdu mon père moi aussi. Il y a longtemps. Il était… tout pour moi, tu sais ? Et quand il est parti, c'est comme si le monde avait… basculé. Je n'ai plus jamais été le même après ça.

Les paroles résonnaient dans la pièce : « Like my father's come to pass, twenty years has gone so fast [Tout comme pour mon père, ces vingt années ont filé à la vitesse de l'éclair]... ». 

Il fixa le plafond, le poids des souvenirs pesant sur lui. 

— Je n'ai pas écouté cette chanson depuis un moment. Mais… parfois c'est comme ça, pas vrai ? On a juste envie de dormir pendant toutes les périodes difficiles. Genre, juste… réveille-moi quand ce sera fini.

Sa voix s'éteignit, et la chanson continua, comblant le silence entre eux. Pendant un instant, Ned se dit qu'il en avait peut-être trop dit. Mais alors, son téléphone vibra de nouveau. Il baissa les yeux et vit son message : 

« Je comprends. » 

Une autre pause. 

« Je suis désolée pour ton père. »

Ned ressentit un étrange mélange d'émotions, du soulagement, de la tristesse, et autre chose qu'il ne parvenait pas tout à fait à nommer. Il n'avait pas parlé de son père depuis des années. Pas comme ça. Pas d'une manière qui lui semblait… apaisante.

— Merci, murmura-t-il, plus pour lui-même que pour elle, tout en sachant qu'elle l'écoutait.

La chanson continua, et quand retentit le dernier refrain, « Wake me up when September ends [Réveille-moi quand septembre sera fini] », Ned se perdit dans les paroles, dans le souvenir de son père et dans la présence de cette fille qui semblait comprendre. Quand le morceau s'acheva enfin, un autre message d'elle apparut :

« Il serait fier de toi. »

Ned cilla en fixant l'écran, déconcerté. Il ne s'attendait pas à cela. 

— Comment le sais-tu ? demanda-t-il, esquissant un demi-sourire face à l'étrangeté de la situation.

Un long silence suivit. Puis, finalement, sa réponse : 

« Allez, tu es à la fac, tu poursuis de longues études qui te passionnent, tu es là pour tes amis et leurs requêtes bizarres, et tu es gentil même avec une parfaite inconnue fantôme qui te harcèle un peu... Alors, pourquoi ne serait-il pas fier ? Tu es un homme bien. »

Ned expira un souffle qu'il ne savait pas avoir retenu, un petit sourire amer étirant ses lèvres. Peut-être avait-elle raison. Peut-être qu'après toutes ces années, son père serait toujours fier de lui. Dans le calme qui suivit, Ned réalisa qu'ils n'étaient pas seulement deux personnes partageant de la musique. Ils partageaient des fragments d'eux-mêmes, lentement, prudemment, comme pour tâter le terrain.

— Tu ne me harcèles pas, au fait..., ajouta-t-il, un petit sourire en coin. Tu es juste un tout petit peu envahissante.

Il eut un léger rire, les yeux pétillants de malice. 

— Ok, c'est à ton tour de choisir la prochaine chanson, mais on devrait opter pour quelque chose d'un peu moins déprimant, qu'est-ce que tu en penses ?

« D'accord. Laisse-moi te surprendre, je suis sûre que tu ne connais pas celle-là », répondit-elle.

Ned lut le message puis posa son téléphone sur la table de chevet, attendant que la musique démarre. Lorsque les premières mesures de « The Bad Touch [Le mauvais contact] » des Bloodhound Gang emplirent la pièce, les yeux de Ned s'écarquillèrent de surprise.

— C'est quoi ce délire ?! s'exclama-t-il, manifestement pris de court. Je n'ai jamais entendu ça ! C'est vraiment une chanson, ça ? 

Il secoua la tête, tentant d'étouffer un rire, mais c'était impossible. Il éclata d'un rire irrésistible qui résonna dans la chambre confortable. L'humour inattendu de l'instant renforça leur lien, leur donnant l'impression de partager une blague privée.

— Tu te fous de moi ! Qu'est-ce que tu viens de faire ?

Alors que le rire de Ned emplissait la pièce, la jeune fille fantôme le regardait, une étrange chaleur se propageant en elle. Son sourire était toujours aussi beau ; elle voulait qu'il dure pour l'éternité.


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