LE MEILLEUR DES CADEAUX DE NOEL (traduit de Russe, auteur ISRA)

Chapitre 2

2362 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/05/2025 10:57

Le jour suivant ressemblait à son prédécesseur, tels deux petits pois dans leur cosse. Rogue patienta jusqu'au crépuscule dans l'attente de Dumbledore, qui ne se manifesta point. Il en fut de même le deuxième et le troisième jour… Severus sentit son irritation croître. Il dut faire preuve d'une maîtrise de soi considérable pour ne pas s'emporter contre le gamin qui, s'étant quelque peu accoutumé à son nouvel environnement, ne quittait plus l'adulte d'une semelle, le suivant de sa démarche vacillante partout où il se rendait.

Au terme du quatrième jour, Rogue servit à Harry une bouillie bien préparée, presque sans grumeaux. Soudain, la cuisine s'éclaira vivement. Un phénix spectral apparut, portant la voix d'Albus, qui demanda courtoisement :

-      Severus, est-ce que je te dérange ? Puis-je venir te voir maintenant ?

-      Je n'osais plus l'espérer !

La main de Rogue trembla, manquant de peu de rater la bouche de Potter avec la cuillère de porridge.

Le phénix argenté se volatilisa dans l'éther et, l'instant d'après, le directeur de Poudlard en personne apparut à l'endroit même où se trouvait auparavant la créature spectrale.

-      Mon garçon, je m'excuse d'avoir été absent si longtemps. J'espère que vous ne vous êtes pas trop fatigué durant ces jours-ci ?

-      J’ai hâte que vous emmeniez le garçon pour que je puisse enfin me reposer et dormir un peu, dit Rogue d’un ton venimeux. Je vais finir de faire manger Potter, il reste un fond de porridge, puis je préparerai ses affaires.

-      Ses affaires ? Albus semblait vraiment surpris.

-      Eh bien, vous avez vous-même suggéré de lui transfigurer des vêtements, en plus, il y a aussi des couches, un biberon dans lequel il boit, et... - Rogue rougit, - un pot.

-      Ah, vous vous en êtes fort bien tiré, sourit Dumbledore. Harry semble soigné et plutôt heureux.

-      En effet, mais il ne prononce pas le moindre mot, dit Severus d'une voix posée. Cependant, si vous pensiez que le Seigneur des Ténèbres avait altéré ses facultés mentales, vous faites erreur. Je dois admettre que c'est un enfant remarquablement intelligent, en dépit de fait que c'est le fils de Potter.

Albus observa Rogue avec une attention soutenue.

-      Il me semble que vous commencez à vous attacher au garçon…

-     Il n'en est rien ! rétorqua Severus sèchement. Voilà, nous avons terminé, ajouta-t-il en essuyant méticuleusement le visage d'Harry avec une serviette. Vous pouvez le reprendre.

Dumbledore hésita un instant avant de déclarer, l'air profondément troublé et contrarié :

-      Severus, voyez-vous, le problème est que… ma mission semble avoir échoué…

-      Qu'est-ce que cela signifie ? Les yeux de Severus se plissèrent de colère.

-      Est-ce que vous me permettez de m'asseoir ? demanda le Directeur au lieu de répondre.

Il fit surgir de l'air un tabouret et s'assit dessus.

-      Comme vous pouvez l'imaginer, j'ai d'abord tenté de raisonner Pétunia Dursley afin qu'elle reconsidère sa position et accueille à nouveau Harry, expliqua-t-il après un bref silence, comme s'il se remémorait un échange particulièrement pénible avec la sœur de Lily Evans. Ce fut… une erreur. Probablement dès le départ. Monsieur et Madame Dursley ne craignent pas simplement tout ce qui relève du magique - oh non ! - Ils éprouvent une véritable aversion pour la magie. J'aurais pu, certes, recourir au sortilège de Confusion, voire même… à l'Imperium… J'aurais pu effacer leurs appréhensions vis-à-vis de la sorcellerie, mais le problème réside dans le fait que la protection par le sang aurait été totalement inefficace dans ce cas… La situation était la suivante : les Dursley devaient soit accepter Harry de leur plein gré, soit ne pas l'accueillir du tout.

-      Pourquoi la protection du sang est-elle nécessaire ? demanda Rogue d'un air sombre.

-      Vous pensez vraiment que le Seigneur des Ténèbres a disparu pour toujours ?

-      Je l’espérais...

-      Ne soyez pas si naïf, mon garçon... Tôt ou tard, il reviendra de toute façon, et alors la protection du sang d'Harry aurait joué un rôle décisif, mais... non c'est non.

Les lèvres de Rogue se tordirent en un sourire méprisant :

-      Alors ils n'ont pas voulu vous écouter ?

-      Non, à mon grand regret. Vernon et moi-même avons eu un léger conflit dont il se souviendra longtemps des répercussions, déclara Albus d'un ton vindicatif, se remémorant le corpulent Dursley flottant sous le plafond. - D'une manière ou d'une autre, ils ont catégoriquement refusé d'accueillir Harry sous leur toit. Ayant échoué auprès de la famille de Harry, j'ai entrepris de lui trouver un foyer chez les membres de l'Ordre du Phénix. Ne me regardez pas ainsi, mon garçon, je suis conscient de vos divergences avec nombre d'entre eux, mais croyez-moi, ce sont des personnes des plus méritantes. Je me suis donc tourné vers les Londubat. Cependant, là aussi, j'ai essuyé un revers. Peut-être n'aurais-je pas dû m'y aventurer. Pas après ce qui est advenu à Frank et Alice... Oh, certes, vous ignorez tout de cela..., se reprit Albus. Lorsque Voldemort a disparu, ses partisans, menés par Bellatrix Lestrange, se sont précipités à la recherche d'informations susceptibles de les aider à retrouver leur Maître. Frank et Alice ont été impitoyablement torturés par le sortilège de Doloris... Et ils..., Dumbledore soupira lourdement, ils ont perdu la raison. Les meilleurs guérisseurs de Sainte Mangouste ont tenté de les ramener à la conscience, mais... hélas, c'est irréversible. Solliciter Augusta à ce moment-là était donc une décision mal avisée, voire cruelle. Elle s'est également retrouvée seule avec un jeune enfant et n'a pas les ressources pour en accueillir un second. Après les Londubat, j'ai rendu visite à la famille Weasley. J'espérais sincèrement qu'ils accepteraient de prendre Harry sous leur aile. Là, je me suis trouvé face à une mère de famille nombreuse, exténuée, avec un nourrisson dans les bras et six autres fils, dont trois n'avaient pas même atteint l'âge de cinq ans ! Certes, Ron est un garçon plutôt paisible, mais les jumeaux... Ils sont, je vous l'assure, de véritables garnements ! Pauvre Argus ! Je ne peux qu'imaginer ce qu'ils feront de l'école !

Severus commença à perdre patience.

-      Alors, vous avez demandé à Madame Weasley de se charger Potter ou pas ? 

-      N-non, répondit Dumbledore en hésitant légèrement, je n’ai tout simplement pas osé le faire. Ils ont déjà la vie dure, car Arthur est le seul soutien de famille. Comment auraient-ils pu prendre en charge un huitième enfant ! Quand Molly m'a demandé comment allait Harry, je lui ai menti. J'ai dit que tout allait bien pour lui, qu'il était avec des proches et que ces derniers prenaient bien soin de lui. Si Molly avait eu connaissance de la réalité, elle aurait probablement insisté pour que le garçon leur soit confié, à elle et son époux. Mais... je l'ai persuadée que Harry était entre de bonnes mains. Cependant, elle a préparé tout un sac de cadeaux !

Dumbledore observa Rogue, dont le visage blêmit sous l'effet conjugué de la colère et de l'humiliation. Le directeur tendit alors les mains en un geste apaisant :

-      Je vous en prie, Severus, ne vous obstinez pas dans votre refus. Je conçois que votre fierté soit en jeu, mais ces affaires sont nécessaires à Harry.

Il extirpa de sa poche une modeste sacoche en toile qu'il effleura de sa baguette, la faisant instantanément croître jusqu'à atteindre les dimensions d'un sac relativement spacieux.

-      Vous y trouverez des chaussures, des vêtements et quelques jouets... Harry doit sans doute éprouver un certain ennui...

Rogue tenta de garder son calme pour ne pas effrayer l'enfant. Cependant, l'irritation accumulée durant cette conversation absurde finit par éclater :

-      Albus, c'est insensé ! Je n'arrive pas à le croire ! Vous voulez vraiment me confier Potter ? Pourquoi moi ? Que suis-je pour lui ? Un ancien ami de sa mère morte ? Celui qui a causé sa perte ? Je ne suis pas fait pour élever un enfant. Confiez-le à qui vous voulez ! James, votre chouchou, avait des amis. Qu'ils s'occupent de Harry !"

Le visage du vieux sorcier, d'abord bienveillant, devint plus sévère.

-      De quoi parles-tu, Severus ? Quels amis ? Lupin le loup-garou, qui peine à subvenir à ses besoins ? Sirius Black, condamné à perpétuité à Azkaban ? Ou Peter Pettigrew, dont on vient d'enterrer les cendres ? Non, il ne reste plus personne. Et tu es le seul dans notre monde capable de s'occuper de Harry... Bien sûr, en dernier recours, le conseil d'administration contactera les services sociaux moldus... Ils trouveront peut-être une famille adéquate pour Potter...

-      Pour que dès qu'il commence à avoir des manifestations spontanées de magie, il soit emmené chez un exorciste ou envoyé dans un hôpital psychiatrique ? Ou bien qu'ils le battent à mort pour « lui faire oublier ses bêtises » ?

Rogue blêmit de colère. Il se souvenait de sa propre enfance sans joie. Les coups que son père ivre lui infligeait à chaque manifestation involontaire de magie. Les quolibets incessants de ses camarades « normaux ». Confier le petit Harry aux Moldus équivalait à le vouer à un destin similaire, et Rogue, pour une raison qu'il ne comprenait pas lui-même, ne pouvait pas s'y résoudre.

-      Bon, c'est clair, personne ne veut du gamin, lâcha-t-il d'un geste désespéré. Qu'il reste ici alors.

-      Je savais que tu étais un homme bien, Severus, déclara Albus avec une telle fierté, comme si Rogue était son fils, ou du moins son élève préféré. Maintenant que c'est réglé, parlons de votre carrière d'enseignant à Poudlard.

-      Je doute fort de pouvoir jongler entre la tutelle d'un jeune sorcier et les fonctions de professeur et doyen, railla Rogue sur un ton venimeux.

-      Je pense que c'est même pour le mieux, mon garçon ! Vous êtes âgés de vingt ans à peine. Je pense que ce n’est pas un âge très approprié pour assumer le rôle de professeur, et encore moins celui de doyen.

Rogue retint son envie de rappeler au directeur que celui-ci l'avait jugé apte au poste une semaine plus tôt. Il garda, donc, le silence.

-      Je vais demander au conseil d'administration de vous nommer tuteur de Harry Potter, annonça Dumbledore. Bien sûr, vous devrez prouver que vous en êtes capable. Votre jeune âge et..., il chercha ses mots, votre passé risquent de ralentir un peu la procédure.

-      Alors à Mordred la tutelle ! Laissez-le vivre avec moi comme ça... 

Severus éprouvait une lassitude morale accablante. Un fardeau colossal semblait peser sur ses épaules, l'empêchant de se redresser.

-      Non, non, non, c'est inconcevable ! s'exclama le directeur, ignorant l'état mélancolique de son interlocuteur. - Tout doit être parfaitement conforme à la loi ! De plus, le tuteur a droit à une allocation...

-      Je ne toucherai pas à la fortune des Potter ! rétorqua Rogue avec véhémence.

-      Vous faites erreur sur ce point. Élever un enfant coûte cher ! La nourriture, les couches et les vêtements ne sont que la partie visible de l'iceberg. Qui paiera la baguette magique de Harry et ses fournitures scolaires ? En assumant la responsabilité d'un enfant, il faut mettre sa fierté de côté. Je suppose que l'argent que je vous ai donné la dernière fois n'a pas duré. Inutile de répondre, je sais qu'il y en avait peu. Prenez ça sans discuter !

Sur ces mots, Albus posa une liasse de livres et un petit sac de gallions sur la table de la cuisine.

-      Je vous les rendrai. Je refuse d'être redevable à vous ou à Potter ! déclara Rogue en serrant les dents.

Dumbledore secoua la tête, désapprobateur :

-      Severus, Severus... La fierté n'a pas sa place ici. Vous ne vous appartenez plus.

Il semblait sur le point d'ajouter une remarque encore plus importante et sage, mais Rogue ne l'écoutait déjà plus. Harry, jusque-là silencieux sur sa chaise, se frotta les yeux et commença à geindre doucement.

-      Le garçon a besoin de dormir, dit Rogue d'un ton glacial. Il est épuisé. Et moi aussi, d'ailleurs.

Il prit Harry dans ses bras et l'emmena à la salle de bains pour leur rituel habituel, laissant Dumbledore seul.


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