Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 98 : L’Audience Imposée

1324 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 24/03/2026 22:25

Lavinia et Sophia avaient chacune envoyé une lettre au conseil d’administration, soigneusement rédigée, pesée, calibrée, avec cette précision presque chirurgicale qu’exigeaient les situations où la vérité brute ne suffisait plus et où il fallait la modeler, la lisser, la rendre présentable pour qu’elle devienne politiquement acceptable. Le conseil n’avait pas besoin de connaître les détails les plus sombres ; seulement ceux qui serviraient à protéger Sophia, à préserver son poste, et à éviter que l’affaire Lily Potter ne se transforme en scandale public. Lavinia avait tout intérêt à ce que Sophia reste en place, et Sophia, de son côté, se battrait jusqu’au bout pour faire valoir ses droits, consciente que la moindre faille dans son récit pourrait lui coûter bien plus qu’un simple titre administratif.


Le conseil avait reçu les deux lettres depuis plus de deux heures, et les membres, installés autour de la longue table de chêne, échangeaient des regards lourds de sous-entendus, certains relisant encore les parchemins, d’autres griffonnant des notes nerveuses, d’autres enfin semblant déjà avoir choisi leur camp. Une tension sourde flottait dans l’air, presque palpable, comme si la pièce elle-même retenait son souffle en attendant que quelqu’un ose enfin ouvrir la discussion. Mais avant que quiconque ne puisse prononcer le moindre mot, la porte s’ouvrit brusquement à la volée, claquant contre le mur dans un bruit sec qui fit sursauter plusieurs membres.


Albus Potter, Commandant des Aurors, entra d’un pas déterminé, suivi d’Alexis, Ministre de la Magie, dont l’expression fermée, presque glaciale, annonçait que leur présence n’avait rien d’une visite protocolaire. Leur arrivée simultanée dans cette salle relevait de l’événement exceptionnel — et inquiétant. Scorpius, assis parmi les membres du conseil, se redressa aussitôt, conscient qu’il fallait une raison grave, irréfutable, pour interrompre une réunion du conseil d’administration de Poudlard.


— Que pouvons-nous faire pour vous, Monsieur le Ministre… ainsi que pour vous, Albus Potter ?


Il avait parlé avec une politesse maîtrisée, mais son estomac se serrait déjà, comme s’il pressentait que la situation allait leur échapper. Alexis ne prit même pas la peine de s’asseoir.


— Nous venons demander la destitution immédiate de Sophia Dalrymple de son poste de directrice. Pour mauvais traitements et comportements suspects envers plusieurs élèves et professeurs de Poudlard, et ce depuis plusieurs jours.


Un murmure parcourut la salle, un souffle d’incompréhension qui glissa entre les membres du conseil.


— Pour mauvais traitements ? Comportements suspects ? Nous n’avons reçu aucune plainte de ce genre.


Le regard d’Alexis se durcit aussitôt, et l’atmosphère sembla se contracter autour de lui, comme si la pièce entière retenait son souffle. Il inspira lentement avant de reprendre, d’une voix qui vibrait d’une colère froide :


— Elle a humilié de façon injuste mon épouse, et n’a cessé de la rabaisser, même lorsqu’elle a souhaité démissionner de son poste d’assistante de soin aux créatures magiques. Elle a été pendant plus de vingt ans professeur de potions, et d’un coup, la directrice accepte de faire un défi de potion à Lavinia Malefoy, avec pour enjeu son propre poste ? La perdante prendrait le rôle d’assistante de soin aux créatures magiques. Vous trouvez cela normal ?


Cette fois, le silence fut total, un silence lourd, presque étouffant, qui fit comprendre à chacun que l’accusation, venant du Ministre lui-même, dépassait largement le cadre d’un simple litige administratif. Albus, immobile à ses côtés, ne disait rien, mais son expression parlait pour lui : il soutenait pleinement Alexis, non seulement en tant que Commandant des Aurors, mais surtout en tant que frère de la femme humiliée. L’épouse du Ministre n’était autre que Lily, sa petite sœur, et il n’avait jamais été du genre à rester spectateur lorsqu’il s’agissait de défendre les siens.


Un membre du conseil tenta pourtant de reprendre pied.


— Monsieur le Ministre, normalement on ne prend pas le poste de quelqu’un qui est déjà pourvu, cela m’étonne beaucoup que la directrice ait pu accepter ce genre de chose.


Alexis ne détourna même pas les yeux.


— Mon épouse a sacrifié sa vie de famille, porté neuf vies, et c’est ainsi qu’on la traite ? Elle a tout donné pour son travail de professeur de potions, et croyez-moi, ma femme n’est pas du genre à mentir. D’ailleurs, j’ai apporté la preuve : la lettre que la directrice lui a remise le matin même.


Il tendit la lettre, et le parchemin circula lentement autour de la table, chaque membre du conseil découvrant avec un mélange de stupeur et de malaise les mots écrits de la main de Sophia. Les visages se décomposaient les uns après les autres, certains pâlissaient, d’autres fronçaient les sourcils, mais un seul restait parfaitement impassible : Scorpius, qui observait la scène avec une maîtrise presque inquiétante, même si, intérieurement, il sentait déjà le sol se dérober sous ses pieds. Il devait protéger Sophia. Il devait protéger Lavinia. Et il comprenait que la situation venait de franchir un seuil irréversible.


— Oui, pour la lettre, concéda-t-il finalement d’une voix étonnamment stable, mais rien ne prouve que la directrice a réellement humilié votre femme.


Il planta son regard dans celui d’Alexis, un regard qui n’était ni agressif ni soumis, mais chargé d’une détermination froide, presque désespérée. Pourquoi avait-il fallu que cela en arrive là ? Alexis ne cilla pas.


— Dans ce cas, je demande une audience privée dès demain matin, à l’aube. Avec Lily, Lavinia, Sophia et Albus. Nous réglerons ce litige en privé.


La salle retint son souffle. Le conseil venait de perdre toute autorité, et chacun le comprit au même instant. Le président du conseil tenta une protestation maladroite :


— Monsieur le Ministre… une audience privée… cela sort de nos procédures habituelles…


— Je ne vous demande pas votre avis, répondit Alexis d’un ton calme, presque doux, ce qui rendait ses mots encore plus tranchants. Je vous informe.


Un frisson parcourut la salle. Albus croisa les bras, silencieux, mais son regard balayait les visages comme une menace implicite. Personne n’osa répondre.


Scorpius sentit la panique monter, mais il ne pouvait pas se permettre de la laisser paraître.


— Nous prendrons acte de votre demande, dit-il finalement, et nous nous assurerons que toutes les parties soient présentes.


Alexis hocha la tête, satisfait, puis se dirigea vers la porte, suivi d’Albus. Juste avant de sortir, il se retourna vers Scorpius, et son sourire, sans chaleur, claqua comme une gifle.


— J’espère que votre épouse sera ponctuelle.


Scorpius sentit son cœur se serrer.


— Elle le sera.


Alexis s’en alla, Albus sur ses talons, et la porte se referma derrière eux dans un silence presque religieux. Ce fut seulement alors que les membres du conseil osèrent respirer à nouveau.


— Eh bien… nous sommes dans de beaux draps, souffla l’un d’eux.


— Ce n’est pas à nous de trancher, murmura un autre. Pas avec le Ministre impliqué.


— Et si Sophia est destituée ? demanda une voix tremblante.


Scorpius se leva brusquement.


— Elle ne le sera pas.


Tous se tournèrent vers lui, surpris par la force de sa déclaration.


— Je m’assurerai que tout soit clarifié demain matin.


Et sans attendre de réponse, il quitta la salle, laissant derrière lui un conseil déboussolé, conscient que la tempête ne faisait que commencer.

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