Les larmes du Phénix

Chapitre 1 : Une étrange rencontre

3224 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/09/2025 14:15

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de Septembre- Octobre 2025 : « Du sang, des larmes et de la sueur ».


Il faisait particulièrement sombre cette nuit-là aux abords de la Forêt Interdite. Une légère brise soufflait parmi les feuilles naissantes des arbres, faisant doucement frémir les tendres petits bourgeons du mois de mars sur les branches qui craquaient ici et là, tandis que la lune croissait lentement, basse dans l’horizon, dissimulée par la densité des hauts arbres centenaires. Quelques étoiles jouaient à cache-cache derrière les nuages anthracites, ce qui augmentait la pénombre autour du petit groupe de sorciers qui avançait avec allégresse dans les profondeurs de la forêt, bravant l’interdiction formelle d’y entrer, comme à leur accoutumée. Une chouette hulula sur leur passage, comme pour avertir les bois et leurs habitants de leur arrivée.

Emmitouflés dans leurs manteaux noirs de sorciers et leurs écharpes rouge et or, les quatre amis marchaient d’un pas vif dans l’air froid de la nuit à la recherche de nouvelles sensations. Pénétrer dans la Forêt Interdite était devenu une habitude ; à chaque sortie, ils poussaient le vice un peu plus loin, avec à leur tête James Potter et Sirius Black, surnommés les inséparables. Tous deux étaient de fortes têtes dont l’arrogance rivalisait avec leur témérité et leur goût du risque. James, qui avait une allure élancée, presque athlétique du haut de ses seize ans, ne cessait de passer ses doigts dans ses cheveux noirs et indisciplinés, ses yeux noisette brillant de malice. Son meilleur ami depuis qu’ils étaient tous les deux entrés à Poudlard, Sirius, avait de quoi faire se retourner les filles sur lui : considéré comme un « beau gosse » à l’air ténébreux, ses yeux noirs et ses cheveux bruns qu’il laissait voltiger sur son front et sa nuque avaient fait soupirer plus de filles qu’il ne s’en vantait lui-même. Il possédait la distinction d’un Black et l’attrait du rebelle.

Ils étaient également très proches de Rémus Lupin, le plus discret et le plus raisonnable de la bande, même s’il finissait toujours par les suivre et participait avec malice à leurs frasques. Pourtant Rémus n’aimait pas attirer l’attention sur lui, la raison en était qu’il était depuis plusieurs années un loup-garou. D’allure fragile, de larges cicatrices scarifiaient sa joue et son front ; il paraissait trop grand dans ses vieux habits de laine troués ici et là, avec ses yeux gris en amande d’une douce tristesse, mais il était d’une grande loyauté. L’amitié entre eux était telle qu’ils avaient décidé de devenir des animagi afin d’aider Rémus à mieux supporter ses transformations lors de la pleine lune. Pour cela, il leur en était éternellement reconnaissant et fermait volontiers les yeux sur leurs forfaits malgré le fait qu’il fût nommé préfet de la maison de Gryffondor.

Il en était un dernier qui les suivait absolument partout comme leur ombre : Peter Pettigrow, un jeune garçon grassouillet de petite taille pour son âge, à l’air craintif et toujours à l’affût, observant tout de ses yeux humides et clairs, vouait un véritable culte aux trois garçons et il s’abritait sous leur popularité, se sentant incapable de s’en sortir seul à cause de ses faibles capacités en magie. Les professeurs étaient de manière générale sévères avec lui, notamment le professeur McGonagall, la directrice de la maison des Gryffondor.

Les escapades nocturnes étaient maintenant si familières aux quatre jeunes sorciers de sixième année qu’ils se surnommèrent les Maraudeurs : la Cabane hurlante comme on l'appelait dorénavant était en leur possession, terrorisant les voyageurs ainsi que les habitants de Pré-au-Lard lorsque Rémus s’y transformait en loup-garou et hurlait à la pleine lune. Maintenant, ils recherchaient une nouvelle activité, un nouveau territoire à conquérir, un nouveau méfait à accomplir.

Tandis qu’ils s’enfonçaient tous les quatre dans la forêt par des sentiers jonchés de ronces et de racines, James s’arrêta.

—    Alors, que fait-on ce soir ? demanda-t-il d’une moue ennuyée.

—    On pourrait faire peur à la veuve Jennings, proposa Sirius en tapant dans un petit caillou qu’il fit rouler dans la rivière qui bordait le sentier.

—    Nous l’avons fait la semaine passée déjà, rappela Rémus.

—    Ah oui, tu as raison, haussa des épaules Sirius.

—    Et si on rentrait ? grelota Peter que le froid de mars avait déjà transi.

—    Non, nous sommes dehors, faisons quelque chose ! protesta James en fronçant les sourcils.

Les quatre amis se regardèrent silencieusement, puis il fut décidé qu’ils retourneraient vers la maison de la pauvre Mrs Jennings qu’ils aimaient épouvanter en lui faisant croire que son étable était hantée par les animaux de ferme qu’elle avait possédés jadis. Ils traversèrent la rivière dont le cours filait entre les pierres polies en un petit clapotis et dont les reflets illuminaient les feuillages alentour, puis se mirent à grimper au travers des rochers jusqu’à atteindre un petit plateau depuis lequel ils avaient une vue imprenable sur l’immense château de Poudlard, la fameuse école de magie située en Écosse. Les tuiles sombres des hautes tours d’astronomie et des maisons de Serdaigle, de Poufsouffle et de Gryffondor luisaient dans la nuit noire aux lueurs de la lune qui continuait son parcours, tout comme le lac auprès duquel se trouvait l’école de sorcellerie, dont les eaux calmes abritaient de nombreuses créatures magiques. La volière était paisible, les hiboux, chouettes et hulottes qui l’habitaient devaient y dormir paisiblement. Aux abords de la Forêt Interdite, en direction du lac, se trouvait la cabane de Hagrid, le garde-chasse mi-homme mi-géant qu’aucun élève n’osait approcher à cause de son air bourru et de sa haute taille massive, et dont les petites fenêtres étaient encore éclairées.

Il leur fallait encore traverser une partie de la forêt en direction de Pré-au-Lard avant d’atteindre la maison de Mrs Jennings, ils se remirent donc en route. Toutefois, ils furent tous les quatre arrêtés nets dans leur marche lorsqu’ils entendirent un cri strident qui provenait du bas de la montagne. Les quatre jeunes sorciers se jetèrent un regard inquiet :

—    Qu’est-ce que c’était ! s’écria Peter, terrifié.

—    Un oiseau ? suggéra Sirius.

—    On aurait dit la voix d’une fille ! répondit vivement Rémus.

—    Allons voir, vite ! s’exclama James avec engouement, appelé par le risque et l’inconnu comme une mouche par du miel.

Ils dévalèrent la pente rocheuse en direction du cri, se rapprochant sensiblement de la Cabane hurlante. Au bout de quelques minutes, ils ralentirent le pas, à l’affût du moindre bruit qui les entourait. La forêt paraissait à nouveau calme, quand tout à coup, un bruissement dans les buissons retentit.

—  Par-là ! s’écria Sirius en pointant du doigt le sous-bois.

Les quatre amis s’engouffrèrent dans les buissons de ronces, de petites branches craquant sous leurs pas, puis descendirent un petit talus. Ils s’arrêtèrent à nouveau, l’oreille tendue, surveillant les environs. Les rayons de la lune avaient du mal à transpercer le feuillage des arbres, créant ici et là de petites taches lumineuses à travers la pénombre du sous-bois.

Soudain, un éclat blanc sortit précipitamment d’un buisson pour s’engouffrer dans un autre.

—    Vous avez vu ! s’exclama James avec excitation.

—    Qu’est-ce que c’était ? lança Rémus, piqué lui aussi par la curiosité.

—    Je ne sais pas, c’est allé trop vite, répondit Sirius qui prit la direction du buisson où avait disparu l’étrange éclat.

Les quatre amis se mirent à fouiller avec précaution dans le sous-bois, sans savoir la nature de ce qu’ils cherchaient. Toutefois, le seul qui fut réticent dans cette recherche effrénée était Peter dont le sentiment d’anxiété n’avait cessé de grandir à mesure qu’il avançait dans les sous-bois. De leur côté, ils entendirent à plusieurs reprises le craquement des branches et le froissement des feuilles autour d’eux, sans pour autant trouver ce qui les causait. Ils perdirent la notion du temps, la lune continuait sa course dans le ciel : il devait être près de deux heures du matin.

—    Vraiment, je pense qu’il faudrait qu’on rentre maintenant, déclara Peter qui s’était mis à trembler comme une feuille.

—    Il se fait tard, reconnut Rémus dont le rôle de préfet refaisait de temps en temps surface. Il vaudrait mieux qu’on retourne dans nos chambres.

À contrecœur, James approuva d’un hochement de tête, mais Sirius s’y refusa.

—    Partez devant, je vous rejoins, dit-il tandis qu’un sentiment de courage à toute épreuve l’envahissait à mesure qu’il avançait dans les profondeurs de la forêt.

Les trois autres haussèrent des épaules tandis que Sirius s'enfonçait encore dans les fourrés. Il traversa plusieurs buissons, allant jusqu’à déchirer le bas de sa robe de sorcier parmi les ronces, ses mains griffées jusqu’au sang, puis s’arrêta net lorsqu’il aperçut, recroquevillée au sein d’une cavité créée par les racines d’un chêne, la silhouette d’une jeune fille apeurée. Elle n’était vêtue que d’une robe de lin blanc retenue à la taille par une large ficelle de chanvre et déchirée au niveau des genoux. Elle tremblait de froid et de peur, sa peau diaphane luisait sous les éclats de lune qui traversaient les racines de l’arbre. Une longue chevelure sombre tombait en cascade dans son dos, non peignée, clairsemée de feuilles et de brindilles qui avaient dû s’y accrocher dans sa course. Elle jetait des regards épouvantés tout autour d’elle, comme si elle guettait quelque chose qu’elle fuyait. Ses pieds nus, ainsi que ses jambes et ses bras, étaient sales et écorchés.

Sirius hésita d’abord à sortir de sa cachette, émerveillé par cette apparition ; il avait peur qu’elle ne s’enfuie dès qu’elle le verrait au vu de l’état dans lequel elle se trouvait. Puis, poussé par ce sentiment d’invincibilité qui l’avait envahi depuis le début de cette poursuite, il fit un pas lent en dehors du buisson où il se cachait, se dévoilant à la lueur de la nuit. La jeune fille eut un sursaut de peur avant de se figer et de le fixer de ses grands yeux sombres.

—    N’aie pas peur, lança-t-il en lui montrant ses mains, paumes dirigées vers le ciel en signe de paix.

La jeune fille ne bougea pas, mais l’intensité de son regard le fit s’arrêter, craignant qu’elle ne bondisse soudainement pour s’enfuir ainsi qu’une biche prise en chasse. Tout à coup, ce fut la rumeur lointaine de voix d’hommes qui réveilla la crainte de la jeune fille : lorsqu’elle les entendit, elle se recroquevilla un peu plus dans la cavité en poussant de petits gémissements terrifiés. Sirius se tourna du côté des éclats de voix qui se rapprochaient sensiblement. Peu importe le nombre qu’ils étaient, il se sentait tout-puissant, rien ne pouvait plus l’arrêter.

—    Reste là et ne bouge pas, dit-il d’une voix qu’il voulut rassurante tout en indiquant la cavité.

Puis, alors qu’il faisait mine de sauter à terre, le corps du jeune homme se métamorphosa en un gros chien noir au poitrail puissant, les babines retroussées dévoilant des dents pointues, et aux longues pattes affublées de griffes acérées. D’un bond, le chien s’élança en direction du groupe d’hommes qui s’approchait, pour les attaquer de front. Sans réfléchir, Sirius, qui avait pris sa forme d'Animagus qui lui avait valu le surnom de Patmol, jaillit des fourrés et sauta sur l’un d’eux qu’il mordit avec force à l’avant-bras. Cueilli à froid, le petit groupe d’hommes se dispersa d’abord : deux d’entre eux prirent la fuite dans la direction par où ils étaient venus, tandis que les trois autres, éberlués par l’apparition de cet énorme chien, mais reprenant rapidement leurs esprits, dégainèrent leurs baguettes magiques et tentèrent d’immobiliser l’animal sauvage. Patmol se mit à grogner pour montrer ses crocs ensanglantés et s’élança sur un deuxième homme qu’il mordit au mollet. L’homme poussa un hurlement de douleur :

—  Argh ! Sale clébard ! cria-t-il avec rage.

Le troisième pointa sa baguette sur le chien et parvint à lui faire lâcher prise en le blessant à l’une de ses pattes avant. Toutefois, Sirius avait réussi à surprendre le groupe de ces hommes qui semblaient être à la poursuite de la jeune fille ; ils prirent la fuite et disparurent dans les profondeurs de la forêt. Le chien leur aboya dessus encore quelques secondes, puis rebroussa chemin en boitillant jusqu’à atteindre la cavité de terre et de racines où la jeune fille était restée pétrifiée.

Cependant, voyant qu’elle ne partait pas en courant, Sirius garda sa forme animale pour l’approcher. Il s’avança avec lenteur vers elle jusqu’à être à portée de sa main, puis il s’assit tout en remuant calmement la queue. Le regard de la jeune fille parut s’adoucir, puis elle tendit faiblement la main vers le gros chien noir qui la regardait de ses yeux jaunes avec curiosité. Elle hésita, puis effleura de ses doigts le pelage soyeux de l’animal, d’abord au sommet de sa tête, puis le long de sa patte blessée. Son regard s’attrista devant le sang qui s’écoulait de la plaie. Le chien se releva légèrement et lui donna un petit coup de tête dans l’épaule, comme pour lui signifier que ce n’était rien. Mais les yeux de la jeune fille s’embuèrent malgré tout, jusqu’à ce qu’une larme, aussi brillante qu’un diamant, se mette à couler le long de sa joue. Elle fit alors quelque chose à laquelle le jeune homme ne s’était point attendu : elle saisit sa patte blessée et la porta à sa joue pour y déposer sa larme. À peine le liquide salé et scintillant avait-il touché la blessure que celle-ci se referma d’elle-même sans laisser aucune trace.

Effaré, Sirius se métamorphosa à nouveau en être humain pour observer plus attentivement sa blessure qui avait guéri spontanément sous l’action de la larme.

—  Comment as-tu fait ? souffla-t-il, impressionné. Qui es-tu ?

Mais la jeune fille se contenta de le regarder de ses grands yeux sombres dans lesquels il aperçut des éclats furtifs qui avaient la couleur du feu. La lune redescendait dans le ciel, l’aube n’allait pas tarder à arriver.

—  Suis-moi, lança Sirius en prenant la jeune fille par la main.

Tous deux sortirent de la cavité et se levèrent. Le jeune homme remarqua alors qu'elle marchait avec difficulté, il la soutint alors sur son épaule et passa son bras autour de sa taille pour la conduire à la Cabane hurlante qui se trouvait non loin de là. Il la sentit greloter tout contre lui tandis qu’elle essayait de mettre un pied l’un devant l’autre. Elle était épuisée. Il se rendit jusqu'à la seule entrée qui existait et qui se trouvait sous un grand Saule Cogneur, comme une sorte de passage secret souterrain. Le jeune sorcier se métamorphosa à nouveau en chien et se faufila jusqu'aux racines de l'arbre. Il appuya sur l'une d'entre elles, ce qui eut pour effet d'apaiser le saule qui s'était mis à agiter avec violence ses lourdes branches. Le chien aboya afin d'appeler la jeune fille qui le rejoignit sans encombre devant le passage secret qu'ils empruntèrent. Une fois à l’intérieur de la vieille bâtisse, il l’emmena dans la pièce la plus à l’abri du vent et des intempéries et sortit des couvertures que lui et ses amis avaient amenées pour les froides nuits de l’hiver. Il lui confectionna rapidement un lit improvisé et passa une autre couverture sur ses épaules, tandis que sa peau était parcourue de frissons.

—    Je vais essayer de te trouver des vêtements, dit-il alors en lui frottant les épaules et les bras au travers de la couverture pour la réchauffer. C’est trop risqué que je te ramène au château. Reste ici pour l’instant, tu seras en sécurité, d’accord ?

Sirius fixa à nouveau ses yeux qui ne l’avaient pas quitté depuis qu’il s’occupait d’elle, à la recherche d’un signe quelconque qui lui assurerait qu’elle comprenait ce qu’il lui disait. Il poussa un léger soupir, décontenancé face au silence obstiné de la jeune fille.

Elle devait avoir seize ou dix-sept ans comme lui, ses traits étaient d’une extrême finesse, ses doigts longs et fins ne semblaient jamais avoir travaillé malgré les éraflures dues à sa fuite dans la forêt. Ses lèvres rosées, encore un peu bleuies par le froid, tremblaient avec légèreté, tandis que ses cheveux, quoiqu’hirsutes, flamboyaient aux premières lueurs de l’aube qui pointait au travers des interstices des planches de bois.

—    Reste ici, d’accord ? répéta Sirius en lui montrant la pièce où ils se trouvaient. Je reviendrai le plus vite que je pourrai.

Le jeune homme secouait la tête de haut en bas en attendant une forme de réponse ; elle l’imita lentement et pointa du doigt le lit de couvertures sur lequel elle était assise. Sirius soupira de soulagement, elle semblait avoir compris. Il se releva, passa dans l’ancien salon de la vieille demeure, souleva le tapis qui masquait le trou dans le sol qui s’enfonçait dans la terre, sous les fondations de la maison. Il se changea à nouveau en chien et s’engouffra à nouveau dans le passage secret.

Laisser un commentaire ?