Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 91 : le masque tombe

1304 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/03/2026 20:29

Lavinia n’aurait jamais imaginé que donner cours puisse être… agréable. Elle avait longtemps pensé que la salle de potions, avec ses murs de pierre suintants, ses étagères chargées de fioles, ses chaudrons encore tièdes d’expériences passées et son odeur persistante de plantes séchées, ne serait jamais pour elle qu’un lieu de contrainte, un espace où elle devrait jouer un rôle, maintenir une façade, survivre dans un environnement où chaque mot, chaque geste, chaque respiration pouvait être interprété, analysé, retourné contre elle. Et pourtant, sa première journée s’était déroulée sans le moindre accroc, comme si le château lui-même avait décidé de lui offrir un répit, une parenthèse fragile avant que l’inévitable ne la rattrape, comme si les murs, saturés de magie ancienne, avaient choisi de lui accorder une trêve, un souffle, une illusion de normalité.


Les élèves avaient été attentifs, appliqués, presque brillants. Même les plus dissipés semblaient comprendre instinctivement que les potions n’étaient pas une matière où l’on pouvait se permettre l’erreur — ni avec elle, ni avec la salle elle-même, qui respirait encore l’autorité de Severus Rogue, comme si son ombre planait toujours entre les tables, rappelant à chacun que la précision était une forme de respect. Il y avait des regards concentrés, des mains levées, des murmures émerveillés lorsque la potion avait pris la couleur exacte qu’elle avait annoncée, un bleu pâle presque translucide qui avait arraché un souffle admiratif à toute la classe.

Et, pour la première fois depuis longtemps, Lavinia avait senti quelque chose se détendre en elle, une tension ancienne se relâcher, comme si elle retrouvait un fragment d’elle-même qu’elle croyait perdu, un fragment qu’elle n’avait plus osé toucher depuis des années.


À la fin du cours, trois Gryffondor s’approchèrent d’elle, leurs visages illuminés d’un enthousiasme sincère, presque enfantin.


— Professeur, grâce à vous, on a enfin compris cette matière, dit la première, les yeux brillants.


— On a hâte de revenir, ajouta la seconde, un sourire timide aux lèvres.


— Avec vous, on est sûrs de réussir nos BUSES, conclut la troisième, presque solennelle.


Lavinia sentit une chaleur douce lui traverser la poitrine, une chaleur qu’elle n’avait plus ressentie depuis des années, une chaleur qui n’avait rien à voir avec la peur, rien à voir avec la Rose Noire, rien à voir avec les menaces qui pesaient sur elle. Elle hocha la tête, satisfaite, mais sans se départir de son calme.


— Ne vous reposez pas sur vos acquis, dit-elle d’une voix douce mais ferme. Filez, vous avez soin aux créatures magiques.


Elles partent en courant, leurs rires résonnent dans le couloir. Lavinia les regarda s’éloigner, une pointe de fierté au cœur. Puis, fugacement, une pensée la traversa.


Lily Potter. Son regard brisé. Sa défaite silencieuse. Cette humiliation publique, cette phrase atroce sur ses grossesses.


Une part d’elle aurait voulu s’en réjouir. Mais une autre… une autre savait que rien de tout cela n’était normal. Elle rangeait ses affaires lorsqu’elle sentit une présence derrière elle. Une présence froide. Silencieuse. Immobilisée dans l’ombre. Elle se retourna brusquement. Sebastian Blackwell se tenait dans l’embrasure de la porte.


La porte se referma derrière lui dans un claquement sec, puis un déclic métallique retentit. Il venait de la verrouiller. Sans un mot. Sans même la regarder. Comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

Il ne bougeait pas. Il ne parlait pas. Il la regardait simplement, comme s’il attendait qu’elle comprenne quelque chose qu’il n’avait pas encore dit.


Elle sursauta malgré elle.


— Sebastian… tu m’as fait peur.


Il sourit. Un sourire lent, presque tendre, mais qui n’avait rien de rassurant.


— Je sais. Ce n’était pas mon intention, bien sûr.


Il avança. Ses bottes ne faisaient aucun bruit sur la pierre.


— Je suis venu pour toi.


Elle se figea.


— Pour… moi ?


— Ne fais pas semblant, Lavinia.


Il s’arrêta à quelques mètres d’elle.


— Tu sais très bien pourquoi je suis ici.


Un frisson la traversa. Elle repensa au regard vide de Sophia, à sa voix glaciale, à cette phrase sur les grossesses de Lily. Ce n’était pas Sophia. Ce n’était pas elle.


Et soudain, tout s’imbriqua. La froideur. Le verdict. Le défi imposé.


Sebastian n’était pas venu seulement pour elle. Il était venu pour s’assurer que tout se déroule comme la Rose Noire l’avait décidé.


— Qui t’envoie ? demanda-t-elle, la voix fragile.


Il haussa légèrement les épaules.


— Tu sais très bien qui m’envoie. Et disons que… Certaines personnes à Poudlard sont plus réceptives que d’autres à nos… ajustements.


Lavinia sentit son estomac se nouer. Elle revit Sophia, ses gestes mécaniques, son ton tranchant, son absence totale d’empathie. Oui. C’était évident, maintenant. Sophia n’avait pas agi de son plein gré. Et Lily… Lily avait été sacrifiée pour que Lavinia obtienne ce poste.


— La Rose Noire… murmura-t-elle.


— Exactement.


Il s’approcha encore, lentement, savourant chaque pas. Elle recula jusqu’à heurter une table. Sa main se leva — lente, calculée — et se posa contre son flanc, juste assez pour la maintenir en place. Puis il se pencha, ses lèvres à quelques millimètres de son oreille.


— Tu sais très bien pourquoi je suis ici, murmura-t-il.


Elle tremblait.


— Tu n’es pas ici pour enseigner, continua-t-il. Tu es ici parce qu’elle l’a voulu. Et moi aussi.


Il se redressa légèrement.


— Tu vas faire exactement ce qu’on attend de toi. Et tant que tu le fais… je n’aurai aucune raison de resserrer ma prise.


Sa main glissa enfin, lentement. Puis il recula d’un pas.


— Tu vois ? Je n’ai pas besoin de te faire du mal pour que tu m’écoutes.


Elle tremblait.


— Ne… ne touche pas à Orion.


Il haussa un sourcil, amusé.


— Je n’ai aucune raison de lui faire du mal. Tant que tu ne m’en donnes aucune.


Elle sentit sa gorge se serrer.


— Tu me menaces…


— Non. Je t’informe.


Il fit lentement le tour d’une table.


— Je suis ici pour protéger les intérêts de la Rose Noire. Et pour protéger Elladora.


Lavinia ferma les yeux. Oui. Elle savait.


— Tu sais ce qu’elle représente, murmura Sebastian. Tu sais ce qu’elle deviendra. Tu sais pourquoi elle doit être protégée.


Il s’approcha encore.


— Et tu veilleras sur elle. Ordre de la Rose Noire.


Lavinia rouvrit les yeux, tremblante.


— Pourquoi… pourquoi me dire tout ça ?


Il la fixa longuement.


— Parce que je veux que tu comprennes une chose. Je ne suis pas ton ennemi. Pas tant que tu restes dans le droit chemin.


Il recula enfin, lui laissant de l’air.


— Mais si tu dévies… si tu tentes de fuir… si tu tentes de trahir…


Son regard devint glacial.


— …alors ce n’est pas moi que tu devrais craindre. C’est elle.


Une larme glissa sur la joue de Lavinia. Sebastian la regarda sans émotion.


— Repose-toi, Lavinia. Demain sera une longue journée.


Il déverrouilla la porte et sortit, silencieux comme une ombre.


Lavinia resta seule dans la salle de potions, tremblante, incapable de bouger. Son refuge venait de devenir sa prison. Parce que si Sebastian pouvait briser une directrice… alors personne, pas même elle, n’était en sécurité.



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