CHRONOS ET DEIMOS. Traduit de russe, auteur TsissiBlack
Severus ouvrit les yeux en cette fin de matinée dominicale. Le calme régnait : des rayons de soleil filtraient à travers les rideaux entrouverts, une brise murmurait dans la cime des arbres, et l'atmosphère était... paisible.
« Le calme avant la tempête », pensa-t-il malgré lui en s'étirant.
— Tu es réveillé ?
Déimos apparut sans bruit, pieds nus, vêtu d'un simple pantalon de coton. Il sentait le café et ce même parfum qui avait rendu Severus fou à quinze ans.
— Une douche, le petit-déjeuner, puis nous recevrons des invités. J'ai trouvé un arrangement pour les fiançailles. Tu n'as pas changé d'avis ?
— Tempus ! Oh, zut ! J'ai dormi vingt-quatre heures !
— Je t'avais prévenu. Tu as mal à la tête ?
Severus s'écouta.
— Non. Viens ici, Déimos. Je trouve que tu es trop habillé !
Black baissa les yeux sur son pantalon et sourit d'un air entendu.
— Souhaites-tu me débarrasser des vêtements superflus, mon époux ?
— Futur époux, corrigea Severus d'un ton raisonnable. Et oui, je le souhaite ! Allez, Déimos, ne perdons pas notre temps.
Déimos retira le seul vêtement qu'il portait et se jeta sur le lit, immobilisant Severus de tout son poids. Ce dernier tenta néanmoins de se dégager, puis Déimos commença à l'embrasser.
— Tu es bien là, tu n'as pas disparu, souffla Severus une demi-heure plus tard, contrant paresseusement les tentatives de son amant pour échapper à son étreinte.
— Comment pourrais-je partir sans te dire au revoir ?
Déimos lécha le cou humide et salé de Severus avant de l'embrasser à nouveau.
— Sans accomplir le rituel des fiançailles, sans m'être rassasié de toi. Même si je ne suis jamais rassasié de toi. Je ne comprends pas comment tu peux survivre si tu ressens pour moi ne serait-ce que la moitié de ce que je ressens pour toi…
— N'y pense même pas, répondit Severus, le visage à nouveau fermé. Et n'en parlons pas. Dis-moi… tu en es certain ? Moi, je t'attends depuis suffisamment longtemps pour être sûr : toi ou personne.
— Et moi, dans ma version de treize ans, j'aurai encore tout le temps pour le comprendre. Je ne saurai même pas que le bonheur a toujours été à portée de main.
Severus renifla, s'imaginant le garçon au visage perpétuellement renfrogné et au regard furieux soupirer au clair de lune en rêvant de son professeur le plus haï.
— Deymi, pour une raison qui m'échappe, je ne te reconnais pas en lui, malgré tous mes efforts. Il m'exaspère au point de me faire grincer des dents avec son… insouciance, son insolence provocante…
— Mais je suis pareil, sourit Black en enroulant autour de ses doigts les mèches brillantes de son époux. C'est juste que tu m'aimes, moi, pas lui. Et tu es le même qu'à l'époque où j'étais enfant. Sauf qu'alors, je te détestais et rêvais de te voir dégringoler les escaliers, t'empêtrer dans ta robe, mourir, ou pire encore, te casser le nez.
Il l'embrassa sur le bout de ce qu'il avait jadis voulu voir brisé.
— Et maintenant, c'est comme si on m'avait passé un collier pour m'enchaîner à ta cheville fine. Comme si je n'avais pas vraiment vécu avant de te voir tel que tu es. Touchant, délicat… Je casserais le nez ou tordrais le cou de n'importe qui pour toi. C'est juste qu'Harry a encore beaucoup d'épreuves à traverser ; il ressemble à… des ingrédients épars que la vie saura transformer en bonne potion. C'est même mieux que tu ne me reconnaisses pas en lui.
— Je ne le vois pas du tout. C'est juste un gamin insupportable qui ne demande qu'à être secoué par la peau du cou.
— Le destin s'en chargera bien assez, ne t'inquiète pas. On se lève, ou… ?
— Ou, Déimos, ou…
— Oh, zut ! jura Déimos quarante minutes plus tard. Sev, on est en retard, lève-toi. Notre témoin arrive à treize heures et on traîne encore au lit. Va prendre une douche !
— Je vais me fiancer à un despote ! grommela Severus, envahi par une douce langueur. C'est qui, au fait ?
— Tu verras. Lève-toi !
Voyant Severus serrer son oreiller contre lui, sur le point de se rendormir, Déimos l'extirpa de la pile de couvertures et le souleva. Ce dernier se dégagea aussitôt et siffla :
— Tu te trompes ! Je ne suis pas…
— D'accord, d'accord. Dès que je retournerai dans mon époque, je vais te porter autant que ça me plaira. Je te baignerai, te masserai, te couvrirai de baisers, en profitant du fait que tu sois dans le coma.
Déimos évita un oreiller lancé avec précision et frappa discrètement à la porte de la salle de bains qui venait de claquer devant lui.
— Laisse-moi entrer, je vais te masser le dos.
— Je sais comment se terminent tes massages, Black. Le pire, c'est que, coma ou pas, je n'arrive pas à te refuser grand-chose. Alors, va-t'en. Et commande le petit-déjeuner, s'il te plaît.
— Tu as vingt minutes. Et surtout, ne mets pas cette cochonnerie sur tes cheveux. De toute façon, tu n'auras pas le droit de toucher aux potions pendant trois jours après le rituel, le temps que la magie se stabilise.
— Tu me déconcentres.
— Je m'en vais.
Déimos renifla, remit son pantalon, ramassa l'oreiller et appela :
— Kreattur !
— Maître…
— Oui-oui, le maître a appelé son fidèle Kreattur. Tout est prêt ?
— Bien sûr, Maître, grommela l'elfe de maison d'un ton mécontent. Kreattur a-t-il jamais déçu le chef de l'illustre famille Black ?
— Jamais. Tu es parfait. Le petit-déjeuner dans vingt minutes.
— Oui, Maître Déimos. Kreattur se permet de vous rappeler qu'après les ablutions, vous ne devez pas toucher le fiancé jusqu'à la cérémonie. C'est déjà fort déplacé de dormir dans le même lit.
— Ne râle pas. Je m'en souviens.
***
Déimos et Severus, vêtus de robes de sorciers simples, étaient installés dans le salon et sirotaient leur café. Le témoin allait arriver d'un instant à l'autre, et Rogue paraissait légèrement tendu. En l'observant, Black ne comprenait plus comment il avait pu être si aveugle par le passé, ignorant tous ces micro-mouvements qui permettaient de déchiffrer ce visage impassible comme un livre ouvert. Un battement de cils, des gestes un peu plus saccadés, des lèvres pincées, un regard qui semble regarder à travers son interlocuteur : il est anxieux. Des narines qui palpitent, un pli entre les sourcils, des jointures blanchies : il bouillonne de colère. Des lèvres légèrement rosées, des paupières à demi closes, des doigts qui se referment délicatement une tasse ou un verre, effleurant les courbes — il songe à quelque chose de plaisant. L'aveuglement de son entourage défiait l'entendement. Peu importaient les efforts de Severus pour masquer ses émotions, un observateur attentif les aurait perçues malgré tout. Il fallait juste espérer que Voldemort ne contemplait pas son maître des potions avec des yeux d'amour, sinon la guerre devrait s'achever avant même d'avoir débuté. Déimos ne laisserait personne attenter à ce qu’il avait de plus précieux — pas même le prétendu mage le plus puissant du siècle.
La cheminée s'enflamma, et Lucius Malefoy en émergea d'un pas confiant, époussetant ses vêtements avec prestance.
— Salutations, Déimos… Severus ?
Rogue se dressa de son fauteuil en arborant l'expression la plus neutre qu'il put composer. S'il avait su à l'avance à quel point le témoin choisi par Black pour leurs fiançailles était retors et redoutable, jamais il n'aurait donné son accord.
Au Manoir des Malefoy, Severus subissait un mépris raffiné qui s'exprimait par mille détails imperceptibles, malgré tous les services qu'il rendait aux maîtres des lieux. Jamais on ne lui laissait oublier qu'il était dépourvu de titre et de fortune. Pas d'insulte directe, mais un hochement de tête distrait, une main tendue avec une seconde d'hésitation, une pause calculée avant de se lever pour l'accueillir : autant de signaux qui lui rappelaient qu'il ne serait jamais l'égal du chef de l'illustre lignée des Malefoy. Mais il semblerait que les temps aient changé.
— Severus, laisse-moi te présenter notre honorable témoin. Lord Lucius Abraxas Malefoy a eu l'amabilité, ô combien touchante, d'accepter de garantir la solidité de notre union. Lucius, voici mon futur mari : Severus Tobias Rogue.
— Nous nous connaissons déjà, répliqua Malefoy avec une pointe d'ironie, ôtant son gant et tendant la main le premier en guise de salut. Pour être franc, je ne m'attendais pas à... enfin, cela ne me concerne pas. Mes félicitations... à tous les deux. Je dois admettre que cette union sera très avantageuse à bien des niveaux, et c'est un privilège pour moi d'en être témoin.
— Merci, Lucius, répondit sèchement Déimos. Maintenant que les présentations sont faites, passons aux choses sérieuses. Suivez-moi.
Severus resta silencieux, secrètement ravi que son Déimos ait réussi à remettre Malefoy à sa place. Une chose était certaine : le rôle de Témoin impliquait de lourdes responsabilités envers le futur couple. C'était contraignant, et Lucius détestait les complications superflues, préférant les reporter sur autrui.
« Quelle proposition Black a-t-il bien pu lui faire pour s'attacher un allié si puissant ? Il faudra que je l'interroge à l'occasion. »
La chaleur régnait dans la Grande Salle des Rituels. Les torches crépitaient le long des murs, tandis que des bougies rouge sombre marquaient les pointes d'une étoile à plusieurs branches que Déimos avait tracée pendant le sommeil profond de Severus. Au cœur de cette figure magique se dressait la pierre d'autel, d'un noir impénétrable selon la tradition des Black.
— Un grenat ? demanda poliment Lucius en désignant l'autel.
— Un diamant, répondit Déimos d'un ton maussade. Il détestait la présence d'étrangers dans la salle rituelle, mais ne pouvait s'en passer cette fois.
Les yeux de Lucius s'écarquillèrent de façon indécente, mais seulement un instant. La question manquait de tact, pourtant la pierre était si imposante que le lord ne put se retenir. Il réalisa que les Black formaient une lignée plus puissante qu'il ne l'avait cru, et Lucius se félicita d'avoir choisi les bons alliés. Il oublia commodément que ce n'était pas lui qui les avait choisis, mais qu'on l'avait choisi. Les raisons des actions qui profitent à la lignée lui importaient peu.
— Voici une description détaillée du rituel, dit Déimos en retirant sa robe de dessus. Il ne garda qu'une chemise brodée de rouge aux manches larges, qui tombait librement de ses larges épaules jusqu'aux chevilles. Severus l'imita. Contrairement à son futur époux, dont la chemise s'accordait à la couleur de la pierre de la lignée, sa tenue était blanche, très longue — seuls ses pieds étroits dépassaient. Lucius haussa imperceptiblement les sourcils.
Quiconque connaissait la magie familiale l'aurait compris : malgré la force et la noblesse de Déimos, ces fiançailles unissaient deux égaux. Sinon, le subaltairne se serait retrouvé nu. L'absence de broderies sur la chemise de Severus s'expliquait simplement : sans famille pour l'accompagner à l'autel, il rejoindrait celle de son époux et adopterait ses couleurs.
Malefoy retira aussi ses chaussures et sa robe de sorcier, dévoilant une tunique d'un blanc immaculé brodée de bleu. Il dégageait une prestance majestueuse, presque hautaine. Déimos laissa échapper un petit rire. Quel adepte de la singularité ! Une tunique couvrant une seule épaule plutôt qu'une chemise plus pratique ! Malefoy dans toute sa splendeur !
Lucius relut le rituel plusieurs fois attentivement et hocha la tête, signalant qu'ils pouvaient commencer.
— Les anneaux se trouvent dans le coffret, annonça Déimos en franchissant avec précaution les lignes tracées au sol pour se diriger vers l'autel.
Severus lui emboîta le pas sans prononcer un mot. La tradition voulait qu'un nouveau membre de la famille garde le silence depuis le moment où il enfilait sa chemise jusqu'à celui où il prononçait ses vœux. Autrefois, ce silence symbolisait la loyauté envers le chef de famille, la pureté d'intention et la promesse de protéger les secrets familiaux qui lui seraient révélés. Aujourd'hui, il ne s'agissait plus que d'une coutume.
Lucius se tint à distance de la figure magique dessinée sur le sol. Il sortit sa baguette et jeta des sorts particuliers dans la pièce, un mélange sophistiqué d'enchantements de discrétion, de vérité et de détection de l'égoïsme et des intentions impures. Le rituel sélectionné était élaboré. S’il était accompli avec précision, il unirait les fiancés et le Témoin par un lien spécial, transformant Malefoy en une sorte de confident vers lequel ils pourraient se tourner au besoin. Ces fiançailles magiques devenaient de plus en plus exceptionnelles au fil des années, car peu de sorciers acceptaient d'être le soutien perpétuel des jeunes époux.
— Moi, Lucius Abraxas Malefoy, en vertu de nos accords précédents, j'invoque la magie pour certifier que cette union est librement consentie et que ses conditions sont connues des deux parties.
Le sort jeté par Malefoy produisit un léger bourdonnement, validant ses déclarations. Déimos saisit la main de Severus, plaça l'autre sur l'autel et déclara :
— Severus Tobias Rogue, acceptes-tu d'unir ta destinée à la mienne, Harry James Orion Potter-Black, seigneur de deux illustres lignées, afin que, quelles que soient les épreuves qui nous attendent, tu demeures à mes côtés, dans l'adversité comme dans la prospérité, dans l'opulence comme dans le dénuement, en temps de paix comme au cœur des conflits ? Consens-tu à m'accompagner, à me protéger, à veiller sur moi, tout en acceptant, réciproquement, mon soutien ? Partageras-tu avec moi l'ivresse de la victoire et l'âpreté de la défaite, repousseras-tu mes adversaires, accueilleras-tu mes alliés ? Transmettras-tu ton savoir tout en continuant à t'enrichir de nouvelles connaissances ? Sauras-tu faire preuve de bienveillance envers mes imperfections, me rappeler dans les moments d'épreuve, comme dans ceux de félicité, que tout est éphémère ? Élèveras-tu nos enfants, qu'ils nous soient unis par les liens du sang ou par ceux de la magie ? Vivras-tu auprès de moi, m'aimeras-tu et me respecteras-tu, entrelaçant nos forces, nos existences et nos pouvoirs magiques, de sorte que même la mort ne puisse nous désunir ?
L'autel diffusa une lumière douce, et les flammes des bougies s'intensifièrent, comme si elles guettaient la réponse du fiancé autant que le Lord de la lignée. Severus posa lui aussi sa paume sur la pierre, et sa voix un peu rauque s'éleva sous les hautes voûtes :
— Es-tu prêt, Harry James Orion Potter-Black, Lord des deux illustres lignées, à lier ton destin au mien, Severus Tobias Rogue, afin que, quelles que soient les épreuves qui nous attendent, tu demeures à mes côtés, dans l'adversité comme dans la prospérité, dans l'opulence comme dans le dénuement, en temps de paix comme au cœur des conflits ? Consens-tu à m'accompagner, à me protéger, à veiller sur moi, tout en acceptant, réciproquement, mon soutien ? Partageras-tu avec moi l'ivresse de la victoire et l'âpreté de la défaite, repousseras-tu mes adversaires, accueilleras-tu mes alliés ? Transmettras-tu ton savoir tout en continuant à t'enrichir de nouvelles connaissances ? Sauras-tu faire preuve de bienveillance envers mes imperfections, me rappeler dans les moments d'épreuve, comme dans ceux de félicité, que tout est éphémère ? Élèveras-tu nos enfants, qu'ils nous soient unis par les liens du sang ou par ceux de la magie ? Vivras-tu auprès de moi, m'aimeras-tu et me respecteras-tu, entrelaçant nos forces, nos existences et nos pouvoirs magiques, de sorte que même la mort ne puisse nous désunir ?
— Oui. Et je te le jure, Severus.
— Et je te le jure… Harry.
— J'en suis témoin ! confirma Malefoy.
Sa magie se mua en un fin cordon qui attira les fiancés l'un vers l'autre.
— Que ces anneaux scellent votre engagement mutuel.
Il fit léviter le coffret au centre de la figure magique. Déimos glissa solennellement l'anneau d'argent au doigt de Severus, qui grimaça sous la douleur fugace des fines aiguilles tapissant l'intérieur de l'anneau et perçant sa peau. Severus répéta ensuite le même geste.
Dès que la douleur s'estompa, un ruban fantomatique et brillant jaillit de l'autel pour lier leurs poignets. Les bougies flamboyèrent de nouveau, presque aveuglantes, avant de s'éteindre. Déimos attira alors son futur époux contre lui et l'embrassa, mettant tout son cœur dans ce baiser. Le visage rouge et imperceptiblement agité, Severus le lui rendit.
Malefoy, encore stupéfait, les observa s'embrasser en tentant de comprendre comment Rogue pouvait être considéré comme désirable. Maigre, gauche, le teint blafard et les cheveux perpétuellement en bataille, querelleur, colérique et caustique. Selon Drago, à Poudlard il détestait Potter au point d'en grincer des dents. Mais les caprices des seigneurs de sang pur demeuraient impénétrables, et les aristocrates bien élevés ne devraient pas s'attarder sur les bizarreries d'autrui… sauf, bien sûr, s'ils pouvaient en tirer profit. Son esprit se figea sur cette pensée. D'un côté, Lucius voyait en Potter-Black un égal, un rival puissant et dangereux, un ennemi qu'il serait extrêmement désagréable d'avoir. Mais d'un autre côté, un Potter de treize ans de cette époque ne se douterait de rien, surtout compte tenu de sa relation avec Rogue…
À cet instant, son sortilège de sincérité vibra dangereusement, et Malefoy se maudit intérieurement quand Déimos se sépara enfin de Rogue pour lui jeter un regard glacial.
— N'y songe même pas, Lucius, lui intima-t-il d'une voix douce.
Puis il adressa un sourire chaleureux et authentique à Severus :
— Viens, mon époux, célébrons cela. Vous êtes également convié, Lord Malefoy.
— Je vous en suis reconnaissant, répondit Lucius en revêtant sa robe et ses bottes d'un geste magique.
Déimos fit asseoir Rogue sur l'autel, s'agenouilla et le chaussa avec délicatesse. Il caressait ces pieds fins avec une tendresse presque excessive, prêt à les couvrir de baisers. Lucius, témoin de cette scène scandaleuse, comprit qu’il n’oserait jamais s’en prendre à Severus, ni même le regarder de travers. Un sang-mêlé capable de faire plier genou au Lord de deux Maisons influentes méritait qu'on le respecte. D'autant plus que Potter-Black lui-même, était redoutable comme un mamba noir, et qu’il ne se priverait pas de décapiter quiconque oserait toucher à Rogue… ou de lancer sur cet imprudent un sort si abject que…
À cet instant, Severus leva la tête, s'arrachant à la contemplation de Déimos à ses pieds, et fixa Lucius droit dans les yeux. Dans ces yeux noirs impénétrables brillait un avertissement clair : « Ne touche pas à ce qui n’est pas à toi. » Lucius acquiesça lentement. Au diable ces deux serpents, au diable et au Mordred ! Il ne pouvait que plaindre Voldemort, sur le point de renaître de ses cendres, et espérer qu'il trouverait un sort particulièrement inventif pour maudire Rogue. Dans ce cas, une longue et douloureuse mort l’attendrait, infligée par cet homme souriant qui enveloppait avec un soin méticuleux son misérable trésor dans une fine cape. Et il n’était même pas certain qu’une baguette lui serait nécessaire pour le faire. À l’avis de Lucius, des hommes comme Déimos tuaient du regard aussi efficacement qu’un basilic et déchiraient de leurs mains nues avec la force d’un troll des montagnes. Oui, le destin favorisait bien les Malefoy. Ils ne pouvaient se permettre un ennemi tel que Potter-Black. Il fallait donc qu’ils deviennent amis. À tout prix.
Il adressa un sourire charmant aux fiancés et les suivit majestueusement dans le bureau pour consolider cette « amitié entre les familles ».