Hermione Papadakis
Après des heures interminables d'avion et une longue traversée en bateau, Hermione arriva enfin à destination : l'île de Kalokairi, perdue dans les eaux scintillantes de la mer Égée. Le soleil, haut dans le ciel, baignait le paysage d'une lumière dorée, et l'air salé portait un parfum de liberté et de renouveau.
Hermione n'avait pas choisi cet endroit par hasard. Le nom grec que ses parents lui avaient donné, ainsi que ses recherches, avaient guidé son chemin. L'année précédente, alors qu'elle préparait la chasse aux Horcruxes, Hermione avait creusé dans les racines de sa famille maternelle et découvert un pan de son histoire qu'elle ignorait. Ses grands-parents, qu'elle n'avait jamais connus, avaient été propriétaires d'une petite ferme sur cette île oubliée du monde. À leur décès, la propriété avait été léguée à sa mère, et cette dernière avait pris soin de prévoir que le domaine reviendrait à Hermione lorsqu'elle atteindrait l'âge de dix-huit ans.
Cependant, ce précieux héritage avait été éclipsé par les horreurs de la guerre et par les choix difficiles qu'Hermione avait dû faire. En effaçant les souvenirs de ses parents pour les protéger, elle avait aussi effacé la possibilité qu'ils lui révèlent ce cadeau. Elle s'en voulait, bien sûr, mais fidèle à son caractère prévoyant, elle avait pris soin de tout organiser à l'avance. Des documents signés, des procédures établies : même dans l'ignorance, elle avait assuré que le souhait de sa mère serait respecté.
Elle n'avait jamais su, à l'époque, ce qu'elle ferait de cette ferme nichée au cœur de la Méditerranée. Cela semblait si lointain, presque irréel, un rêve perdu dans les méandres de ses responsabilités et de la guerre. Mais aujourd'hui, tout était différent. L'idée de vivre loin du tumulte du monde magique et de la douleur qui l'y attendait était une évidence.
Kalokairi devenait un symbole, un refuge. Pour la première fois depuis des années, Hermione était déterminée à ne plus fuir, mais à reconstruire, loin des batailles et des souvenirs qui la hantaient.
Durant sa cavale avec Harry et Ron, Hermione avait pris le temps d'apprendre les bases de la langue de ses ancêtres, anticipant qu'un jour cela pourrait lui être utile. Cette curiosité pour les langues étrangères était une facette bien connue d'elle. Ses amis se souvenaient encore de leur surprise, en quatrième année, lorsqu'ils l'avaient vue échanger quelques mots en français avec des élèves de Beauxbâtons. Cette même année, Viktor Krum avait tenté de lui enseigner quelques rudiments de bulgare, ce qui n'avait fait qu'élargir son répertoire déjà impressionnant.
Mais ces souvenirs étaient loin. Pour l'instant, Hermione venait tout juste d'accoster sur l'île et devait localiser la ferme Papadakis, l'héritage laissé par ses grands-parents maternels. Elle se dirigea instinctivement vers la petite place du marché, cœur vibrant du village de pêcheurs qui peuplait l'île. Les étals regorgeaient de fruits, de légumes, et de poissons fraîchement pêchés, tandis que des conversations animées en grec s'élevaient dans l'air. Malgré sa maîtrise des bases de la langue, Hermione peina à obtenir des informations claires.
Après plusieurs tentatives infructueuses, elle poussa la porte d'un petit bar à l'angle de la place, attirée par l'atmosphère accueillante qui s'en dégageait. L'intérieur était modeste mais chaleureux, avec des murs ornés de vieilles photographies de l'île et de ses habitants. Derrière le comptoir, une vieille femme aux cheveux argentés et au regard vif s'affairait avec une lenteur mesurée.
— Bonjour, dit Hermione dans un grec hésitant mais compréhensible. Je cherche la ferme Papadakis.
La vieille femme leva les yeux, ses traits s'illuminant d'un sourire chaleureux.
— Papadakis ? répéta-t-elle, sa voix trahissant une pointe de surprise. Vous êtes de leur famille ?
Hermione hocha la tête, précisant qu'elle était la petite-fille des anciens propriétaires. La vieille femme se présenta alors sous le nom de Sofia. Avec une émotion palpable, elle expliqua qu'elle avait bien connu les grands-parents d'Hermione et qu'elle avait même vu grandir sa mère, Jo, avant que cette dernière ne quitte l'île.
— Quand ils sont partis, je pensais qu'ils reviendraient un jour, murmura Sofia. Et puis, après leur décès, j'espérais revoir leur fille, mais elle n'est jamais revenue. Alors je me suis promis de veiller sur l'endroit... jusqu'à ce que quelqu'un de la famille réapparaisse.
Hermione sentit son cœur se serrer en entendant ces mots. Elle expliqua brièvement la mort de ses parents, et Sofia écouta en silence, visiblement émue. Malgré sa tristesse, la vieille femme se réjouissait de pouvoir transmettre ses souvenirs à la jeune femme.
Hermione lui posa de nombreuses questions sur ses grands-parents et sur la vie qu'ils avaient menée ici. Sofia, ravie de partager ces souvenirs, parla longuement des jours heureux où la famille Papadakis faisait encore partie de la communauté.
— Je suis désolée, dit Sofia d'un ton contrit. Je n'ai pas pu m'occuper de la ferme ces dernières années... Ma santé ne me le permet plus.
Hermione secoua doucement la tête, apaisante.
— Vous avez fait bien plus que ce que j'aurais pu espérer, répondit-elle avec gratitude.
Après une longue conversation, Sofia disparut un moment à l'arrière du bar. Lorsqu'elle revint, elle tenait dans sa main une vieille clé rouillée, attachée à un porte-clés en cuir usé.
— Voici les clés, dit-elle en les tendant à Hermione. Suivez le chemin de pierre qui part à gauche de l'église. La ferme est un peu à l'écart, mais vous la reconnaîtrez facilement.
Hermione prit les clés avec une immense reconnaissance.
— Merci, Sofia, pour tout.
La vieille femme hocha la tête, un sourire doux illuminant son visage.
— Allez-y, ma chère. Votre maison vous attend.
Le trajet à pied prit une bonne demi-heure à Hermione, qui se félicitait d'avoir pensé à utiliser un peu de magie pour réduire la taille de ses bagages avant de quitter Londres. Sous le soleil déclinant, elle avançait à travers des chemins de terre bordés de fleurs sauvages, le bruit des cigales accompagnant chacun de ses pas.
Lorsqu'elle atteignit enfin sa destination, elle resta figée un instant, stupéfaite par la vision qui s'offrait à elle. Une immense bâtisse se dressait devant elle, à la fois majestueuse et empreinte de nostalgie. La maison, avec ses pierres blanchies par le temps et ses volets en bois écaillé, semblait avoir été conçue pour accueillir un grand nombre de personnes. Hermione se surprit à souhaiter avoir un retourneur de temps, ne serait-ce que pour entrevoir les lieux à l'époque de ses grands-parents.
Aujourd'hui, malgré sa taille imposante, la maison portait les stigmates de l'abandon. Les murs étaient lézardés, les volets pendaient, et la végétation semblait avoir pris possession des alentours. Pourtant, il subsistait une certaine noblesse dans l'architecture, comme si la bâtisse attendait patiemment qu'on lui redonne vie.
Hermione aperçut une grange à quelques mètres de la maison. À l'intérieur, un cheval et un âne semblaient se reposer, leurs silhouettes paisibles baignées par la lumière dorée du soir. Elle se fit mentalement la note de demander à Sofia s'ils avaient des noms.
Sur le porche en bois usé, un gros chat roux se prélassait au soleil. Hermione sentit une boule se former dans sa gorge en le voyant, tant il lui rappelait Pattenrond. Son ancien compagnon avait péri durant la guerre, sacrifiant sa vie pour la protéger de la morsure de Nagini. Une larme solitaire coula sur sa joue à cette pensée, mais elle l'essuya rapidement.
Reprenant une profonde inspiration, elle inséra la grosse clé en fer dans la serrure de la porte d'entrée. Le grincement du mécanisme résonna dans le silence, amplifiant l'impression de pénétrer dans un lieu figé dans le temps.
Comme elle s'y attendait, l'intérieur était dans un état déplorable. L'escalier menant à l'étage était à moitié écroulé, des morceaux de bois gisant au sol. Le salon et la cuisine, autrefois sûrement accueillants, ressemblaient désormais à un champ de bataille, jonchés de débris, de toiles d'araignées et de poussière.
Hermione sortit sa baguette, espérant pouvoir nettoyer rapidement les lieux. Mais lorsqu'elle tenta un sort de réparation, rien ne se produisit. Depuis qu'elle avait perdu sa propre baguette au manoir Malfoy, elle peinait à maîtriser celle de Bellatrix, que Ron avait volée lors de leur fuite de cet endroit sinistre. Ce manoir hantait encore parfois ses cauchemars, lui rappelant les cris et les ténèbres.
Hermione soupira, rangea la baguette, et se murmura pour elle-même :
— On va faire à l'ancienne.
Elle retroussa ses manches et observa l'immense pièce autour d'elle, cherchant par où commencer. C'était peut-être un travail colossal, mais pour la première fois depuis des mois, Hermione sentit qu'elle était exactement là où elle devait être.
Hermione laissa tomber ses sacs dans un coin de la pièce et se mit immédiatement à la tâche. Elle voulait au moins nettoyer et organiser les deux pièces principales avant la tombée de la nuit, même si la journée était déjà bien avancée. Elle espérait se créer un minimum de confort avant d'entreprendre les travaux de l'étage, ce qui promettait d'être une mission ardue avec l'escalier branlant.
Alors qu'elle retirait les draps blancs recouvrant les meubles, un bruit étrange attira son attention. Intriguée, elle se dirigea vers la fenêtre donnant sur la petite cour de la ferme. À sa grande surprise, plusieurs personnes s'étaient rassemblées à l'extérieur. Certains portaient des meubles, d'autres des provisions, et plusieurs tenaient des seaux, des balais ou même des caisses à outils.
Parmi eux, Hermione reconnut immédiatement Sofia, qui lui adressa un large sourire chaleureux. La vieille femme s'approcha pour lui expliquer que les habitants du village avaient décidé de l'aider à s'installer. Ils voulaient lui offrir un coup de main pour son premier jour sur l'île.
Touchée par cette incroyable marque d'hospitalité, Hermione sentit les larmes lui monter aux yeux, mais elle se força à les ravaler. Elle n'avait jamais rien connu de tel, surtout après les mois sombres qu'elle venait de traverser.
Lorsque la nuit tomba, la cuisine était impeccable, et le garde-manger rempli de provisions suffisantes pour tenir au moins une semaine. Le salon, presque entièrement nettoyé, abritait désormais un canapé confortable où Hermione pourrait passer sa première nuit.
Les bricoleurs du village, après avoir pris les mesures de l'escalier, lui promirent de revenir dès le lendemain avec tout ce qu'il fallait pour le réparer.
Reconnaissante, Hermione invita tout le monde à rester pour le dîner. Un banquet improvisé prit place dans la vaste cour de la ferme. Sous le ciel étoilé, des plats grecs traditionnels furent partagés, accompagnés de rires, de chants, et même d'une danse entraînante. Les villageois firent tout leur possible pour qu'Hermione se sente chez elle, et pour la première fois depuis longtemps, elle éprouva un profond sentiment de paix.
Lorsque le calme revint et que chacun rentra chez soi, Hermione s'assit sur le vieux porche, un plaid autour des épaules, et leva les yeux vers le ciel constellé. Les étoiles scintillaient, rappelant à la jeune femme les visages de ceux qu'elle avait laissés derrière elle en Angleterre.
Elle se demanda quelle avait été leur réaction en découvrant les lettres qu'elle leur avait laissées. Elle espérait de tout cœur qu'ils finiraient par comprendre sa fuite et, peut-être un jour, par lui pardonner. Elle avait promis de revenir, mais elle savait que ce moment dépendrait du temps et de ce que la vie lui réserverait.
Pour l'instant, Hermione Papadakis – comme elle choisissait désormais de se nommer – devait décider ce qu'elle ferait de cette nouvelle vie. Tandis qu'un léger vent méditerranéen caressait son visage, elle sentit une étincelle d'espoir naître en elle.
Demain serait un nouveau départ.