Dollhouse

Chapitre 72 : Comme des diamants dans le ciel - 4

25827 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 18/01/2026 15:40

Flottant entre la conscience et le monde des songes, Pansy fut abruptement arrachée des bras bétonnés de Morphée lorsque les sombres lumières de la base s’allumèrent soudainement. Une alarme stridente déchira le silence, ses impulsions sonores lourdes et régulières faisant trembler les murs comme si la base militaire elle-même hurlait sa panique. Ensuite, des tambourinements de pas qui se ralliaient, au garde à vous. Le coin des lèvres de Pansy s’étira jusqu’à ses oreilles. Il était arrivé. 

D’abord, Pansy n’eut le droit de se délecter que des sons. Vidée du poison, bien que de trop de forces également, l’adrénaline et l’excitation de le savoir juste là pour elle lui donna l’impulsion dont elle avait besoin pour se relever jusqu’à la grille de sa cellule, qu’elle empoigna avec force afin de tenir contre celle-ci. Elle voulait pouvoir voir. Elle voulait le regarder massacrer ceux qui avaient réellement pensé pouvoir s’emparer d’elle de la sorte, ignorant quel genre de monstre ils avaient provoqué. C’était sa récompense. Son spectacle, à elle, et rien qu’à elle. Pansy estimait ne mériter rien d’autre que les premières loges. 

Un ballet. Pour commencer, les pulsations aussi rythmées que prégnantes des vibrations de la musique dans les murs de béton qui annonçaient le début du spectacle. La lumière, soudaine et précise, s’étalait en des spots qui éclairaient la scène pour qu’aucun mouvement étiré ne soit laissé à l’imagination du spectateur. Le ralliement de la troupe, de tous ces danseurs figurants qui s’apprêtaient à offrir le dernier spectacle de leur vie. Certains étaient prêts, comme s’ils avaient préparé cette représentation trop longtemps, et d’autres donnaient l’impression de se faire écraser, presque dévorer par le trac. Ceux-là risquaient trop de faux mouvements, et seraient certainement les premiers à se faire anéantir par la pression. 

Dans les barreaux de sa cage que Pansy tenait fermement, elle pouvait sentir les vibrations paniquées de l’alarme qui hurlait au prédateur. Elle beuglait, terrifiée, suppliant que quelqu’un protège sa base. Personne ne serait de taille pour ce qui arrivait sur eux. À chaque pulsation vibratoire qui traversait la paume de ses mains, remontant divinement en des sensations piquantes à travers ses bras, prenant possession de sa cage thoracique en une embrassade envoûtante avant de redescendre en une cascade de frissons à travers son bas ventre jusqu’à ses jambes, Pansy geignit de plaisir. Elle pouvait sentir à travers chaque cellule de son corps à quel point l’intégralité de ces lieux, les murs, les hommes, les esprits, tout était terrorisé. Terrorisé de ce qui venait pour eux. De ce qui venait pour elle. Un large sourire sur ses lèvres aussi asséchées qu’abîmées des coups qu’elle avait reçus, Pansy encercla les barreaux de ses doigts fins avec une sensualité lascive. Comme si elle se préparait pour assister au spectacle qu’elle avait attendu toute sa vie, l’estomac agréablement noué d’anticipation et des picotements fort peu innocents dans le bas ventre, Pansy inspira profondément le peu d’air qu’il restait dans l’atmosphère autrement angoissante de cette prison. Entre ses lèvres passa un filet d’oxygène qu’elle étira, le voulant long, lent, cherchant à le sentir la pénétrer et la remplir d’un souffle nouveau dont elle avait grand besoin. Lors de quelques secondes suspendues, elle laissa cet air prendre possession d’elle, tant qu’elle n’avait plus de place pour la moindre bouffée supplémentaire. Elle se délecta de cette sensation de plénitude avant d’expulser à nouveau, dans un souffle étiré, tout l’excédent de ce qu’elle avait avalé pour se préparer pour cet homme dont elle ignorait encore à quel point il était sien. 

Sans qu’elle ne le remarque vraiment, son cœur se mit à jouer une symphonie vivifiante au rythme de l’alarme qui annonçait le plus grand danger qui puisse être. Agrippée aux barreaux de sa cage telle une enfant impatiente, la pluie continuant de tomber sur elle quand bien même elle n’en ressentait plus la fraicheur en cet instant, Pansy se délecta de la façon dont les voix paniquées des hommes et femmes présents dans ce qui allait bientôt devenir une scène de massacre hurlaient des ordres ici-et-là. Soudain, une explosion. Lourde. Violente. Puissante. La première vague de son – hurlante -, annonçait les murs de pierre épais qui venaient d’exploser en mille morceaux pour le laisser passer. La deuxième vague, elle faite de résonnance, envoyait un flux continu de vibrations basses qui accompagnaient les débris qui s’écroulaient en dégringolant après les plus gros morceaux. Pansy sentit la violence de l’explosion vibrer dans le creux de ses mains qui tenaient fermement les barreaux de sa cellule. Une autre vibration, elle plus douce, et cent fois plus chaleureuse fit vibrer la gorge de Pansy avant de s’échapper du bout de ses lèvres en un faible gémissement qu’elle n’essaya pas de retenir. Elle ne pouvait toujours pas le voir, mais il était là pour elle. Il était 

Bientôt, les premiers corps qui volèrent à l’autre extrémité du couloir, s’écrasants comme explosés contre les murs de béton à côté des barreaux de sa cellule. D’abord un premier. Elle put témoigner de l’éclair de magie rouge qui avait jaillit d’une baguette qu’elle ne voyait toujours pas, de la sonorité frappante de cette magie puissante, et sans cesser sa trajectoire, elle avait eu tout le plaisir de voir cette magie frapper ce soldat moldu en plein poitrail, le propulsant en arrière jusqu’à ce qu’elle l’entende s’écraser, puis la sonorité particulière d’un crâne qui éclatait contre le béton. Malgré le fait qu’elle ne pouvait pas voir l’œuvre d’art finale de cette toile peinte de violence, Pansy sentie une chaleur insolente monter en des vagues puissantes à travers son corps, éveillant des sensations d’anticipation en elle qu’elle n’était pas certaine d’avoir déjà ressenti à une telle puissance. Il semblait qu’aucun membre de son corps ne se rappelait en cet instant à quel point il avait été malmené quelques heures plus tôt, ni rien du piteux état dans lequel il se trouvait présentement. Non, Pansy était simplement tenue à ces barreaux, accrochée là de toutes ses forces dans une tentative désespérée d’enfin – enfin – le voir dans toute sa splendide horreur décimer la moindre vie qui se tiendrait entre elle et lui. 

La musique s’intensifia ensuite, les tonalités angoissantes de l’alarme continuant de retentir sourdement dans l’antre, vibrant dans les mains fines de Pansy à travers les barreaux de fer qui lui permettaient de tenir debout. Quelques nouvelles notes néanmoins s’étaient ajoutées à cette mélodie. Des cris, certains plaintifs, mais la plupart sonnaient comme les grondements gutturaux de guerriers qui s’élançaient dans leur dernière bataille. Ensuite, le tonnerre qu’elle connaissait maintenant très bien : celui des armes moldues. Une pluie de balles tirées vers son bien-aimé, probablement à bout portant pour certaines, d’autres – dans des tonalités en rafales – bien plus éloignées. Pansy savait qu’aucune d’elle n’atteignait sa cible, et cela ne faisait qu’élargir son sourire sur ses lèvres abîmées. Tout ça. Toutes ces munitions. Tous ces hommes. Toutes ces balles tirées l’une après l’autre, comme des éclairs qui se succèdent les uns aux autres, se déchirant eux-mêmes avant que la rafale ne file vers son destinataire sans ne jamais pouvoir l’atteindre. Des grondements rauques, comme des tambours de tempête frappés par un Dieu impatient de voir Theodore mourir, sans ne jamais parvenir à son but. C’était une musique entraînante, presque transcendante pour Pansy, ce chœur de voix rauques, violentes et abruptes d’une intensité brute. Tout ça pour lui. Tout ça, et pourtant il n’existait pas le moindre espoir qu’ils ne parviennent à l’atteindre. Les corps devenus cadavres qui volaient, et la sonorité sourde, creuse, parfois explosive de leurs corps qui s’écrasaient tantôt sur le sol, qui repeignaient parfois le plafond, ou venaient ajouter des touches de couleur sur divers murs autour du monstre. Et soudain le grondement puissant - plus profond - celui qui s’élevait des entrailles même du plus violent orage qui soit, venant trancher les bourrasques rauques du déferlement de violence ambiant pour venir bercer les oreilles de Pansy d’un chant onirique : 

-       OÙ EST-ELLE ?! 

Sa voix grave, presque rocailleuse, vibra avec la puissance d’un fauve furieux, comme une onde qui vint faire trembler les murs devant sa rage. C’était une question, et pourtant c’était un cri qui ne demandait rien, mais un hurlement qui exigeait, qui menaçait, qui assiégeait la force avec laquelle il ne cesserait pas tant qu’il ne l’aurait pas récupérée. Pansy serra les barreaux de sa cage pour que ses genoux ne lui cèdent pas, un gémissement plus profond, plus vibrant secouant son corps à l’écoute de la rage tumultueuse qui déformait la voix du monstre qui venait pour elle. La musique continua, faite d’explosions, de magie violente envoyée de tous côtés, de corps écrasés et de cris horrifiés. Du fait du nombre de cadavres que Pansy pouvait voir voler, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt au centre, Pansy supposa que ses deux autres guerriers étaient également venus pour elle. Bien sûr que ses garçons étaient venus pour elle. 

Au centre, les corps pleuvaient avec plus de force. Avec plus de violence, et bien plus de rapidité. C’était lui. Sa lèvre inférieure désormais mordue d’anticipation, Pansy concentra sa vision d’aigle sur ces corps qui pleuvaient au centre du couloir. Des éclairs de magie verte, parfois rouge, mais principalement verte. Des jets de sang qui jaillissaient tantôt de la gorge ou bien du crâne de ceux qui deviendraient bientôt des cadavres. Les projectiles que ces corps devenaient avant de s’écraser, faisant trembler d’anticipation les barreaux de la cage de Pansy, eux-aussi impatients de s’ouvrir pour lui. Des cris de guerre, aussitôt tuent. Et subitement, le bout d’une baguette magique. 

-       Aller…, Pansy gémit d’impatience contre les barreaux de sa cage. 

Elle voulait s’offrir le luxe de le voir. De pouvoir le regarder vraiment. Elle voulait pouvoir se délecter de l’animal sauvage qu’il était. Du démon qu’elle savait qui habitait le fond de ces yeux autrement angéliques. 

-       Viens-là…, chuchota-t-elle tandis que ses yeux félins étaient rivés sur les jets de magie qu’elle savait lui appartenir. Aller…, un peu plus près, se lamenta-t-elle en un gémissement plaintif. 

Le bout de sa baguette s’étira, long et fin dans la nuit éclairée par le carnage. De ce bout rond, un fil de lumière jaillît, d’un vert aussi transperçant que létal. Il y avait plusieurs soldats face à cette baguette seule. Plusieurs machines de guerre, plusieurs armes, plus d’une arme létale pour le contrer sans n’y parvenir. Les coups retentissaient, ceux des fusils, impuissants contre la magie noire qui s’érigeait de cette baguette dure et tendue. La langue de Pansy humidifia ses lèvres tandis que cette baguette s’étirait lentement dans la nuit, sa longueur désormais dévoilée à ses yeux inquisiteurs. Dans un mouvement circulaire discret qu’elle notait néanmoins, une nouvelle explosion de magie qui anéantissait la vie qui s’en trouvait à l’autre bout. Pansy n’avait que faire de ce qu’il se passait autour. Elle n’avait que faire des cadavres, de la rapidité féline avec laquelle cette baguette était capable de faire exploser toujours plus de magie noire. La seule chose qu’elle voulait voir, c’était lui. La baguette s’étira encore, cette fois dévoilée à elle dans l’entièreté de sa longueur érotique pour les yeux avides de Pansy. Et soudain, sa main. Un soupir saccadé s’échappa des lèvres de Pansy. 

La longueur de son index, fin et pourtant fort qui s’étalait en une caresse mortelle sur la fente envenimée de sa baguette. Son pouce, plus large, qui donnait le rythme des mouvements circulaires de cette arme létale qu’il tenait si délicatement entre ses doigts agiles. Et le reste de ses phalanges qui soutenaient le poids de cette baguette, repliés sur eux-mêmes pour chercher toujours plus de dextérité. L’esprit proprement enivré de Pansy, presque hypnotisé, la poussa à se demander ce que ces doigts étaient capables de faire d’autre. Comme au ralenti, cette main s’étira encore, dévoilant les veines puissantes qui la composaient, ces veines qui abritaient la quantité aussi pure qu’inhumaine de magie dont lui seul était capable, et bientôt, elle devina son poignet. Les yeux félins de Pansy empruntèrent le même chemin que cette veine, celle qui dansait et tourbillonnait autour de la courbe de son poignet. Cette veine qu’elle rêvait de pouvoir bénir de sa salive et caresser du bout de sa langue, la ferveur de ce désir brûlant en elle tandis qu’elle ne demandait rien de plus que la possibilité de vénérer sa puissance. Dans un cercle poétique, ce poignet se cassa comme s’il faisait danser cette veine pour elle, ses doigts fins semblant caresser cette baguette avec laquelle il avait une facilité déconcertante pour lui faire produire de la magie. Pansy ne voyait plus rien des corps qui tombaient autour de lui. Elle ne voyait rien d’autre que ce poignet érotique et la façon dont il tenait cette baguette en constante érection. Lorsque sa pirouette fut complète, un nouvel éclair vert jaillit du bout rond de l’extension de son corps. Venant du plus profond de son bas ventre, remontant en une caresse veloutée dans sa gorge pour finir en un soupir qui s’extirpait de ses lèvres, Pansy gémit en regardant ce filet de lumière gicler du bout de la baguette pour atteindre sa cible en plein cœur. 

Ce poignet s’étira encore, laissant son avant-bras droit découvert se prostituer pour elle, se dévoilant nu à elle. Cet avant-bras portait toute la force de sa violence, le genre de violence qui travaillait un relief sculpté par la lumière de sa magie létale, où les muscles tendus dessinaient les lignes fermes et maîtrisées de sa force sous sa peau de porcelaine. Ses veines y dansaient comme de fines rivières, saillantes ou disparaissant au rythme de sa peau, tout un monde magique marin vivant en lui dont Pansy voulait découvrir le moindre des secrets. Sur cette peau pure que Pansy rêvait d’embrasser, des projections de sang venaient peindre la toile la plus somptueuse qu’elle n’avait jamais vue. Parfois, des éclats d’un rouge vif encore frais, d’autres fois des traînées étendues qui semblaient avoir séchées. Elle se demanda combien de personnes différentes étaient venues peindre son homme de la sorte, et elle sentit une vague de chaleur la traverser lorsqu’elle laissa son esprit fantasmer à ce propos. Pansy trouvait dans ce membre tendu une beauté frappante, le genre de beauté parfaite des plus sublimes sculptures grecques, ces pierres qui gardaient la trace et reflétaient parfaitement la force intérieure des Dieux qu’ils vénéraient. C’était ce qu’il était, pour elle. Un Dieu. 

Lentement, amoureusement, ce bras s’étira encore dans l’espace, la course de la force qui vivait en lui se dévoilant à elle en un biceps aussi épais que tracé malgré le tissu noir qui le recouvrait, lui encore. Les éclats de lumière qu’il lançait faisaient ressortir somptueusement les muscles saillants de son biceps, dans la parfaite prolongation de son avant-bras fort. Le tissu noir qui l’enveloppait chaleureusement s’étendait sur lui comme une ombre, gardienne de sa chaleur enivrante. La matière, douce et duveteuse, avait la chance insolente d’épouser chaque courbe ondulante de ce muscle puissant. Pansy se délecta du spectacle qu’elle avait sous les yeux lorsque cette baguette se retira un instant vers lui comme pour prendre de l’élan dans sa violence, toute l’étendue de l’épaisseur de son biceps s’étalant devant ses yeux, avant que ce bras ne se tende à nouveau dans un mouvement que Pansy vivait comme alangui. Dans un mouvement parfaitement contrôlé, le bras s’étendit, ce biceps retrouvant une finesse relative compte tenu de son diamètre imposant, la saillance de son muscle venant comme découper le tissu sans ne jamais le déchirer. Son avant-bras nu se dévoila à nouveau à elle, parfaitement contracté, ces veines insolentes traçant des lignes bleutées délicieuses sur sa peau parsemée du sang de ceux qui avaient cru pouvoir la lui voler. 

Enfin, la colline préférée de Pansy, celle de son épaule. Une courbe solide et proéminente que la lumière venait caresser. Sur la parfaite rondeur de son muscle, le tissu aussi sombre que la nuit était déchiré en une traînée sèche et coupante. Sur la peau timidement dévoilée là, une trace de sang encore chaud s’écoulait en une cascade d’un rouge foncé. Là où aucune balle n’avait pu s’enfoncer, une l’avait néanmoins touché et coupé, comme si qui que ce soit d’autre qu’elle avait le droit de caresser cette peau parfaite. Pansy se sentit grogner contre les barreaux de sa cellule. Malgré la blessure, cette épaule gardait en son sein la promesse de chaque mouvement létal qui y prenait naissance, encore et encore, jusqu’à ce qu’il parvienne à elle. Pansy ne pouvait voir que ce bras parfait, et pourtant il ne faisait aucun doute pour elle que c’était là la silhouette d’un homme qui n’avait pas besoin de parler pour imposer la force de sa présence. Le corps de Pansy frémissait à ce constat, et pourtant elle demeurait affamée qu’il lui dévoile le reste de son corps. 

Dans un nouveau pas qu’il fit vers elle – Pansy le supposait – elle eut droit à plus encore de cet être divin. À chaque fois qu’un autre de ses garçons tuait un moldu, elle le maudissait, parce qu’un nouveau corps passait devant ses yeux, la coupant l’espace d’une seconde du spectacle délicieux qui s’étendait devant elle. Au bout de son épaule majestueuse, Pansy continua son voyage à la base de son cou. Une colonne large et forte qui portait le visage le plus divin qu’elle ne pouvait encore voir. Sa nuque, s’étalant plus haut encore, était injustement recouverte d’un tissu pour lequel Pansy se découvrait une aversion profonde. À l’extrémité de cet insolent tissu, néanmoins, un bout de peau. La lumière y glissait, là où sa peau était la plus claire, et elle le devinait, la plus douce, juste là où quelques mèches aussi sombres que la nuit avaient l’indécente de venir le caresser. Pansy enviait jusqu’aux gouttes de sang des corps qu’il anéantissait qui venaient se déposer sur sa peau, la teintant d’un rouge vif qui ne le rendait que plus somptueux encore à ses yeux. Elle aussi, elle exigeait la chance de pouvoir le recouvrir de ses fluides corporels. 

Un nouveau pas en avant, et de son épaule majestueuse se dévoilait à présent ce dos parfait, ce paysage large et puissant, vaste étendue de muscles sculpté par les Dieux les plus cruels qui soient. Sous le tissu noir, le relief de ses omoplates traçait des lignes qu’elle rêvait de pouvoir caresser de la pulpe de ses doigts, ou bien du tranchant de ses ongles, Pansy ne pouvait pas choisir. Chacune de ses respirations venait faire gonfler ce dos, la danse lente de ses muscles faisant onduler le tissu sur sa peau, une architecture vivante dont les contours faisaient fléchir les jambes flageolantes de Pansy. Ce dos pouvait tout porter, il n’y avait rien qui était trop lourd pour lui. C’était un dos fait pour protéger, un dos taillé pour être l’ancrage fort et solide dont Pansy avait besoin. La chute de ses hanches, sensiblement plus fine, donnait naissance à la rondeur parfaite d’un fessier qui n’avait l’air de rien de moins que l’ancrage parfait auquel elle pourrait se soutenir. La pluie, fraiche et pure, continuait de tomber délicatement sur Pansy en des gouttelettes innocentes, comme si elle cherchait à la laver de ses péchés. Les Dieux auraient pourtant dû savoir que rien au monde ne pouvait assainir les pensées dépravées qui l’animaient, excepté peut-être les gouttes fiévreuses de la transpiration de Theodore Nott, élixir parfait qu’elle désirait goûter de tout son être. 

Bientôt ses jambes - fortes et larges - s’étendirent devant elle, et elle put voir l’entièreté de sa silhouette parfaite. Il dansait, ses muscles ondulant sous la surface du tissu déchiré ici-et-là par quelques balles culottées qui avaient osé le toucher, laissant des traces de sang qu’elle voulait lécher sans retenue. La nuit battait son plein, et la bête était de sortie. Dans des mouvements étirés que Pansy voyait au ralenti, Pansy le scrutait, ce monstre qui anéantissait tout autour de lui, subjuguée par sa beauté violente. Tout, elle aimait tout de lui. Sa douceur, sa chaleur, sa froideur, sa violence létale, le tonnerre terrifiant de sa colère et le sang de sa rage. La vulnérabilité fragile dans ses iris céruléennes lorsqu’il la regardait, et le feu ardent qui les brûlait lorsqu’il la désirait. Elle voulait voir ce corps fort, ce corps sanglant, ce corps abîmé contre le sien. Elle voulait sentir sa puissance, toute sa violence démesurée s’écraser contre elle. Elle voulait recevoir tout ce qu’il avait à offrir dans tout son désespoir de la retrouver, dans toute sa rage animale de la posséder, elle voulait recevoir tout de la noirceur terrible de l’âme de cet être démentiel. Bien trop grand, il était bien trop grand dans sa violence pour qui que ce soit d’autre qu’elle. Elle voulait entrer en parfaite collision avec lui, parce qu’elle estimait qu’elle l’avait largement mérité. Elle l’avait mérité, lui et toute sa violence ardente. Elle voulait qu’il la brûle de son feu embrasé, qu’il la consume de toute sa parfaite violence, et qu’il ne laisse d’elle plus que des cendres de braise que lui seul pourrait raviver. Elle voulait qu’il prenne tout d’elle et qu’il n’en laisse absolument rien qu’une fumée étouffée, parce que tout ce qu’elle désirait c’était être la femme qu’il aimait. 

Et elle l’était, elle le savait. Elle le regardait, cet animal qui dansait. La façon dont ses muscles se contractaient, la force avec laquelle il parvenait à tirer toujours plus de magie noire hors de lui. Bientôt, derrière-lui, les monstres qu’étaient Blaise et Drago sortiraient de l’ombre à leur tour, mais Pansy n’avait d’yeux que pour lui. Elle était tout bonnement hypnotisée, pantelante derrière les barreaux de sa cage. À chaque mouvement létal qu’il effectuait, un gémissement plaintif qui réclamait tellement plus s’échappait des lèvres de Pansy, comme le chant d’une sirène qui appelait à elle son matelot. Et elle voulait l’étreindre, l’emporter avec elle dans ses eaux profondes, là où personne ne pourrait jamais venir les interrompre. Là où personne ne pourrait jamais le retrouver. Rien que pour elle, le noyer dans son océan, là où il n’aurait besoin de rien d’autre une fois qu’il aurait trouvé le trésor qu’elle gardait entre ses jambes rien que pour lui. Et il assassinait, et à chaque vie qu’il prenait sauvagement devant elle, Pansy se sentait faiblir un peu plus. 

Il était d’une magnificence incandescente, et elle savait qu’elle était objective lorsqu’elle se demandait s’il existait qui que ce soit sur cette Terre qui pouvait rivaliser avec une beauté pareille. Et soudain, il pivota. Le tissu noir de son haut collait sur son torse mouillé de la pluie divine qui le caressait, laissant apparaître avec une transparence parfaite la courbe du moindre de ses muscles, en révélant la tension qui y vivait. La lueur de ses pectoraux était révélée par la lumière de sa magie, des coupures parsemant son torse ici et là. De leur aspect tantôt tranché, tantôt plus rondes, Pansy pouvait deviner où il avait été touché de lames, et où il avait été déchiré par des balles. Son estomac se noua devant ce torse parsemé de coupures ensanglantées. Il avait été touché plus d’une fois, bien plus d’une fois. Aucune balle n’était parvenue à se loger en lui, mais plus d’une était venue le dévêtir dans cette longue nuit où il n’avait cessé de la chercher. Pansy pouvait presque voir la fumée qui s’échappait de son corps chaud, comme si chaque goutte de pluie qui tombait sur lui tentait en vain de venir éteindre le feu ardent qui brûlait en lui lorsqu’il la cherchait alors qu’elle lui avait été enlevée. Et enfin, enfin, le tranchant de sa mâchoire tandis qu’il se tenait, tout muscle tendu, de profil face à elle. Ses yeux enamourés tracèrent cette mâchoire et chacun de ses contours aussi aiguisés que des lames d’acier, remontant le long de son menton parfait pour s’aventurer dangereusement sur la pulpe de ses lèvres. 

Pansy ne remarqua pas qu’elle retenait désormais sa respiration. Des éclats de sang venaient tâcher la peau parfaite de son visage, reliquat de la violence sans nom dont il faisait preuve lorsque cela la concernait, elle. Complètement hypnotisée, Pansy se perdit dans ces lèvres. De profil, elles lui avaient l’air encore plus délicieuses. Elles ressortaient dans la nuit comme si elles avaient été dessinées par les Dieux, et elle pouvait voir l’endroit exact où l’Ange était venu lui faire promettre de se taire. Oui, Pansy n’avait pas le moindre doute sur le fait que cet homme-là contenait en lui les réponses à tous les secrets de l’Univers et de sa vaste machination. Presque à regret, Pansy remonta la courbe de son nez, celui-là encore parfait à son goût, sculpté par les artistes les plus talentueux du monde. Ni trop fin, ni trop épais. Le genre de nez qui se mêlerait parfaitement au sien, s’il se décidait enfin à l’embrasser. Dans les jeux de lumière provoqués par la magie noire qu’il faisait jaillir de sa baguette tandis qu’il ne cessait d’assassiner sauvagement la moindre vie qui habitait ces lieux – bientôt réduites à l’état de fantôme – Pansy devinait clairement le creux que ses pommettes hautes venaient laisser dans ses joues. Elle se rappelait la façon dont elles se creusaient plus encore lorsqu’il lui souriait. En cet instant, il n’y avait pas l’ombre d’un sourire sur ce visage. Rien d’autre qu’une concentration enragée féline. Elle pouvait reconnaître sa tension dans la façon dont les coins de sa mâchoire étaient contractés, dans un effort physique perpétuel pour la récupérer. Pansy se demandait depuis combien de temps, combien de bases différentes, et combien d’hommes et de femmes il avait assassiné avant d’arriver jusqu’à elle. 

Les éclats de sang peints sur son visage que la pluie ne parvenait pas à nettoyer lui faisait supposer que la réponse à cette question était certainement plus que ce qu’elle ne pouvait imaginer. Cela rendit Pansy encore plus fébrile qu’elle ne l’était déjà. Oui, il avait déchaîné les enfers pour elle. Pour la récupérer. Il brûlerait tout pour elle, et ce n’était pas qu’une figure de style. Il le ferait. Pansy savait, sans le moindre doute, qu’il le ferait réellement. 

La course enamourée de Pansy continua sur le visage ensanglanté de son amant monstrueux. Ses cheveux aussi sombres que les plus belles plumes des corbeaux présageant la mort gouttaient, mouillés sur son front. Sur son visage, des perles de pluie rosées tentaient, en vain, de nettoyer tout le sang qu’il avait fait couler cette nuit-là. Pansy savait qu’il n’y avait pas assez d’eau bénite sur cette planète pour laver la sombreur de l’âme de son homme, et cela la fit gémir une nouvelle fois. C’était son monstre. Son monstre à elle. Pansy voulait que le sang coule, et chaque fois qu’une nouvelle vie s’éteignait, elle gémissait. Elle voulait voir le sang jaillir, et elle s’en délectait. Elle voulait le voir perdre la raison, et elle l’admirait pour cela. Pour cette animalité bestiale et sévère dont il était capable. Pour la façon dont il faisait couler le sang et la violence avec laquelle il retournait tout pour elle. Elle voulait le regarder anéantir la moindre vie qui avait eu l’audace de penser pouvoir s’en prendre à elle, et elle s’en satisfaisait. Elle voulait que la mort pleuve, que le désespoir coule sur eux comme un poison tombé du ciel, et Theodore était son ange de la mort. 

Et enfin, elle vit un de ses yeux. Celui de droite, tandis qu’il combattait toujours de profil par rapport à sa position à elle. Cet incroyable bleu transperçait la noirceur de la nuit, comme un diamant illuminerait le ciel. Cet œil brûlait d’une fureur primitive, il réclamait dans cette iris une vengeance qu’il ne semblait pas parvenir à assouvir, peu importait combien de sang il faisait couler. La violence brute, cette violence animale qui vibrait dans son regard explicitait à quel point il était prêt à réduire le monde à feu et à sang pour retrouver celle qu’il aimait. Ce n’était pas le regard d’un homme, c’était celui d’une bête. Le léviathan. Il était terrifiant, cet animal-là, et cela fit gémir Pansy. Et c’est là, à l’écoute de cet appel plaintif qui réclamait tellement plus de lui, qu’au détour de l’ombre, il la vit enfin. 

Sa pupille la trouva directement, celle qui jouissait de sa violence et qui l’attendait, fidèle et prête pour lui, derrière les barreaux de sa cage. Le corps de Pansy se figea dans l’instant lorsque cette pupille la trouva. Le regard de Theodore s’immobilisa, la tempête émotionnelle intérieure se brisant en mille et un éclats dans ces pupilles céruléennes, et Pansy pouvait tout en voir. Elle vit la façon dont son regard se déconstruisit, milliseconde après milliseconde, dès qu’il l’eue vue, juste-là. La colère dans ses yeux se mua en un soulagement profond, comme un souffle qui ferait retomber le poids de l’accumulation de ces heures qui avaient obscurcis son âme de la terreur de la perdre à nouveau. Et Pansy vit tout cela. Elle vit la façon dont la rage meurtrière était morte dans ses yeux pour laisser la place au soulagement le plus intense dont elle n’avait jamais été témoin, sans pourtant qu’aucun mot ne soit prononcé, ni aucun geste effectué. Et soudain l’amour, aussi brut que pur, irradiant ses yeux d’une lueur qui transperçait la nuit. Sa pupille s’étira, comme si elle cherchait à capter plus de l’image que lui offrait Pansy qui fondait de l’autre côté de ce regard qui la mettait à nu devant lui. Elle pouvait voir qu’il ne voyait rien d’autre qu’elle, et dans ce regard qu’il lui offrait se mêla la sauvagerie parfaite du guerrier implacable, et la tendresse démesurée de l’homme éperdument amoureux qu’il était. Ce fût à cet instant précis que Pansy sentit son cœur exploser dans sa poitrine, comme si toutes les étoiles s’alignaient enfin. Elle se sentit exister, réellement exister, comme si elle était vraiment vue pour la toute première fois de sa vie. Et Pansy comprit enfin. Elle comprit enfin qu’elle aussi, elle était éperdument amoureuse de cet homme qui avait retourné ciel et terre pour la retrouver. Et avec cette réalisation vertigineuse qui fit exploser son cœur de chaleur, un flux douloureux de souvenirs qui se réveillaient en elle lui fit perdre l’équilibre. 

Elle le revit, le jeune Theodore. L’enfant intriguant qu’elle eût rencontré lors de sa première année, et qu’elle avait toujours trouvé différent. Elle revoyait ses yeux fuyants, ces yeux qui lui avaient pourtant toujours eu l’air si beaux. Elle se rappelait soudainement toutes ces fois où elle l’avait surpris en train d’étudier secrètement la nuit avec Drago, tandis qu’il ne comprenait rien à ce qu’ils avaient vus en classe le jour-même. Elle se rappelait se cacher dans l’escalier pour les écouter, et elle se rappelait se sentir attendrie du spectacle. En un déferlement déstabilisant d’images, de sons, de sensations physiques et d’odeurs, Pansy se rappelait. Les connexions neuronales fusant dans son cerveau et son corps retraçant une histoire qu’elle avait oubliée – peut-être la plus importante de sa vie d’ailleurs – la tête lui tourna, et bientôt elle lui fit douloureuse dans le déferlement violent de souvenirs et d’émotions qui lui revenaient si soudainement. Pansy revoyait leurs jeunes années. Elle revoyait chaque souvenir dont elle avait été privée dans lequel lui aussi était. Elle revoyait les repas dans la Grande Salle, et ce regard toujours fuyant du jeune Theodore Nott. Elle revoyait les cours, la façon dont il avait toujours l’air perdu et pourtant la détermination attendrissante dont il faisait preuve pour apprendre malgré tout. Elle revoyait la façon dont il semblait toujours faire attention à elle, depuis le début. Dans leurs plus jeunes années, elle revoyait le nombre de fois où il lui avait offert son dessert, prétextant ne plus avoir faim. Il n’avait plus faim que lorsque c’était son dessert préféré à elle qui était servi. Elle se rappelait les balades dans les couloirs et les bêtises qu’ils avaient faites, auxquelles il avait participé. Elle se rappelait les cadeaux qu’il lui avait toujours fait, à chaque Noël, et à chacun de ses anniversaires, dès la première année. Elle se rappelait la façon dont elle était la seule et unique fille avec laquelle il interagissait. Elle se rappelait la façon dont il souriait discrètement lorsqu’elle s’attaquait à un autre élève. Elle se rappelait le coin de ses lèvres pulpeuses replié lorsqu’elle balançait une pique acerbe qui lui valait toujours des remontrances exaspérées de ses parents. Elle se rappelait assister aux entraînements, puis aux matchs de Quidditch, et la façon dont elle ne semblait voir que lui. Elle se rappelait ce qu’elle ressentait à l’époque, lorsque cet enfant semblait posséder de sa présence le terrain, lui qui faisait pourtant tout pour ne surtout pas être vu. Elle, elle n’avait jamais pu le rater. Elle se rappelait la rage qu’elle avait ressentie lorsque des élèves plus grands étaient venus l’embêter, lui. Elle la ressentait bouillir dans ses veines et enrager son corps à l’instant même alors que son cerveau explosait douloureusement en elle. Pansy ne remarqua pas qu’elle tomba à même le sol bétonné de sa prison, son crâne maintenu entre les paumes tremblantes de ses mains tandis qu’elle pleurait de douleur. Elle ressentait la rage qui l’avait animée lorsqu’elle avait fracassé le crâne de celui qui l’avait insulté sur le sol de la Grande Salle. Elle se rappelait la violence animale qui l’avait animée, elle aussi à l’époque déjà, lorsqu’il s’agissait de lui. Elle se rappelait la reconnaissance éternelle qu’elle avait pu lire sur son visage après cela, quand bien même il ne l’avait encore jamais vraiment regardée. Elle se rappelait l’attente, cette attente longue et épuisante qu’il rencontre enfin son regard. Elle se rappelait les marchés de Noël qu’ils avaient faits tous ensemble durant les vacances, accompagnés de leurs parents. Elle se rappelait qu’il avait gagné pour elle une sarbacane qu’elle avait repéré quelques instants plus tôt. Elle se rappelait l’image du jeune Theodore, tout emmitouflé dans sa doudoune chaude, ses magnifiques cheveux sombres piégés dans son bonnet, son visage porté bas vers le sol et ses deux bras tendus droit vers elle pour lui offrir son présent sans un mot. 

Oui, dans un déferlement infernal d’images et de sensations, Pansy se rappelait tout. Elle se rappelait chaque fois qu’elle s’était sentie vue, profondément vue par lui quand bien même il ne l’avait encore jamais vraiment regardée. Elle se rappelait la façon dont il avait, au fil des années, gagné en popularité auprès de la gent féminine. Elle se rappelait à quel point il n’en avait jamais rien eu à faire. Elle se rappelait comment elle l’avait testé, à chercher les embrouilles avec des garçons bien plus âgés, et bien plus forts qu’elle. Elle se rappelait la sensation enivrante de le savoir derrière-elle, quelque part toujours là, même lorsqu’elle ne le voyait pas. Elle se rappelait le délice exquis que cela avait été pour elle, toutes ces années durant, de le voir gagner en force au fur et à mesure qu’il réduisait en morceaux les adversaires que Pansy avait énervé intentionnellement. Elle se rappelait la chaleur dans son corps lorsqu’elle sentait ensuite son bras autour de ses épaules pour l’éloigner de la scène de crime. Elle se rappelait Kira, aussi. Elle se rappelait la façon dont ce serpent aimait son rat, et à quel point son rat l’aimait, elle aussi. Elle se rappelait combien elle se sentait bien lorsque les écailles fraiches de l’animal ondulaient sur son corps pour la câliner. 

Elle se rappelait la sécurité. Cette sensation enivrante qu’elle avait gagnée au fur et à mesure des années et qui lui avait appris qu’il ne pourrait jamais rien lui arriver tant que Theodore serait là. Et il l’était toujours. Elle se rappelait cette certitude, cette certitude entêtante qu’il serait toujours là pour elle. Elle se rappelait la façon dont il venait toujours, suite au drame de sa vie – le premier en tout cas – quand elle ne lui avait pourtant rien expliqué, et la façon dont il débarquait toujours dans sa chambre chez ses parents lorsqu’elle l’appelait. Elle se rappelait les nuits, toutes ces nuits sur son toit à regarder le ciel silencieusement. Elle se rappelait la chaleur qui la parcourait lorsqu’il était là malgré la douleur infâme et invisible qu’elle ressentait. Elle se rappelait à quel point les mots n’avaient jamais été aussi peu utiles que lorsque la présence parfaite et silencieuse de Theodore était tout ce dont elle avait besoin. 

Elle se rappelait les matchs de Quidditch, les sorties, cette fois où Blaise l’avait faite tomber en plein vol et la rapidité avec laquelle Theodore avait volé sur elle. Elle se rappelait jusqu’à la chaleureuse sensation de ses bras déjà musclés qui l’avaient relevée du sol, comment il l’avait porté contre lui, l’air terriblement inquiet sur son visage magnifique, et la force avec laquelle il avait défoncé de tambourinements la porte de l’infirmière pour que Madame Pomfresh s’occupe d’elle au plus vite. Elle se rappelait les fêtes, les danses, les cuites. Elle se rappelait la façon dont il lui tenait les cheveux les lendemains matins, ou parfois le soir-même. Elle se rappelait le nombre de fois où il avait passé la nuit assit par terre dans les toilettes avec elle, sans ne jamais la laisser seule, sans jamais lui reprocher sa consommation d’alcool non plus. Elle se rappelait les fous-rires, les sourires timides dérobés, la teinte rosée que ses joues pales prenaient lorsqu’elle s’approchait de lui et qu’elle était la seule à pouvoir provoquer chez lui. Elle se rappelait les soirées à étudier, le nombre d’heures passées à admirer sa beauté plutôt qu’à faire ses devoirs. Elle se rappelait le coin discret de ses lèvres qui s’étirait en un sourire qu’il retenait lorsqu’il la surprenait en train de le regarder. Elle se rappelait les entraînements de Quidditch, leurs vestiaires, la découverte de son corps d’adulte, et toutes les sensations étranges que cela avait éveillé en elle.  Elle se rappelait les discussions incessantes durant lesquelles elle bassinait Blaise avec ses sentiments pour lui. Elle se rappelait les escapades pendant leurs vacances, celles durant leurs classes. Elle se rappelait la façon dont elle avait retrouvé l’appétit lorsqu’il avait passé l’entièreté de leurs repas à lui changer les idées pour qu’elle mange. Elle se rappelait l’innocence qu’il feignait, et comment elle ne lui avait jamais fait remarquer qu’elle savait très bien ce qu’il faisait, parce qu’elle le savait. Elle le savait toujours. Elle se rappelait la façon dont elle savait toujours à quel point il faisait toujours tout pour elle. Elle se rappelait la facilité déconcertante avec laquelle il l’avait libérée de ses moindres démons. Elle se rappelait aussi combien il l’avait faite sentie vue, et pire encore, aimée, pour tous les côtés sombres qu’elle avait et que les autres étaient enclins à critiquer, même à juger. Elle se rappelait la façon dont elle n’avait jamais ressenti le besoin de lui cacher quoi que ce soit d’elle. Combien elle s’était toujours sentie aimée pour l’intégralité de ce qu’elle était. Elle se rappelait la façon dont chacun de ses regards sulfureux, souvent dérobés, lui avaient doucement apprit à aimer son corps à nouveau, ce corps qu’elle avait tant rejeté autrefois. 

Dans une douleur terrible, Pansy se rappelait tout. Elle se rappelait le nombre de fois, plus qu’elle ne pouvait les compter, où elle était tombée amoureuse de lui, encore et encore et encore. Elle se rappelait la toute-puissance qu’elle avait ressentie toutes ces années de savoir, au plus profond de son être, que cet homme-là qu’elle admirait et estimait tant l’aimait, elle. Et il l’aimait comme un fou. Il l’aimait même trop pour l’aimer correctement. Elle se rappelait l’attente, cette attente terrible, pendant tant de temps, à attendre qu’il la proclame comme sienne. Elle se rappelait à quel point elle était désespérée qu’il vienne récolter son dû, et s’offrir à elle comme l’homme qu’elle méritait. Elle se rappelait à quel point il n’y avait jamais eu qui que ce soit d’autre au monde pour elle que lui. Elle se rappelait à quel point elle n’avait jamais douté, à quel point elle n’avait jamais ne serait-ce que regardé qui que ce soit d’autre. Qui pouvait bien espérer l’égaler, de toute façon, et moins encore le surpasser ? Cet homme-là était le sien, et il était parfait pour elle. Alors que les images se succédaient dans son esprit dépassé, comme s’il déraillait complètement, Pansy se tordait sur le sol dans des cris étouffés qu’elle ne pouvait pas contrôler. Elle se rappelait les discussions, toutes celles qu’ils avaient eues. Elle revivait, elle et son corps, toutes les sensations aussi folles, fortes que d’une intensité démesurée qu’il lui avait fait ressentir, et il y en avait eu beaucoup. Beaucoup trop pour ce corps faible qui soutenait péniblement Pansy dans cette cellule moldue. 

Elle se rappelait lorsqu’elle avait rejoint les rangs. Elle se rappelait ce soir-là, lorsqu’elle le lui avait annoncé. Elle se rappelait cette première fois, première et unique fois où elle avait vu le grand Theodore Nott perdre son calme. Perdre la raison. Elle se rappelait voir ce contrôle quitter le corps de cet homme pourtant toujours si calme, capable d’un sang-froid qu’elle admirait quand bien même elle ne le comprenait pas. Elle se rappelait qu’elle aimait sa force tranquille, et elle savait qu’il ne fallait rien de moins à l’homme qui espérait pouvoir gérer son feu ardent à elle. Elle se rappelait l’impuissance dans laquelle elle avait plongé cet homme pourtant si puissant, et le désespoir en lui lorsqu’il avait envoyé valser la moitié du manoir Malefoy. Elle se rappelait comment cela avait déchiré son âme, à elle. En vérité, en cet instant, Pansy ressentait son âme se déchirer à l’intérieur d’elle à nouveau. Elle se rappelait la douleur que cela avait été, de lui faire cela. Mais elle se rappelait également son déterminisme, et la façon dont il n’avait jamais été question pour elle, pas une seule seconde, de laisser son homme s’enfoncer dans les ténèbres sans elle. Il avait décidé de le faire, et elle le suivrait. Six pieds sous terre, elle le suivrait. Elle se rappelait à quel point elle n’avait jamais douté de cette décision, et à quel point il n’avait jamais existé d’autre option pour elle. Elle se rappelait à quel point elle était incapable de le laisser prendre de tels risques sans se tenir à ses côtés, peu importait à l’époque ce que cela impliquerait pour elle. Elle savait qu’elle tuerait. Elle savait qu’elle torturerait. Elle savait qu’elle perdrait son âme, et elle savait qu’elle y perdrait certainement la vie, mais rien n’avait moins d’importance. Rien n’avait jamais été aussi insignifiant que la mort lorsque Theodore Nott avait béni sa vie de sa présence, de son amour, de sa force. Elle se rappelait la façon dont il avait supplié à ses pieds. Elle ressentait encore la chaleur de ses mains sur ses mollets, et cette paume tremblante droit sur son cœur tandis qu’il pleurait à ses pieds. Elle pouvait encore sentir la larme froide qui avait coulé sur son propre visage lorsqu’elle avait durement maintenu sa position face à sa déchirante vulnérabilité. Parce que peu importait. Elle n’avait jamais eu peur de la douleur. Elle n’avait jamais eu peur de la noirceur. Elle n’avait jamais eu peur de la mort quand elle le savait à ses côtés. Il était l’homme pour elle et elle était la femme pour lui. Celle qui s’était toujours tenue à ses côtés, et celle qui ne reculerait devant rien pour lui. Jusqu’à la porte des enfers où elle toquerait volontiers pour l’y rejoindre, ou bien pour l’y attendre, peu lui importait, cela n’était rien de plus que des détails anodins.

Elle se rappelait cette certitude enivrante, celle de savoir qu’ils seraient toujours là l’un pour l’autre, dans ce monde ou bien dans celui de l’au-delà. Elle se rappelait de ses mots, lorsqu’il lui avait dit qu’il n’y avait rien d’aussi superficiel que la mort qui pourrait les séparer. Pourtant, elle l’avait fait. 

Elle se rappelait l’ancrage qu’il avait toujours été pour elle, plus encore dans toute la noirceur dans laquelle ils s’étaient ensuite enfoncés. Et puis elle se rappelait ses yeux. Ce soir-là, elle se rappelait ses yeux. Elle se rappelait les larmes qu’elle y avait vu, lorsqu’elle lui avait relaté son histoire. Elle se rappelait la façon dont ses mots avaient pansé son âme meurtrie. Elle se rappelait la chaleur de ses bras autour d’elle lorsqu’il l’avait emmenée au lit. Elle se rappelait la paix qu’elle avait ressentie d’avoir son corps chaud à côté d’elle, et cette certitude parfaite qu’il allait enfin clore le cycle de cette violence qu’elle avait vécu. Elle se rappelait l’avoir attendu, lorsqu’il était parti faire ce qu’elle savait très bien qu’il allait faire. Elle se rappelait la joie intense, le soulagement profond qui avait animé son corps lorsqu’il était rentré, couvert de sang. Elle se rappelait la sensation de son corps chaud et fort contre le sien lorsqu’elle l’avait enlacé. Elle se rappelait tout. Son odeur. La chaleur de sa peau. Elle se rappelait lorsqu’elle l’avait enfin séduit, lorsqu’elle l’avait enfin poussé à céder. Elle se rappelait ses yeux, encore. Ces yeux dont elle ne savait se passer. L’ardeur brûlante qui vivait en eux lorsqu’il la regardait, elle. Elle se rappelait tomber amoureuse de la violence dont il était capable pour elle. Elle se rappelait tout cela, et plus encore. Elle pouvait sentir le goût de sa peau sur sa langue. La texture du moindre grain qui composait son corps sous ses doigts. Elle sentait ses lèvres, elle sentait sa langue. Elle sentait ses mains sur elle, autour d’elle, contre elle, dans elle. Elle se rappelait les bruits oniriques de ses gémissements, le goût de sa transpiration, celui de sa semence. Elle se rappelait la sensation de parfaite plénitude lorsqu’il était enfin à elle, en elle. Elle pouvait sentir le poids de son corps, celui de son âme, la perfection absolue de s’unir enfin avec lui et de ne faire plus qu’un, comme elle l’avait tant attendu. Elle se rappelait le goût divin de sa langue, la sensation parfaite de son corps contre le sien. Sa chaleur, aussi. Son poids, et la courbe de chacun de ses muscles. Elle se rappelait à quel point il avait le don de la faire se sentir à la fois si forte, et en même temps si faible. Oui, elle se rappelait à quel point elle était faible pour lui. Elle se rappelait combien il était le seul être humain sur terre qui était capable de lui faire ressentir autant d’émotions si intenses, toutes les positives, et toutes les négatives. 

Elle se rappelait ce qu’ils avaient traversé, les terreurs qu’elle avait ressenties lorsqu’il avait été envisagé pour remplir la fonction actuelle de Drago. Elle se rappelait cette conversation terrible, dans la salle sur demande. Elle se rappelait l’état dans lequel elle avait été lorsqu’il avait été appelé par le Seigneur des Ténèbres, seul. Elle se rappelait l’impuissance dans laquelle elle avait été plongée. Elle se rappelait la force, ainsi que la vertigineuse confiance qu’elle avait dû avoir en lui pour lui permettre de partir dans cet inconnu terrifiant tandis que tout ce que son âme lui hurlait était de lui demander de rester à ses côtés. De ne pas y aller. De ne pas le faire. De ne pas la quitter. Elle se rappelait la douleur - infâme, la terreur - insupportable, de ne pas savoir ce qu’il traversait. De ne pas avoir la moindre idée s’il allait lui revenir, quand, ou bien en quel état. Elle se rappelait la panique qui l’avait animée ce soir-là, et elle ressentait tout à nouveau. Les crises d’angoisses qui avaient secoué son corps durant de longues heures insupportables, encore, et encore, et encore. Elle se rappelait l’attente, absolument interminable. Cette impuissance létale affreuse, celle d’être parfaitement consciente qu’elle ne pouvait pas naviguer cette vie-là sans lui. Elle se rappelait, non, elle ressentait à nouveau toutes les sensations, toute la peur, tout le tourment qu’elle avait éprouvé ce soir-là. A quel point la simple hypothèse d’un jour peut-être devoir traverser sa perte lui faisait intégralement perdre pied. À quel point il était son monde, son univers, et toutes les planètes qui le composaient. À quel point rien, absolument rien n’avait de sens sans lui. Elle se rappelait aussi le soulagement profond, intime, immense qu’elle avait ressenti lorsqu’il avait repassé le pas de la porte de leur salle commune. Lorsqu’il lui était revenu, celui qui lui appartenait. 

Elle se rappelait les cauchemars, toutes ces nuits mouvementées durant lesquelles elle avait imaginé le pire. Elle se rappelait l’impuissance affreuse lorsqu’elle lui avait demandé, pour elle, de ne pas essayer de devenir le Grand Intendant qu’il était très clairement destiné à être. Elle se rappelait à quel point il était une évidence que ce rôle était pour lui, parce que personne au monde ne lui arrivait à la cheville, et elle le savait. Elle se rappelait à quel point cela avait été insupportable pour elle. Elle se rappelait les tourments terribles qu’elle avait ressenti lorsqu’il avait, à son tour, maintenu durement sa position. À quel point elle s’était trouvée démunie face à son amour pour lui. Elle se rappelait son déterminisme effrayant, parce qu’il était prêt à tout sacrifier pour elle, y compris lui-même. Elle était capable de la même chose pour lui, et elle s’en rappelait désormais. Puis elle se rappelait ce soir-là, à Poudlard, lorsque la Guerre avait été déclarée officiellement. Elle se rappelait le voir faire ce qu’elle savait Drago incapable de faire, encore. Leur sauver la vie, encore. Elle se rappelait le choix de sauver Granger, pour Drago. Elle se rappelait sa colère envers Blaise, celle qu’il l’ait sortie de là en suivant ses ordres à lui tandis qu’elle ne pouvait pas s’assurer de sa protection. Elle se rappelait ce qu’elle lui avait dit, et à quel point cela était censé. Puis la cathédrale, et plus rien. Plus rien que le fantôme. Elle se rappelait désormais qu’elle avait oublié. 

Elle se rappelait s’être réveillée, le voir là, dans l’encadrement de sa porte, et ne pas savoir qui il était. Elle revoyait tout cela avec des yeux différents, désormais. Elle pouvait imaginer sa peine, non, son désarroi de la voir revenir d’entre les morts simplement pour l’avoir totalement et intégralement oublié. Mais bientôt, elle se rappela aussi tout le reste. Le fait qu’il l’avait laissée seule. Le fait qu’il avait choisi de ne rien lui dire. De ne pas chercher à lui rappeler qui il était pour elle. Ce qu’il était pour elle. Ce qu’ils étaient, ensemble. C’est-à-dire tout. L’intégralité de son univers. Elle se rappelait et elle comprenait désormais pourquoi sa vie n’avait plus eu le moindre sens lorsqu’elle était revenue à la vie dépourvue de son âme. Elle comprenait les peurs nouvelles qu’elle nourrissait et qui ne l’avaient jamais animées avant. Parce qu’elle ne le connaissait plus. Parce qu’elle ne connaissait plus son amour. Ce qu’il était, et à quel point elle était en sécurité avec lui, même dans les situations les plus dangereuses qui puissent être. Elle comprenait son corps, et la façon dont il semblait, lui, ne jamais l’avoir oublié. Elle comprenait toutes les sensations qu’elle avait détesté, et qui s’éveillaient en sa présence malgré elle. Elle comprenait pourquoi elles l’avaient tant dérangées, pourquoi elle s’était tant détestée, bloquée dans un passé traumatique dont il ne l’avait pas encore sauvée, du moins pour ce qu’elle en savait à l’époque. Elle comprenait pourquoi il l’avait tant énervée, pourquoi il l’avait tant intriguée, pourquoi ce fantôme de son passé était toujours là pour la hanter. Elle comprenait pourquoi son simple touché apaisait son corps, pourquoi sa simple présence lui apportait un sentiment de sécurité qui lui semblait étrange, voire même inapproprié. Elle comprenait aussi pourquoi elle était retombée amoureuse de lui, bien sûr. Comment aurait-il pu en être autrement ? Avec leur histoire ou sans, avec toutes les années ou sans, peu importait. Dans cet univers ou dans le suivant, avec ce visage ou bien un autre, dans ce corps ou celui d’un autre, elle l’aurait retrouvé, et elle serait retombée amoureuse, encore et encore. Oui, Pansy comprenait tout désormais. Tout, ou presque. 

Ce que Pansy ne comprenait pas, tandis que les douleurs sourdes et ardentes de la récupération soudaine de toute cette vie de souvenirs la tourmentaient, c’était pourquoi il l’avait laissée dans l’ignorance. Ce qu’elle ne comprenait pas, c’était qu’il l’ait vue perdre pied, se sentir seule, se sentir petite, se sentir faible, se sentir apeurée, et ne rien faire pour le lui rappeler. Ils auraient pu le lui dire, Drago aurait pu le lui montrer. Il lui semblait qu’il existait mille et unes possibilités différentes pour essayer de lui rendre ses souvenirs, et sa vie. Oui, cela aurait été possible. Il aurait pu le faire, mais il ne l’avait pas fait. Il aurait pu lui rendre sa vie, mais il ne l’avait pas fait. Il ne l’avait pas fait. La douleur qui terrassait Pansy, désormais nouvelle, n’était plus tant celle des souvenirs qui lui étaient revenus, elle était maintenant toute autre. Parce que désormais, elle se rappelait. Et elle savait ce qu’il lui avait fait. Ce qu’il avait décidé, en conscience, en étant confronté aux conséquences de son choix, de la laisser dans l’ignorance. De la laisser dans sa solitude. 

A quatre pattes sur le sol bétonné mouillé, Pansy haletait difficilement. Elle ne pouvait pas sentir la différence entre ses larmes et la pluie qui continuait de tomber sur son visage. Sa tête lui tournait et son cœur se tordait, se brisant dans sa poitrine tandis qu’elle cherchait une explication, quelque chose, quoi que ce soit de rationnel qui pouvait lui expliquer un tel choix, sans ne parvenir à trouver quoi que ce soit. Stratégie de guerre ? Cela n’avait aucun sens, elle était plus forte lorsqu’elle se savait invincible, cela le temps l’avait prouvé au fur et à mesure qu’elle l’avait redécouvert, et qu’elle était tombée amoureuse de lui, une nouvelle fois. Elle cherchait, elle continuait de chercher quelque chose qui pouvait expliquer le geste de Theodore envers elle, celui de la laisser, seule, dans tout cela. Elle ne trouvait pas, elle ne comprenait pas. Il ne pouvait pas lui avoir fait ça. Pas lui. Pas à elle. Cela n’avait pas le moindre sens. Pas lui. Pas à elle. Pas après tout ce qu’ils avaient vécu ensemble, l’intégralité de leur vie. Pas avec ce qu’ils représentaient l’un pour l’autre, tout. Non, pas lui. Pas à elle… 

Perdue dans l’océan violent de ses émotions, partagée entre les sensations incroyablement enivrantes de se rappeler de lui, d’eux, de ce qu’ils avaient et de le retrouver, et en même temps noyée dans la douleur de ce qu’il lui avait fait, Pansy perdait pied. Rien n’avait de sens. Plus rien n’avait de sens. La seconde précédente elle était amoureuse d’un homme qu’elle avait rencontré quelques mois plus tôt, en qui elle avait confiance, la seconde suivante elle connaissait cet homme et l’aimait depuis toujours, avait en lui une confiance que les Dieux eux-mêmes ne pouvaient espérer ébranler, et celle d’après cet homme-là l’avait trahie. 

Pansy entendit le loquet de sa cellule exploser, et elle savait que c’était lui. Elle savait qu’il était arrivé à elle. Mais pour le reste, elle ne savait plus rien. Elle ne savait pas même ce qu’elle ressentait. Son corps se mit à trembler sur le sol, et elle ne savait pas si c’était le froid, la fatigue, la pluie, la douleur physique, celle qui était émotionnelle, ou la rage qui l’animait en cet instant. La rage, la tristesse, le désespoir, l’incompréhension, l’amour. Elle ne savait pas. Perchée sur des bras tremblants qui la soutenaient du sol, Pansy fixait le béton mouillé, perdue dans le vide intersidéral lorsqu’elle l’entendit tomber à genoux face à elle. Puis ses mains, chaudes, sur ses joues. Sa voix, qui appela son nom dans une requête anxieuse. Elle sentit à quel point ce touché était familier à son corps. Elle entendit à quel point cette voix, son nom dans sa bouche, était d’un naturel, d’une habitude vertigineuse. À quel point elle le connaissait par cœur. À quel point tout était soudain normal. 

Avant qu’elle ne puisse s’offrir le luxe de la réflexion, le peu de sang qu’il restait en elle se mit à bouillir dans ses veines. En se redressant soudainement sur ses pieds, Pansy poussa violemment Theodore hors de sa portée. Surprit, il tomba en arrière avant de se relever à son tour pour lui faire face, le visage empli d’incompréhension. Elle pouvait voir la façon dont ses yeux scannèrent furtivement son corps, en analysant l’état. Parce qu’elle le connaissait si bien, elle put constater de la colère qui grondait en lui de constater de l’état physique dans lequel elle était. Et parce qu’elle le connaissait si bien, elle pouvait lire l’incompréhension qui s’était emparée de lui. Elle le connaissait si bien, de ce qu’elle croyait. Les bras ouverts et tendus vers elle, Theodore fit un pas à son encontre, le regard suppliant et ses lèvres appelant délicatement son nom. Pansy le regardait. 

Il était couvert de sang, et pourtant il n’avait plus rien du guerrier monstrueux qu’elle avait longuement observé plus tôt. Il avait l’air si fragile, si vulnérable. Il semblait dépendre de sa volonté, du moindre mouvement qu’elle effectuerait, des mots qu’elle prononcerait. Et à mesure que Pansy le regardait, à mesure qu’elle se rappelait à quel point ses traits lui étaient profondément familiers, à quel point elle les avait vu grandir, grossir, s’affiner et se tracer avec les années, la rage terriblement blessée de Pansy grandissait. Theodore fit un nouveau pas vers elle tandis qu’elle l’observait, bouche bée, son corps douloureux et son cœur meurtri. C’était lui, celui qu’elle aimait et qu’elle connaissait par cœur, et pourtant elle ne reconnaissait pas cette décision qu’il avait prise. Elle ne reconnaissait pas l’homme qu’elle connaissait et aimait depuis toujours dans la façon dont il l’avait laissée seule dans cette merde noire. Elle le regardait, et elle ne le reconnaissait plus. Elle le regardait, cet homme en qui elle avait une confiance absolue, et elle ne le reconnaissait plus. Elle regardait les traits si familiers de son visage, et elle ne le reconnaissait plus. Elle le regardait, cet homme dont elle n’avait jamais pensé, pas une seule seconde, qu’il serait un jour capable de la blesser, de la laisser tomber, et elle ne le reconnaissait plus. 

-       Je comprends pas…, murmura-t-elle tout bas tandis que ses larmes se mêlaient à la pluie qui s’écoulait sur elle. 

Plus rien n’avait de sens. Rien de tout cela n’avait de sens. Il était là, son homme, juste là devant elle, à quelques centimètres d’elle, et elle ne le reconnaissait pas. Et elle ne comprenait pas. 

-       Je comprends pas, pleura-t-elle doucement, perdue dans l’océan soudain douloureusement inconnu de ce visage si familier. Je comprends pas..., je comprends pas, pleura-t-elle encore, son visage se secouant de gauche à droite dans une tentative désespérée de remise de sens. 

Elle le regardait, et elle le cherchait, mais elle ne le reconnaissait pas. Elle cherchait la rassurance, la familiarité, la sécurité, la foi profonde en lui, et elle ne les trouvait pas. 

-       Pansy…, chuchota-t-il tendrement, s’approchant encore d’elle à bras ouverts. 

-       Je comprends pas, répéta-t-elle sans cesse. Je comprends pas, ça n’a pas de sens… 

Sa voix se brisa dans un sanglot étranglé, en déformant les tonalités pour ne laisser plus que l’ombre de la femme forte qu’elle était. Il n’en restait rien en cet instant. Rien de cette femme si sûre, si sûre d’elle, si sûre de lui, si sûre du couple qu’ils avaient toujours été. Pas lui. Pas à elle. Pas lui. Pas à elle

-       Je comprends pas, sanglota-t-elle alors douloureusement, son cœur se déchirant en elle tandis qu’elle cherchait à distinguer le Nord du Sud, en vain. 

Dans un halètement étouffé, tentative désespérée de pouvoir respirer convenablement sans y parvenir, remuée par des sanglots incontrôlés, elle le regardait. Il était désemparé face à elle, cherchant à comprendre ce qu’il se passait, terrifié. Mais elle le regardait, et elle ne le reconnaissait pas. 

-       Je comprends pas, Theo, supplia-t-elle dans un déchirement aigu de voix qui ne lui ressemblait pas, je comprends pas… 

À mesure qu’elle le regardait, à chaque fois qu’elle prononçait ces mots à nouveau, sa voix se brisait un peu plus. Elle se brisait, elle, la femme qu’elle était, un peu plus. Et il ne restait rien qu’une petite fille seule, une petite fille abandonnée, une petite fille apeurée. 

-       Qu’est-ce qui se passe, murmura un Theodore dépassé et terriblement inquiet de l’état affreux dans lequel il retrouvait sa bien-aimée. Pansy, qu’est-ce qui se passe ? Je suis là, je suis là, c’est fini, tenta-t-il de la rassurer aveuglément. 

Elle était déchirée. Tout en elle était douloureux. Tout ce en quoi elle avait toujours cru, en lui, en l’homme qu’il était, en chacune des décisions qu’il avait jamais prise, en eux…, elle était déchirée. Elle sanglotait violemment, les échos brisés de sa voix cassée et les halètements saccadés puissants et aigus de sa respiration devenue difficile affectant l’âme d’un Theodore perdu face à l’océan de sa douleur qu’il ne demandait qu’à apaiser. 

-       Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? chercha-t-il encore face à l’incapacité soudaine d’une Pansy sanglotante de s’exprimer. 

Il fit un nouveau pas vers elle, et Pansy recula, son visage signifiant son refus.

-       Me touche pas, pleura-t-elle en un cri désespéré. Ne me touche pas, sanglota-t-elle encore, s’il-te-plaît, ne me touche pas…

Il ne restait rien de l’adulte qu’elle était dans la façon dont elle lui parlait. Il ne restait rien de la femme qu’elle était, plus que l’ombre d’elle-même, rien qu’une enfant perdue et terrifiée. Theodore ne l’avait jamais vue dans un état pareil, jamais, de tout ce qu’ils avaient traversé, et la panique grandit en lui d’être confronté à cela. 

-       Pansy, c’est moi, tenta-t-il de la rassurer à voix basse, respectant la distance qu’elle lui demandait, des larmes naissant dans ses propres yeux. Qu’est-ce qu’ils t’ont fait… 

Pansy le regarda, bouche-bée. Elle le regardait, lui et l’incompréhension culottée sur son visage. 

-       Qu’est-ce qu’ils m’ont fait ? répéta-t-elle, à bout de souffle. Qu’est-ce qu’ils m’ont fait ? 

Pansy sanglota violemment en une nouvelle inspiration difficile, rauque et irrégulière comme si l’air lui manquait. C’étaient des hoquets désordonnés qui s’enchaînaient, un mélange terrible de gémissements enfantins - aigus et étouffés - avec des soupirs haletants déchirants. Sa poitrine se soulevait violemment, son souffle brisé par la douleur de sa peine, suivi d’un son aigu, étranglé et guttural. 

-       TOI ! hurla-t-elle alors dans un déchirement de voix primal. TOI, QU’EST-CE QUE TU M’AS FAIT ?! 

Le visage de Theodore se déconstruisit alors qu’il comprenait enfin. Dans un cri de douleur sanglotant primitif que Pansy ne pouvait pas retenir, témoin de l’infâme peine qu’elle ressentît-là, elle haleta à la recherche d’air pour pouvoir s’exprimer à nouveau. 

-       Comment t’as pu…, tenta-t-elle à court de voix, comment…, comment t’as pu…

La bouche grande ouverte à la recherche d’un air qu’elle ne trouvait plus, Pansy chercha à inspirer de façon audible, complètement dépassée. Complètement perdue dans l’océan de douleur qui la noyait, chaque nouvelle vague plus violente, plus meurtrière que la précédente. Avec les traits de son visage détruit, Theodore tendit une main tremblante vers elle avant de faire un nouveau pas timide en sa direction. 

-       Pansy…, appela-t-il tendrement. 

Dans un mouvement d’une rapidité féline, Pansy envoya son bras chercher de l’élan derrière elle avant de laisser sa main s’écraser violemment contre le visage de Theodore. 

-       NE ME TOUCHE PAS ! beugla-t-elle dans un sanglot déchirant. 

La mâchoire serrée et le visage propulsé sur le côté, Theodore inspira profondément. Pansy ne savait pas la douleur qui lui déchirait les entrailles à cet instant, à lui aussi. La seconde suivante, il la regardait à nouveau, ses yeux suppliants. Il n’avança pas vers elle, et il ne tendit plus aucun bras dans sa direction. Il resta simplement là, ancré face à elle, immobile, prêt à recevoir ce qu’elle avait besoin de lui donner. 

-       TU M’AS MENTI ! hurla-t-elle dans toute sa souffrance vibrante. 

Dans un souffle désespéré de trouver de l’oxygène, sa voix se brisa dans les airs, là où aucun mot ne pouvait exprimer la douleur infâme qu’elle ressentait. Elle regardait cet homme face à elle, et elle ne le reconnaissait pas. Il ne pouvait pas lui avoir fait ça. Pas lui. Pas à elle… 

-       TU M’AS TRAHI ! sanglota-t-elle avec une violence terrorisante. 

En un cri primitif d’une douleur terrible, Pansy chercha de l’air là où elle ne récoltait rien d’autre que plus de souffrance. Les larmes perlaient sur ses joues, longues et plus intenses que la pluie qui tentait de les laver de leur désarroi. Son cœur était déchiré à l’intérieur d’elle, l’intégralité de son corps devenu terriblement douloureux. Theodore ne bougea pas, immobile et fidèle face à elle, recevant toute l’étendue de sa souffrance. Lorsqu’elle put parler à nouveau, sa voix n’était plus rien qu’un sanglot primal d’une douleur innommable :

-       TU M’AS ABANDONNÉE ! 

Elle le regardait, à la recherche de l’homme qu’elle connaissait par cœur. Elle ne voyait qu’un homme détruit. Un homme impuissant. Un homme blessé, déchiré par la douleur qu’elle lui offrait en spectacle. Incapable de prononcer le moindre mot pendant un instant étiré, Pansy sanglota, ses bras repliés sur son ventre déchiré, à la recherche d’un réconfort, d’un ancrage, d’un Nord qu’elle ne trouvait plus. Tout son monde se renversait, se retournait, tout ce qu’elle pensait savoir se bousculait et s’écroulait. 

-       Toi…, murmura-t-elle alors dans un gémissement plaintif. La seule personne sur cette Terre que je savais incapable de me trahir…, toi…, toi, Theo, sanglota-t-elle plus bas en cherchant cet homme-là dans le visage déconstruit de son amant. Dans un moment pareil…, dans un moment pareil, dans cette vie qu’on a, tu m’as abandonnée…, sanglota-t-elle douloureusement. 

Le visage de Theodore fit doucement non de la tête, des larmes silencieuses perlant sur ses joues, mais il ne dit rien. 

-       Tu m’as laissée tomber, pleura-t-elle encore, tu as…, tu as été capable de me perdre, cracha-t-elle avec tant de douleur qu’il semblait inhumain que son corps soit capable de supporter cela. 

Il ne le supportait pas. 

-       Non, murmura simplement Theodore. 

-       Je me sentais seule, sanglota-t-elle d’une voix déformée par la peine qui ne lui ressemblait en rien. J’avais peur, je me sentais faible et je comprenais pas, je comprenais pas… Il me manquait une part de moi et je comprenais pas… 

Ses sanglots rendaient sa voix si aigüe, si primitive désormais qu’il était presque difficile de la comprendre. Pourtant, Theodore la comprenait toujours. 

-       Et tu étais là, tout ce temps, haleta-t-elle un instant pour reprendre sa respiration difficile, et tu m’as regardé souffrir, et tu n’as rien fait, et tu m’as laissée, et tu m’as laissée croire que j’étais seule et que j’étais faible… 

-       Non, trancha-t-il encore doucement. 

-       J’avais l’impression que je me trahissais de te désirer…, j’avais l’impression que mon corps me trahissait et je me détestais pour ça ! Je me détestais pour ça ! hurla-t-elle d’une voix déchirée par les larmes. Tu m’as laissé croire que quelque chose ne tournait pas rond chez moi alors que le problème c’était toi ! Tu m’as laissé me détester parce que je te désirai, tu…, les mots suivants moururent sur sa langue, étouffés dans sa gorge par un sanglot douloureux qui déchirait ses entrailles. 

Repliée sur elle-même, Pansy ouvrit grand la bouche, son visage trempé des larmes qui ne cessaient de couler sur ses joues, à la recherche d’air. Theodore demeurait ancré face à elle, récoltant ce qu’il avait planté chez elle. 

-       Tu m’as laissée seule dans ce monde de merde ! s’écria-t-elle avec une colère terrible qui se mêlait dangereusement à sa peine. 

-       Non, nia encore Theodore doucement. 

-       Dans cette vie de merde ! continua Pansy comme si elle ne l’entendait pas. Tu m’as laissée avoir peur, avoir froid, avoir mal…, lista-t-elle difficilement. T’as été capable de me faire ça, toi…, sanglota-t-elle douloureusement. Toi, répéta-t-elle en cherchant dans ses yeux le Theodore qu’elle connaissait. Tu m’as enlevé ma vie, tu m’as enlevé ma raison de tenir, ma raison d’être…

-       Non, refusa-t-il encore alors que des larmes silencieuses perlaient sur ses joues mouillées de pluie et de sang. 

-       Tu m’as rendue forte, continua d’énumérer douloureusement Pansy, tu m’as rendue puissante toutes ces années, tu t’es rendu indispensable pour moi, tout ça pour m’abandonner au moment où j’avais le plus besoin de toi ! 

-       Non, chuchota-t-il tout bas sans se dérober à ses yeux, ni à son jugement. 

Pansy l’observa un instant, à la recherche de cet homme qu’elle connaissait sur le bout des doigts, et c’était bien là le pire. C’était lui, elle le voyait. C’était bien lui. Et c’était cela le pire : c’était lui qui lui avait fait ça. D’une main soudain plaquée sur sa bouche tandis que de nouveaux sanglots, cette fois silencieux, la remuaient, Pansy fit non de la tête, incrédule. 

-       Je comprends pas…, murmura-t-elle encore à travers ses larmes. Je comprends pas Theo…, pourquoi tu m’as fait ça ? prononça-t-elle à demie-voix. Pourquoi…, buta-t-elle difficilement, pourquoi tu m’as fait ça ?  

Dans un silence nouveau, lourd et pesant de toute cette souffrance infâme, entrecoupé des inspirations haletantes, saccadées et sanglotantes de Pansy, le monde s’arrêta en l’attente de sa réponse. Ni l’un, ni l’autre ne s’en rendit compte, mais à l’extérieur de la cellule de Pansy, des centaines de cadavres décoraient les lieux, Drago et Blaise en spectateurs touchés de l’affreux spectacle qu’ils offraient. 

-       Tu étais morte, chuchota-t-il alors sans lui faire l’affront de baisser le regard. 

Une nouvelle larme trancha la joue ensanglantée de Theodore, laissant une traînée rosée s’étaler de son long sans pouvoir le laver de ses péchés pour autant. 

-       Tu étais morte, et j’ai voulu mourir aussi parce que vivre dans un monde où tu n’existes pas est impossible pour moi, expliqua-t-il avec le calme olympien qui le caractérisait. Et tu es revenue, murmura-t-il dans un soupir de soulagement. Tu es revenue, mais tu ne te souvenais pas de moi. 

Du bout de sa langue, il lécha une goutte de pluie rosée qui glissait sur ses lèvres auxquelles Pansy était pendue à la recherche de réponses. 

-       Je t’ai vue te réveillée en sursaut pendant des nuits et des nuits, parce que tu avais peur pour moi. Je t’ai vue pleurer, je t’ai vue angoisser, je t’ai vue supplier, énuméra-t-il si bas, avec tant de délicatesse en contraste avec la douleur violente, tranchante de sa moitié. J’ai vu tes yeux se cerner et ton corps s’affaiblir à cause de cette terreur que tu avais de me perdre. Je t’ai vue boire, je t’ai vue vomir, je t’ai vue crier. Je t’ai entendu me dire que tu ne supportais pas tout ça, ce que je devenais pour Voldemort. Je t’ai entendu me dire que tu ne pouvais pas, mais que tu n’avais pas le choix parce que tu m’aimais. Je t’ai entendue me dire à quel point ça te torturait. Et tu es revenue, libérée de ce poids, murmura-t-il avec une douceur tendre. Libérée de moi. 

Les lèvres entre-ouvertes, semblant inspirer un peu plus de l’air lourd qui les entourait, Pansy buvait ses paroles, perdue dans l’océan de ses yeux. 

-       Il n’y a rien qui vaut plus pour moi que de te savoir en vie, que je sois dans cette vie ou non, continua-t-il avec un amour démesuré. Je n’ai jamais rien eu à faire de plus difficile que de te voir, tout ce temps, et que tu ne te souviennes pas de nous, murmura-t-il avec une douleur qui fronçait ses sourcils. De te voir, juste là, et de ne pas pouvoir te toucher. De te sentir, de t’entendre, et de ne pas pouvoir t’aimer. 

Il laissa ces mots suspendus en une promesse silencieuse, celle de n’avoir jamais cessé de l’aimer. Celle de n’avoir jamais cessé de penser à elle, peu importait à quel point cela avait été une erreur aux yeux de Pansy. Elle ne pouvait faire autrement que de retrouver son honnêteté vulnérable et son profond amour dans ce qu’elle lisait sur son visage, ce qu’elle entendait dans sa voix, et ce qu’elle comprenait dans ses mots. 

-       Mais je savais pourquoi je le faisais, reprit-il tandis qu’une nouvelle larme se frayait un chemin sur ses joues ensanglantées. Je le faisais pour toi… Je le faisais pour que tu sois libre, chuchota-t-il tout bas. Je le faisais pour que tu puisses dormir aussi paisiblement que possible la nuit. Je le faisais pour que tu n’aies qu’à t’inquiéter de toi. Je l’ai fait parce que tu as eu une deuxième chance, une chance que ce soit plus facile pour toi, sans moi, avoua-t-il finalement avec vulnérabilité. 

L’instant s’étira dans le temps, chacun de leur regard noyé dans celui de l’autre, là où un amour indéniable continuait de brûler au même rythme que de nouvelles larmes continuaient d’éclore. Peu importait le nombre de larmes, elles ne pouvaient pas éteindre le feu de leurs sentiments, ni pour elle, ni pour lui. Si la tension fiévreuse de Pansy semblait s’être amoindrie, la douleur était toujours lisible dans les sourcils froncés qui habillaient ses yeux qui cherchaient ce dont elle avait besoin dans ceux de Theodore. Et il la laissait faire. Il la laissait toujours faire ce dont elle avait besoin. De nouvelles larmes, cette fois silencieuses, perlèrent sur les joues abîmées de Pansy, remplies d’hématomes que Theodore détestait. 

-       Tu m’as abandonnée, chuchota-t-elle seulement. 

Dans un mouvement répétitif de gauche à droite, il lui refusa ce constat. 

-       Non, murmura-t-il à son tour, j’étais là tout le temps. 

Pansy l’écouta, cette fois. Mais ses sourcils se froncèrent plus encore sur son front quand elle continua, comme abattue par ces révélations, blessée au plus profond de son être : 

-       Tu m’as laissée croire que le dernier homme qui m’avait touchée, c’était lui… 

Les sourcils à son tour douloureusement froncés, Theodore continua d’appuyer sa négation de son visage. 

-       Non, je t’ai dit que c’était moi. 

-       Ne joue pas à ça, chuchota-t-elle d’une voix si basse qu’elle était à peine audible. 

Theodore fit un pas vers elle. Pansy ne recula pas. Leurs yeux semblaient être dans l’incapacité la plus totale de se séparer, et ils n’essayaient même pas. Elle levait le regard vers lui, lui qui s’étendait au-dessus d’elle, ses yeux larmoyants tandis qu’il lui montrait dans une exposition parfaite l’étendue de ses sentiments pour elle, de son sérieux, de sa dévotion. Dans une vulnérabilité absolue, nue et parfaite l’un envers l’autre. 

-       Je ne joue pas, murmura-t-il aussi bas qu’elle. Je ne joue pas, Pansy. Je ne joue jamais avec toi. 

Pansy se noya dans son regard céruléen, complètement dépassée par l’intensité violente de l’amour qu’elle pouvait y voir. C’était bien trop grand, bien trop profond, bien trop terrifiant pour de simples mortels. Pourtant, la douleur était toujours là. Plus gérable, moins débordante, mais toujours présente. 

-       Tu m’as menti…, chuchota-t-elle encore douloureusement. 

Ils parlaient si bas, comme s’ils avaient peur que l’autre entende vraiment. Theodore fit un nouveau pas vers elle, son torse désormais à quelques centimètres seulement du visage larmoyant de Pansy. D’une voix basse, mais cette fois vibrante de force, il commença sans ne jamais quitter ses yeux, ni rien perdre de sa force tranquille : 

-       Je t’ai dit que je tuerai pour toi, et je l’ai fait, rappela le guerrier plein de sang. Je t’ai dit que je décimerai des villages entiers, que je tuerai des centaines d’enfants innocents s’il le fallait pour que toi tu vives, et je l’ai fait. 

Le visage déconstruit par l’anéantissement de la douleur, Pansy murmura à ses lèvres, de nouvelles larmes perlant sur ses joues meurtries : 

-       Tu m’as dit que tu serais mien et que je serai tienne pour l’éternité, que la mort elle-même ne pourrait pas nous séparer… 

Un nouveau pas vers elle, et le corps blessé, ensanglanté de Theodore rencontra celui, trempé, de Pansy. Elle ne recula pas. De ses deux mains fortes, il encercla son visage, ses pouces caressant délicatement ses joues. Malgré elle, Pansy fondit à ce contact, laissant son visage reposer dans le creux de ses mains, ses yeux se fermant l’espace d’une seconde pour ressentir la chaleur sans pareille de son contact, à lui. Elle se sentait se perdre entre ses doigts, comme si elle rentrait à la maison. Elle se demanda si tout cela avait vraiment de l’importance, maintenant qu’elle sentait son touché. Maintenant qu’elle retrouvait sa chaleur, la sienne, à lui. À lui… 

-       Parce que tu crois que tu as cessé d’être mienne, ne serait-ce que l’espace d’une seconde ?

Sa voix vibrante la ramena à lui : 

-       Regarde-moi, exigea-t-il doucement, et pourtant avec force. Tu crois vraiment que tu as arrêté d’être mienne une seule seconde ? 

Pansy se noyait dans ses yeux, perdue dans la chaleur de ses mains, à la recherche du Nord et du Sud. Il lui semblait qu’il était juste là, dans les yeux fiévreux qu’elle rencontrait, son Nord. Elle était tellement fatiguée. Elle avait tellement mal. Il était là. Il était rentré. Elle le retrouvait. 

-       Quand je t’ai interdit de retrouver les rangs pendant ta convalescence, tu étais mienne, murmura-t-il avec une voix de miel, cette voix que Pansy aimait tant. 

Cette voix qui lui faisait perdre le sens de la réalité. Elle se perdait dans les traits magnifiques de son visage, ses cheveux sombres dégoulinant sur sa peau pale tâchée de sang, le bleu parfait de ses yeux transcendant la nuit. 

-       Quand je t’ai fait sortir de la Maison de Joie, tu étais mienne, assura-t-il avec sa force tranquille qui ne laissait plus de place au moindre doute. Chaque fois que je t’ai protégée sur le champ de bataille, tu étais mienne. Quand je t’ai entraînée, tous les jours que les Dieux faisaient, tu étais mienne. 

Sa voix sonnait comme une chanson aux oreilles de Pansy, mélodie onirique enivrante, et en un battement de cil ce n’était plus elle, la sirène qui entraînait son matelot à l’eau. 

-       Quand je me suis assuré que tu mangerais, que je sois là où que je sois absent, tu étais mienne, ne cessa-t-il d’enivrer Pansy, son visage reposant intégralement dans le creux de ses mains. Quand j’ai peint ta forêt pour que tu retrouves de la sécurité, tu étais mienne. Quand j’ai tué Macnair pour avoir osé te toucher, tu étais mienne. Quand tu feignais de l’intérêt pour Maxwell juste pour me rendre jaloux, tu étais mienne. Chaque fois que tu m’as testé, chaque fois que tu m’as bousculé, tu étais mienne.

À chaque nouvelle phrase qu’il prononçait, il était un peu plus à bout de souffle, lui aussi. Comme si sa propre chanson l’atteignait, l’ensorcelant, le ramenant à l’amour enivrant et proprement surréaliste qu’il avait pour cette femme qu’il retrouvait enfin. Enfin. D’une voix si basse et tant à bout de souffle que l’on aurait cru l’entendre haleter, il continua sans la lâcher :

-       Quand tu dormais dans mon lit, toutes ces nuits, tu étais mienne… Quand ton corps tremblait dès qu’il était près de mien, tu étais mienne Pansy… 

Dans une pression qu’elle appuya de son visage contre la paume de sa main, Pansy pleura. Elle le voyait. Elle l’entendait. Oui, elle le voyait. Elle comprenait les choses plus clairement. Et étrangement, cela ne fit que lui faire plus mal encore. En avalant doucement ses larmes, Pansy porta ses mains aux siennes, et lui retira son contact délicatement. Elle releva vers lui des yeux brisés, et dans un murmure empreint de sa peine, elle chuchota : 

-       Ce qui me blesse le plus, ce n’est pas que tu ne me l’aies pas dit en tant que tel. Ce qui me blesse le plus, c’est qu’en me connaissant comme tu me connais, tu as quand même réellement pensé que je préférerais ne pas savoir, avoua-t-elle alors, son cœur déchiré dans sa poitrine. Avec tout ce que tu sais de moi, pleura-t-elle encore, tout ce que tu as traversé avec moi, tu as vraiment pensé que si j’avais le choix je préférerais faire sans toi. 

Theodore la regarda, elle et sa douleur, réduit à l’impuissance. Elle lui semblait si distance désormais, si froide. Si abîmée. Elle lui échappait, il le lui semblait. Elle lui glissait entre les doigts, cette femme qu’il venait de retrouver. Cette femme qu’il aimait plus que la raison ne pût le comprendre. 

-       Tu dis que tu l’as fait pour moi, continua-t-elle doucement, mais la vérité c’est que ton choix parle plus de ton manque d’estime de toi qu’il ne parle de ma douleur à moi. 

-       Non, perdit-il pied. 

Elle ne pouvait pas lui échapper. Il ne pouvait pas la perdre. Il ne pouvait réellement lui avoir fait ça

-       Parce que si tu étais capable de sortir de ta tête qui te raconte que tu es une personne horrible qui n’en vaut pas la peine et qui ne fait qu’apporter du malheur ne serait-ce que deux secondes, tu ne pourrais faire autrement que de voir que si j’avais le choix, je ne me poserai pas la question une seule seconde, Theo, l’acheva-t-elle alors. Pas une seule seconde, répéta-t-elle alors qu’une nouvelle larme tranchait sa joue abîmée. 

Terrifié des mots qu’elle prononçait, du repli qu’elle prenait, peut-être même de la véracité terrifiante de ses propos, Theodore fit vivement non de la tête. 

-       De la même façon qu’il t’a fallu six ans pour être capable d’entendre que moi aussi, je t’aimais, je t’aimais éperdument, alors que c’était juste-là sous tes yeux pendant tout ce temps, parce que tu t’estimais si peu… 

-       Non, ce n’était pas ça…, tenta-t-il alors que les larmes se rassemblaient dans ses yeux.

Theodore perdait complètement pied. Il essayait de la rattraper, et il n’y arrivait pas. Là où calme et contrôle régnait d’ordinaire, il ne contrôlait plus rien. 

-       Tu as reproduit la même erreur, l’assena-t-elle d’une voix basse qui tranchait pourtant le cœur de Theodore. 

-       NON ! hurla-t-il alors, la douleur déchirant sa voix. 

Pansy ne sursauta pas malgré le fait qu’il était terrifiant que cet homme-là perde le contrôle de ses émotions. Il ne le perdait jamais. Absolument jamais. Elle le regarda, la façon dont son regard devint fuyant et le tranchant de ses larmes nouvelles qui s’écoulaient sur ses joues ensanglantées. Elle regarda comme l’homme qu’il était se déconstruisit pour laisser place à l’enfant qu’elle reconnaissait, et avec qui elle avait grandi. L’enfant apeuré, l’enfant brisé, le garçon au regard porté bas. 

-       JE T’AI REGARDÉE MOURIR ! pleura-t-il tandis que sa voix forte, puissante, vibrante, se brisait sous la douleur infâme de ce souvenir. TU ÉTAIS MORTE ! hurla-t-il d’un timbre grave et puissant qui tremblait à chaque mot qu’il prononçait. 

Cette voix habituellement profonde et assurée, constamment confiante, se brisait intégralement sous l’impact de la douleur. Chacun de ses mots semblait arraché du plus profond de son âme, chargé d’une force sauvage, presque primale, mais fissuré par des sanglots qu’il ne parvenait plus à maîtriser. Son visage, lui aussi, se déconstruisit complètement. Du guerrier puissant, de cet homme inatteignable qu’il avait été quelques minutes plus tôt, il ne restait rien. 

-       TU ÉTAIS MORTE ! JE T’AI PERDUE ! 

Chacun de ses hurlements jaillissait de lui dans une déchirure sacrée, un cri grave et pourtant brisé qui vibrait jusque dans les entrailles de Pansy. 

-       JE T’AI REGARDÉE MOURIR ! 

Cette voix tremblait, chaque note portant le poids d’un monde qui s’était effondré, et chacun de ses sanglots l’aveu tragique d’une douleur bien trop vive pour être tue plus longtemps. 

-       Ton corps…, mima-t-il en déployant ses mains devant lui, regardant dans le vide qu’il y avait là, pleurant toute son âme meurtrie, ton corps était froid… Tes yeux étaient vides, pleura-t-il en relevant le regard vers elle, comme pour s’assurer du fait que ses yeux étaient bien vivants à nouveau. 

Pansy pleurait silencieusement, témoin figé de son infâme douleur qu’elle ne pouvait qu’imaginer. 

-       Ton odeur…, sanglota-t-il d’une voix brisée de sa force. 

D’un pas en avant, il s’approcha d’elle, portant une main tremblante aux cheveux mouillés de Pansy. Avec une délicatesse maladroite, il porta une mèche de ses cheveux à son nez, fermant ses yeux larmoyants l’espace d’une seconde pour apaiser son corps, et inspirer son odeur. Pansy pleura. Il était détruit. Son corps tremblait. Cette main qui tenait sa mèche de cheveux tremblait. Son désespoir transpirait de la façon dont il inspirait avidement son odeur dans une tentative vaine d’apaiser son corps. Les larmes continuaient de perler sur ses joues ensanglantées malgré le fait que ses yeux étaient fermés, et Pansy ne voyait plus que l’enfant qu’il était autrefois, et celui brisait son âme. 

-       Ton odeur avait disparue…, pleura-t-il dans un abattement profondément vulnérable. 

Il ne restait plus rien de l’homme qu’il était. Réduit au fantôme de cet homme fort et confiant que rien ne pouvait ébranler. Détruit. Profondément détruit. Pansy pouvait le voir clairement désormais. 

-       Ton cœur…, continua-t-il difficilement. 

Sa main tremblante quitta ses cheveux pour se loger sur sa poitrine, rassurant son propre corps que son cœur à elle continuait de la maintenir en vie. Une nouvelle fois, il ferma les yeux un instant, ressentant chaque battement dans le creux de sa paume, et Pansy le laissa faire, réduite au silence face à son infâme douleur dont elle ne pouvait faire autrement que d’être témoin. 

-       Ton cœur ne battait plus…, murmura-t-il à bout de forces. Tu étais morte… La seule chose…, la seule et unique chose que tu n’avais pas le droit de me faire… Tu n’avais pas le droit de le faire, fût-il remué par des sanglots irrépressibles, venant fendre en éclats tremblants ce qu’il restait des murmures de sa voix. 

Enfin, il releva ses yeux vers elle. Là, au fin fond de son regard céruléen, elle put lire l’étendue des dégâts que sa mort avait fait en lui. Elle réalisa qu’elle avait détruit malgré elle cet homme-là, et que là où la raison devait prévaloir, il n’y avait plus qu’une douleur trop puissante pour être expliquée. Gardant sa main logée sur sa poitrine, Theodore continua dans un murmure :

-       Et tu es revenue, libre. Mais tu es revenue. Je ne demande pas beaucoup, chuchota-t-il en fermant encore les yeux, tendant l’oreille vers elle. Juste de pouvoir respirer le même air que toi. Et tu respirais à nouveau… 

Il ouvrit les yeux une nouvelle fois, son regard posé sur cette poitrine qu’il touchait, qui ondulait de chacune des respirations que Pansy prenait. Parce qu’elle était en vie. 

-       Tu respirais à nouveau…, répéta-t-il comme pour s’en convaincre lui-même. 

Ses yeux remontèrent jusqu’à ceux de sa bien-aimée, qui eux ne l’avaient jamais quitté. Pansy était subjuguée par l’étendue des dégâts qu’elle constatait en lui. 

-       Et je suis tellement désolé, plaida-t-il avec une vulnérabilité intimidante. Je suis tellement désolé de t’avoir fait du mal… Je suis tellement désolé de t’avoir fait te sentir seule, pleura-t-il face à elle, complètement à nu. 

Pansy pleura. 

-       Je suis tellement, affreusement désolé de t’avoir laissée croire qu’il était le dernier homme qui t’avait touchée, se repentit-il dans grondement douloureux. Je suis tellement désolé de ne pas avoir compris ce dont tu avais besoin… Je suis tellement désolé de t’avoir abandonnée Pansy, pleura-t-il sans lâcher ses yeux, s’exposant intégralement à elle. 

Il porta la main logée sur sa poitrine à la joue remplie d’hématomes de Pansy, son pouce y effaçant délicatement une nouvelle larme qui y coulait. Et elle, elle se noyait en lui. Elle se noyait dans l’océan de vulnérabilité, de fragilité pure, brute et terriblement vertigineuse qu’il lui offrait-là. 

-       Je vois ta souffrance, murmura-t-il à ses lèvres, et quelque chose se répara à l’intérieur de Pansy. J’entends ta tristesse, continua-t-il doucement. Je comprends ta déception. Je suis tellement désolé de t’avoir laissée tomber. Je suis tellement, tellement désolé de ne pas avoir eu la conscience, l’intelligence, la finesse de comprendre ce dont tu avais vraiment besoin… 

Rien, plus rien ne pouvait faire douter Pansy de la sincérité absolue, brute et puissante des mots qu’il prononçait là. Chacune de ses paroles vibrait de sa vulnérabilité. 

-       Mais je te promets, assura-t-il avec une force retrouvée, je te le promets, au fin fond de mon âme, je ne l’ai jamais fait avec l’intention de te blesser.  Je t’ai choisie, toi. Je te choisirai toujours. Tu étais libérée de la douleur que ton amour pour moi t’infligeais, chuchota-t-il tout bas. C’était mon égoïsme ou ce que je supposai être ta paix. Je te choisis toujours, Pansy. Je te choisis toi, promit-il avec le genre de sincérité dont on ne pouvait pas douter. 

D’une douce pression sur ses joues, Theodore laissa les paumes de ses mains se réchauffer de la chaleur de sa bien-aimée, ses propres yeux se noyant en elle comme s’il avait sous les yeux la huitième merveille du monde. Et pour lui, c’était bel et bien le cas.  

-       Tu n’es pas… tu n’es pas l’amour de ma vie, c’est dire trop peu…, murmura-t-il à ses lèvres. Tu n’es pas l’amour de ma vie, tu es… tu es tout. Tu es tout, Pansy, appuya-t-il alors que de nouvelles larmes venaient perler ses yeux. Ce que je ressens pour toi n’est pas limité parce ce que tu fais, ou ce que tu dis, ni même la façon dont tu m’aimes ou dont tu me traites, tout ça…, tout ça n’a pas la moindre importance pour moi. J’aime ton cœur, commença-t-il doucement sans ne jamais quitter ses yeux, j’aime ton âme, j’aime la façon dont ton cerveau fonctionne. J’aime ta colère, j’aime ton tranchant, j’aime ton insolence, j’aime ta sagesse, j’aime ta brutalité, ta violence, j’aime ta sensibilité. J’aime ta voix, la façon dont tu parles, j’aime la façon dont tu marches, celle dont tu manges, j’aime… j’aime tout, Pansy, soupira-t-il alors, j’aime tout de toi. Et ça n’est pas dépendant de ce que tu feras ni de ce que tu deviendras en tant que femme dans l’avenir parce que j’aime la façon dont tu évolues, celle dont parfois certains pourraient juger que tu régresses, parce que je vois…, toi, se noya-t-il en elle comme s’il pouvait voir jusqu’à son âme au fond de ses yeux. Je te vois. Je vois tes combats, à l’intérieur de toi. Je vois quand tu les gagnes, je vois quand tu les perds, je vois quand tu n’arrives plus à manger et je vois quand tu es dépassée par tes sentiments et que ta rage hurle, et j’aime tout ça. J’aime tout ça parce que je vois ta souffrance et je vois ta force, et quoi que tu deviennes… Quoi que tu deviennes, quoi que tu fasses, quoi que tu dises, je te vois…, se laissa-t-il dépasser par la profondeur terrifiante de ses sentiments. 

Ses mains, désormais tremblantes, se mirent à caresser tantôt le visage, tantôt les cheveux mouillés d’une Pansy hypnotisée, pendue à ses lèvres et réduite au silence comme elle ne l’était jamais. Trop grand, cet amour était bien trop grand pour eux, et lui aussi, il était totalement perdu dans le flux torrentiel de ses sentiments pour elle. 

-       Je te vois et je t’aime, je t’admire et je te respecte, murmura-t-il, une nouvelle larme perlant sur sa joue tâchée de sang. Je t’aime pour tout ce que tu es, tout ce que tu n’es pas encore, tout ce que tu pourrais être et tout ce que tu n’es pas et ne seras jamais. Et moi je suis juste là, lui sourit-il alors, béni des Dieux de pouvoir être spectateur de tout ce que tu es et de tout ce que tu fais et il n’y a rien, il n’y a rien d’autre que ça. Et je m’en fous, je m’en fous du reste. Je m’en fous si c’est trop, continua-t-il avec un chuchotement d’une douceur démesurée pour l’homme monstrueux qu’il était. Je m’en fous si c’est malsain. J’en ai rien à foutre, rien, pas une seule seconde, parce que tu n’es pas l’amour de ma vie, c’est trop peu…, fronça-t-il les sourcils. Tu es tout, c’est tout. Et tu pourrais décider de ne plus m’aimer, ou de ne plus me vouloir du jour au lendemain, j’en ai rien à foutre, ça ne changerait rien. Ça ne changerait absolument rien parce que je n’ai pas confiance en ce que tu fais ou ne fais pas, j’ai confiance en qui tu es, au plus profond de toi. Et ça…, s’extasia-t-il lui-même dans un soupir dépassé, il n’y a rien qui peut venir ébranler ça. Alors, humidifia-t-il le bout de ses lèvres, je ne sais pas si je mérite ton pardon, et je ne sais pas si tu me l’accorderas, et au fond peu importe. Mais par pitié, supplia-t-il en un murmure dans une splendide et terrifiante vulnérabilité, laisse-moi juste l’honneur de rester témoin de ce que tu es. 

Les larmes perlaient sur les joues de Pansy, mêlées avec la bénédiction de la pluie, comme si les Dieux tentaient désespérément de les laver de leur passé trop chargé. Ces mêmes gouttes coulaient sur Theodore, s’écoulant petit à petit de ses cheveux jusqu’à son visage sans ne parvenir à le nettoyer de sa monstruosité, et Pansy était perdue en lui. Elle était dépassée, complètement dépassée par sa vulnérabilité. Complètement dépassée par la force de son amour et la violence de son désarroi. Elle le regardait, et elle le reconnaissait. Elle le regardait, et elle le voyait, elle aussi. Et elle se rappelait. Elle se rappelait lorsqu’elle avait perdu la vie, et qu’elle n’avait pas pu passer de l’autre côté. Elle se rappelait, lorsqu’elle s’était retrouvée coincée entre le monde des vivants et celui des morts, incapable de le laisser. Parce qu’elle se rappelait ce qu’elle avait vu de lui. Elle se rappelait son désespoir. Elle se rappelait comme il serrait son cadavre contre lui, gémissant, pleurant, incapable de la laisser partir. Elle se rappelait le vide, ce vide intersidéral qu’elle pouvait lire dans ses yeux. Elle se rappelait l’avoir vu prendre ce couteau, et le porter à sa gorge au-dessus de son cadavre. Elle se rappelait hurler, sans qu’il ne puisse l’entendre. Elle se rappelait le toucher, sans qu’il ne puisse la sentir. Elle se rappelait le supplier, sans qu’il ne puisse répondre à ses prières. 

Alors elle le regardait, complètement subjuguée. Et enfin, pour la première fois depuis de trop nombreux mois, elle le voyait à nouveau. Tellement plus complet. Tellement plus somptueux. Tellement plus magistral. Elle était pourtant déjà retombée amoureuse de lui. Mais il n’y avait rien, il ne pouvait rien y avoir de comparable à ce qu’elle ressentait pour cet homme qu’elle connaissait depuis toujours. Et malgré elle, sans même qu’elle ne puisse le comprendre vraiment, après tout cela, il sembla à Pansy qu’elle l’aimait plus encore qu’elle ne l’avait jamais aimé. 

Dans un geste si discret qu’il en était presque imperceptible, le coin droit de la bouche de Pansy s’éleva en l’ombre d’un sourire soulagé. Theodore le vit. À l’intérieur de lui, son cœur se répara sous cette simple élévation du coin de sa lèvre. Dans un élan d’une rapidité fulgurante, Pansy porta sa main droite vers le visage de son homme pour lui offrir une nouvelle baffe. Avec un réflexe surhumain, la prise de Theodore se raffermit sur le poignet suspendu de sa pas-si-douce. Dans un moment étiré, leurs regards se redécouvrirent, chargés d’électricité. Ils se réapprenaient, comme redécouvrant la familiarité de l’ardeur qui y brûlait lorsqu’ils se regardaient vraiment. La main de Pansy bloquée dans les airs par la prise ferme d’un Theodore qu’elle ne pouvait pas surprendre, ils restèrent ainsi suspendus, décidant sourdement de ce qu’ils allaient faire ensemble. Le souffle de Pansy se coupa, et soudain, elle s’élança contre lui. Ses cuisses s’encerclèrent autour de la taille d’un Theodore qui la réceptionna comme s’il l’avait attendue trop longtemps, ses mains se logeant dans une prise possessive sur le postérieur de Pansy pour la maintenir là, bien tout contre lui. Il levait le visage haut vers elle, elle qui le dépassait maintenant de sa taille aussi métaphorique que littérale, et dans un élan fougueux, les lèvres de Pansy retrouvèrent la chaleur humide de leur foyer. 

Comme deux aimants désespérément attirés l’un vers l’autre, entrant en parfaite collision dans une nudité d’âme spectaculaire dénuée de toute retenue, de tout faux semblant, de tout contrôle, leurs corps physiques se rencontrèrent pour que l’essence de ce qu’ils étaient – ensemble – reprenne vie au creux de leurs lèvres. Leurs âmes, affamées, assoiffées, séparées de leur noyau depuis bien trop de lunes, se nourrirent l’une de l’autre avec une insatiabilité intimidante. Les offrandes de nectar entre leurs lèvres réveillaient et vivifiaient ces corps endormis depuis trop longtemps, inanimés comme des braises sans flammes, dépourvus de la chaleur torride de l’autre. Dans une impatience fiévreuse qui les dépassait, leur incarnation enlacée chantait un hymne à la passion brûlante qui les unissait, mélodie silencieuse qui scellait le genre de promesse qui ne pouvait être formulée avec des mots. Les Dieux eux-mêmes se penchèrent du haut du royaume des Cieux, envieux témoins de la démesure sublime de l’amour qui consumait ces deux pauvres mortels. Et ils brillaient. Bien trop fort pour qu’un simple œil humain puisse en percevoir le scintillement éclatant, ils brillaient. Ils brillaient comme des diamants dans le ciel. 


Ils n’entendirent rien. Rien de la joie de leurs amis derrière-eux, heureux spectateurs des retrouvailles tant anticipées qu’elles renversaient le royaume des mortels et celui de l’au-delà. Ils ne virent rien non plus de la sorcière qui attendait anxieusement leur retour lorsque la conscience déraisonnée de Theodore choisi de transplaner jusqu’à sa chambre. Sa chambre à elle. Sa chambre à lui. La leur, à eux. Leurs respirations saccadées chantaient leurs sentiments trop démesurés pour être parlés, ce chant divin sublimé par les tonalités étouffées de leurs gémissements jouissant de se retrouver enfin. Leurs mains, précieux outils incarnés destinés à expérimenter la grandeur de l’autre, se redécouvrirent avec une ardeur bouillonnant d’impatience. À l’intérieur de leurs corps, là où magie et chair se mélangeaient, la puissance terrifiante de leurs émotions explosaient, réveillant les picotements délicieux qui accompagnaient la soif de l’autre, comme une parfaite oasis en plein désert ensoleillé. Les frontières de la folie enivrée et de l’amour ancré se brouillaient là où leurs langues se rencontraient, y créant là une tout autre dimension inexplorée par le commun des mortels dont eux seuls avaient la clé, heureux détenteurs du secret de l’essence même de la passion qu’ils étaient. Tissus, masques, égos et faux-semblants s’étaient évanouis dans la nuit pour ne laisser plus que la parfaite nudité de leurs âmes, celle de leurs corps et la vulnérabilité terrifiante de leurs sentiments. Possédée par l’ardeur brûlante de son amour pour elle, la voix de Theodore sonnait comme une caresse veloutée bénie par les Dieux lorsqu’il murmura aux lèvres de sa bien-aimée : 

-       Par tous les Dieux, Pansy, tu es tellement…, ne parvint-il à la qualifier justement. Ce n’est pas une métaphore quand je dis que je suis à genoux devant toi, susurra-t-il à cette bouche qui détenait pouvoir de vie ou de mort sur lui. 

Entre la fente humide de ses lèvres, les entités démoniaques se joignirent à eux en faisant sourire Pansy avec toute la malice du Diable. 

-       Fais-le, l’envoûta la voix enrobée de miel de son amante. 

Dans un ordre qui sonnait comme une incantation onirique aux oreilles de Theodore, elle le somma de son commandement divin : 

-       Mets-toi à genoux pour moi. 

Dans la lourde surdité de son impuissance face à la grandeur sans égale de cette femme, le guerrier décoré du sang de ses victimes – preuve ultime de sa dévotion monstrueuse à sa moitié – se laissa tomber aux pieds de sa reine. Au fond de ses yeux céruléens levés hauts vers son étoile brûlait l’intensité vertigineuse du moindre de ses sentiments démesurés pour elle, le consumant pleinement, ne laissant de lui que l’ombre de la forteresse inébranlable qu’il était. Là où la souffrance infâme de l’avoir perdue et le plaisir exquis de la retrouver enflammaient les braises de son amour, le pauvre mortel se prosternait à sa Déesse, lui vouant le culte royal qui lui revenait de droit. Cette toute-puissance indéniable maquillait les traits de Pansy des traces d’une luxure diabolique qui frémissait en elle, relique d’une féminité qu’elle avait oubliée, renversant et retournant l’enveloppe charnelle qu’elle brûlait qu’il possède. Sa respiration se coupa à l’instant où les mains de Theodore se posèrent avec une délicatesse fébrile sur ses mollets, la pulpe de ses lèvres accompagnant son geste sur sa peau tandis qu’il lui offrait toute l’étendue de son amour pour elle dans ce regard enamouré qu’il ne détournait jamais d’elle. De caresses douces comme la soie impériale et de baisers intoxiqués qui pansaient les maux de son âme, Theodore vénéra le corps de sa bien-aimée. Là où la beauté mythologique, somptueuse et bien trop poétique pour être contenue dans leurs corps nus les avaient transportés jusqu’à cet instant, la fièvre primale, brute et sauvage électrifia l’air qu’ils peinaient à respirer pour le charger d’une tension désormais animale. 

Étendue devant lui comme un phare dans la nuit, Pansy l’observa attentivement, cet imposant guerrier tâché de sang à ses pieds. Cet homme monstrueux, pour beaucoup terrifiant, cette créature imposante qui ne trouvait que peu d’égaux dans ce vaste monde, agenouillé devant elle, proprement noyé dans sa beauté, dans toute l’étendue de sa supériorité sur lui. Et il ne se cachait pas à elle. Il lui laissait tout voir de lui. Dans ses yeux brûlaient les mille et unes émotions qu’il ne pouvait exprimer assez justement avec des mots. Dans ses iris céruléennes, là où se cachaient quelques larmes extasiées de la retrouver enfin, il lui laissait l’opportunité de constater à quel point il était réduit à néant pour elle. À quel point il n’y avait aucun égo, aucune fierté, rien qui pouvait venir entraver la parfaite vulnérabilité avec laquelle il était capable de se dévoiler à elle. Pansy se laissait subjuguer par ce sentiment vertigineux, celui de le voir pour ce qu’il était vraiment. Pathétique pour elle. À genoux devant celle pour qui il risquerait tout, ses mains qui ne tremblaient plus traçant les courbes de ses jambes avec une passion qui le dépassait complètement, le bout de ses lèvres et l’intégralité de sa langue ne pouvant résister à embrasser le moindre grain de peau qu’elle lui offrait-là alors que leurs vêtements s’étaient évaporés dans la nuit. 

Comme s’il devenait de plus en plus ivre d’elle à chacune de ses nouvelles caresses langoureuses sur son corps, Theodore se perdit en elle, et Pansy le regarda faire. C’était là un homme qui n’avait plus pied. Un homme qui n’avait plus de prise sur rien, moins encore sur lui-même. Ses mains redécouvraient les jambes de Pansy comme si elles étaient un trésor qui lui avait été caché depuis bien trop de lunes, en dessinant la longueur étendue, la largeur relative, dégustant de pleines bouchées la douceur sans pareille de l’intérieur de ses cuisses. Son visage lui-même se perdait en elle, se penchant d’un côté puis de l’autre comme s’il ne pouvait pas croire à quel point elle était délicieuse, ses yeux larmoyants se fermant ici et là tandis qu’il goûtait sa peau, respirait son odeur enivrante, en laissant les effluves naturels retourner le peu de raison qu’il lui restait. Pansy en venait presque à détester sa propre respiration saccadée et la façon dont elle pouvait l’entendre résonner dans ses oreilles parce qu’elle venait obstruer le son divin de celle de Theodore. La tonalité tremblante de cette respiration devenue difficile ponctuée de la douceur terrible des gémissements satisfaits qu’il ne tentait pas de lui cacher, la plus parfaite mélodie qui soit aux oreilles bénies de Pansy. Il y avait trop longtemps, bien trop longtemps qu’elle n’avait pas entendu cet homme gémir. 

Pansy se délecta du simple fait qu’elle était la seule personne sur cette planète à en connaître le son. De ce simple fait, il lui semblait qu’elle aurait pu jouir tant elle était dépassée, intégralement débordée par l’ardeur de son désir pour lui qui tourbillonnait, violent et délicieux depuis son bas ventre pour prendre possession de l’intégralité de son corps déshabillé. Et elle le regardait se perdre en elle, abandonner la moindre goutte de retenue, la moindre façade de contrôle de soi, et elle gémissait, elle aussi. Elle gémissait du pouvoir qu’elle avait sur lui, et qu’elle pouvait voir dans une démonstration graphique sans équivoque. D’une main possessive, Pansy emmêla ses doigts dans les cheveux encore mouillés de son homme. Oui, son homme. Le sien, sans le moindre doute possible. 

Il était complètement dépassé, lui aussi. C’était bien là le seul instant où le grand Theodore Nott perdait ce parfait contrôle de lui-même qu’il avait perfectionné au fur et à mesure des années. Parce qu’il ne pouvait pas contrôler cela. Cette faim pour cette femme, ce désespoir pour cette femme, cette violente passion qui l’animait dès qu’il posait la main sur elle. Ses yeux suppliants étaient levés hauts vers elle, lui laissant se délecter d’à quel point il était pathétique pour elle lorsqu’il la touchait. Lorsqu’il la sentait. Lorsqu’il la goûtait. À quel point elle seule avait le pouvoir de lui faire perdre le Nord et le réduire à l’état d’ombre de lui-même. Et cela le transcendait, lui aussi. Cela l’animait, lui aussi. Parce qu’au plus profond de lui, au plus profond de son âme, Theodore chérissait avidement cet état second dans lequel elle était la seule à pouvoir le guider. Il adorait la façon dont il était ivre de son corps, rendu complètement déconnecté, parfaitement inconscient de quoi que ce soit qu’il se passait autour d’eux. Rien qu’elle. C’était un instant parfait, immortalisé, une bulle sensorielle sublime dans laquelle ses sens suraiguisés ne pouvaient être distraits par quoi que ce soit d’autre qu’elle. Il n’y avait plus qu’elle. 

La sensation du moindre grain de sa peau. La chaleur de cette peau contre la sienne. L’odeur de son corps, celle de son désir, proprement enivrante. Les différents goûts qu’elle avait, tous plus délicieux les uns que les autres : celui de ses lèvres, souvent dépendant du rouge à lèvre qu’elle portait ou non, celui de sa langue, dont les sous-tons sucrés étaient teintés de ce dont elle s’était nourrie, celui de sa peau – souvent plus salée, celui de son intimité – parfait mélange entre un fruit à point et l’acidité piquante qui la caractérisait tant. La musique de ses gémissements, leur différentes tonalités dépendantes de la façon dont il la touchait. Et les battements de son cœur. Musique incessante qui rythmait ses jours, ses nuits, ses rêves et ses cauchemars lorsqu’elle s’arrêtait. Ce tempo régulier qui préservait ce qu’il restait de son esprit, plus ou moins appuyé en fonction de ce qu’il lui faisait. Et son propre corps, à lui. Son propre corps qui frémissait de son contact, de son touché, de son goûté. Son propre corps qui fondait en elle, son âme dansant de joie à l’intérieur de lui, et son esprit intégralement embué, proprement noyé en elle et cette rencontre parfaite avec son corps. Oui, Theodore aussi, il adorait la façon dont il se perdait en elle. 

Alors il se l’autorisa. Sans la moindre retenue, sans leur faire l’affront à tous deux de se restreindre, Theodore se perdit en elle. En des baisers enivrés, il couvrit ses jambes de sa vertigineuse affection, ses mains ne pouvant faire autrement que de continuer à la couvrir de sa chaleur. Dans la main qu’elle avait porté à ses cheveux, Theodore y appuya tout le poids de son visage comme un félin qui venait s’y reposer, se laissant parfaitement subjuguer par la façon dont ce simple contact pouvait recharger son corps épuisé et le nourrir de tout ce dont il pouvait avoir besoin. Avec une langueur terrible, comme s’il cherchait à faire durer cet instant pour toujours, il remonta le long de ses cuisses, ses mains traçant maintenant la courbe parfaite des fesses de Pansy pour remonter dans le bas de son dos affiné et raffermi par leurs entraînements. Ses yeux suppliants demeuraient levés hauts vers elle, rougis par le tourment d’émotions violentes qu’elle éveillait en lui, deux tornades menaçantes tournant et retournant ce qui vivait dans ses iris. Et sans ne plus pouvoir résister plus longtemps, Theodore embrassa son intimité. D’abord avec une douceur presque timide, comme s’il osait à peine s’autoriser l’accès à un trésor pareil, il permit à la pulpe de ses lèvres de redécouvrir celles de Pansy. Secouée par un frisson torrentiel de plaisir d’être touchée , touchée par lui pour la première fois depuis tant de temps, la sensation remonta tout le long de sa gorge pour s’échapper de sa bouche en un gémissement plaintif dépassé. Pansy leva le visage vers le ciel un instant, comme si elle était prête à rejoindre les Dieux eux-mêmes, en appelant à leur puissance pour supporter cette exquise torture qui la débordait intégralement. Theodore ne manqua pas la moindre goutte du spectacle, qu’elle soit littérale ou métaphorique. Dans un grondement guttural gonflé d’une jouissance profonde qui faisait vibrer sa faim insatiable, Theodore affermit sa prise sur le corps de Pansy pour dévorer plus encore d’elle. Il ne pourrait jamais en avoir assez, de cet élixir si parfait qu’il aurait pu être fabriqué par les Dieux, mais il était bien déterminé à essayer malgré tout de remplir ce manque abyssal qui avait laissé un vide colossal en lui. 

Alors il se repaissait. Dans une gourmandise fiévreuse, un peu plus grisé tel un addict dégustant sa dose à chaque nouvelle bouchée, il se repaissait. Comme s’il chantait là une poésie, il se perdit dans l’extase de son repas, une de ses mains se joignant bientôt à l’expertise de sa bouche. Dans un geste dominant, Pansy laissa sa cuisse droite prendre position sur l’épaule somptueusement musclée de Theodore, désireuse de lui laisser accès à plus encore d’elle, et Theodore s’y enfonça avec une voracité animale. Ses doigts toujours profondément enfoncés dans les cheveux de son homme, Pansy cambra le bassin et appuya le visage de son amant contre son corps, sa poitrine se soulevant et s’abaissant violemment au rythme des soupirs gémissants qu’il la forçait à pousser. Et elle le regardait, juste là, à genoux entre ses cuisses, sa propre jambe le bloquant là tout contre elle, sa main enfoncée dans ses cheveux pour le guider comme s’il en avait besoin, et ses putains de yeux céruléens proprement enivrés levés haut vers elle parce qu’il ne pouvait pas faire autrement que la regarder. Parce qu’elle savait qu’il n’y avait rien qu’elle puisse faire qui puisse lui échapper. Pas un son, pas un mouvement, pas une odeur, rien. Les lèvres entre-ouvertes pour que l’incandescence de son désir puisse s’en échapper, Pansy le regardait tandis qu’il la goûtait avidement, et alors qu’elle chevauchait son visage, un de ses doigts déjà positionné en elle exactement là où il le fallait, l’autre main de Theodore remonta en une caresse fiévreuse le long de son ventre. Il s’offrit le luxe d’en ressentir les moindres courbes en une pression appuyée qui traduisait son instinct affamé dans le moindre de ses mouvements, avant que cette main possessive ne se renferme avec autorité sur l’un de ses seins. Un soupir vibrant teinté d’une note aiguë incontrôlée secoua Pansy, ses instincts primaux prenant le dessus sur elle pour délaisser la beauté passée de ce qu’ils avaient partagé. 

Sans chercher à en retenir quoi que ce soit, cramponnée à ses cheveux pour le garder exactement là où elle le voulait, Pansy laissa ses gémissements devenir plus rauques, plus profonds, résonnant dans sa poitrine à mesure que la cambrure de son dos ondulait comme les vagues les plus dangereuses des océans contre un Theodore à sa merci. Il était exactement là où elle le voulait, nu à ses pieds, délicieusement piégé entre ses cuisses, parfaite cave dont elle savait qu’il ne voulait jamais s’extirper, ses mains sur elle, sa langue contre elle et ses yeux enfoncés dans son âme. Oui, Pansy savait exactement ce qu’elle voulait, et c’était lui. Cela avait toujours été lui. Il l’avait privée, torturée et laissée dans l’anticipation terrible de son touché depuis trop, beaucoup trop longtemps, et maintenant il allait lui payer son dû. Alors elle se laissa bercer par la frénésie érotique de l’instant, toute considération extérieure devenue obsolète, y compris les possibilités pour son amant de respirer. En cet instant, autant qu’elle le savait, s’il devait mourir là alors il partirait comblé, en parfaite paix. 

Son corps la contrôlait, les instincts primaires du mammifère sauvage qu’elle était se libérant dans une danse endiablée contre le visage le plus sublime qu’elle n’avait jamais eu la chance d’admirer. Et il ne pouvait plus lui fuir, désormais. Il ne pouvait plus la repousser, plus s’en aller, plus la laisser. L’intérieur de ses cuisses tremblotantes, le visage levé haut vers le ciel dans une supplication teintée de ses plaintes saccadées et cette main en profond ancrage dans les cheveux de son amant, Pansy se sentit contracter son bas ventre, au bord d’une première explosion volcanique.

L’appétit dévorant de Theodore ne fit qu’accroître, son regard hypnotisé sur sa moitié cambrée au-dessus de lui, le tintement entêtant de ses gémissements devenant de plus en plus profond, de plus en plus résonnant à chaque nouveau mouvement de sa langue. Ses lèvres immergées lui picotaient délicieusement, comme si elles brûlaient contre une glace divine, deux de ses doigts en elle pour la travailler minutieusement, exactement comme il savait qu’elle l’aimait. S’il l’avait décidé, Theodore lui-même aurait pu se laisser aller à une explosion orgasmique sans avoir besoin d’être touché, simplement parce qu’il la regardait ainsi, s’étalant au-dessus de lui, cette jambe fine et musclée sur son épaule, cette ceinture abdominale tracée qui se déployait dans toute sa splendeur, cette poitrine qui murmurait son nom à tue-tête, la mâchoire de Pansy qui s’offrait vers le ciel, les tremblements vibrants de ses cuisses, la façon dont elle se contractait autour de ses doigts, et son goût… Son putain de goût avec cet élixir divin qui se répandait dans sa bouche comme le plus généreux des cadeaux aux yeux de Theodore. Finalement, la musique. Les gémissements de cette femme à se damner qui s’intensifiaient, d’abord un souffle brisé, puis un gémissement voilé, une note aiguë incontrôlée, un soupir tremblant et enfin, enfin, la plénitude hurlée, assumée, qui s’extirpait du plus profond de son âme pour s’étirer jusque dans le ciel sans chercher à se taire. 

Redescendant des cieux en un souffle intense et profond, ponctué de murmures haletants aiguës, Pansy baissa le visage vers ce Theodore affamé. Lui ne semblait pas avoir terminé. Pansy raffermit la poigne qu’elle tenait de ses cheveux humides et le tira en arrière d’un coup sec. Dans une inspiration profonde, Theodore fut arraché à son trésor, son regard suppliant vers sa bien-aimée.

Elle le tenait. Elle le tenait, littéralement. Il était là, nu, ensanglanté, à genoux devant elle, dépendant de la ferme poigne qu’elle avait de ses cheveux. Ses yeux larmoyants chuchotaient toutes les promesses, toutes les excuses, toutes les déclarations enamourées qu’il ne savait dire avec des mots, la suppliant presque de lui laisser encore le droit de la toucher, émerveillé comme s’il ne pouvait tout simplement pas croire qu’il la retrouvait réellement. Ses lèvres gonflées appelaient le nom de son étoile, l’essence même de l’intimité profonde de Pansy dégoulinant généreusement sur son menton comme la relique du cadeau qu’elle lui avait fait. Les braises du bas-ventre de Pansy s’enflammèrent face à l’image aussi vulnérable que pathétique qu’il lui offrait là, sa voix - enrobée d’un murmure - aussi basse qu’haletante lorsqu’elle lui ordonna alors sans lâcher la prise qu’elle avait sur lui : 

-       Essuie-toi.

Dans un instant alangui où le regard suppliant de Theodore s’illumina d’une lueur prédatrice qui prit lentement vie dans ses iris, offrant à Pansy la chance de s’en délecter, les coins de sa bouche menaçant de se relever en un sourire accusant son commandement, l’air se chargea d’une électricité statique presque palpable. Sans lui faire l’affront de baisser les yeux, des flammes ardentes y brûlant désormais, Theodore resta à genoux devant elle, son visage relevé haut vers elle par la prise qu’elle avait sur ses cheveux, et au ralenti il déroula toute la longueur de sa langue le long de son menton. Tel un addict éperdu entré dans une dimension nouvelle, Theodore dégusta les gouttes dégoulinantes du plaisir qu’il avait donné à Pansy qui s’étaient égarées là, innocentes dans leur tentative de lui fuir, son regard ardent figé dans celui de celle qui le contrôlait. Dans une douce plainte, celle qui semblait pourtant détenir le pouvoir gémit du spectacle proprement indécent qu’il lui offrait là. 

Dans une tentative désespérée de reprendre le contrôle qui lui échappait à une vitesse vertigineuse, Pansy tira sur les cheveux de son amant pour le relever. Avec un sourire en coin vainqueur, Theodore n’obéit pas cette fois-ci. De ses mains qu’il plaça avec une rapidité agile dans la fente entre les cuisses et les mollets de Pansy, il la fit tomber contre lui, réceptionnant son corps avec une facilité déconcertante comme si elle n’était rien d’autre qu’une plume. 

-       J’ai pas fini, gronda la voix du prédateur qui réclamait plus de sa proie. 

En soutenant son dos avec une délicatesse surprenante, Theodore fit basculer Pansy sur le sol pour l’y allonger là comme le festin royal qu’elle était pour lui. La surplombant de son corps épais, il écarta ses cuisses pour s’y perdre une nouvelle fois, monstre affamé et proprement insatiable qu’il était. Là où ses doigts se mêlaient à sa langue pour renvoyer Pansy de là où elle venait, le royaume des anges, Theodore ne lui laissa pas le moindre répit. Dans un nouveau rythme appuyé, le genre de rythme qui traduisait la violence indicible de sa faim d’elle, le soldat travailla le corps de sa moitié avec une connaissance effrayante. À même le parquet, Pansy se tordit là de plaisir, son corps tremblant et ondulant comme un animal piégé, la profondeur de ses gémissements remplissant l’intégralité de l’espace de cette chambre qu’ils embuaient des braises de leur désir mutuel. 

-       N’ose même pas essayer de te retenir, menaça l’animal sauvage d’un ton aussi graveleux que suave. 

Il la connaissait trop bien. Beaucoup trop bien pour qu’elle puisse essayer de lui échapper. 

-       Inonde-moi Pansy, ordonna-t-il dans un souffle saccadé qui explicitait l’ampleur de sa propre excitation. 

Dans un gémissement plaintif étiré, la Serpentard lâcha tout contrôle, le bénissant comme il l’avait demandé, laissant l’intégralité du liquide sacré dont elle disposait exploser hors d’elle pour se répandre en des projections sur le visage ensanglanté de son amant. Un sourire malicieux aux lèvres, l’homme assoiffé qu’était Theodore se fit un nouveau banquet de cette offrande dont il n’osa manquer la moindre goutte. Lorsque Pansy eut chanté une nouvelle fois un parfait hymne aux Dieux, sa main toujours en elle, Theodore remonta le long du corps de Pansy, le parsemant intégralement de baisers langoureux nettoyant la moindre goutte égarée avant de se surélever au-dessus de son corps, ses yeux prédateurs rivés sur sa proie désormais pantelante. Il se délecta de la teinte rosée qui maquillait ses joues tandis qu’il retirait avec une lenteur lascive les deux doigts qu’il avait encore en elle. À bout de souffle, Pansy le regarda faire, comme hypnotisée. Sans rompre le contact visuel enivré qu’ils partageaient, Theodore porta ces deux doigts dégoulinants de son liquide sacré à sa bouche. Avec une langueur débordante de sensualité, il en suça toute la longueur pour se repaitre de la moindre miette oubliée de son mets divin. L’esprit tourbillonnant et le corps parcouru de fourmillements autrefois si familiers, Pansy se sentit près de perdre conscience tant elle était dans un état second. Le temps de reprendre son souffle, ainsi que les dernières miettes de contrôle sur sa propre anatomie qu’il lui restait, Pansy se noya dans le splendide sourire qui était étalé sur le visage de son homme, suspendu juste au-dessus d’elle. 

Elle n’avait pas vu ses yeux si pleins de vie, cette étincelle lumineuse faisant briller ses parfaites pupilles depuis bien trop de mois. La largeur de son sourire, elle aussi, sans la moindre réserve, sans la moindre retenue, sans ne plus rien lui cacher de lui, lui avait été enlevée depuis trop de temps. Elle s’imprégnait de cette vue, son visage illuminé, plus souriant qu’il lui semblait qu’il ne l’avait jamais été, son Theodore qu’elle retrouvait, ses cheveux encore humides complètement décoiffés par ses propres doigts, et toutes ces traces de sang dont elle ne se lassait pas. Quand son corps retrouverait des forces, Pansy se le promettait, elle lui rendrait la monnaie de sa pièce bientôt. 

Un sourire malicieux dans le coin de ses lèvres, elle profita de cette pause pour narguer sa bête sauvage, consciente que son corps fatigué et torturé ne pourrait la porter très loin cette nuit-là : 

-       Et si j’avais couché avec Maxwell ? 

Alors qu’elle ne savait même pas que cela était encore possible, le sourire de Theodore s’élargit plus encore sur son visage. Si elle avait cherché à réveiller de la colère en lui, il semblait qu’elle avait fait exactement tout le contraire. Sur des bras qui ne tremblaient pas, il se baissa plus près d’elle tandis qu’elle respirait toujours péniblement sur le sol, et il savait très bien qu’elle essayait simplement de gagner un peu de temps. Il était assez généreux pour le lui accorder. Sa voix n’était qu’un murmure rauque lorsqu’il roucoula à ses lèvres essoufflées : 

-       Personne ne peut te toucher comme je te touche, et tu le sais très bien. 

Comme si l’air semblait lui manquer plus encore, Pansy chercha une inspiration qu’elle ne trouvait pas. Sans perdre l’insolence qui maquillait ses lèvres, Theodore se redressa avec la rapidité féline d’un prédateur, attrapa sa proie par la finesse de ses hanches, et de mains fermes, la porta contre lui pour la soulever du sol. 

-       Ton esprit peut oublier, mais ton corps, lui, se souvenait très bien, ronronna-t-il tandis qu’il sentait l’humidité du corps de Pansy contre son sexe. 

Dans un geste ferme bien que délicat, il allongea sa moitié épuisée sur le bord de leur lit. Il se releva, debout devant elle tandis qu’elle respirait encore difficilement, dévoilé dans sa nudité parfaite tandis qu’il l’observait, lui aussi. 

-       Parce que tu le veuilles ou non, au plus profond de toi, dans ton ADN, jusque dans tes cellules, tu m’appartiens, déclara-t-il avec le genre de certitude guerrière qui faisait tomber des cités. 

Ces mots furent suffisants pour raviver la flamme ardente de Pansy. Elle était dépassée par ses sentiments pour lui, totalement consumée par l’adoration qu’elle éprouvait par ce si grand homme à ses yeux, et tandis qu’il était là, étendu nu devant ses yeux dans le spectacle le plus sublime qui puisse être, elle ne pouvait faire autrement qu’être débordée par son désir de le toucher, elle aussi. Un sourire en coin aux lèvres, elle utilisa la force restante de ses jambes pour attraper la taille de Theodore, et le faire tomber contre elle dans leur lit. Elle ne pouvait pas supporter de l’avoir si près, et pourtant encore si loin d’elle. Elle le voulait juste là, tout contre elle. Avec un ricanement satisfait, il se laissa tomber sur elle, et une nouvelle fois, il lui laissa sa victoire lorsqu’il l’autorisa à le retourner pour qu’elle prenne position au-dessus de lui. 

Pansy chercha l’espace de quelques secondes quoi répondre à ces déclarations audacieuses, mais son esprit ne trouva pas deux mots à articuler en une phrase censée. Au fond, elle savait parfaitement bien qu’il avait raison. Tout ce temps où elle avait eu le sentiment que son corps la trahissait, il ne faisait que le reconnaître lui, son homme, le seul à avoir un tel pouvoir sur elle. C’était une réalité, elle le savait, elle lui appartenait au moins tout autant qu’il était sien, lui aussi. Et quand bien même elle se serait délecté de trouver une réplique aussi acerbe que sanglante, peut-être un poil insolente à lui rétorquer, pour cette nuit elle saurait se satisfaire de retrouver son corps. 

Alors c’est ce qu’elle fit. Accroupie sur lui, dans des gestes aussi lents qu’étirés, Pansy redécouvrit son corps. De la douce pulpe de ses doigts, elle retraça la moindre courbe de ses épaules, celles de ses pectoraux, réveillant des frissons délicieux sur la peau de Theodore à chaque endroit qu’elle daignait toucher, mais en cet instant Pansy ne les remarqua même pas vraiment. Aussi égoïste que cela puisse paraître, Pansy ne le touchait pas pour son plaisir à lui ce soir-là. Dans chaque caresse, dans chaque baiser éparpillé sur son torse, dans sa nuque, à chaque trace de langue qu’elle laissait sur son torse, Pansy réparait son propre cœur. Elle réparait son âme, et retrouvait le chemin de sa maison, de son foyer, comme cherchant à apaiser enfin son corps qui l’avait réclamé si longtemps. Comme un animal qui avait enfin, après une période atroce de famine, l’opportunité de dévorer un repas de roi. Ce n’était plus tant la femme qu’elle était, c’était son instinct profond, sauvage, bien moins conventionnel et tellement plus brut qui parlait à travers le moindre de ses gestes. Alors, elle touchait. Penchée aussi près de son torse qu’elle le pouvait, Pansy le touchait. Parfois du bout de ses doigts fins dans des caresses qui laissaient des traînées de frissons sur la peau de Theodore, et parfois dans des pressions plus appuyées qui lui témoignaient à quel point il lui avait manqué, elle touchait tout. Du bout de son nez qu’elle collait ici et là contre son corps, elle le humait. Comme un animal, elle l’inspirait, s’imprégnant de son odeur qui réchauffait son propre corps. Du bout de sa langue, elle le léchait, retrouvant le goût de sa peau parfois tâché du sang des personnes qu’il avait réduites à néant pour la récupérer. Et elle le regardait. Le moindre muscle, la moindre de ses blessures qui coupaient son torse, parfois ses bras, certaines de ses plaies encore à vif. Elle regardait tout. Elle touchait tout. Elle léchait tout. Elle respirait tout. Complètement enivrée à chaque nouvelle fois qu’elle le goûtait, à chaque nouvelle fois qu’elle fermait les yeux pour coller son nez contre sa peau et inspirer son odeur, Pansy sombrait un peu plus jusqu’à ce qu’il ne reste presque plus rien d’humain en elle. Plus rien de convenable, plus rien d’explicable, plus rien de raisonné, rien que l’instinct de son corps qui réclamait plus de son corps à lui. Et sous son touché primal, Theodore gémissait, complètement à sa merci. Il redécouvrait lui aussi la familiarité de recevoir la brutalité animale de l’amour de cette femme remarquable, et lui aussi, cela le dépassait largement. 

Elle ne touchait pas même son sexe, et en réalité elle n’en avait pas le moindre besoin. Il n’y avait rien de calculé dans ses gestes, rien qui n’avait à vocation d’un quelconque acte spécifique, rien de pensé ou de réfléchi. Pansy avait complètement délaissé son esprit, elle avait complètement lâché prise avec la réalité et elle ne se laissait pas incomber par les présupposés de ce qu’il pourrait potentiellement attendre d’elle, parce qu’elle savait – toujours – que ce qu’il voulait lui, c’était elle. Elle dans l’entièreté de ce qu’elle était. Dans la spontanéité brute et jamais censurée de ce qu’elle était, du moindre de ses désirs, du moindre de ses besoins. Et là où le corps de Pansy l’emmenait, bien loin de la raison, le corps de Theodore la suivait comme s’ils étaient connectés. Comme si cette connexion entre eux était palpable, comme si elle n’avait jamais vraiment été interrompue. Et ensemble, ils se saoulèrent l’un de l’autre. Bercée par l’appel charnel de son corps, Pansy se noya en lui. Perdue dans une redécouverte primitive de son corps dénuée de toute loi, de toute retenue, mue par un instinct archaïque qui envahissait son cerveau, elle enlaçait ses doigts avec les siens, collait son oreille à son torse, léchait la fissure entre ses abdominaux, collait sa poitrine à son torse pour le sentir complètement là, tout contre elle. Et là où chacun de ses mouvements s’était fait aussi lent que possible, profondément alanguis, au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient et que la respiration de Theodore laissait s’échapper de ses lèvres des gémissements musicaux somptueux, les gestes féraux de Pansy se firent plus viscéraux, plus incontrôlés encore. Ses caresses devinrent plus brutes, son contact plus vorace, son touché affamé, son goûté teinté de mordillements insatiables dans les muscles de son partenaire.  

Et bientôt, les mouvements de Theodore suivirent les siens. Une nouvelle fois, la femme sensationnelle qu’elle était l’emmena avec elle dans une nouvelle profondeur de ses eaux jusqu’alors inexplorée. Leurs corps se trouvèrent, oui. Ils se retrouvèrent, oui. Ils ne firent plus qu’un, oui. Mais il n’y avait rien, absolument rien de conventionnel dans la façon dont ils communiaient ensemble. Il n’y avait rien qui se calculait dans une recherche de plaisir, que celui-ci soit égoïste ou au contraire généreux. Ce n’était rien de cela. C’était un besoin primal, un désir primitif allumé par un feu animal qui les consumait tous deux, réanimant leurs corps de leur essence même. Tous deux étaient mus d’une tempête intérieure qu’ils partageaient, à laquelle ils s’abandonnaient en parfaite unisson dans un embrasement archaïque du corps de soi, et de celui de l’autre. Loin de ce qu’ils connaissaient, de ce qu’ils pouvaient formuler avec des mots ou calculer avec des mouvements répétés appris, ils chutaient ensemble hors de tout contrôle, s’abandonnant parfaitement à leur besoin aride de l’autre dans leurs corps qui s’écrasaient et communiaient ensemble. Dépossédés de toute raison, leurs corps se rencontraient, se redécouvraient, leurs peaux brûlaient l’une contre l’autre là où ils ressentaient qu’elles fusionnaient ensemble, et au fond peut-être qu’elles le faisaient vraiment. Il ne restait que l’essentiel. Leurs corps, qui ne faisaient plus qu’un. Le souffle de vie qui quittait les poumons de l’un pour se recycler dans ceux de l’autre, avant de lui être retourné. La mélodie entêtante de leur chant de plaisir, voilé d’une fièvre férale. Ensemble, ils s’élevèrent jusqu’au ciel, là où plus rien de terrestre ne pouvait les atteindre, dans une escalade colossale de plaisir qui n’avait jamais été égalée, hors du temps, hors de raison, hors de toute compréhension intellectuelle jusqu’à atteindre l’extase la plus pleine, la plus parfaite, la plus débordante qui puisse être. 

Lorsqu’enfin leurs corps alourdis chutèrent de la vertigineuse légèreté des nuages, Theo abandonna son visage contre la poitrine haletante de Pansy. Là, bercé par la cadence affolée de son cœur, il ferma les yeux. Il ne l’entendait ni ne cherchait vraiment à l’écouter, il le sentait, ce battement vivant, impérieux, qui venait frapper en lui comme une preuve d’existence. Il s’y laissa heurter avec une avidité silencieuse, accueillant avec vulnérabilité ce que chaque battement venait réveiller en lui. Une larme naquit au coin de ses yeux céruléens, lente et discrète, avant de glisser sur la peau tiède du sein de Pansy, en traçant les contours fins. Dans ce simple geste, dans cette chute minuscule, se logeait une pensée qu’il n’avait jamais osé formuler, pas même à lui-même : il avait cru qu’il ne l’aurait plus jamais ainsi. 

Les anges, témoins subjugués du divin art qu’était la matérialisation physique de leur amour, pleurèrent des larmes de sel. Cette nuit-là, la magie de l’amour de Theodore Nott et Pansy Parkinson s’inscrivit dans le ciel, légende mythologique dont des chansons soufflées par les Dieux aux oreilles des hommes feraient survivre la beauté de leur union à travers les générations.  


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