Mad Love (Jerome Valeska) par

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Préquelle / Drame / Amitié

24 Comme des enfants

Catégorie: T , 2160 mots
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Et il ne cessait d’avancer, ce temps avaleur de vie. Personne ne décide de rien face à lui, gouverneur de toute chose en ce monde. Même les jeunes gens en étaient préoccupés, pressés de tout faire. Jérôme, ne cherchait cependant pas simplement à lui échapper, mais surtout à fuir du regard de sa mère. 

-         Où tu vas ? intervint cette dernière alors que Jérôme allait sortir.

Il ferma les yeux une fraction de seconde, laissant sa main posée sur la poignée de la porte.

-         Dehors, répondit-il.

-         Rejoindre ta petite-amie ?

Il serra les dents, pour ne pas répondre à la provocation.

-         Cette fille voudra jamais de toi, mon pauvre. Fais plutôt la vaisselle au lieu de perdre ton temps.

Jérôme laissa sa main tomber dans le vide, en glissant sur la poignée. Il retira son épaisse veste, pour la poser sur le côté, retrousser ses manches et se diriger vers le lavabo avec négligence. Il évita tant bien que mal de regarder sa mère.

-         Ne te fatigue pas trop, lança-t-elle avec moquerie.

Il l’entendit attraper sa propre veste.

-         Tu m’excuseras, j’ai des choses à faire. Des vrais gens qui m’attendent.

Il serra les doigts autour de la tasse qu’il tenait. Sa mère ferma la porte derrière elle. Jérôme resta immobiles une poignée de secondes, avant de se retourner brusquement et jeter la tasse qui s’éclata contre la porte. Il regardait cette dernière, la respiration rapide, retenant cette pulsion qui l’aurait fait hurler. Il se dirigea vers la sortie, marcha sur la porcelaine brisée, et cogna son poing contre la porte. Luttant pour se calmer, il ramassa les restes de la tasse et termina rapidement la vaisselle, répétant des gestes précis sur les couverts et les assiettes qui s’étaient accumulées dans le lavabo.

On toqua à la porte. Furieux, Jérôme s’empara du torchon pour s’essuyer les mains, et ouvrit la porte avec impatience.

-         Wow, on se calme !

Jérôme eut une expression de surprise.

-         Désolé, je savais pas que c’était toi, s’excusa-t-il en retournant à l’intérieur, dans des marmonnements à peine compréhensibles.

Kaysha entra à son tour, en fermant la porte derrière elle, ne laissant pas entrer le froid et les flocons de neige qui tombaient depuis quelques heures. Elle frictionna ses mains entre elles, appréciant la chaleur de l’intérieur.

Il replongea ses mains dans l’eau de vaisselle.

-         Encore ? demanda Kaysha.

-         Pour changer, ouais, répondit Jérôme avec dédain.

Elle se mit à côté de lui.

-         Allez, pousse toi de là, Rouquin, ordonna-t-elle.

-         Laisse.

-         Casse-toi, insista-t-elle.

Il lâcha d’un coup l’assiette qu’il tenait, laissa Kaysha seule devant le plan de travail, et s’assit sur une chaise. La jeune femme se mit sans plus attendre à l’ouvrage, après avoir quitté sa veste.

-         Qu’elle ne soit pas étonnée, si un jour elle se retrouve étranglée, s’agaçait Jérôme en tordant le chiffon dans ses mains.

-         Dis pas ça, essaya de le raisonner Kaysha en faisant passer l’éponge sur un verre.

-         Je la déteste. Elle mériterait que personne l’aime.

-         Tu sais, personne n’aime ta mère. Bon, personne ne la déteste non plus. C’est juste… une femme facile.

-         Comme si je ne le savais pas déjà, s’énerva Jérôme en se levant. 

-         Le plus important, c’est que tu ne lui ressemble pas, soupira Kaysha.

Il ne répondit pas. Il n’en n’était pas si certain. Elle finit la vaisselle au bout de quelques minutes. Jérôme la regardait, appuyé sur la table. Elle lui prit le chiffon pour s’essuyer à son tour. Elle l’étendit ensuite sur le dos de la chaise qui était juste à côté de lui, et lui laissa un bisou sur la joue au passage. Il sourit légèrement.

-         Bon ! s’exclama-t-elle. A la base, je venais te proposer une bataille de boule de neige, vu ce qu’il tombe depuis tout à l’heure !

Elle perdit son sourire en voyant le garçon peu enjoué. Elle lui donna un coup amical sur l’épaule.

-         Allez Valeska, viens là.

Elle tendit ses bras vers lui, et le serra contre elle.

-         Enfile ta veste Rouquin, parce que, que tu le veuilles ou non, je te sors aujourd’hui.

-         Heureusement que t’es là Kaysha, sinon je sais pas de quoi je serais capable.

Ils se séparèrent, et les deux adolescents sortirent de la caravane pour se retrouver sous la neige. Les flocons se posaient gracieusement sur la chevelure de feu de Jérôme, et lui chatouillait de temps à autre le visage ou les cils. Kaysha fut la première à lui lancer une boule de poudreuse glacée, une fois qu’ils s’étaient éloignés du cirque.

-         Dans le mile ! ria-t-elle lorsque la boule s’écrasait sur son visage.

D’abord surpris, il se mit ensuite à rire, pour lui rendre la provocation. Kaysha l’évita d’un mouvement souple des reins.

-         Bien essayé ! lança-t-elle.

-         Tu perds rien pour attendre !

Chacun de leur côté, ils se lançaient de la neige, riant aux éclats. Jérôme oublia bien vite sa mère. Il se rua sur Kaysha qui persistait à lui jeter des boules de neiges. Elle cria d’une fausse peur, et Jérôme la fit tomber par terre, pour les faire rouler tous les deux dans la poudreuse, la neige s’immisçant dans leurs vêtements, et leurs cheveux. Ils riaient à ne plus s’arrêter, en recouvrant l’autre de neige. Enfin essoufflés, ils s’arrêtèrent. Au dessus de Kaysha, Jérôme sourit, confus, et se laissa tomber à côté d’elle. Ils avaient la respiration saccadée, et chacune de leur expiration laissait sortir de leur bouche une fumée blanche qui se confondait délicatement avec l’air.

-         Je suis en train de mourir de froid, rigola-t-elle alors que sa voix tremblotait.

Il se posa sur ses genoux pour se relever, ses mouvements minimisés par les épais vêtements. Debout, il lui tendit la main pour l’aider à se lever. Elle l’empoigna franchement, et ils se dépêchèrent d’aller jusqu’à la caravane de la jeune femme. Tout en entrant, ils se libérèrent de leurs vestes, et pulls. La neige fondante s’étala sur le sol. Jérôme frictionna les bras de Kaysha, pendant que cette dernière lui retirait la neige qui s’était déposée sur ses cheveux, les faisant aller dans tous les sens. Ils s’assirent juste devant le chauffage, pour se sécher et se réchauffer.

-         Ça fait vraiment du bien, commenta Kaysha en se laissant tomber le dos un peu plus sur la source de chaleur.

-         Tes lèvres sont devenues bleues, fit remarquer Jérôme en passant son pouce dessus.

Elle se contenta de passer deux doigts dessus.

-         Un peu plus, et je perdais un bras, se moqua-t-elle.

Les deux adolescents rirent, en se satisfaisant de la chaleur ambiante, qui leur détendait les muscles. Leurs corps se décontractèrent rapidement, dans un laissé aller commun. Secs, et inconfortablement installés sur le sol dur, ils se levèrent pour rejoindre le petit canapé. Après quelques minutes, Kaysha allongea son buste sur le canapé, la tête appuyée sur le repose coude, les jambes pendantes vers le sol.

D’abord hésitant, Jérôme finit par s’étaler juste à côté d’elle, entre son flanc et le dos du canapé. Elle ramena ses jambes dessus, et laissa Jérôme, qui s’était allongé sur le côté, poser sa tête sur son épaule. Il entoura sa taille de ses bras, et laissa sa respiration fatiguée couler dans le cou Kaysha. Elle posa sa tempe sur le front du jeune homme, et ils restèrent ainsi, sans parler. Innocemment, elle lui chatouillait la nuque de ses ongles longs. Il ferma les yeux à l’appréciable contact qu’il prenait le temps de savourer. Elle avait les yeux fixés au plafond, envahie par ses réflexions multiples et incohérentes les unes aux autres. Elle cru un instant que Jérôme s’était endormi. Elle baissa les yeux vers lui, et il ouvrit les siens en la sentant bouger.

En regardant son visage, il lui rangea une mèche qui lui barrait le front.

-         Je t’aime, souffla-t-il tout doucement en se rapprochant d’elle.

Ces mots étaient sincères, et incroyablement agréables aux oreilles de Kaysha. Comme s’ils étaient sucrés, et qu’on avait ajouté une saveur inconnue. Mais elle ne répondit pas, s’en sentant incapable. Elle lui laissa simplement un baiser volatile sur le front.

Mais les deux furent surpris lorsque la porte de la caravane s’ouvrit avec brusquerie. Kaysha ouvrit grands les yeux, et se releva immédiatement, suivie de Jérôme. Leurs têtes dépassaient du canapé, et ils purent découvrir Christopher qui se tenait sur le seuil de la porte. Personne ne dit rien, trop occupé à se demander ce que l’autre faisait là.

-         Jérôme, salua faussement Christopher, d’une voix pleine de rancœur.

Jérôme le salua d’un imperceptible mouvement de tête. A moitié sur Kaysha, le garçon ne bougea pas, trop impressionné.

Non, se reprit-il, pas trop impressionné. Il ne l’était pas, c’était faux. Christopher ne l’impressionnait pas. Il était plus grand et plus fort que lui. Non, Jérôme restait à sa place, voilà tout. Il ne disait rien, car il n’y avait rien à dire.

-         Tu… tu devrais y aller, conseilla Kaysha d’une petite voix en s’adressant à Jérôme.

Le rouquin glissa son regard vers elle, déçu, ne laissant pas paraître son agacement. Il se leva, baissa la tête en passant proche de Christopher, et sortit de la caravane après avoir récupéré sa veste et grogner un « monsieur ». Il n’entendit rien d’autre, ni la voix de Christopher, ni celle de Kaysha. La seule chose qu’il entendait, était cette petite voix qui lui martelait l’esprit, ne cessant de lui répéter que s’il l’avait voulu, il aurait pu garder Kaysha auprès de lui, et se débarrasser de Christopher.

Il semblait que cette petite voix avait décidément réponse à tout, et Jérôme se demandait bien pourquoi il ne l’écoutait pas plus souvent.


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