Toutes les secondes après

Chapitre 1 : Le calme de l'après

1107 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/04/2026 21:24

         Le silence planait dans la librairie. Il n’était pas désagréable. L’ange et le démon avaient beaucoup à penser. Ils venaient de s’embrasser. Tous les deux avaient aimé ça, et ils s’étaient séparés avec regret. Mais Aziraphale n’avait rien dit. Crowley ne savait pas ce que l’ange avait dans la tête. Il gardait un air serein, le regard semblait léger. Pour quiconque ne connaissait pas l’ange comme Crowley le connaissait, son visage paraissait paisible. Il voyait bien la légère ride qui fronçait entre ses sourcils. Délicat révélateur qu’Aziraphale réfléchissait à quelque chose de complexe. Néanmoins, il gardait le silence et le démon acceptait. Lui-même n’était sûr de savoir ce qu’il ressentait. Il avait aimé l’embrasser et il avait envie de recommencer. Il ne pouvait pas le nier. Mais il était un démon et lui était un ange. Il n’y avait rien d’évident dans leur relation.


Alors, Crowley regardait Aziraphale ranger sa librairie. Il prenait chaque livre avec douceur, examinait la tranche avant de se diriger vers la section correspondante pour le ranger. Il semblait presque inatteignable dans sa manière de l’ignorer. Pourtant, Crowley se sentait calme. Presque… apaisé ? Si ses sens s’étaient enflammés en embrassant Aziraphale, il se sentait désormais presque serein. Quelque part, il savait que ce qui était arrivé était inévitable. Tous ces siècles à se croiser, à se tourner autour… Crowley savait qu’Aziraphale n’était pas qu’un Ange du Ciel pour lui. Ils s’étaient dit amis pour ne pas dire ennemis. Pour ne pas dire… amants ? Un frisson le traversa à cette pensée. Un délicieux fourmillement dans le corps. Il regardait l’ange qui rangeait ses livres sans s’arrêter et il pensa à se lever, à l’attirer contre lui et attraper cette bouche tentatrice…

Crowley retint un léger rire à cette pensée. Si Aziraphale savait qu’il était le tentateur à cet instant, il serait sûrement horrifié. C’était le rôle d’un démon de tenter, pas d’un ange. Mais pourtant, le désir était là, niché quelque part dans un coin de son corps et de son âme. Quelque chose qu’il ne dirait pas à l’ange. Jamais. Ou… pas encore ?

 

Crowley se leva pour rejoindre à pas de félin l’ange, qui était plongé jusqu’au cou dans un carton de livres. Il ne savait pas trop quoi dire ou quoi faire. Visiblement, Aziraphale n’était pas prêt à partager sur ce baiser. L’ange se redressa, les bras chargés de livres. Le démon garda ses distances, le regardant faire avec tendresse. Il posa sa pile de livres sur une étagère en soufflant doucement. C’est alors que Crowley vit au ralenti un livre glisser et s’échapper de la tour bancale. Il tomba au sol dans un bruit sourd, qui déchira le silence paisible qui régnait dans la librairie. Aziraphale sursauta et se pencha pour l’attraper… alors que Crowley s’était penché pour le faire.


Leurs mains se touchèrent un peu brusquement. Mais ni l’un, ni l’autre ne bougea. Le temps semblait s’être brusquement figé. L’univers s’était arrêté et il ne restait que le discret tic-tac d’une horloge qui prouvait que le monde continuait de tourner autour d’eux. La main de l’ange était fraîche et douce. Le cœur au bord des lèvres, les doigts de Crowley s’enroulèrent doucement autour de la paume d’Aziraphale. Il l’entendit retenir sa respiration, comme on plonge dans une eau inconnue. La peur ? Le trouble ? Il espérait que l’ange ressentait lui aussi ce désir brut, comme un torrent de lave qui se déversait dans son être et faisait chavirer son corps.

Un tremblement dans la main d’Aziraphale sembla lui dire que, lui aussi, ressentait quelque chose. Quelque chose de fort. Quelque chose de différent. Qu’ils n’avaient jamais expérimenté jusque-là, malgré les millénaires passés sur Terre. Crowley reconnut cette émotion. Il avait pour travail de la faire naître chez les hommes. Le désir. Cette pensée fit galoper son cœur au point où il eut le souffle coupé.

 

Le démon aurait aimé dire ou faire quelque chose. Mais il était suspendu à la réaction d’Aziraphale. Qui restait figé. Il s’offrait à ce contact, sans l’approfondir pour autant. Crowley relâcha alors doucement la tension de ses doigts et l’ange se redressa lentement. Son regard fuyait le sien, il se racla la gorge bruyamment.

« Ce livre va à la section poésie. » déclara Aziraphale d’un ton faussement léger.

Mais Crowley le connaissait et il savait que l’ange était troublé. Le cœur du démon s’attendrit un peu devant sa gêne. L’ange et le démon ne savaient que faire de tout ce qui se passait entre eux. Alors, Crowley sourit doucement.

« Je vais le ranger de suite. »

« Merci, Crowley. »

Il s’éloigna vers la bibliothèque correspondante. Dans son dos, il entendit qu’Aziraphale s’était remis à son classement. Il rangea le livre à sa place et laissa sa main traîner sur le bois doux du meuble. Il hésitait sur ce qu’il devait faire. Devait-il partir ? Laisser du temps à l’ange de faire le tri dans sa tête ?

 

Un froissement un peu plus fort que les autres lui fit tourner la tête vers Aziraphale. Il croisa son regard. Ce fut comme une décharge électrique. Il crut qu’il allait parler. L’ange le regarda encore le temps de quelques longues secondes. Il y avait quelque chose de l’ordre du désarroi, du trouble, de l’hésitation dans ses yeux. Presque de la détresse. Le cœur du démon se serra devant ce spectacle silencieux. Alors, il eut un sourire. Léger. Confiant. Doux. Un sourire qui voulait dire « plus tard, ne t’inquiète pas ». Aziraphale sembla alors pouvoir enfin respirer et le coin de sa bouche se tordit légèrement avant qu’il ne se détourne pour retourner à sa tâche. Mais Crowley avait compris. Dans ce simple regard, il avait lu un merci. Et bien plus encore.


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