Mad Love (Jerome Valeska) par

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Préquelle / Drame / Amitié

9 Kaysha

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Kaysha avait toujours refusé de donner sa date d’anniversaire à Jérôme. Il ne savait pas pourquoi, mais elle semblait haïr ce jour bien plus que lui. Personne dans le cirque ne le lui souhaitait, pas même son père. Pourtant, il avait envie de lui faire plaisir, comme elle prenait soin de lui organiser quelque chose à chacun de ses anniversaires. Lors d’une longue journée de Juillet, alors que le cirque squattait non lui d’une ville dans l’Alabama, Jérôme se présenta à Kaysha avec des muffins qu’il avait lui-même confectionné la veille, en l’absence de sa mère. Ils n’étaient pas très réussis visuellement, mais Jérôme n’avait rien d’autre à offrir.

Kaysha le vit arriver avec ses gâteaux. Elle fronça les sourcils en souriant.


-         On fête quelque chose, Rouquin ?


Il haussa les épaules.


-         Je sais que tu vas avoir quatorze ans cette année, Kaysha, et je voulais te les fêter pour une fois, même si ce n’est peut-être pas le bon jour.


Le sourire de Kaysha s’effaça. Elle ajusta sa casquette sur sa tête.


-         C’était pas la peine de te fatiguer, Valeska, dit-elle en tournant les talons.

-         Je t’en prie Kaysha, j’ai vraiment envie de te faire plaisir, et…


Elle se retourna brusquement, le visage furieux.


-         Alors choisi autre chose ! hurla-t-elle presque. Tu sais que je veux pas qu’on fête mon anniversaire, pourquoi tu insistes ? je hais cette fête, elle est stupide !


Il ne comprit pas. Les yeux de Kaysha étaient incroyablement humides et colériques en même temps. Il posa sa boite de gâteau sur le sol, pour se rapprocher d’elle.

Un claquement, son visage partit sur le côté, une douleur qui lui lançait la joue, et le souvenir d’un geste trop familier. Kaysha l’avait frappé.

Jérôme la regarda, sans arriver à parler, sans bouger, immobile, comme s’il attendait qu’elle le frappe à nouveau. Son regard surpris mêlé à la peur fit revenir Kaysha dans la réalité de son geste.


-         Oh non, dit-elle la voix brisée. Non, non, non… Je suis désolée Jérôme, vraiment, vraiment désolée.


Elle prit son visage entre ses mains.


-         Je sais pas pourquoi j’ai fait ça…


Le garçon ne parlait pas. Il se contentait de la regarder, perdu, incompréhensif.


-         Jérôme, parle-moi…


Il avait oublié comment lui adresser la parole. Il ne savait plus quoi lui dire, comment lui dire. Il était devenu une statue. Kaysha lâcha Jérôme, honteuse, et s’enfuit. Il la regarda partir, la gorge submergée par un sentiment déplaisant qui l’empêchait de respirer normalement, et qui lui retirait toute possibilité de réflexion. Il se demandait pourquoi elle l’avait frappé. Il laissa son regard tomber sur le sol, et redécouvrit les muffins. Il prit la boite dans ses bras, pour se raccrocher à quelque chose. Habituellement, il s’accrochait à Kaysha. Mais il ne restait que ses pitoyables muffins.


Il prit le temps de regarder tout autour de lui, comme s’il redécouvrait l’endroit où il était. Il avait cette étrange impression que rien n’était à sa place, pourtant, rien n’avait bougé. La terre sous lui n’était plus stable, elle tanguait, comme un bateau en pleine tempête. Lorsque sa mère le frappait, c’était différent. Rien ne changeait, tout était normal. Jérôme en avait l’habitude. Sa perdition était totale pendant de longues secondes. Se souvenant de la voix lointaine de Kaysha qui l’appelait, il s’éveilla de sa réflexion vaine. Renforçant son emprise sur ses gâteaux ratés, il avança lentement dans le cirque, inconsciemment à la recherche de son amie.


Il ne trouva la jeune femme qu’une longue heure après. Il s’était approché de l’enclos des chevaux, lorsqu’il reçut quelque chose sur la tête. Surpris, il leva les yeux pour trouver le ciel au dessus de lui.


-         Un peu plus à droite !


Il pivota pour voir Kaysha perchée sur un arbre, au dessus de l’enclos. Il s’éleva comme il le put au dessus du sol pour rejoindre Kaysha, encombré par sa boite.


-         Tu m’as retrouvée, Rouquin, dit-elle sans joie ni colère.

-         J’ai risqué ma peau pour ces gâteaux, expliqua-t-il difficilement alors qu’il se pendait à une branche. Et j’ai mis du chocolat dedans, ils vont fondre.


Il s’assit sur une branche tant bien que mal, au plus proche de la jeune fille. Il lui tendit la boite pour qu’elle se serve. Sans parler, les deux enfants mangèrent en regardant la vie qui s’étalait sous eux, les chevaux qui broutaient en remuant leur queue, et les sons qui venaient du cirque.


-         Tu m’en veux pas ? demanda-t-elle en brisant le silence reposant.


Jérôme haussa les épaules : il ne savait pas vraiment. Et finalement, il s’en fichait un peu.


-         Si je te dis quelque chose, tu ne le répèteras pas, ni aux autres, ni à moi ?


Il acquiesça.


-         Maman est partie ce jour-là, dit-elle. Elle a pris ses affaires, et elle est sortie, je pensais qu’elle allait revenir tu sais, mais la porte est resté fermée. Et finalement, elle est jamais revenue.


Jérôme écoutait attentivement, malgré son air passif. Elle se pencha pour lui prendre un autre petit gâteau. Il n’avait rien à répondre, puisque aucune réponse n’était la bonne. Personne ne pouvait le savoir mieux que lui-même.


-         Mais tes muffins sont bons, finit-elle avec un petit sourire. On se ressemble, ajouta-t-elle encore, sans regarder le garçon. On est juste l’inverse l’un de l’autre, des sortes d’opposés, et je pense que c’est pour ça qu’on se ressemble.

Kaysha réfléchissait avec énormément de maturité. Elle était surprise de l’aboutissement de sa propre réflexion.

-         C’est peut-être pour ça qu’on s’est rencontrés, hasarda Jérôme.


Elle attrapa la visière de sa casquette, et la souleva très légèrement pour la remettre sur sa tête en maintenant ses cheveux. Jérôme n’était pas vraiment certain de ce qu’il disait, mais cela lui paraissait une bonne explication.


-         Très possible, Rouquin, répondit-elle enfin. Tu dis rien ? Promesse ?

-         Promesse, affirma Jérôme.


Elle ne savait même pas pourquoi elle lui demandait de lui en faire la promesse, sachant pertinemment que Jérôme n’avait personne à qui le dire. Elle aurait aimé demander à Jérôme s’il n’avait pas lui aussi quelque chose à lui révéler, mais elle s’abstint. Elle maintenait ses pupilles sur le regard absent du jeune homme, qui lui semblait grandit. Ses yeux devenaient légèrement verts, se mélangeant subtilement au bleu mer de ses iris. Ses cheveux restaient obstinément roux, propices aux moqueries des autres enfants, sans que cela ne paraissait l’atteindre désormais. Ses taches de rousseurs aussi, disparaissaient peu à peu, sans qu’on ne s’en aperçoive vraiment. Jérôme grandissait, comme elle. Et d’un coup, cette idée lui sembla assez curieuse, puisqu’elle ne cessait de voir le garçon perturbé et inquiet qu’il avait été dès le premier jour ou ils s’étaient rencontrés.


En y réfléchissant, tout était naturel. C’était ainsi que devaient continuer les choses. Un jour, Jérôme serait grand, plus grand qu’elle peut-être, et il pourrait tenter de se mesurer enfin à la vie. Elle lui apprendrait, s’il le fallait. Mais seulement lorsqu’il serait prêt. Pour le moment, Jérôme avait besoin d’elle comme étant son amie, celle sur qui il pouvait poser sa tête sans qu’il n’en soit gêné, l’amie avec qui on pouvait verser autant de larmes que d’éclats de rire. Même si elle préférait quand Jérôme riait de son rire le plus franc, celui qui lui faisait découvrir toutes ses dents. Son rire innocent.


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