CHRONOS ET DEIMOS. Traduit de russe, auteur TsissiBlack
Déimos étreignait tranquillement Severus, rassasié, satisfait et serein. L'aube pointait à travers la fenêtre.
— Deym ?
— Mmh ?
— C'est quoi, cette surprise ?
— Tu ne travailles pas aujourd'hui ?
— On est samedi.
— Hum... Les professeurs de Poudlard ont-ils droit des congés ?
— Bien sûr. Un mois. Le plus souvent en août.
— Que dirais-tu d'aller quelque part au soleil ?
— Pour m'y retrouver seul quand tu te volatiliseras sans prévenir ? En plus, je n'aime pas le soleil.
— As-tu déjà été quelque part où tu pourrais l'aimer ? On pourrait partir en Égypte, en Inde ou en Grèce, avec leur patrimoine historique fascinant, ou alors choisir une île. Les Seychelles.
— C'est ça, ta surprise ?
— Non. Choisis notre destination !
Déimos s'installa plus confortablement, attira Severus contre lui comme d'habitude et murmura à son oreille :
— C'est le dernier été avant la guerre. Je veux que ces vacances restent inoubliables.
Severus garda le silence, puis demanda sur le même ton :
— Il va revenir ?
— Oui. À la fin de l'année scolaire prochaine, et tu n'auras plus une minute de répit. Plus du tout.
— Les examens sont finis, mais il faut encore patienter trois semaines avant les vacances. Tu seras déjà parti.
— Trouve un moyen de te libérer. Après tes cris d'hier, il serait logique que tu prennes un arrêt maladie.
Severus réfléchit rapidement, puis répondit :
— Il faudra quand même quelques jours pour que ces petits démons quittent l'école. Je reste le doyen, après tout.
— D'accord. Je voulais procéder différemment, mais puisque ça ne fonctionne pas...
Il récupéra son pantalon sur la banquette, fouilla dans une poche et en sortit un gros livre.
— Regarde. Là, où se trouve le marque-page.
Severus ouvrit le livre sans un mot et, quelques instants plus tard, haussa un sourcil.
— Je ne me rappelle pas ce livre...
— Il vient du futur. Tu dois encore le découvrir.
— Mes annotations sont dans les marges. C'est un rituel de fiançailles ?
— Avec tes précieux commentaires.
Severus examina la description du rite pendant une vingtaine de minutes, puis demanda avec une pointe de moquerie :
— Qui inviteras-tu comme témoin ? Aucune lignée en Grande-Bretagne n'égale probablement la puissance de tes deux lignées réunies. Et puis...
— J'ai justement une famille en vue, son chef doit répondre aujourd'hui. Pour ton « et puis », regarde...
Démos tendit un coffret en cuir à Severus en l'avertissant :
— Ne touche pas le contenu avec tes doigts.
À l'intérieur se trouvaient les bagues les plus étranges que Severus ait jamais vues : fines, hérissées de minuscules pointes à l'intérieur, visiblement forgées par des gobelins sur commande spéciale.
— De l'argent de lune, murmura Severus d'une voix rauque. Impossible. Cette paire de bagues vaut une fortune. Tu...
— Pas moi, hélas. C'est un cadeau d'adieu de Val. Elle tenait vraiment à ce que tout se passe au mieux pour nous.
Severus resta silencieux un long moment, étudiant le dessin runique, puis tendit la main et effleura la plus petite des deux bagues.
— Ne me regarde pas ainsi. Tu les as touchées, non ? Tu es donc sûr de vouloir être uniquement avec moi. Pourquoi ne pourrais-je pas faire pareil ?
— Puis-je considérer cela comme une réponse positive préliminaire ?
— Oui.
Déimos se détendit, s'allongea de nouveau sur le lit et l'enlaça.
— On va dormir ? On aura une journée chargée. À quelle heure dois-tu être à Poudlard ?
— Maintenant. Dors, je dois au moins me montrer au petit-déjeuner là-bas.
— Hors de question, répliqua Déimos en le serrant contre lui. L'effet du stimulant que je t'ai donné va bientôt s'estomper, et tu vas t'effondrer en plein couloir. Écris à Dumbledore si tu veux, mais je ne te laisserai partir nulle part.
Severus se libéra de son étreinte et, après un moment de réflexion, commença à s'habiller.
— Je ne serai pas long, promit-il avant de se diriger vers la cheminée. Dors.
***
Un hibou à l'allure hautaine, presque arrogante, réveilla Déimos. L'oiseau portait un collier de cuir orné des armoiries des Malefoy.
— Le hibou des Malefoy, ricana Black en se levant.
Il ne craignait pas de déranger Severus : même un coup de canon n'aurait pas pu le tirer du sommeil à cette heure.
— Viens ici, dit-il à l'oiseau en ouvrant la fenêtre. Voyons ce que ton maître a écrit.
Le hibou tendit sa patte avec la grâce d'une dame attendant un baisemain. Après avoir décacheté rapidement l'enveloppe et parcouru la lettre au ton plutôt neutre, Déimos sourit. Lucius, fidèle à sa réputation d'homme très prudent en affaires, acceptait poliment de rencontrer Lord Potter-Black pour discuter de la question personnelle évoquée dans le message précédent. Les coordonnées d'apparition étaient jointes.
— À sept heures, parfait, dit Déimos au hibou en lui tendant un biscuit sec apparu sur le rebord de la fenêtre. L'oiseau accepta le présent avec élégance et s'envola par la fenêtre restée ouverte.
Severus, quant à lui, dormait un genou posé sur l'oreiller libre. Dès son retour de Poudlard, il ne s'était écoulé qu'une minute à peine avant qu'il ne s'effondre. Son futur époux l'admira encore un moment, rajusta la couverture et sortit. Il avait encore beaucoup à faire avant sept heures.
***
Après avoir transplané, Déimos se retrouva face aux imposantes grilles de fer forgé qui s'ouvrirent spontanément. Le Manoir Malefoy d'avant-guerre était somptueux. Un parc à la française traditionnel, parfaitement entretenu, présentait des buissons et des arbres aux formes géométriques, des massifs de fleurs multicolores, des fontaines et des pavillons.
« Un lieu conçu pour savourer l'existence », songea Black avec amertume, se remémorant ce que le manoir était devenu durant le séjour de Voldemort. « Le foyer ancestral – somptueux, chaque recoin imprégné de la magie de dizaines de générations de Malefoy. Il me reste encore considérablement d'ouvrage à accomplir dans ma demeure des Black pour lui conférer l'apparence d'un tel monolithe magique accompli. Et toute cette magnificence, toute cette puissance, vont être souillées… et quasiment jetés aux pieds d'un sang-mêlé redoutable, mais dément. Tu t'es fourvoyé, Lucius. Qu'à cela ne tienne. Nous verrons ce qu'il est possible d'entreprendre. Une alliance ne saurait nuire. »
Lucius accueillit son invité à l'entrée principale. L'homme était vêtu avec simplicité, mais son maintien et sa prestance révélaient une noblesse si évidente, qu'il aurait conservé toute sa grandeur, même couvert de haillons.
— Lord Potter-Black ?
Le regard gris du maître de maison détailla la robe aux couleurs familiales, s'arrêtant sur l'élégante bague née de la fusion des deux anneaux seigneuriaux, notant les traits qui rappelaient à la fois les Potter et les Black.
— Je suis heureux de vous voir en bonne santé.
— Bonsoir, Lord Malefoy.
Lucius s'arrêta encore un moment pour observer la couleur singulière des yeux de l'étranger, ce personnage qui ne figurait pas sur aucune tapisserie ancestrale. Un sourire aux lèvres, il ouvrit grand les portes dans un geste d'accueil.
— Soyez le bienvenu chez moi, Lord Potter-Black. Je suis enchanté de rencontrer le chef de deux lignées anciennes. Le sang pur se fait rare aujourd'hui.
Déimos sourit intérieurement – leur fascisme ferait tomber les Malefoy.
Ils prirent place dans le bureau. Lucius fit servir du cognac et alluma une cigarette. Déimos l'imita avec plaisir, sortant sa Captain Black de l'étui en or que l'attentionné Kreattur lui avait glissé à la place du paquet habituel tout froissé. Le parfum du tabac flottait dans l'air ; l'hôte prit son temps avant d'entamer la conversation, étudiant son invité qui, lui non plus, ne paraissait pas pressé.
— Qu'est-ce qui vous amène, Lord ? finit par demander Malefoy en s'adossant à son fauteuil. C'était bon signe – on ne se détend ainsi qu'entre égaux.
— Déimos, Lord Malefoy. Appelez-moi simplement Déimos.
— S'agit-il d'un pseudonyme ? Ce nom m'est inconnu. Oh, que vous soyez un Lord et un Potter-Black, je n'en doute nullement, s'empressa d'assurer Lucius. Pardonnez mon insistance, mais j'aimerais savoir à qui j'ai l'honneur de m'adresser. D'ailleurs, cela ne me dérange pas qu'un égal m'appelle par mon prénom... Déimos.
Black plissa les yeux et garda le silence de longues secondes, puis sourit.
— Je suis certain que vous avez deviné, Lucius. Votre... votre réputation d'avoir un flair exceptionnel vous précède.
— Ma réputation ? Intéressant...
Malefoy hésita avant de formuler une hypothèse hasardeuse, craignant de se tromper et de se retrouver embarrassé.
— Et comment me connaissez-vous ?
— Réfléchissons ensemble.
— Avec plaisir. D'autant plus que ce jeu se joue à deux, répondit Lucius en souriant. On manque de divertissements par les temps qui courent.
— Pas plus tard qu'hier, vous avez reçu une lettre d'un expéditeur inconnu. L'empreinte d'une bague familiale sur le parchemin attestait de son authenticité, n'est-ce pas ?
— En effet. Poursuivons ?
Malefoy avala une gorgée de cognac.
— J'ai épluché toutes les lignées héraldiques de vos deux familles sans trouver de convergence complète, hormis…
— Hormis l'union officieuse de Sirius Orion Black et James Carlus Potter, c'est cela ?
— Exactement. Mais le fruit de leur… relation n'est qu'un garçon fruste, élevé chez les Moldus…
— … âgé de treize ans. Un garçon célèbre, dois-je préciser. Le dernier de sa lignée.
— Des deux lignées. Et face à moi se tient un homme adulte et respectable. Un paradoxe ?
— Un paradoxe temporel, dirais-je, Lucius.
Malefoy se contenta d'un hochement de tête et, après une longue bouffée de sa cigarette parfumée, finit par demander :
— Alors, que veut Mister Harry James Orion Potter-Black du chef de la famille Malefoy ?
— Oh, je veux beaucoup de choses. Comme vous de moi, j'imagine.
— Peut-être, répondit Lucius en lui jetant un regard scrutateur. Fort probablement.
Ils se regardèrent, prêts à poursuivre leur jeu jusqu'au bout, quand on frappa à la porte. Lucius lança un regard noir à sa femme qui entrait, mais Déimos s'était déjà levé pour éteindre sa cigarette.
— Ma chère, dit Lucius en prenant la main de sa femme. Permets-moi de te présenter Lord Potter-Black. Mon épouse, Narcissa Malefoy.
Narcissa lui tendit la main, et Déimos lui fit un galant baisemain.
— C'est un honneur pour moi, Lady Malefoy.
— Narcissa, proposa soudain la dame, s'écartant des convenances. Surtout vu nos liens de parenté, n'est-ce pas… Déimos ?
— Parfaitement vrai, Narcissa, répondit Black, imperturbable. Quel plaisir de vous voir, Lady !
Lucius légèrement surpris observa sa femme s'installer sur la chaise vide et commander du thé aux elfes de maison.
— Regulus m'a parlé de vous, répondit Narcissa à la question muette. Il ne m'a pas tout dit, bien sûr, mais j'ai deviné le reste. Nous discutions de la dégénérescence des Black ; malheureusement, la famille manque d'un lord compétent depuis la mort de l'oncle Orion. Dame Val elle… Enfin, il m'a détrompée. J'ai passé beaucoup de temps dans les archives, y compris celles de la demeure des Black, et j'ai résolu votre énigme. Pardonnez-moi, dit-elle sans le moindre remords, en souriant.
— Vous n'avez pas à vous excuser. Je suis sûr que n'importe qui voudrait en savoir le plus possible sur sa nouvelle parentèle supposée, sourit Déimos.
— Mon cher, pardonnez-moi d'interrompre votre conversation, mais je tenais vraiment à…
— Aucun souci, ma chère, répliqua Lucius avec une légère irritation. Nous parlions justement des origines de Déimos, et vous tombez bien.
— Dites-moi, implora Narcissa en joignant les mains. Là-bas, dans ce futur d'où vous venez…
— Drago se porte bien, ma Lady, sourit Black, connaissant l'amour dévorant des Malefoy pour leur fils unique. Il a fondé une famille et élève un garçon.
— Que tous les dieux en soient remerciés, murmura Narcissa. Et…
— Vous êtes en vie, Lucius aussi, votre fortune prospère et votre petit-fils grandit en bonne santé, beau et épanoui.
— Et la guerre ?
— Vous l'avez perdue, déclara sèchement Déimos. Mais… ajouta-t-il en coulant un regard éloquent vers Lucius, des alliances habiles et opportunes vous ont épargné les pires conséquences de vos choix imprudents.
Lucius blêmit et détourna les yeux. Une guerre perdue d'avance, donc, et le vainqueur se tenait face à lui. Un parent de sa femme. Un dragon magnifique né d'un œuf bien ordinaire. Il ne pouvait laisser passer pareille chance. Jamais.
— Je… veuillez m'excuser…
Ce que Malefoy adorait chez sa femme, c'était sa capacité à tout comprendre sans un mot.
— Mais vous restez dîner, Déimos ?
— J'accepte votre invitation avec le plus grand plaisir, Madame, répondit-il en se levant.
— Je vais donner les ordres !
Narcissa embrassa son mari et les laissa en tête-à-tête.
— Que voulez-vous en échange de votre aide ? demanda Malefoy posément. Je vous préviens : j'exige des garanties et des preuves concernant vos révélations sur l'avenir.
— Beaucoup de choses, comme je l'ai dit, notamment un engagement de confidentialité absolue sur toute information que je vous transmettrai. De votre part et de celle de Narcissa, répondit Déimos. Et je vous fournirai ces preuves, soyez sans crainte.
Avant le dîner, les deux lords signèrent des documents remarquables : un pacte de non-agression qu'ils jurèrent de respecter, la magie servant de témoin. Lord Potter-Black s'engagea à protéger la famille Malefoy pendant la guerre et à défendre ses membres après la victoire. Lord Malefoy promit de ne pas nuire à Harry James Potter durant le conflit et de tenir son fils, Drago Lucius Malefoy, à l'écart par la suite. Lucius accepta avec enthousiasme d'assister au rituel magique de fiançailles entre Déimos et son mystérieux partenaire. Il jura également de garder cette information secrète, même sous la menace de mort. Même devant Harry Potter.
Déimos garda le silence concernant le document remis avec le testament de Lady Walburga. Cette affaire se réglerait avec Lucius en temps voulu, d'autant que tous les accords conclus ce jour expiraient le deux novembre 2009. Black espérait clore le dossier à cette date. Il se refusait d'être lié par des obligations quand il aborderait le comportement de Drago et ce codicille au testament avec les Malefoy. Ces derniers jouissaient déjà de privilèges suffisants, bien plus qu'il n'en fallait.
Pendant le dîner, Narcissa parlait avec entrain des réussites de Drago et s'intéressait à son avenir, sans pour autant réclamer de réponses détaillées. Lucius, qui avait « savouré » les souvenirs dévoilés par la Pensine, se reprochait intérieurement sa négligence et était disposé à ramper devant Potter pour l'avoir tiré de ce cauchemar futur. Il se jura de tout mettre en œuvre pour épargner au garçon les pires des souffrances. Il n'allait pas le sauver, évidemment, de crainte d'attirer davantage d'ennuis sur sa famille, mais il pouvait bien agir d'une manière ou d'une autre... Et le fait que cet elfe déséquilibré... Dobby semblait s'être retourné contre ses propres maîtres arrangeait bien Lucius.
— Manky, dit-il après que l'invité les eut salués et fut parti. Manky, retrouve-moi ce traître de Dobby. Rappelle-lui que sans la magie de sa famille, il mourra bientôt, surtout après avoir osé lever sa sale patte sur moi. Dis-lui que j'ai une offre à lui faire, qui concerne son cher Harry Potter.