Liaisons chez les Gryffondors

Chapitre 1 : Premier frisson

2338 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 29/05/2025 09:48

Je sortais du cours de métamorphose en traînant un peu les pieds, mon sac me sciant l’épaule et mon cerveau encore embrouillé par les explications trop techniques du professeur McGonagall. Les cours de quatrième année s’intensifiaient, et ma motivation n'était pas toujours au rendez-vous. À côté de moi, Mathilde et Aaron discutaient avec enthousiasme du prochain match de Quidditch — Gryffondor contre Serpentard, si j'avais bien suivi. Aaron mimait déjà des actions spectaculaires avec ses plumes ensorcelées, comme s’il était lui-même poursuiveur. Mathilde commentait les performances de l’équipe avec des étoiles dans les yeux, surtout quand il s’agissait de Nicolas Blackwood.

Moi, je les suivais en silence, les mains enfoncées dans les poches de ma robe. Le Quidditch ne m’avait jamais vraiment fascinée.

On monta les marches jusqu’à la salle commune de Gryffondor, Le tableau de la Grosse Dame ronflait un peu mais s’ouvrit en maugréant quand je murmurai :

« Dent-de-Dragon. »

La porte de la salle commune de Gryffondor s’ouvrit dans un grincement joyeux, laissant échapper un flot de rires et de voix qui emplissaient la pièce. Les sixièmes années étaient déjà là, rassemblés en petits groupes autour de la cheminée flamboyante, leurs éclats de voix se mêlant aux crépitements du feu.

Au centre, Nicolas Blackwood captivait toutes les attentions sans même faire d’effort. Ses cheveux bruns, toujours légèrement ébouriffés comme s’il venait de sortir d’un vol rapide en balai, encadraient un visage marqué par des yeux d’un gris profond, à la fois perçants et mystérieux qui le rendait insupportablement attirant. Comme toujours il était entouré de ses amis et d’un cercle de filles qui minaudaient en lui lançant des sourires niais.

Je poussai un soupir et, avec Mathilde et Aaron, je traversai la salle commune pour m’installer près d'une fenêtre. Je posai mon sac à mes pieds et regardai distraitement les flammes danser, tandis que mes amis lançaient encore quelques commentaires enthousiastes sur le prochain match de Quidditch. Je n’y prêtais qu’une oreille distraite, le regard de nouveau attiré vers Nicolas et son groupe près du feu.

— Elina, t’as vu comme il est beau aujourd’hui ? chuchota Mathilde à mon oreille avec un coup de coude complice. Elle était folle de lui comme beaucoup d'autres.

Même s’il était indéniablement séduisant et facile à regarder, il ne m’attirait pas vraiment. Il incarnait à lui seul le cliché parfait du joueur de Quidditch populaire : beau gosse, sûr de lui, capable d’obtenir tout ce qu’il voulait sans jamais faire le moindre effort.

Mais derrière ce sourire et ce regard qui captive tout le monde se cachait quelqu’un de creux et d’arrogant. Un garçon qui se reposait entièrement sur son charme et sa popularité, sans jamais montrer la moindre vraie profondeur ou humilité. Il brillait en surface, mais tout ça semblait vide. Pourtant, ça semblait suffire à la plupart des filles.

— Franchement, Mathilde, soufflai-je à voix basse, il est beau, oui, mais ça s’arrête là.

Mathilde éclata de rire, secouant la tête :

— T’es incorrigible, Elina. Mais je crois que c’est justement ça qui te rend différente.

Je haussai les épaules et sortis un parchemin et une plume de mon sac, puis commençai à gribouiller les premières lignes du devoir de Métamorphose que le professeur McGonagall nous avait laissé.



Les jours suivants s’enchaînèrent dans un rythme effréné. Entre les cours de potions, les devoirs de sortilèges et les interminables rédactions à rendre, mes journées semblaient filer sans que j’aie vraiment le temps de souffler.

Chaque matin, je quittais la tour Gryffondor avec la même sensation de courir après ma propre ombre, et chaque soir, je m’écroulais sur un fauteuil près de la cheminée, les muscles lourds et les paupières brûlantes, avec l’espoir illusoire de terminer mes devoirs avant de m’endormir dessus.

Parfois, j’avais l’impression d’être en décalage constant.

Née-Moldue, je n’avais ni frères ni sœurs sorciers pour me guider, ni parents capables de m’aider.

Pendant que mes camarades partageaient anecdotes et souvenirs d’enfance liés à la magie — des baguettes qui crachent des étincelles, des balais volants reçus à six ans, des histoires de cousins métamorphomages — je me contentais d’écouter, silencieuse, le cœur un peu serré.

Mes deux parents étaient comptables, passionnés de chiffres, de bilans bien tenus et de colonnes bien alignées. Leur monde était fait de logique, de raisonnements terre-à-terre, de documents à classer. Ils m’aimaient, bien sûr, mais ils regardaient mon quotidien à Poudlard comme une bizarrerie fascinante mais incompréhensible, un rêve un peu trop flou auquel ils n’arrivaient pas à croire totalement.

Alors j’avais appris à tout faire seule.

J’avais appris à lire entre les lignes des manuels, à poser mille questions en classe, à passer des heures à la bibliothèque pour rattraper ce que les autres semblaient déjà savoir.

Heureusement, Mathilde et Aaron faisaient tout pour m’intégrer. Ils ne me rappelaient jamais que je venais d’un autre monde, que je n’avais pas grandi avec des chaudrons dans la cuisine ou des portraits animés au mur. Mais parfois, ça ne suffisait pas. Le sentiment d’être différente revenait sans prévenir, insidieux. Comme une dissonance permanente entre ce que j’étais et ce qu’on attendait de moi.

Et puis il y avait les autres… Ceux qui, sans le dire, vous faisaient sentir que vous n’étiez pas vraiment des leurs.

Ceux qui avaient grandi dans des maisons pleines de magie, avec des noms reconnus et des lignées anciennes.

Et parmi eux, il y avait ceux qui ne faisaient même pas d’effort pour masquer cette supériorité tranquille.

Ceux dont la simple présence vous rappelait que vous veniez d’ailleurs.

Et bien sûr, partout où j’allais, Nicolas Blackwood semblait être là.

Il passait en balayant les couloirs d’un air nonchalant, entouré de sa bande d’amis, souvent suivi de près par Lysandra Flint, une fille de sixième année connue autant pour sa beauté que pour son caractère venimeux.

Je faisais tout pour ne pas penser à lui. Nicolas ne me concernait pas. C’était un personnage secondaire dans mon histoire, un fond de décor brillant qu’on regarde à peine.

Ou du moins, c’est ce que je me répétais.

Mais il y eut ce soir-là. Celui où tout commença à basculer.

Il était tard. Très tard même.

La salle commune s’était vidée peu à peu, avalée par le couvre-feu et la fatigue générale. Mathilde était montée se coucher en me lançant un regard blasé :

— Tu vas encore réécrire trois fois la même phrase, et finir par t’endormir sur ton parchemin. Je te préviens, je ne te porte pas jusqu’à ton lit.

J’avais levé les yeux au ciel, ri doucement, et lui avais souhaité bonne nuit.

Puis, j’étais restée là, seule, à la lumière vacillante des chandelles, entourée du bruissement du feu et du froissement de mes parchemins.

J’étais en train de m’arracher les cheveux sur une chronologie imbuvable retraçant les soulèvements gobelins du XIIIe siècle — un devoir pour le professeur Binns qui avait le don de transformer chaque fait historique en torture mentale.

Je sursautai quand une voix grave brisa le calme :

— Tu comptes dormir ici ?

Je relevai brusquement la tête. Nicolas Blackwood se tenait là, à quelques pas de moi. Ses cheveux, encore humides, collaient à son front, et son uniforme était froissé comme s’il sortait tout juste d’un entraînement tardif. Il avait cet air fatigué, un peu plus humain que d’habitude, sans sa cour de fans habituelle.

Je déglutis, surprise, avant de retrouver ma voix :

— Non… je révise. Je n’ai pas le luxe de passer mes soirées à voler après un Souafle.

Il ricana doucement et s’approcha un peu, les mains dans les poches, l’air nonchalant.

— Tu assistes souvent aux matchs ? Je t’ai déjà remarquée dans les gradins.

— Ça s’appelle avoir l’esprit d’équipe, pas forcément de l’intérêt pour un joueur, répliquai-je sans lever les yeux de mon parchemin.

Il haussa un sourcil, visiblement plus amusé qu’offensé par ma répartie.

— Dommage. J’aurais aimé croire que tu venais pour moi.

Je finis par relever la tête et le regardai droit dans les yeux.

— Tu crois souvent ce genre de choses ?

— Plus souvent que tu ne le penses. Et j’ai rarement tort.

Il s’approcha légèrement, le ton un peu plus bas.

— Alors, comment tu t’appelles ?

Je haussai un sourcil, surprise, mais je répondis calmement :

— Élina.

— Bonne nuit Elina, dit-il en pivotant lentement, avant de s’éloigner vers l’escalier des dortoirs.

Je le suivis du regard, le cœur légèrement plus rapide, sans savoir si j’étais agacée… ou intriguée.



Samedi matin, la Grande Salle était baignée d’une lumière dorée, et les tables débordaient déjà d’élèves bavardant en mangeant leur petit-déjeuner.

Je m’installai à côté de Mathilde, toujours source de bonne humeur.

Elle me lançait un regard pétillant, impatiente de me voir.

— Hey, ça te dirait de venir avec nous à Pré-au-Lard cet après-midi et on pourrait se balader, faire un tour chez Honeydukes.

Je secouai la tête, hésitante.

— Je ne sais pas, Mathilde... J’ai trop de boulot à rattraper, et je préfère réviser.

Elle insista, son sourire malicieux ne faiblissant pas.

— Allez, juste un moment. Ce sera une bonne pause, et puis tu peux venir juste un peu, sans que ce soit toute la journée.

Je levai les yeux, un peu tentée malgré moi.

— Bon, d’accord. Juste un petit moment alors.

— Parfait ! Tu vas voir, ça va te changer les idées.

Alors que nous finissions notre petit-déjeuner, Nicolas passa près de notre table, son sourire en coin parfaitement assuré.

Il balaya la salle du regard, et je crus un instant que son regard s’attardait sur moi.

Un frisson me parcourut.

Mathilde, assise en face de moi, remarqua aussitôt ma réaction.

Elle sourit malicieusement et chuchota :

— Eh bien, je crois que c’était pour toi, ça.

Je rougis violemment, détournant les yeux.

— Tu rêves, ça ne m’était pas destiné, lança-je en essayant de garder contenance.

— Oh, mais regarde-toi ! Tu rougis comme si c’était la première fois qu’il te regardait ! Allez, ne me fais pas attendre, raconte tout !

Je soupirai, incapable de lui cacher ce petit moment qui m’avait surprise, moi-même.

— Il m’a parlé dans la salle commune, c’est tout. Juste un échange rapide.

— Juste un échange rapide ? Répéta-t-elle en levant les yeux au ciel. T’es sûre que c’est tout ?

Je secouai la tête, un sourire malgré moi.

— Oui, c’est tout.

Mais au fond, je savais que ce simple sourire m’avait déjà retournée plus que je ne voulais l’admettre.



En début d’après-midi, nous nous dirigeâmes vers Pré-au-Lard avec Mathilde, qui pétillait d’excitation. Son nouveau crush du moment, un certain Eliot, faisait partie du groupe de Poufsouffle que nous allions rejoindre.

Les rues étaient animées, presque toute l’école semblait s’être donnée rendez-vous là-bas. Nous nous arrêtâmes devant la vitrine d’Honeydukes, où l’on voyait déjà une foule d’élèves.

— Vous voulez entrer ? demanda Mathilde, ravie que la boutique soit pleine à craquer. Eliot, ainsi que Clara et Lucas, deux autres de leurs camarades, semblaient prêts à franchir la porte.

Je secouai la tête avec un sourire léger.

— Non, je vous attends dehors. Je préfère rester un peu à l’air libre.

Mathilde fit une petite moue, mais ne discuta pas, tirant doucement Eliot et les autres vers l’intérieur.

Je restai donc dehors, observant la foule, sentant le vent frais me rafraîchir un peu le visage.

Alors que je regardais distraitement les passants, quelqu’un me bouscula brusquement.

— Désolée, Élina, lança une voix familière.

Je levai les yeux et croisai le regard de Nicolas, un sourire éclatant aux lèvres.

J’ouvris la bouche, mais aucun son n’en sortit. Mon visage s’enflamma, mes joues brûlantes trahissaient l’effet que ce simple sourire avait sur moi.

Il s’éloignait déjà dans la foule, sans sembler attendre de réponse.

Heureusement, personne n’avait été témoin de ce moment terriblement embarrassant. J’étais rouge comme une tomate, figée comme une idiote, simplement parce qu’il s’était souvenu de mon prénom.

Hors de question que ça se reproduise. Il fallait que je garde mes distances. À partir de maintenant, j’éviterais Nicolas Blackwood autant que possible.

C’est à ce moment-là que Mathilde et les autres ressortirent de Honeydukes, les bras chargés de sachets colorés.

— Tu nous as manqué, lança-t-elle d’un ton faussement vexé.

Je forçai un sourire.

— Je crois que je vais rentrer, je suis fatiguée.

Elle croisa les bras et fit mine de bouder, mais ses yeux pétillaient.

— Mouais. Bon… à tout à l’heure, alors.

Je hochai la tête et tournai les talons, encore troublée, bien décidée à remettre de l’ordre dans mes pensées — et à mettre une certaine distance entre moi et ce fichu sourire.

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