Conjonction

Chapitre 1 : Capture

3194 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 11/06/2026 20:05


Note de l'auteur : Je crois que je n’arrive pas encore à quitter Asa et Anthony.

Gravité les avait attirés l’un vers l’autre. Orbite leur avait permis de trouver un équilibre fragile sous les étoiles.

Avec Conjonction, j’avais envie de les accompagner au-delà des premiers élans, jusqu’à ce moment où le désir devient plus difficile à retenir, où le flirt commence à devenir une relation, et où se rejoindre signifie aussi choisir de rester.

Cette suite explore donc une étape plus intime et plus physique de leur histoire, mais toujours dans la continuité romantique des deux premières : avec tendresse, consentement, et cette émotion qui, pour moi, reste au cœur de leur relation.



NB : En astrophysique, la capture évoque un corps qui entre dans l’influence gravitationnelle d’un autre et ne s’en échappe plus.

 

 ****

 

       Cette soirée à la belle étoile avait rempli toutes les espérances d’Asa. Anthony s’était livré et ils s’étaient rapprochés, tant sur le plan émotionnel que physique. Une fois les craintes du rouquin apaisées, celui-ci s’était montré particulièrement entreprenant alors qu’ils s’embrassaient. Ses mains semblaient être partout, survolant et effleurant chaque partie de son corps. Ses lèvres dévoraient les siennes avec une sorte de sérieux qui était affolant. Asa avait l’impression que chaque parcelle de sa peau était en feu. Un brasier qu’Anthony avait allumé doucement mais sûrement.

Finalement, ils s’étaient séparés le souffle court. Même avec la faible lueur de la lampe torche, Asa avait remarqué le sourire fier et canaille d’Anthony. Et il était sûr que ce dernier ne pouvait pas manquer la rougeur de ses joues.

 

Anthony lui caressa doucement la joue, d’un doigt. La tendresse de ce geste bouleversa Asa. Puis le rouquin s’allongea en posant les mains derrière sa tête. Asa se sentait encore trop tremblant et vibrant. Il ne comprenait pas trop pourquoi Anthony s’était arrêté en si bon chemin.

Asa devait l’admettre : il n’avait pas eu beaucoup d’expériences avec les hommes. Il était trop timide pour se lancer et les quelques relations qu’il avait eues avaient été plutôt platoniques ou affreusement banales. Être embrassé aussi passionnément dans un champ, en pleine nuit, sous le ciel étoilé, était sûrement la chose la plus audacieuse que le libraire ait pu faire de sa vie. Son corps bouillant brûlait d’envie de ramener le rouquin contre lui et capturer ses lèvres. Comme si cela pouvait calmer le feu qu’elles avaient allumé.

 

Malgré tout, il devait admettre qu’une part de lui était soulagée qu’Anthony se soit arrêté là. Asa ne voulait pas vraiment que leur première fois se passe ainsi. Il savait que s’ils continuaient, ils perdraient tout contrôle.

Pourtant, il ignorait ce qu’il souhaitait vraiment. Il n’arrivait toujours pas à penser clairement avec le goût d’Anthony sur les lèvres et le souvenir de la chaleur de ses mains sur son corps. De plus, sa relation avec Anthony était si différente de tout ce qu’il avait pu vivre qu’il ne savait plus trop où il en était.

« Viens là, Asa… », murmura doucement Anthony.

Il posa une main sur son épaule et l’attira doucement contre lui. Blotti contre lui, Asa entendait son cœur battre la chamade. Son parfum musqué lui tournait la tête tout autant qu’il l’apaisait.

Sa tête suivait le mouvement de la respiration – encore un peu rapide – d’Anthony. Il ferma les yeux et se détendit, profitant pleinement de l’instant. Il se sentait plus heureux qu’il ne l’avait jamais été.

 


****


 

         Anthony peinait à se calmer. Une brûlure tenace courait sous sa peau. Son corps était en ébullition et il devait mobiliser toute sa maîtrise de lui-même pour ne pas fondre à nouveau sur les lèvres si douces d’Asa. Et l’entraîner plus loin… Aussi loin que son désir brûlant exigeait de lui. Il mourait d’envie de glisser ses mains sous ses vêtements et de pouvoir enfin toucher sa peau. Il se demandait si elle était aussi douce qu’étaient ses lèvres.

Mais il savait aussi que ce n’était pas le moment. Asa portait en lui une pudeur douce, une réserve tendre qui donnait envie de ralentir. Il avait envie d’aller lentement avec lui. Il l’avait senti frissonner dans son étreinte, s’échauffer sous l’assaut de ses baisers. Anthony savait que, s’il l’avait voulu, il aurait pu entraîner Asa plus loin sur le chemin du plaisir…

 

Pourtant, s’il était vraiment honnête, il n’y avait pas que le respect d’Asa qui l’avait motivé à s’arrêter en si bon chemin. Anthony ne s’y connaissait pas en relation amoureuse. Les relations d’un soir en revanche… Il était coutumier des rapports charnels d’une nuit. Mais ce qu’il avait ressenti avec Asa était différent de tout ce qu’il avait pu connaître. Le plaisir qui l’avait submergé était plus fort, plus intense. Et surtout – surtout – quelque chose en lui avait tremblé au son des gémissements d’Asa. Et c’était nouveau. Et effrayant.

 

Asa était maintenant lové contre son torse, apaisé. Anthony fixait les étoiles, cherchant leur réconfort et le calme habituel. Mais cette fois, il peinait à s’absorber dans cette contemplation qui, d’habitude, lui apportait de la sérénité. Toute son attention était dirigée sur la chaleur du corps d’Asa contre le sien, son souffle qui balayait son cou à un rythme de plus en plus régulier.

 

La nuit était bien avancée, désormais. La lune était mince, haute dans le ciel. La respiration d’Asa s’approfondissait peu à peu, il s’endormait. Anthony fut ému de le voir s’abandonner ainsi à lui. Asa était un peu entré dans son monde, son jardin intime. Et son désir sincère de le partager avec lui l’avait profondément touché. Plus que ce qu’il n’arrivait à l’admettre.

Mais il était temps de rentrer maintenant. Doucement, il passa une main dans les cheveux du libraire. Ils étaient doux sous ses doigts. Puis il caressa avec tendresse sa joue et il sentit Asa s’éveiller.

« Oh, désolé, je… je m’endormais… », marmonna Asa d’une voix endormie et un peu gênée.

« Ce n’est pas grave. C’est… que tu te sentais bien… », répondit Anthony dans un souffle.

Un léger silence plana entre eux. Mais Anthony entendit malgré tout qu’Asa était touché par sa sincérité un peu gauche.

« Viens, je vais te ramener. »

Lentement, Asa se redressa et s’étira. La gorge d’Anthony se noua devant le léger gémissement de plaisir qui s’échappa de ses lèvres. Puis, ils se levèrent et rangèrent le matériel dans un silence agréable. Un silence fait de chant de grillons et de brise dans les feuilles des arbres.

 

Ils retournèrent à la voiture. Anthony conduisit plus lentement que d’habitude. Il n’avait pas envie que cette soirée se termine.

« J’ai vraiment aimé cette soirée », dit doucement Asa.

« Moi aussi. »

Une impulsion, un désir qu’il ne souhaitait pas retenir. Il attrapa délicatement la main d’Asa et la serra. Il conduisit alors ainsi, sa main dans la sienne. Et c’était apaisant.

 


 

Ils arrivèrent à Londres beaucoup trop vite au goût d’Anthony. Il se mordillait les lèvres, brûlant de demander quelque chose à Asa. Cette soirée ne pouvait pas se terminer. Pas maintenant. Il sentait profondément dans sa chair qu’il ne supporterait pas de le quitter ainsi.

« Il est tard… Tu… Enfin… Tu veux venir dormir chez moi ? » demanda Anthony, d’un ton qui n’arrivait pas à cacher son angoisse.

« Eh bien… » hésita Asa.

Anthony lui jeta un coup d’œil. Le libraire avait rougi. Décidément, il aimait ce rouge sur ses joues. Mais comprenait-il tout ce que cette demande impliquait pour Anthony ? Et lui-même, s’en rendait-il vraiment compte ?

« D’accord. » finit par répondre Asa, avec un sourire qui réussissait à la fois à être un peu timide et solaire.

Le cœur d’Anthony s’emballa dans sa poitrine et ses doigts serrèrent le volant plus fort.

Que faisait-il ? Il n’avait jamais fait cela. Trois rendez-vous avant un baiser tendre. Puis un quatrième sous les étoiles, dans son espace le plus personnel… Et ramener cet homme chez lui pour…

Il n’était pas sûr de savoir ce qu’il voulait faire vraiment avec Asa cette nuit. Et pourtant, même s’il se sentait troublé par ce qu’il faisait et ce qu’il ressentait, il avait l’impression que c’était la suite la plus évidente de cette soirée.

 


 

         Anthony poussa la porte d’entrée et alluma la lumière du séjour. Il fut un peu gêné du désordre qui régnait dans son salon. Des piles de papiers et de revues scientifiques s’entassaient, penchant sous leur poids, comme de multiples petites tours de Pise. Des mugs, avec des traces de café séché, traînaient sur toutes les surfaces. Il n’avait vraiment pas pensé, en partant de chez lui, qu’il y ramènerait Asa. Il aurait sûrement fait un brin de ménage. Mais, quelque part, ce désordre lui ressemblait. Et il était étrangement heureux qu’Asa découvre cette autre face de sa personnalité.

« Eh bien, voilà. C’est mon chez moi… » dit Anthony.

Il jeta un coup d’œil au libraire. Ce dernier ne semblait pas perturbé par le petit chaos ambiant. Ses paupières papillonnaient et il retint un bâillement avec difficulté.

« Désolé, je n’ai pas l’habitude de veiller aussi tard… » s’excusa-t-il.

Cette nuit serait donc chaste, comprit Anthony. Étonnamment, il fut soulagé. Une sourde angoisse flottait malgré tout à la lisière de sa conscience. Ce serait la première fois qu’un homme dormirait chez lui sans que rien ne se passe. Il essayait de ne pas y penser, mais il peinait à ignorer le trouble qui le saisissait et lui donnait un léger vertige.

« Viens, la chambre est par là. Je vais te prêter de quoi te changer. »

Il attrapa la main d’Asa et le guida. Sa chaleur sur sa paume était délicieusement agréable.

 

Anthony alluma la lampe de chevet. La lumière était douce et chaude. Ses draps verts amande étaient défaits, roulés en boule. Il n’avait jamais aimé faire son lit. Il aimait le retrouver tel qu’il l’avait quitté. Mais il ne put s’empêcher de se demander si un lit plus ordonné aurait été plus approprié pour la première nuit d’Asa chez lui. Ses pensées trébuchèrent quand il réalisa qu’il avait pensé « première nuit ». Comme s’il en attendait d’autres. Beaucoup d’autres.

 

Asa observait d’un œil endormi la pièce. Il gardait malgré tout un léger sourire devant les livres d’astrophysique qui s’entassaient sur le sol. Anthony ignorait s’il avait remarqué que l’ouvrage sur la gravité d’Eddington trônait à une place de choix sur la table de nuit. C’était le livre qui les avait amenés à se rencontrer et Anthony en éprouvait une affection presque déraisonnable.

Le rouquin se mordilla les lèvres alors qu’il réalisait qu’Asa se tenait dans sa chambre. Sa chambre. Il avait pensé à ce moment dès leur première rencontre. Au moment même où il lui avait dit qu’il l’attendrait pour aller dîner.

Le sourire timide d’Asa, lui demandant de signer son livre. Son hésitation, le léger balbutiement… Anthony s’était aussitôt senti attiré par le beau libraire.

 Mais il n’avait pas imaginé que cela se passerait dans ces circonstances. Avec la façon dont il avait toujours abordé le plaisir — frontalement, légèrement, comme une chose simple et sans conséquence, presque fonctionnelle — il aurait cru que ce moment, si jamais il arrivait, serait plus torride. Plus évident. Plus facile à reconnaître.

Enfin, c’était ce qu’il avait pensé au début de leur premier rendez-vous. Mais très vite, cette image était devenue floue. Une sorte de rêve, un fantasme vague qui échauffait ses sens la nuit, lorsqu’il se sentait seul dans son lit. Mais qui ne correspondait pas vraiment à ce qu’il désirait au plus profond de lui.

 

Et pourtant, ce moment semblait presque parfait. Asa tout ensommeillé dans sa chambre, le lit aux draps défaits, la soirée sous les étoiles et juste deux baisers… Et la promesse d’une nuit chaste et tendre. Tout en prenant conscience de tout cela, alors qu’il ne pouvait quitter Asa des yeux, Anthony ressentit intensément la profonde proximité qui se nouait entre eux à cet instant. Quelque chose qu’il n’avait jamais connu. C’était toute l’intimité de la situation qui lui tombait dessus avec une douceur presque brutale. Cela n’avait rien d’érotique. Pas vraiment, en tout cas. C’était pire que cela. Plus intime. Plus dangereux.

Il se surprit à ne pas être déçu. Il était effrayé, un peu. Mais une chaleur étrange lui gagnait la poitrine, lente et profonde, et il ne savait pas encore quoi faire de cette émotion-là.

 

Asa lui jeta alors un coup d’œil interrogateur. Anthony réalisa qu’il était resté planté là ainsi, à le contempler sans dire un mot. Il se secoua et sortit d’un tiroir un t-shirt et un bas de pyjama. L’idée qu’Asa porte ses vêtements le remplissait d’une sorte de fierté et d’émotion qu’il ne sut pas reconnaître.

« La salle de bain est derrière cette porte. » lui indiqua-t-il d’une voix un peu rauque.

Asa lui sourit, prit les vêtements qu’Anthony lui tendait et s’enferma dans la salle de bain.

 

Anthony resta un instant immobile au milieu de sa chambre, incapable de savoir quoi faire de tout ce qui remuait en lui. Il entendit le bruit de l’eau qui coulait dans le lavabo, ce qui le fit réagir. Il passa nerveusement une main dans ses cheveux et décida de mettre un peu d’ordre dans son lit. Il envisagea de proposer de dormir dans le canapé mais… Non, le désir de dormir avec Asa était plus fort qu’une simple politesse. Et ils avaient allégrement passé l’étape de dormir séparés sur un canapé.

Asa sortit alors de la salle de bain. Anthony ne put s’empêcher de sourire en le voyant vêtu de ses vêtements, alors qu’il se frottait les yeux.

« Mets-toi au lit, je te rejoins tout de suite. »

Il aurait aimé le voir se glisser entre ses draps, mais sa gorge se noua à l’idée de cette scène qui serait peut-être trop intime et troublante pour lui. Il se précipita presque dans la salle de bain.

 

Il se brossa rapidement les dents et enfila son pyjama. Son reflet lui renvoyait une certaine anxiété dans les yeux, mais il ne pouvait s’empêcher de sourire. Réussirait-il à dormir, alors qu’Asa partagerait son lit et qu’il était en proie à tant d’émotions fortes et contraires ? Il inspira profondément, rassembla son courage et sortit de la salle de bain.

 

Le cœur d’Anthony s’attendrit en voyant Asa blotti dans les draps. Il ne dormait pas encore, il semblait lutter pour garder les yeux ouverts. En le voyant, il lui sourit. Un sourire si doux, si tendre… Déstabilisé, le rouquin se glissa sous les draps.

Alors qu’il hésitait sur la conduite à tenir, Asa ne tarda pas à se lover contre lui. Anthony passa une main dans son dos, le caressant dans un lent ballet rassurant et hypnotique. Il ne pouvait pas empêcher son corps de réagir, de se tendre et de se réchauffer alors qu’Asa était si proche de lui. Dans son lit. Son lit. Avec ses vêtements. C’était la première fois que quelqu’un portait ses vêtements. Son souffle se brisa un instant entre ses lèvres à cette idée.

Mais la respiration d’Asa dans son cou l’apaisa et il ne put retenir un soupir de contentement lorsque le libraire se rapprocha plus encore de lui, l’enserrant d’un geste presque possessif.

 

Anthony se demanda s’il devait parler ou faire quelque chose. Mais cet instant avait le goût de la perfection. Cette douceur, cette tendresse étaient une intimité nouvelle pour lui. Et il se surprenait à aimer ça. Peut-être qu’il n’aimerait ça qu’avec Asa. Mais cela n’avait aucune importance, car il ne voyait pas du tout un autre homme occuper son lit désormais.

 

Anthony éteignit la lumière et l’obscurité donna à cet instant quelque chose de si profond et personnel que cela lui serra agréablement le cœur.

La respiration d’Asa ralentit, son corps se détendit contre le sien. Anthony lui embrassa délicatement la tempe, enfouit sa tête dans ses cheveux pour sentir son odeur.

« Bonne nuit, Asa… » murmura-t-il.

« Bonne nuit… » répondit Asa dans un souffle.

Anthony garda les yeux ouverts alors qu’il sentait le libraire sombrer dans le sommeil. Il s’émerveillait toujours de la confiance qu’il lui portait. De cette manière qu’il avait à s’abandonner à lui sans crainte. Cette idée le bouleversa d’une douceur presque douloureuse.

 

Il écouta la respiration d’Asa devenir plus lente et plus profonde. Anthony se sentait apaisé et cela le remuait plus qu’il ne voulait bien l’admettre. Il serra doucement Asa contre lui, respira son odeur, effleura sa tempe de ses lèvres. Il n’y avait rien d’autre à faire, rien à prouver ou à chercher à comprendre.

Asa dormait paisiblement contre lui, comme si cela avait toujours été sa place. Cette idée bouleversa Anthony, d’une manière étonnamment délicieuse. Il ferma les yeux, se laissant porter par le souffle d’Asa dans son cou.

Et pour la première fois, son appartement, sa chambre et même son lit ne respiraient plus la solitude qu’il avait toujours connue.

 

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