Hermione Papadakis

Chapitre 2 : Sophie

2748 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 30/08/2025 16:30

Des années plus tard 


Maman ! Les invités vont commencer à arriver et rien n’est prêt !

Hermione sourit en entendant la voix paniquée de sa fille résonner dans la maison. Avec une patience acquise au fil des années, elle répondit d’un ton rassurant :

Calme-toi, Sophie. Tout sera prêt à temps, ne t’en fais pas. Giorgis et Marcos sont sur le point d’arriver avec ce qu’il nous manque.

Comme pour confirmer ses paroles, une Jeep apparut au bout du chemin poussiéreux qui menait à la propriété. À son bord, deux hommes agitaient la main en guise de salut avant de garer le véhicule devant la maison.

Mais ce n’était plus une simple ferme. L’ancienne propriété Papadakis s’était transformée au fil des ans, renaissant sous le nom chaleureux de "Chez Sophie", une charmante maison d’hôtes au style rustique.

Avec ses économies et beaucoup de travail, Hermione avait investi dans la rénovation de la bâtisse familiale. Aidée des habitants du village, elle avait métamorphosé l’endroit en un lieu de vie et de célébrations. Désormais, "Chez Sophie" était le cœur battant de l’île, accueillant mariages, baptêmes et toutes sortes de festivités.

L’ancienne grange, autrefois à l’abandon, avait été aménagée en une vaste salle de réception où l’on dansait jusqu’au bout de la nuit sous les lumières tamisées. La maison principale, elle, s’était adaptée à sa nouvelle vocation : le rez-de-chaussée abritait désormais un restaurant convivial, tandis que les six chambres, réparties sur les deux étages, offraient un refuge paisible aux visiteurs de passage.

Pour les couples en quête de romantisme, une dépendance avait été transformée en une somptueuse suite nuptiale, très prisée par les jeunes mariés qui venaient célébrer leur union sur cette île enchanteresse.

Cependant, malgré tout le travail accompli, le plus grand bouleversement dans la vie d’Hermione n’avait pas été la transformation de la ferme, mais la naissance de sa fille, Sophie.

Cette enfant, ce rayon de soleil, avait donné un tout nouveau sens à son existence. En la regardant s’affairer avec excitation pour les préparatifs de la fête à venir, Hermione ressentit une bouffée de fierté et d’amour. Elle n’avait peut-être pas suivi la voie qu’on aurait attendue d’elle, mais ici, sur cette île grecque baignée de lumière, elle avait trouvé son véritable chez-soi.


Retour en arrière


Cela faisait maintenant deux mois qu’Hermione avait quitté l’Angleterre pour rejoindre la Grèce. La rénovation de sa nouvelle maison avançait doucement, et bien que le confort soit encore spartiate, elle disposait désormais du minimum nécessaire pour vivre décemment. Et cela lui convenait parfaitement.

Les travaux progressaient au rythme des arrivées de matériaux. L’île étant isolée du continent, il fallait attendre le ferry hebdomadaire, unique lien avec la civilisation moderne. Tout passait par lui : les commandes, les livraisons, et parfois même les nouvelles venues d’ailleurs.

L’organisation du village était bien différente de ce qu’Hermione avait connu en Angleterre. Ici, pas de grandes chaînes de magasins ni de services instantanés. Si un habitant avait besoin de quelque chose, il lui suffisait d’aller au comptoir du port, où un registre répertoriait toutes les commandes des villageois. Celles-ci étaient envoyées avec le ferry vers le continent et, avec un peu de chance, la marchandise était livrée lors de son retour la semaine suivante.

De nombreux habitants utilisaient ce système pour se procurer des médicaments ou des produits de première nécessité. Au début, Hermione avait été complètement déboussolée. Habituée au mode de consommation rapide et facile du continent, elle avait dû apprendre à anticiper ses besoins et à planifier à l’avance.

Mais, contre toute attente, ce retour à l’essentiel lui fit un bien fou. Très vite, elle trouva son rythme et s’adapta à cette nouvelle façon de vivre. Le village disposait d’une petite épicerie pour les produits de base. Chaque matin, les pêcheurs vendaient leur prise du jour, et chaque semaine, un marché rassemblait les producteurs des îles alentour, permettant aux habitants de se ravitailler en produits frais.

Grâce à Sofia, Hermione apprit les bases de la cuisine locale. Son garde-manger des premiers jours ayant été vite épuisé, elle n’eut d’autre choix que d’apprendre à cuisiner avec les ingrédients locaux. Ce fut une révélation : ici, on ne cuisinait pas simplement pour se nourrir, mais pour le plaisir des saveurs et du partage.

En plus de son apprentissage culinaire, Sofia lui proposa un travail dans son petit bar. Avec l’âge, la vieille femme peinait à gérer un trop grand nombre de clients, et l’arrivée d’Hermione fut une véritable bénédiction pour elle.

Le salaire n’était pas élevé, mais il permettait à Hermione de préserver ses économies, ce qui n’était pas négligeable avec la montagne de travaux qu’il lui restait à accomplir. Et surtout, ce travail lui permettait de s’intégrer encore davantage dans la vie du village, de tisser des liens, et de se sentir, peu à peu, véritablement chez elle.



Cela faisait plusieurs jours qu’Hermione se sentait mal. Fatigue persistante, nausées inexplicables, une sensation de malaise constant qu’elle peinait à expliquer. Sofia, inquiète, passait chaque jour prendre soin d’elle, s’occupant de la jeune femme comme si elle était sa propre fille. Avec le temps, la vieille femme avait fini par l’adopter de cœur, veillant sur elle avec une tendresse presque maternelle.

Kóri mou (ma fille), tu ne vas vraiment pas mieux… Je t’ai apporté du bouillon, ça aidera ton estomac.

Hermione esquissa un sourire fatigué et attrapa le bol avec reconnaissance.

Efcharistó (merci), Sofia… J’ai l’impression d’avoir mangé un poisson pas frais.

Sofia la regarda avec un mélange de douceur et d’attention, puis, après un silence, elle posa une question qui surprit Hermione.

— Écoute, ma chérie, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas… mais as-tu laissé un petit ami chez toi ?

Hermione releva la tête, confuse.

— Pourquoi un petit ami ?

Sofia poussa un léger soupir et s’approcha, prenant doucement la main de la jeune femme dans la sienne.

Kóri mou, regarde-moi et réponds franchement… As-tu du retard ?

Le cœur d’Hermione manqua un battement. Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun son n’en sortit. Lentement, elle fit défiler les jours dans sa tête, comptant, recomptant… avant de pâlir brusquement.

— Sofia… tu penses que… ?

— Vu comme tu es devenue plus blanche qu’un fantôme, c’est une forte éventualité, répondit la vieille femme avec douceur. Ne t’inquiète pas, repose-toi. Je reviendrai en fin de journée pour lever le doute. En attendant, mange ta soupe, tu vas en avoir besoin.

Puis elle quitta la pièce, laissant Hermione seule et désemparée sur le canapé.

Instinctivement, la jeune femme posa une main tremblante sur son ventre encore plat. Ses pensées tourbillonnaient, ramenant à la surface des souvenirs qu’elle n’avait pas laissés la possibilité de s’imposer jusqu’ici. Avant son départ de Londres, il y avait eu… une nuit. Une seule nuit, gravée dans sa mémoire.

Un mince sourire empreint de mélancolie étira ses lèvres alors qu’une larme silencieuse roulait sur sa joue.

— On dirait que ton autre parent m’a laissé un souvenir de lui… murmura-t-elle dans un souffle.

Le soir même, les doutes furent dissipés. Sofia revint avec un médecin venu d’une île voisine. La vieille femme, usant de toute son influence, avait réussi à le faire venir au plus vite, consciente de l’urgence émotionnelle d’Hermione.

Dans le calme du salon de la vieille ferme grecque, sous la lueur vacillante d’une lampe à huile, le petit échographe portable du médecin fut posé sur le ventre d’Hermione.

Puis, un son emplit la pièce. Un battement rapide, minuscule, fragile… et pourtant si vivant.

Le cœur d’un enfant.

Hermione éclata en sanglots, incapable de contenir l’émotion qui l’envahissait. À ses côtés, Sofia essuyait discrètement une larme, submergée par la même tendresse qu’une grand-mère éprouverait en découvrant un nouvel être à aimer.

À cet instant précis, Hermione comprit que sa vie venait de changer pour toujours.

Les mois passèrent, et Sofia veilla sur Hermione avec une attention maternelle, ne la laissant jamais seule trop longtemps. Le village entier s’impliqua dans les préparatifs, considérant l’arrivée de ce bébé comme une véritable bénédiction. Les travaux furent accélérés pour assurer un cadre de vie confortable à la future maman et à son enfant à venir.

Certains soirs, pourtant, Hermione ne pouvait s’empêcher de laisser couler quelques larmes. La douleur de la perte de ses parents se faisait plus vive à mesure que sa grossesse avançait. Ils ne connaîtraient jamais la joie d’être grands-parents, jamais ils ne tiendraient ce bébé dans leurs bras. Mais, à chaque fois que la tristesse menaçait de l’engloutir, Sofia apparaissait, comme si elle ressentait son chagrin à distance. D’un mot, d’un geste, elle savait toujours comment apaiser Hermione, lui rappelant qu’elle n’était pas seule.

Lorsque l’accouchement devint imminent, Sofia prit la décision de s’installer chez Hermione. L’île ne disposant ni de médecin ni d’hôpital, il était évident que l’accouchement se ferait à domicile. Mais Sofia avait tout anticipé. Avec l’aide des autres femmes du village, elle avait réuni tout le nécessaire pour accueillir cet enfant dans les meilleures conditions possibles.

Et c’est ainsi que, par une douce soirée de Saint-Valentin, Hermione donna naissance à une magnifique petite fille, entourée de Sofia et de plusieurs femmes du village, qui veillaient sur elle avec bienveillance.

Lorsque le premier cri du bébé résonna dans la maison, un silence empreint d’émotion s’installa, avant d’être remplacé par des sourires et des larmes de joie.

Sofia, les yeux brillants d’émotion, s’approcha de la jeune mère qui tenait son nouveau-né contre elle, le regard empli d’un amour infini.

Comment va s’appeler cette magnifique petite fille ? demanda doucement Sofia, observant Hermione et son enfant avec tendresse.

Hermione leva les yeux vers elle et, sans hésitation, répondit avec un sourire ému :

— Sophie, en l’honneur de sa grand-mère d’adoption.

Sofia porta une main tremblante à sa bouche, bouleversée par ce choix qu’elle n’avait pas vu venir.

Oh, Hermione… Je… Je ne sais pas quoi dire, c’est…

Hermione lui offrit un sourire complice et murmura, les larmes aux yeux :

— Alors ne dis rien… et viens la prendre dans tes bras.

Avec une infinie délicatesse, Sofia tendit les mains et prit la petite Sophie contre elle, la berçant doucement, submergée par l’émotion. À cet instant précis, un nouveau lien venait de naître.

Dans le calme paisible de la nuit, Hermione sortit sur le porche de sa maison, sa petite fille blottie contre sa poitrine. La brise légère caressait son visage, mêlant l’odeur de la mer aux doux parfums des fleurs sauvages.

Les bras serrés autour de son enfant, la jeune femme laissa couler des larmes silencieuses, submergée par une vague d’émotions qu’elle peinait à contenir. Ce petit être fragile, niché contre elle, était désormais tout son monde.

D’une voix douce, presque tremblante, elle murmura :

Tu lui ressembles tellement, ma chérie…

Elle effleura du bout des doigts la joue de son bébé, fascinée par ses traits délicats, son souffle paisible.

J’espère que tu me pardonneras un jour de t’avoir privée de ton autre parent…

Un sanglot discret lui échappa alors qu’elle baissait les yeux vers Sophie, endormie contre elle, inconsciente du poids des décisions de sa mère.

Mais c’est mieux pour toi, souffla-t-elle. Le monde magique n’apporte rien de bon…

Le vent nocturne souleva doucement ses cheveux, emportant ces mots dans l'obscurité. Hermione n’était pas certaine d’y croire entièrement, mais elle s’y raccrochait avec l’espoir que, loin de tout ce qu’elle avait connu, sa fille pourrait grandir en paix, à l’abri des ténèbres du passé.

Malheureusement, la réalité vint rapidement contrecarrer les plans d’Hermione.

Très tôt, la petite Sophie fit ressortir son héritage magique, et ce fut lors d’un épisode de magie spontanée, alors qu’elle n’avait que deux ans, qu’Hermione découvrit le secret de Sofia.

La vieille dame n’était pas une simple Moldue. Elle était une Cracmolle, tout comme une grande partie des habitants de l’île, y compris la propre famille d’Hermione.

Sofia lui révéla alors l’histoire des Papadakis, une ancienne et puissante lignée de sorciers grecs. Mais le grand-père d’Hermione, Nikos Papadakis, était né Cracmol, ce qui fit de lui un paria aux yeux de sa famille. Rejeté, banni, il dut quitter les siens, condamné à vivre en exil.

Au fil de ses voyages, il rencontra Éléna Papadopoulos, une sorcière née-Moldue. Ensemble, ils décidèrent de s’installer sur cette île isolée et d’y bâtir un havre de paix pour tous ceux que le monde magique rejetait.

Ici, une seule règle existait : chacun pouvait y trouver refuge, à la seule condition de ne pas utiliser de magie et de vivre comme des Moldus.

Lorsque leur fille, la mère d’Hermione, vint au monde, ce fut un immense soulagement pour Nikos et Éléna de découvrir qu’elle était Cracmolle elle aussi. Cela signifiait qu’elle pourrait grandir loin des dangers du monde magique, dans une vie simple et paisible.

Mais le destin en décida autrement.

Car Sophie, elle, avait hérité de la magie de ses deux parents. Et pire encore, elle était précoce.

Après lui avoir révélé l’histoire cachée de l’île, Sofia tendit à Hermione un petit collier, serti d’une magnifique pierre bleue.

— Ce collier est un canalisateur de magie. Si tu le fais porter à Sophie, cela bloquera ses pouvoirs.

Hermione prit l’objet entre ses doigts, son cœur battant fort.

— Merci, Sofia. Tu nous sauves la vie.

Mais la vieille femme secoua doucement la tête.

— Écoute-moi bien, kóri mou. Tu ne devrais pas la limiter… Mais tu es sa mère, alors fais comme tu le veux.

Hermione serra la mâchoire, ses pensées tourbillonnant.

— Le monde magique est trop dangereux. J’aurais préféré rester une simple Moldue… Il est hors de question que j’inflige ça à ma fille.

Sofia poussa un profond soupir avant de croiser son regard avec gravité.

— Comme tu voudras… Mais le monde ne regorge pas de Voldemort à chaque coin de rue.

Hermione tressaillit en entendant ce nom.

— Oui, je suis au courant de vos exploits, miss Granger, ajouta Sofia d’une voix douce mais ferme. Nous sommes peut-être perdus au milieu de nulle part, mais les nouvelles finissent toujours par nous parvenir.

Un silence pesa entre elles.

— Ce que tu as accompli avec tes amis est inhumain. Dumbledore n’aurait jamais dû donner cette tâche à des enfants.

Hermione détourna les yeux, incapable de soutenir cette vérité qu’elle connaissait déjà trop bien.

— Mais tu as offert à ta fille un monde sûr, poursuivit Sofia. Alors ne la prive pas de son héritage.

Hermione avala difficilement sa salive.

— J’y réfléchirai. Mais pour l’instant… aide-moi à lui mettre le collier.

Sofia laissa échapper un soupir résigné, avant de prendre doucement le bijou des mains d’Hermione.

À cet instant précis, un choix venait d’être fait. Mais pour combien de temps…?


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