Conjonction
NB : En astrophysique, la résonance évoque deux corps dont les mouvements finissent par s’accorder, comme s’ils répondaient l’un à l’autre.
À travers ses yeux clos, Asa pouvait percevoir la lumière du matin. Il se sentait bien, agréablement détendu. Et un corps chaud était lové contre son dos. Il ouvrit brusquement les yeux. Il observa, un peu désorienté, une table de chevet où s’entassaient des revues. Des murs blancs, des draps verts… Il n’était pas chez lui. Et ce corps contre le sien… Anthony… Aussitôt, Asa se détendit et un sourire se dessina sur ses lèvres.
Il se rappela la soirée sous les étoiles, les baisers ardents. Puis la suite était plus floue. Asa se couchait habituellement tôt et le trajet en voiture l’avait mené à la lisière du sommeil. Il se rappelait le séjour en désordre, la chambre… Puis il gardait un souvenir plutôt net de tendres baisers sur sa tempe. Et après cela, le trou noir… Il avait sombré dans un sommeil profond.
Asa avait plutôt le sommeil léger et il était étonné d’avoir aussi bien dormi. D’autant plus dans les bras d’Anthony. Parfois, il se demandait pourquoi il se sentait autant en sécurité avec lui, alors qu’ils ne se connaissaient que depuis peu de temps. Il y avait un goût d’éternité entre eux, quelque chose d’ineffable, une connexion qui dépassait l’ordre normal des choses. Asa aurait pu s’en effrayer, mais en fait, c’était un sentiment qu’il chérissait. Il croyait que ce genre de romance n’existait que dans les livres qu’il dévorait. Et voilà qu’il en vivait une…
Le souffle d’Anthony balayait sa nuque. Un bras, presque dans un geste possessif, reposait contre son ventre. Son t-shirt s’était un peu remonté dans le sommeil et les doigts d’Anthony effleuraient son ventre au rythme de sa respiration.
Au fur et à mesure qu’il s’éveillait, il était de plus en plus conscient de sa proximité. Sa peau s’échauffait, il se sentait rougir. Asa se rappela alors qu’il portait les vêtements qu’Anthony lui avait prêtés. Ses vêtements. Il toucha délicatement le tissu, comme s’il s’assurait qu’il était bien réel. Il inspira profondément et l’odeur d’Anthony le heurta de plein fouet. Dans ses vêtements, dans son lit, et le rouquin blotti contre lui, son parfum semblait être partout autour de lui. En lui. Et cela éveillait ses sens.
Il ne put s’empêcher de caresser doucement la main d’Anthony qui pendait mollement contre son flanc. Du bout des doigts, comme une chose précieuse et fragile. Ce dernier grogna et remua un peu. Asa se figea un instant, incertain de ce qui allait se passer. Enfin, surtout de ce qu’il voulait qui se passe.
Anthony s’étira en poussant un léger gémissement de plaisir. Puis, Asa le sentit se figer dans son dos. L’inquiétude le saisit à la gorge. Ce n’était peut-être pas le genre de relation qu’il attendait pour eux…
Il sursauta presque lorsqu’il le serra plus fort entre ses bras et enfouit son nez dans ses cheveux. Le cœur d’Asa battait à tout rompre, il ne savait plus quoi penser ou ce qu’il devait ressentir.
« Bonjour… » marmonna Anthony d’une voix endormie.
Son souffle chatouilla les petits cheveux de sa nuque et l’électrisa. Il se racla la gorge.
« Bonjour… Bien dormi ? »
Un grognement lui répondit alors qu’Anthony cachait sa tête dans le creux de son cou. Asa sentit ses lèvres sur sa peau. Un autre battement de cœur raté. Il devait être rouge pivoine et il se sentait presque trembler.
Il ne s’était jamais réveillé ainsi. Il y avait de la douceur dans les gestes endormis d’Anthony. Pourtant, ils réchauffaient aussi le corps d’Asa d’une manière qui n’avait plus tout à fait l’innocence d’un matin calme.
« Tu as bien dormi ? » demanda Anthony d’une voix qui gardait la langueur du sommeil.
Sa respiration balayait sa nuque et Asa se sentait perdre pied. Il s’efforça de se calmer. Mais Anthony passa sa main sous son t-shirt pour la poser au niveau de sa poitrine. Asa retint un hoquet de surprise. Et de plaisir.
« Ça ne va pas ? » l’interrogea Anthony, d’un ton soudainement plus réveillé et alarmé.
« Si… Si… J’ai très bien dormi. Euh et toi ? » répondit-il précipitamment.
Surtout, ignorer la manière dont les doigts d’Anthony traçaient des formes abstraites sur sa peau.
« Hmm… Ça faisait longtemps que je n’avais pas si bien dormi à vrai dire… »
Il y eut un silence, alors qu’Asa intégrait ce qu’il lui avait dit. Il avait bien dormi avec lui. Il n’y avait rien eu, il ne s’était rien passé. Et pourtant, Anthony avait bien dormi. Il se sentait profondément ému à cette idée.
Son corps se relâcha alors, comme apaisé par la confiance d’Anthony. Il apprécia d’autant plus son contact. La chaleur de son corps, ses doigts glissant sur son torse, son parfum qui l’apaisait tant.
Était-ce cela un réveil auprès d’une personne que l’on aim… Avec qui on se sent si bien, se corrigea aussitôt Asa. Il profita alors de cette sensation d’être dans un cocon protecteur. Comme si le monde n’avait plus de prise sur eux et que seul ce lit qui abritait leur tendresse existait.
« Je suis content que tu aies bien dormi… » murmura Anthony dans le creux de son oreille.
Asa frissonna en sentant son souffle si proche de la peau sensible sous la mâchoire. Anthony déposa quelques baisers légers sur son cou, et Asa sentit la tendresse se transformer en quelque chose de plus intense et brûlant. Il ferma les yeux et se laissa submerger par la vague de plaisir qui coulait dans ses veines.
Anthony passa une main sur ses cheveux, glissa le long de sa joue, s’aventura sur son cou. Asa ne put retenir un frisson de plaisir. La respiration d’Anthony se faisait plus rapide et brûlante.
« J’aime beaucoup me réveiller ainsi… » murmura-t-il.
Sa voix était douce, un peu gauche face à cette franchise qui tenait plus d’une confession. Asa entendait entre ses mots toute la surprise d’Anthony. Il n’était pas sûr de comprendre à quel point cela était nouveau pour lui. Mais il sentait, dans le ton un peu timide de sa voix, qu’il y avait une sorte de stupéfaction douce et inattendue. Asa se demanda alors s’il était habitué à des matins tendres après une nuit chaste.
Sa respiration se brisa lorsqu’il lui mordilla tendrement la peau sensible du cou et il oublia tout.
« Retourne-toi, je veux voir tes yeux… » murmura Anthony d’une voix rauque.
Son ton était presque autoritaire, ou alors cela tenait d’une supplique. Asa ne savait pas trop, mais son cœur accéléra dans sa poitrine. Alors, il se tortilla rapidement puis s’allongea sur le côté.
Anthony au réveil était magnifique. La lumière du matin faisait resplendir sa chevelure rousse en bataille. L’ombre de sa barbe lui donnait un air adorablement négligé. Ses yeux chocolat gardaient encore la trace du sommeil. Pourtant, ils pétillaient comme deux étoiles. L’esquisse d’un sourire canaille étirait ses lèvres.
« Bonjour toi… » murmura Anthony.
« Bonjour toi… » répondit Asa.
Il se sentait profondément ému par la chaleur du ton d’Anthony. Il avait l’impression, lorsqu’il le regardait ainsi, qu’il était la plus belle chose que l’on pouvait voir au réveil.
Anthony passa une main légère sur le visage d’Asa. Il traça la courbe de la mâchoire, glissa le long de ses sourcils pour descendre vers le nez. Puis son pouce accrocha ses lèvres et Asa eut l’impression que son cœur allait exploser.
Anthony le regardait avec une sorte de sérieux qui le déconcertait un peu. S’il souriait toujours, son regard était plus grave, plus intense. Il pouvait presque deviner les rouages de ses pensées s’activer derrière ses yeux. Asa aurait aimé qu’il se confie. Mais il voulait qu’il se livre à son rythme. Alors, il se prêta à cette contemplation attentive tout en essayant de respirer le plus calmement possible.
Finalement, Anthony sourit et son regard se fit plus doux. Il s’approcha lentement et déposa un baiser tendre sur ses lèvres. Asa ne put retenir un soupir de plaisir. Il comprit, avec un peu de gêne, qu’il attendait ce baiser depuis son réveil. Il sentit Anthony sourire contre sa bouche.
Mais Asa avait envie de plus, beaucoup plus. Il entrouvrit les lèvres pour approfondir le baiser. Il ne se rendit même pas compte qu’il bougeait avant de sentir la peau chaude d’Anthony sous ses doigts. Il s’était rapproché et avait glissé ses mains sous son t-shirt sans même y penser. Le sentir si proche était grisant et il oubliait toute sa timidité et sa réserve.
Asa se sentait bouillonner de l’intérieur alors qu’Anthony l’embrassait avec passion et qu’il s’agrippait à lui comme s’il avait peur qu’il parte. Le corps d’Asa n’était plus que lave en fusion et criait pour avoir plus, encore plus. C’est alors qu’il réalisa à quel point il était audacieux et que son désir était dévorant et lui faisait perdre sa retenue habituelle. Cela ne lui ressemblait pas.
Anthony sembla sentir le trouble d’Asa et il relâcha ses lèvres. Il posa son front contre le sien. Ce geste profondément intime bouleversa Asa. Tous les deux cherchaient leur souffle. Et il peinait à s’y retrouver entre ses désirs qui le tenaillaient et cette sorte d’étonnement vis-à-vis de son ardeur.
« Tu vas bien ? » demanda Anthony d’une voix douce.
Asa hésita. Il se sentait un peu perdu, il découvrait une autre facette de sa personnalité qu’il n’avait jamais soupçonnée.
« Oui, oui… C’est juste que… Enfin… Je me sens vraiment bien avec toi. »
Il n’avait pas eu le courage de lui faire part de sa surprise face à la force de son désir et à l’intensité de son plaisir. Comment pouvait-il lui dire qu’il n’avait jamais éprouvé autant de plaisir de sa vie ? Qu’avec lui, Asa perdait le contrôle ? Qu’aurait bien pu en penser Anthony ? Il ne savait pas comment il réagirait, mais il craignait trop sa réaction pour lui en faire part. Il se sentait un peu gêné de se sentir si inexpérimenté face à Anthony qui semblait très bien savoir ce qu’il faisait.
Anthony se redressa légèrement pour croiser son regard. Il était doux, chaud. Asa se sentit alors rassuré et il se détendit un peu. Il voyait bien qu’il n’était pas dupe, mais il ne chercha pas à le pousser à se confier.
C’est alors que le réveil sonna et ils sursautèrent tous les deux. Ils se regardèrent un instant sans rien dire. On pouvait lire la même déception dans leur regard. Ils étaient figés, comme si rester immobile arrêterait le temps. Et qu’ils n’auraient pas à sortir du lit.
Finalement, Anthony se retourna et éteignit le réveil d’un geste un peu brusque.
« Quelle heure est-il ? » demanda Asa.
La déception qu’il n’arrivait pas à cacher se lisait dans le ton de sa voix.
« Il est huit heures. »
« Huit heures, déjà ? » s’exclama Asa. « Je dois ouvrir la librairie dans une demi-heure ! »
Il se redressa brusquement. La bulle de tendresse et de plaisir s’était rompue et Asa se leva précipitamment du lit.
« Tu te lèves toujours aussi tard ? » demanda-t-il.
Fébrile, il cherchait ses vêtements. Il n’avait pas envie de quitter ceux qu’Anthony lui avait prêtés, mais il ne pouvait décidément pas aller travailler en pyjama.
« Eh bien, les étoiles se voient surtout la nuit, tu sais… Alors je n’ai pas besoin de me lever tôt. »
Asa se tourna vers lui et croisa son regard amusé. Une part de lui se sentait fondre devant ses yeux chocolat, un peu rieurs, et il ne put s’empêcher de sourire.
« Tes vêtements doivent être dans la salle de bain. » lui dit Anthony d’un ton légèrement moqueur.
Il semblait bien s’amuser et Asa aurait pu s’indigner. Mais il était si beau dans ses draps verts, ses cheveux roux flamboyants à la lumière du soleil… Une émotion - à la fois douce, chaude et immense - se souleva en lui. Il avait du mal à concevoir qu’il intéressait un homme aussi séduisant.
Alors, embarrassé, il ne put que hocher la tête et il se précipita dans la salle de bain.
****
Anthony ne pouvait s’empêcher de sourire. Il entendait l’eau couler dans la salle de bain et un libraire bien trop attachant jurer. Il fixait le plafond, les mains croisées derrière la tête. La lumière du matin entrait à flots dans sa chambre. La poussière dansait joyeusement dans les rayons de soleil découpés par le store.
Anthony restait surpris de cette soirée et encore plus de cette nuit. Tout d’abord, il avait partagé l’intimité des étoiles avec Asa. Il s’était confié sur ses craintes et Asa l’avait rassuré. De la manière la plus adorable qui soit. Puis, pour conclure le tout, il l’avait ramené chez lui. Ils avaient partagé le même lit et… ils avaient juste dormi. Anthony ne se rappelait pas la dernière fois qu’il avait « juste » dormi avec un homme. Cela devait remonter à la période des soirées pyjama de son adolescence.
Il n’alignait pas les conquêtes, ce n’était pas un Don Juan. En fait, il chérissait sa solitude. Pour lui, le sexe avait toujours été un jeu, une parenthèse, une manière agréable de sortir de sa routine et de répondre à un besoin presque fonctionnel. Il n’y avait pas d’attachement. Pas d’enjeu véritable. Rien qui survive vraiment au matin. Mais avec Asa…
Asa était toujours là au réveil, toujours là dans son appartement. Dans sa salle de bain. À prendre une douche. Anthony se sentit profondément déstabilisé face à cet aspect presque domestique. Il se tourna sur le côté, les yeux fixés sur la porte blanche qui le séparait de l’homme qui le troublait tant. Il avait envie de le rejoindre, ne serait-ce que pour oublier toutes ces pensées qui défilaient en lui. Tout ce qui le ramenait à Asa, non pas comme un partenaire sexuel mais comme… Une présence qu’il n’avait pas envie de voir repartir. Cette idée était presque trop vertigineuse pour lui.
L’eau se coupa et Anthony se secoua. Bouger. Faire quelque chose. Se distraire. Surtout ne pas penser.
Il se leva prestement de son lit et passa dans le séjour. Il alluma la bouilloire tout en préparant deux thés. Il ne savait pas si Asa aurait le temps d’en boire un. Pourtant, alors qu’il plaçait le sachet de thé dans le mug, Anthony réalisa que c’était une manière pour lui de reprendre contenance.
Il n’avait jamais dormi chastement avec un homme, soit. Avec un homme qui, en plus, se trouvait nu sous la douche de sa salle de bain. Sans lui. Mais il lui faisait du thé. Peut-être était-ce son instinct britannique qui lui donnait envie de croire que faire du thé pouvait tout régler… Ou alors, tout simplement, ce geste absolument banal avait quelque chose de réconfortant.
« Je ne vais pas avoir le temps de boire un thé. »
Anthony sursauta et faillit lâcher le mug qu’il tenait en main. Asa se tenait là, dans son salon, les cheveux encore humides et les joues rougies. Oh toi… Le thé ne pouvait rien faire contre son cœur qui s’emballait dans sa poitrine. Asa fronça légèrement les sourcils et Anthony comprit qu’il restait figé et silencieux. Il s’efforça de se détendre et il posa le mug sur le comptoir. Respirer. Il fallait juste qu’il respire.
« Pas de petit déjeuner donc ? » demanda-t-il.
Il se voulait joyeux mais sa voix était un peu trop tremblante. Asa sourit, et oh, le voir ainsi chez lui, si lumineux, dans son espace personnel, était bouleversant pour Anthony. Il n’avait aucune envie qu’il parte. Il voulait l’attraper, le ramener contre lui, l’embrasser jusqu’à oublier l’heure, les étoiles, la librairie, le reste du monde. Ce n’était pas seulement sexuel. C’était bien ce qui le rendait dangereux.
« Eh non, je dois vraiment y aller. Je suis déjà en retard, Derek ne va pas être content. » répondit Asa sur le ton de l’excuse.
Anthony hocha la tête un peu mécaniquement et se racla la gorge pour se remettre les idées en place.
« Dis-lui que tu étais occupé avec un beau rouquin. Ça devrait t’excuser pour ton retard. » le taquina-t-il.
Anthony n’avait jamais imaginé à quel point il pouvait être difficile de blaguer alors que son corps hurlait pour rejoindre celui - bien trop attirant pour son propre bien - d’un libraire encore humide de la douche.
« Je crains que Derek ne voie pas ça comme une excuse, mon cher. » rit Asa.
Il se dirigea vers la porte d’entrée, et Anthony ne put que le suivre. Il fallait bien qu’il parte. Rien ne durait pour toujours. Et cette soirée, qui s’était transformée en nuit puis en matinée, devait s’arrêter elle aussi.
« Il a bien tort. Je trouve que c’est une excellente excuse pour être en retard. »
Sa voix lui paraissait lointaine et son corps étranger. Il posa la main sur la poignée et croisa le regard d’Asa. Étrangement, il fut rassuré de voir de la déception dans ses yeux. Il se sentait moins seul face à toutes ses émotions qui s’agitaient en lui.
« Bon, eh bien… À bientôt alors ? » dit Asa, d’un ton légèrement anxieux.
Doutait-il vraiment qu’Anthony ne veuille plus le voir ? Il ne put s’empêcher de sourire doucement et il s’approcha pour l’embrasser avec tendresse. Il s’attarda plus longtemps que nécessaire, juste ce qu’il fallait pour que son cœur accélère et que le libraire rougisse.
Finalement, il s’écarta et lui adressa un sourire, dans lequel il espérait qu’Asa puisse au moins entrevoir tout ce qu’il ressentait. Il ouvrit la porte et Asa passa devant lui, rougissant adorablement.
« À très bientôt, Asa. »
« Alors, tu en penses quoi ? »
Anthony sursauta et leva les yeux vers son collègue. Il le fixait avec un sourire aux lèvres.
« Tu n’as rien écouté, n’est-ce pas ? »
Anthony grogna et son regard suivit fébrilement la ligne de calcul que lui montrait son collègue. Ce dernier étouffa un rire et il devait vraiment faire un effort énorme pour se concentrer. Finalement, il redressa la tête et lui rendit la feuille.
« Les calculs me semblent justes. » dit-il simplement, espérant que cela suffise à pousser l’intrus hors de son bureau au plus vite.
« Merci. Je vais donc continuer sur cette lancée. Dis, Anthony… Je ne sais pas ce que tu fais ces derniers temps, mais ça te réussit. Ça fait du bien de te voir… eh bien, penser à autre chose qu’au boulot. »
Anthony le fixa sans ciller, un peu gêné par la confidence de son collègue. Il n’avait pas imaginé être si transparent. Et cela le dérangeait que l’on puisse remarquer des changements dans son attitude.
« Allez, à plus tard. » lança son collègue, comprenant qu’il n’obtiendrait rien de plus.
La porte se referma et Anthony ne put s’empêcher de se demander s’il était gêné que l’on voie une différence dans sa manière d’être ou si le problème n’était pas ailleurs. Et si le vrai problème, au fond, était qu’Asa le changeait ?
Car Asa était partout avec lui. Il accompagnait chacune de ses pensées. Il l’empêchait de se concentrer sur son travail. Il le poussait à consulter son téléphone toutes les dix minutes dans l’espoir d’un message, enterrant toute sa dignité. Il était comme une adolescente face à son premier émoi. Il aurait dû avoir honte, sans doute. Mais il ne pouvait que sourire lorsqu’il pensait au libraire rougissant.
Son collègue avait raison : auparavant, il ne vivait et ne se consacrait qu’à son travail. Mais depuis qu’il avait rencontré Asa, il se faisait de plus en plus distrait. Son regard n’était plus entièrement tourné vers les étoiles. Il dérivait, malgré lui, vers quelque chose de plus beau encore. Asa.