Hermione Papadakis
Après ce flot de souvenirs, Hermione s’attela à la préparation du mariage de sa fille. Elle n’arrivait pas à croire que Sophie était déjà une adulte, prête à quitter le nid.
Elle se souvenait encore de ses premiers pas, de ses rires d’enfant, de ses questions incessantes sur le monde… et voilà que, désormais, elle s’apprêtait à prendre son envol.
Hermione avait toujours voulu protéger Sophie du monde extérieur, mais elle devait se rendre à l’évidence : cette bataille était perdue depuis des années. Elle savait exactement quand tout avait basculé.
Sophie venait tout juste de fêter ses onze ans lorsque trois hiboux apparurent au-dessus de la ferme.
Hermione, partie au marché, n’eut pas le temps de les intercepter. Lorsqu’elle revint, elle trouva sa fille sur le porche, une lettre entre les mains, son regard empli de surprise.
Tout son plan pour protéger Sophie du monde magique venait de s’effondrer.
Elle savait qu’elle devait maintenant faire face à sa fille et avoir la conversation qu’elle redoutait tant.
— Maman, regarde ! J’ai reçu du courrier, mais je ne comprends pas… Sophie leva la lettre devant elle, fronçant les sourcils. Ça doit être une blague de Nikos. Il est toujours en train de raconter des histoires.
Elle rit légèrement avant d’ajouter :
— Ça dit que j’ai été acceptée dans une école magique… C’est n’importe quoi.
Hermione, le cœur lourd, ouvrit les deux autres lettres qu’elle venait de récupérer. L’une venait de Poudlard, l’autre de l’Académie de Magie d’Athènes.
Elle ferma brièvement les yeux et se massa les tempes. Le moment était venu.
— Mon amour, viens avec moi dans le salon. Il faut que je te parle.
Sophie perçut immédiatement le sérieux dans la voix de sa mère.
— Maman, ça va ? Tu n’as pas l’air bien… Elle se leva d’un bond. Si la blague de Nikos t’a contrariée, je vais tout de suite descendre au village lui dire d’arrêter.
Hermione secoua doucement la tête.
— Sophie… ce n’est pas une blague de Nikos.
Elle s’assit sur le canapé, tapotant la place à côté d’elle pour que sa fille la rejoigne.
— Ces trois écoles existent vraiment.
Sophie écarquilla les yeux.
— Quoi ?
— Je suis moi-même allée à Poudlard il y a des années.
Un silence s’installa. Hermione prit une profonde inspiration avant d’ajouter :
— Je sais que tu risques de m’en vouloir, mais j’ai fait ce que je pensais être le mieux pour toi.
Elle marqua une pause, cherchant les bons mots.
— Je suis une sorcière, mon amour… et toi aussi.
Sophie eut un petit rire incrédule.
— Mais maman… Je n’ai pas de magie.
Hermione prit délicatement la main de sa fille dans la sienne et désigna le collier que Sophie portait toujours autour du cou.
— Si, tu en as.
Sophie baissa instinctivement les yeux vers le pendentif.
— Le cadeau de grand-mère Sofia ? demanda-t-elle, troublée.
— Oui, murmura Hermione. C’est un bloqueur de magie.
Le souffle de Sophie se coupa.
— Quoi ?
— Quand tu étais petite, ta magie s’est manifestée très tôt… Et j’ai paniqué.
Hermione passa une main dans ses cheveux, visiblement nerveuse.
— Je voulais t’offrir un monde normal, comme celui que j’avais avant mes onze ans.
Elle esquissa un sourire triste.
— J’ignorais tout de la magie avant de recevoir ma propre lettre… Et une étrange sorcière anglaise est venue expliquer tout ce monde inconnu à mes parents.
Sophie secoua lentement la tête, abasourdie.
— Mais pourquoi ? Pourquoi tu m’as caché ça ?
Elle se redressa, ses yeux brillants d’émotion.
— La magie, c’est génial, maman ! Pourquoi tu ne voulais pas que j’en aie ?
Hermione baissa les yeux, hésitante.
— Parce que… La magie peut être magnifique, admit-elle enfin. Mais elle peut aussi être… dangereuse.
Elle releva son regard, cette fois empreint d’une douleur que Sophie n’avait encore jamais vue chez elle.
— Tu es trop jeune pour que je te raconte tout… Mais j’ai vu ce que la magie pouvait faire lorsqu’elle était utilisée comme une arme.
Un silence pesant tomba dans la pièce.
Sophie serra instinctivement son collier dans sa main. Elle n’avait jamais pensé qu’un simple bijou pouvait cacher un tel secret.
Hermione se leva lentement et se dirigea vers la bibliothèque du salon. Son cœur battait fort alors qu’elle tirait un vieux livre aux pages jaunies par le temps. D’un geste précis, elle en ouvrit la couverture rigide, révélant une cachette secrète creusée dans l’épaisseur du papier.
À l’intérieur, soigneusement rangées, se trouvaient de vieilles photographies.
Elle en sortit une et la tendit à Sophie, sa main tremblant légèrement.
— Regarde, mon cœur… murmura-t-elle. Ce sont tes grands-parents.
Sophie prit délicatement la photo entre ses doigts et l’observa attentivement. L’image, bien que légèrement délavée, montrait un couple souriant, leurs yeux brillants de douceur.
— Ils ont l’air si jeunes… murmura-t-elle avec admiration, puis elle releva les yeux vers Hermione, remarquant une ressemblance frappante.
— Maman… tu ressembles à grand-mère.
Hermione esquissa un sourire triste.
— Oui… c’est ce que beaucoup disaient.
Elle effleura la photo du bout des doigts avant de prendre une profonde inspiration.
— Un jour… ils ont été kidnappés et assassinés sous mes yeux.
Sophie sentit un frisson glacial parcourir son échine. Ses mains se crispèrent sur le bord de l’image.
— Quoi ?! s’exclama-t-elle, la voix tremblante. Pourquoi ?!
Elle chercha le regard de sa mère, espérant une explication qui atténuerait l’horreur de cette révélation.
Hermione hésita un instant avant de répondre, la gorge serrée.
— Tu es encore trop jeune pour comprendre tous les détails…
— Maman, j’ai onze ans, pas cinq ! coupa Sophie, le ton plus vif qu’elle ne l’aurait voulu.
Hermione la fixa un instant, puis baissa la tête.
— Quand j’avais ton âge, un groupe de sorciers fanatiques semait la terreur. Ils croyaient en une supériorité du sang, en une société où seuls les sorciers de lignée pure devaient exister.
Sophie ouvrit la bouche, abasourdie.
— Mais c’est insensé !
— Oui… soupira Hermione. Et pourtant, ils ont fait des ravages. Ils ont traqué, torturé et tué tous ceux qui ne correspondaient pas à leur vision du monde. Moldus, sorciers nés de parents moldus… comme moi.
Un silence pesant s’installa.
— Et tes parents… murmura Sophie.
Hermione hocha doucement la tête.
— Ils faisaient partie des victimes. J’étais là… et je n’ai rien pu faire.
Sophie sentit les larmes lui monter aux yeux.
— Maman… souffla-t-elle, posant instinctivement une main sur la sienne.
Hermione ferma brièvement les yeux, inspirant profondément avant de continuer.
— Quand j’ai quitté l’Angleterre, leur chef était tombé. Mais d’autres poursuivaient déjà son œuvre. C’est pourquoi je suis venue ici…
Elle leva les yeux vers sa fille.
— Parce que je voulais une vie normale. Une vie où je pourrais repartir à zéro sans avoir peur, sans me demander si l’ombre du passé viendrait frapper à ma porte.
Sophie déglutit avec difficulté.
— Ça a dû être tellement dur…
Elle caressa du pouce le bord effiloché de la photographie, un nœud se formant dans son ventre.
Puis, après un moment de réflexion, elle inspira profondément.
— Écoute, maman… dit-elle avec douceur. Si tu veux vraiment que je reste ici, je le ferai.
Hermione sentit son cœur se serrer.
— Mais… ajouta Sophie avec un sourire timide, s’il te plaît… apprends-moi au moins un peu de magie.
Hermione écarquilla légèrement les yeux, surprise.
— Sophie… murmura-t-elle en secouant la tête. Cela fait douze ans que je n’ai pas lancé le moindre sort.
Sophie arqua un sourcil, visiblement stupéfaite.
— Douze ans ?!
Hermione esquissa un sourire amer.
— L’île réagit mal à la magie… expliqua-t-elle. Et je n’ai même plus de baguette.
Sophie croisa les bras, réfléchissant.
— Mais tu connais encore la théorie, non ?
Hermione laissa échapper un léger rire.
— Bien sûr.
Un silence s’installa avant qu’elle ne reprenne :
— Je dois encore avoir de vieux livres au grenier. Je peux te les prêter si tu veux apprendre par toi-même.
Sophie ne se fit pas prier. Elle se jeta dans les bras de sa mère, la serrant contre elle avec force.
— Merci, maman !
Hermione ferma les yeux un instant, savourant cette étreinte réconfortante.
Puis, Sophie se recula légèrement et plongea son regard dans celui de sa mère.
— Et maman… ajouta-t-elle d’une voix douce, je t’aime. Je resterai loin des sorciers… pour le moment.
Hermione sentit une vague d’émotion la submerger.
Elle caressa tendrement la joue de sa fille, une larme menaçant de couler.
— Je t’aime aussi, mon cœur.
Elle savait que cette promesse ne tiendrait pas éternellement.
Mais, pour l’instant, cela suffisait.
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Bien sûr que la promesse n’avait pas tenu longtemps.
Pendant des années, Sophie avait suivi des cours par correspondance, comme la plupart des enfants de l’île. Mais lorsqu’elle atteignit l’âge du lycée, quelque chose changea.
Le souvenir du monde magique refit surface, plus vivace que jamais.
Elle avait grandi avec cette curiosité insatiable, ce même feu qui brûlait autrefois dans le regard de sa mère. Hermione aurait dû le voir venir. Après des semaines d’arguments, de discussions passionnées et d’insistance presque quotidienne, Sophie réussit à la convaincre : elles iraient visiter le quartier magique d’Athènes.
Hermione savait que cela arriverait un jour. Elle aurait voulu repousser l’inévitable encore un peu, mais face à la détermination de sa fille, elle dut céder.
Sophie était aussi futée que sa mère.
Dès qu’elle avait découvert qu’elle était une sorcière, elle avait dévoré des dizaines de livres sur les lieux magiques d’Europe, étudiant leurs coutumes, leur histoire et leurs secrets avec une avidité presque obsessionnelle.
Mais une question demeurait… Comment avait-elle trouvé ces livres ?
La réponse était évidente : Sofia.
La vieille femme, complice de longue date, savait exactement quoi commander lors des livraisons hebdomadaires de la navette reliant l’île au continent. Avec un sourire malicieux et un clin d’œil, elle glissait discrètement des ouvrages dans les caisses, s’assurant que Sophie ait tout ce qu’elle désirait.
Hermione, qui préparait les tables pour la réception, ne put s’empêcher de rire en repensant à la première rencontre de sa fille avec des sorciers.
Ce jour-là, elle avait eu les yeux aussi grands que des soucoupes, émerveillée et dépassée à la fois.
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Sophie avançait d’un pas déterminé, guidant sa mère à travers les ruelles animées menant au quartier magique d’Athènes.
Elle connaissait l’endroit par cœur grâce aux descriptions minutieuses de ses livres, et l’excitation la gagnait à chaque pas.
Le quartier était caché sous le Parthénon, dissimulé aux yeux des Moldus par d’anciens enchantements grecs.
— D’après mon livre, on y accède par un bar, un peu comme sur le Chemin de Traverse en Angleterre, expliqua Sophie. Il s’appelle "Le Repos de Cerbère".
Hermione haussa un sourcil.
— Charmant… murmura-t-elle avec un léger sarcasme.
En se tenant devant la façade en pierre du bar, Sophie ne put réprimer un frisson d’excitation. C’était enfin réel.
Mais Hermione, elle, était en alerte. Elle savait que le monde magique n’oubliait jamais complètement ses héros et ses fantômes. Depuis le début de cette visite, une crainte sourde la rongeait : être reconnue.
Sophie ignorait tout de son rôle dans la guerre, et Hermione voulait que cela reste ainsi.
Mais en franchissant le seuil du bar, elle constata rapidement que son anonymat était intact. Après quinze ans à vivre cachée, son visage n’éveillait plus aucun souvenir.
Hermione et Sophie pénétrèrent dans une ambiance feutrée, bien différente des bars bruyants que l’on trouvait chez les Moldus. La lumière tamisée, diffusée par des lanternes flottantes, baignait l’endroit d’une douce lueur ambrée. Sur les murs, des fresques mouvantes racontaient des légendes antiques, représentant des sorciers grecs conversant avec des créatures mythologiques.Les Grecs ne semblaient pas très au fait de la guerre anglaise. Ici, Voldemort et la bataille de Poudlard n’étaient que des rumeurs lointaines, des récits qui n’avaient pas marqué l’histoire locale comme ils avaient façonné la sienne.
Sophie trépignait d’impatience.
— Maman, c’est incroyable ! s’exclama-t-elle à voix basse, les yeux brillants.
Hermione, plus mesurée, observait les lieux avec prudence, s’assurant que personne ne leur prêtait une attention particulière. Derrière le comptoir, un barman à la carrure imposante nettoyait un verre d’un coup de baguette tout en discutant avec une vieille sorcière en toge bleu nuit.
Sophie repéra aussitôt ce qu’elle cherchait : une arche de pierre ornée de symboles anciens à l’arrière de la salle.
— C’est là ! dit-elle en pointant du doigt l’entrée du Quartier Magique d’Athènes.
Hermione prit une inspiration avant de suivre sa fille. Après tant d’années loin du monde magique, revenir ainsi dans une cité sorcière la troublait plus qu’elle ne voulait l’admettre.
En passant sous l’arche, une vague de magie familière la parcourut, comme si elle traversait un voile invisible.
Et soudain, elles y étaient : L’Agora Mystíka
Un large boulevard pavé s’ouvrait devant elles, bordé de bâtiments aux colonnes de marbre et aux façades ornées de mosaïques ensorcelées. Contrairement à l’architecture pittoresque et médiévale du Chemin de Traverse, ici, tout semblait baigné dans une élégance antique, entre tradition et modernité.
Des enseignes en grec ancien et en runes scintillaient au-dessus des boutiques. Une odeur envoûtante de pain chaud et de miel flottait dans l’air, mêlée aux parfums des épices que l’on vendait sur les étals.
Des sorciers et sorcières en toges colorées flânaient dans les rues, certains discutant avec animation, d’autres troquant des potions, des plantes magiques ou des parchemins aux enluminures complexes.
Sophie s’arrêta net, émerveillée.
— Maman… c’est… magnifique !
Hermione, troublée, hocha doucement la tête.
— Oui… murmura-t-elle, absorbée par la beauté du lieu.
Sophie n’attendit pas plus longtemps et s’élança dans la rue principale, des étoiles dans les yeux.
— Regarde là-bas ! C’est une librairie ! Et ici, ils vendent des potions !
Hermione la suivit, esquissant un sourire attendri.
— Doucement, Sophie…
Mais c’était peine perdue. La jeune fille était trop fascinée pour ralentir.
Elles s’arrêtèrent devant une boutique de baguettes magiques, dont l’enseigne dorée indiquait "Héphaïstos & Fils – Fabricants de baguettes depuis 1356".
À travers la vitrine, Sophie observa les baguettes soigneusement exposées sur des coussins de velours.
— Tu crois que je pourrais en essayer une ? demanda-t-elle avec excitation.
Hermione hésita.
— Tu as encore ton collier…
Sophie baissa les yeux vers le pendentif bleu qui reposait contre son cou.
— Je peux l’enlever… juste pour voir ?
Hermione sentit une bouffée d’angoisse monter en elle.
— Sophie, je… Elle s’arrêta en voyant le regard suppliant de sa fille.
Cette visite n’avait pas seulement pour but de découvrir le monde magique. C’était un test. Un test pour voir si elle pouvait vraiment appartenir à cet univers que sa mère lui avait caché.
Hermione soupira et posa une main sur l’épaule de sa fille.
— D’accord. Mais si tu ressens le moindre malaise, tu le remets immédiatement.
Sophie hocha la tête avec enthousiasme, détacha lentement le collier et le rangea dans sa poche.
Le changement fut instantané.
Un frisson parcourut la peau de Sophie, comme si une vague d’énergie l’enveloppait soudainement. Ses cheveux semblèrent briller sous la lumière dorée du soleil.
Puis, Hermione sentit les regards changer autour d’elles.
Des jeunes sorciers, tout juste sortis d’une boutique voisine, s’arrêtèrent net en croisant Sophie. Leurs yeux s’agrandirent, fascinés.
Un garçon trébucha sur un pavé, manquant de tomber à la renverse. Son ami, qui riait quelques instants plus tôt, s’arrêta net, le regard fixé sur la jeune fille comme si elle était une apparition divine.
— Euh… maman ? chuchota Sophie, mal à l’aise en voyant plusieurs garçons la fixer avec un air béat.
Hermione jura intérieurement.
— Merde.
Elle aurait dû y penser.
Sa fille n’était pas une simple sorcière : elle était l’héritière d’un sang magique puissant, combinant celui d’une brillante sorcière et…
Sophie n’avait jamais manifesté ce don à cause du collier. Mais à présent, sans filtre, son charme magique s’activait de manière incontrôlable.
Un autre jeune homme, qui transportait une pile de livres, resta figé en la regardant avant de lâcher toute sa cargaison sur le sol.
— Bon sang, maman… ils me regardent comme si j’étais Aphrodite en personne ! siffla Sophie, paniquée.
Hermione attrapa immédiatement le collier dans la poche de sa fille et le rattacha autour de son cou.
L’effet fut immédiat.
Les garçons clignèrent des yeux comme s’ils émergeaient d’un rêve étrange. L’un d’eux, le teint cramoisi, marmonna quelque chose d’incompréhensible avant de s’éloigner d’un pas précipité.
Sophie poussa un énorme soupir de soulagement.
— Okay, c’était bizarre.
Hermione croisa les bras, l’air sévère.
— Tu comprends maintenant pourquoi je ne voulais pas que tu enlèves ce collier à la légère ?
Sophie, encore sous le choc, hocha la tête.
— Je suis une bombe à retardement magique… murmura-t-elle en regardant ses mains.
— Non, rectifia Hermione en posant une main sur son épaule. Tu es une jeune sorcière avec un héritage puissant. Mieux vaut ne pas provoquer le diable pour l’instant.
Sophie inspira profondément, retrouvant son assurance habituelle.
— Alors… On commence par quoi ?
Hermione la regarda, un sourire amusé aux lèvres.
— Déjà, on évite d’attirer une armée de soupirants en plein quartier magique.
Sophie éclata de rire.
— D’accord, je note !
Après l’incident du collier, Hermione et Sophie décidèrent de poursuivre leur exploration du quartier magique, cette fois avec plus de prudence.
Elles arpentèrent les ruelles pavées de l’Agora Mystíka, admirant les enseignes dorées scintillant sous le soleil de l’après-midi. L’animation y était joyeuse, et bien que la magie soit omniprésente, le quartier dégageait une atmosphère sereine, loin de l’agitation du Chemin de Traverse.
Hermione restait sur ses gardes, mais Sophie, elle, était aux anges.
— Maman, regarde ! s’exclama-t-elle en pointant une vitrine remplie de potions aux couleurs chatoyantes. On dirait des fioles de lumière liquide !
Hermione sourit en voyant sa fille s’émerveiller à chaque nouvelle découverte. Elle lui ressemblait tant.
Dans une petite boutique nichée entre un vendeur de parchemins et un stand de plumes enchantées, Hermione tomba sur une échoppe spécialisée dans les uniformes d’écoles de sorcellerie du monde entier.
Un présentoir en bois affichait des écharpes aux couleurs variées, des capes élégantes et des blasons brodés.
Un sourire nostalgique effleura ses lèvres en reconnaissant l’écharpe rouge et or de Gryffondor. Sans hésiter, elle en prit une.
Son regard fut ensuite attiré par une cape bleu poudrée, ornée de motifs discrets et élégants.
— Elle irait parfaitement à Sophie… murmura-t-elle pour elle-même.
Après un bref échange avec la vendeuse. Hermione rejoignit sa fille qui, sans surprise, avait trouvé une librairie.
Sophie avait les bras chargés de bouquins.
Des grimoires anciens aux reliures travaillées, des manuels d’histoire de la magie grecque, des ouvrages sur la métamorphose et même un recueil de contes magiques qu’elle feuilletait avec un sourire émerveillé.
— Tu es vraiment ma fille… soupira Hermione en croisant les bras, amusée.
Sophie releva les yeux et rit.
— Tu ne pensais quand même pas que j’allais repartir les mains vides ?
Hermione secoua la tête, amusée, avant de l’accompagner vers la caisse.
C’est là que Sophie eut une autre surprise.
Devant elle, la libraire, une femme robuste à l’air sévère, annonça le montant total en drachmes magiques.
Sophie fronça les sourcils en voyant les pièces dorées et argentées que sa mère sortit de sa bourse en cuir.
— C’est quoi, ça ? demanda-t-elle en attrapant une pièce, intriguée.
— De la monnaie sorcière, expliqua Hermione avec un sourire. Tu ne pensais pas qu’ils utilisaient des euros ici ?
Sophie tourna la pièce entre ses doigts, fascinée.
— J’imagine que non… Mais comment tu as eu tout ça ?
Hermione glissa les pièces dans la main de la libraire et haussa les épaules.
— J’ai tout prévu.
Sophie plissa les yeux, sceptique.
— Maman… tu avais tout planifié, pas vrai ? Même avant que je te demande de venir ici.
Hermione laissa échapper un petit rire.
— Disons que je savais qu’un jour, tu voudrais découvrir ce monde.
Sophie sourit largement.
— Tu es diabolique… mais je t’adore.
Une fois les achats terminés, mère et fille ressortirent chargées de paquets.
— J’ai l’impression qu’on a pillé l’Agora Mystíka… plaisanta Sophie en calant un énorme grimoire sous son bras.
— Tu n’as encore rien vu, répondit Hermione avec un clin d’œil.
Elles continuèrent leur promenade, profitant de cette journée qu’elles n’auraient jamais imaginé vivre ensemble.
Ce jour-là, ce fut la seule et unique fois où Hermione quitta l’île.
Après leur visite à l’Agora Mystíka, après la découverte du monde magique sous un nouveau jour, après le frisson d’une réalité qu’elle avait trop longtemps repoussée, Hermione sut qu’elle ne referait pas ce voyage.
Elle ne s’était jamais sentie à sa place là-bas. Ce monde, qui l’avait jadis fascinée, lui avait aussi tout pris. Elle ne voulait plus jamais revivre ces ombres du passé.
Sophie le comprit. Même si elle avait été fascinée par tout ce qu’elle avait vu, même si une partie d’elle brûlait de curiosité, elle respecta la décision de sa mère.
Elle continua ses études loin de la magie, choisissant une voie moldue, dans un univers où la sorcellerie ne serait toujours qu’un lointain souvenir.
Mais parfois, lors des longues soirées d’été où la brise chaude caressait son visage, Sophie se surprenait à effleurer son collier, comme si elle pouvait encore ressentir la vague de puissance qui l’avait envahie ce jour-là, lorsqu’elle l’avait ôté, même brièvement.
Un simple bijou, pourtant porteur de tant de secrets. Elle n’en parlait jamais, par respect pour sa mère. Mais, au fond d’elle, elle savait.
Le monde magique n’avait pas disparu. Il était là, quelque part, juste derrière le voile de la normalité qu’elle s’était imposé. Et un jour, peut-être, ce monde reviendrait frapper à sa porte. Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, elle était Sophie Papadakis, fille d’Hermione, enfant d’une île grecque, vivant une vie simple et heureuse. Et c’était suffisant. Pour l’instant.