Les larmes du Phénix

Chapitre 2 : La belle inconnue

5948 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/09/2025 14:15

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de Septembre- Octobre 2025 : « Du sang, des larmes et de la sueur ».



Lorsque Sirius arriva sous le Saule Cogneur, les premiers rayons du soleil pointaient à l’horizon, mais il fut surtout heureux et soulagé de voir James qui l’attendait à l’orée de la forêt : c’était lui qui avait conservé leur carte du Maraudeur, créée par Rémus grâce au sortilège d'Homonculus qui détectait la moindre présence humaine ou animale dans les lieux cartographiés du château et de ses environs, et qui leur permettait d’aller et venir sans se faire prendre par les préfets, les professeurs, voire par Peeves, l’esprit frappeur.

—    Purée, Sirius ! Où étais-tu passé ? s’écria James avec inquiétude. Qu’est-ce qui t’est arrivé ? Tu as vu dans quel état tu es ?

Sirius jeta un œil à sa robe de sorcier déchirée de part en part, une manche presque arrachée, couverte de terre et imbibée de sang. C’est vrai qu’on aurait dit qu’il s’était battu à main nue contre un troupeau d'hippogriffes.

—    Tu ne croiras jamais ce que j’ai vu ! s’exclama Sirius d’un air béat en guise de réponse.

—    Tu nous raconteras ça une fois qu’on sera dans la salle commune, lui répondit James d’un air renfrogné, déçu d’avoir apparemment manqué un événement intéressant.

James sortit de sa robe noire un vieux parchemin sur lequel il pointa sa baguette magique en murmurant : « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises ». De noirs filaments se dessinèrent alors sur l’ensemble du parchemin, représentant tour à tour un immense château et ses environs. Il l’observa avec minutie avant de faire signe à son ami de le suivre. Le garde-chasse n’était pas encore sorti de sa hutte, toutefois, il vit qu’à l’intérieur du château s’activaient déjà le concierge, quelques préfets-en-chef, ainsi que Mrs McGonagall, la professeure de métamorphose et directrice de la maison de Gryffondor. Ils eurent quelques difficultés à rejoindre leur tour d’ailleurs, évitant autant que faire se peut les différents professeurs qui s’affairaient déjà au travers du château. Arrivés devant le portrait de la grosse dame, ils murmurèrent le mot de passe murmuro. La dame du portrait poussa un long bâillement et ouvrit un œil ensommeillé :

—    Oh, arrêtez de murmurer le mot de passe ! s’énerva-t-elle alors. Ce n’est pas parce qu’il signifie je murmure qu’il faut le dire en murmurant !

Le tableau dévoila le passage secret de la salle commune de Gryffondor. C’était une vaste pièce agréablement chauffée par un âtre accueillant et où un feu crépitait à longueur de temps, entretenu par les elfes de maison du château. Des fauteuils et de petits canapés de velours rouge étaient agencés autour de la cheminée, sur lesquels des plaids rouge et or étaient mis à disposition des élèves. Des deux côtés de la salle se trouvaient également des tables de travail ainsi qu’une petite bibliothèque où les manuels les plus usités s’y trouvaient en plusieurs exemplaires. De part et d’autre de la grande cheminée, il y avait les accès aux dortoirs, pour les filles du côté gauche et ceux des garçons du côté droit.

Les deux amis se dirigeaient du côté droit d’un pas rapide lorsqu’ils furent arrêtés par une voix familière qui provenait de l’escalier en colimaçon de gauche :

—  D’où revenez-vous, comme ça ?

Une jeune fille de leur âge, vêtue d’un joli ensemble composé d’une chemise blanche qu’un gilet de laine gris recouvrait, d’une jupe de tweed aux motifs écossais, de hautes chaussettes de laine couleur crème s’arrêtant sous le genou et d’une longue robe de sorcière noire et ample qui voltigeait tout autour d’elle tandis qu’elle descendait les dernières marches de l’escalier. Ses cheveux bruns et lisses étaient relâchés, balayant ses épaules, et encadraient un visage aux traits fins et doux, mais dont les yeux verts lâchaient des éclairs foudroyants sur les deux garçons. Elle se planta face à eux, les poings sur les hanches.

James balbutia quelques mots confus, l'air hébété, jusqu'à ce que Sirius prenne le relai :

—    De la volière ! Nous revenons de la volière, improvisa-t-il.

—    De la volière ? Dans cet état ? l’interrogea Lily Evans, nommée préfète de Gryffondor pour la deuxième année consécutive.

—    Eh bien, oui, reprit Sirius avec assurance. La chouette de James était plutôt vindicative.

Il montra sa manche déchirée.

—  Voyez-vous ça, grinça-t-elle des dents, dubitative.

—    De plus en plus dangereux, ces bestiaux, poursuivit Sirius sans faire cas des réponses de Lily. Tiens, au fait ! Pourrais-tu me prêter un ou deux habits ?

—    Pardon ? s’exclamèrent en chœur Lily et James, tous deux aussi étonnés l’un que l’autre de la demande incongrue du jeune homme.

—    C’est pour ma… cousine ! reprit Sirius qui improvisait toujours. Tu vois, elle fait un court séjour à Pré-au-Lard, mais malheureusement, elle a oublié sa valise sur le quai à Londres… Elle n’a donc rien pour se changer, la pauvre.

—    Ta cousine, Narcissa ? demanda James en haussant un sourcil.

—    Non non ! s’exclama Sirius avec horreur.

—    … Bellatrix ? demanda à son tour Lily encore plus sceptique.

—    Pas du tout, répondit Sirius, outré qu’ils aient pu penser qu’il était encore en contact avec ces cousines-là. Vous ne la connaissez pas, c’est une lointaine cousine au troisième degré de… Bref, serais-tu d’accord de me prêter quelque chose ?

—    Je vais voir ce que je peux faire, dit-elle lentement, l’air suspicieux.

Lily s’éloigna des deux garçons pour remonter dans le dortoir des filles. De leur côté, ils grimpèrent les escaliers quatre à quatre et retrouvèrent Rémus et Peter qui les attendaient assis sur leurs lits respectifs, en train de se changer.

—    Alors ? demanda avidement Peter en sautant presque sur Sirius. Tu as vu ce que c’était ?

—    Qu’est-ce qui a bien pu t’arriver ? enchaîna Rémus. Tes habits sont plus en loque que les miens, et c’est dire !

Sirius attira vivement les trois garçons près d’une des fenêtres, à l’abri des oreilles indiscrètes, puis leur raconta ce qu’il s’était passé et la rencontre qu’il avait faite. Ses yeux brillaient encore d’exaltation, même si ce sentiment d’invincibilité qui l’avait habité quand il s’était trouvé dans la forêt diminuait inexorablement.

—    T’es sérieux ? s’exclama enfin James avec effarement. Et si c’était une Moldue ? T’y as pensé, à ça ?

—    Non, non ! répondit Sirius. Elle n’a pas eu l’air étonnée en me voyant me métamorphoser.

—    Et elle t’a vu te métamorphoser en chien ? renchérit Rémus, inquiet.

—    Sirius ! Tu dois garder ça absolument secret ! le gronda James. Imagine si ça vient à se savoir, nous serons obligés de nous déclarer en tant qu’animagi et on risque gros auprès du directeur !

—    Vous vous inquiétez pour rien, les gars, marmonna Sirius dont l’euphorie était redescendue d’un coup à la suite des remontrances de ses amis.

Le jeune homme retira alors le morceau de manche déchirée, écarta les pans de sa chemise en lambeaux et dévoila son bras nu : là où aurait dû se trouver une longue et profonde entaille ne se trouvait que sa peau lisse sous laquelle saillait la musculature de son bras.

—    Là, vous voyez ? dit-il en le montrant tour à tour à ses amis. Les hommes qui la poursuivaient et que j’ai attaqués, ils m’ont eu juste là.

—    Mais, tu n’as rien… balbutia Peter dont l’incompréhension grimpait à mesure qu’il écoutait le discours de Sirius.

—    Exact, je n’ai plus rien, reprit le jeune homme. C’est grâce à elle.

—    Comment ça ? l’interrogea Rémus qui fronça des sourcils.

—    À vrai dire, je ne sais pas trop comment elle a fait, mais elle l’a fait ! répondit Sirius en baissant la voix, et dont le regard s'était remis à pétiller tandis qu’il évoquait sa guérison spontanée. Alors, peu importe ce que vous en pensez, mais moi, je vais l’aider.

Les trois autres garçons le regardèrent en silence, puis se jetèrent un regard entendu.

—    Tu peux compter sur nous aussi, déclara James qui serra la poigne de son meilleur ami avec vigueur.

Le visage de Sirius rayonna de gratitude, puis ses amis le poussèrent à se dépêcher de se changer après une bonne douche sinon ils allaient être en retard pour le petit déjeuner et leur premier cours de la journée. James en fit de même, et en profita pour lancer un sort de réparation sur la robe de sorcier de son ami. La tenue des étudiants de Poudlard était la même pour tous : les garçons devaient revêtir un pantalon sombre dans lequel ils rangeaient soigneusement les pans d’une chemise claire ; une cravate aux couleurs de leur maison respective était également de mise, ainsi qu’un pull de laine gris avec un col en V. La robe de sorcier noire venait recouvrir l’ensemble. Les filles possédaient une tenue similaire mis à part une jupe de tweed écossaise ou plissée d’un gris uni, et la possibilité de remplacer le pull par un gilet en laine. Rémus et Peter aidèrent les deux retardataires à finaliser leur tenue, l’un en rentrant les pans de la chemise d’un côté, l’autre en ajustant le nœud de cravate. Une fois les lacets de ses souliers noués, Sirius attrapa au vol un sac à dos en plus de ses affaires de cours et tous les quatre dévalèrent les escaliers du dortoir pour se retrouver dans la salle commune maintenant parfaitement illuminée par les rayons du soleil qui montait lentement dans le ciel. Ils allaient passer la porte secrète lorsque la voix de Lily retentit derrière eux :

—  James ! Sirius !

Les deux jeunes hommes se retournèrent d’un même mouvement, leur donnant un air de gémellité.

—    J’ai trouvé quelques vêtements qui pourraient faire l’affaire, marmonna la jeune fille en tendant une petite pile d’habits impeccablement pliés.

—    Merci, Lily, sincèrement, sourit Sirius en fourrant la pile de vêtements dans le sac à dos qu’il avait emporté.

—    Par contre, je veux les récupérer quand elle partira ! le prévint-elle d’un air sévère.

—    Je ferai au mieux ! lança-t-il alors qu’il passait devant le cadre du tableau.

Ils se dépêchèrent ensuite de se rendre dans la grande salle où se tenaient les repas préparés par les elfes de maison. C’était une vaste pièce au haut plafond dans lequel le directeur de Poudlard, Albus Dumbledore, reproduisait le temps qu’il faisait à l’extérieur grâce à un sortilège. Ce matin-là, le ciel était clair et dégagé, on apercevait les milliers de bougies qui flottaient dans l’espace, illuminant la grande salle. Face à la porte à doubles battants se trouvaient les tables réservées aux professeurs et au directeur, derrière lesquels se dressaient d’immenses fenêtres carrelées de vitraux de couleurs. Le reste de l’espace était occupé par quatre longues tables, une pour chaque maison de Serdaigle, Poufsouffle, Gryffondor et Serpentard, sur lesquelles les victuailles étaient acheminées par magie.

L’heure du petit déjeuner touchait à sa fin, il ne restait plus grand-chose dans les plats lorsqu’ils s’assirent sur l’un des bancs qui encadraient la table de Gryffondor. Sirius s’empara de plusieurs petits pains beurrés, de croissants, de tranches de pain perdu et de fruits qu’il emballa à la va-vite dans des serviettes et qu’il fourra à l'intérieur de son sac à dos, puis enfourna une tartine dans sa bouche tout en attrapant un grand verre de jus d’orange.

—    Vas-y mollo, vieux ! s’écria James, riant de l’attitude pressée de son meilleur ami.

—    On a cours de quoi, che matin ? demanda Sirius, la bouche encore pleine.

—    Sortilège, répondit Rémus. Puis botanique.

—    Je n’irai pas en botanique, déclara Sirius en terminant d’avaler sa tartine. Je veux lui apporter ça au plus vite.

Il souleva son sac à dos qui commençait à peser son poids.

—    Si on s’éclipse tous d’un coup, ce sera trop flagrant, releva Rémus avec sagesse. Il vaudrait mieux qu’on le fasse les uns après les autres.

—    C’est une bonne idée, renchérit Sirius. Surtout qu’elle est très craintive : si elle nous voit arriver tous ensemble, elle risque de prendre peur.

—    Tu t’éclipses en premier, alors, annonça Rémus. Ensuite, ce sera au tour de…

—    Moi ! lança James avec fébrilité.

—    Non, Rémus, il est plus calme, plus discret, le contredit Sirius.

James parut déçu que son meilleur ami ne le fasse pas venir en premier.

—    Au moment de la pause déjeuner, vous pourrez tous les deux nous rejoindre, continua Sirius en s’adressant à James et Peter.

Les quatre amis validèrent leur plan puis se rendirent en cours de sortilège. Toutefois, l’attente jusqu’au cours de botanique sembla bien trop longue à Sirius qui n’avait plus qu’une idée en tête : retourner dans la Cabane hurlante. Ses pensées ne cessaient de tourner dans son esprit, se demandant si elle allait bien, si elle ne s’était pas enfuie ou même si les hommes qui la poursuivaient n’étaient pas en ce moment même en train de fouiller les environs de la cabane. Il se demanda alors qui pouvaient bien être ces hommes et ce qu’ils lui voulaient, même s’il avait malgré tout sa petite idée sur la question. Il repensa alors à la miraculeuse guérison de son bras lorsqu’elle avait déposé une larme sur sa blessure, larme qui s’était écoulée de ses grands yeux sombres aux éclats de feu…

—    Mr Black ? Voudriez-vous avoir l’obligeance de participer à ce cours ? le gronda le professeur Flitwick en martelant sa baguette magique sur le pupitre du jeune homme.

—    Oui, veuillez m’excuser, professeur, marmonna Sirius, brutalement sorti de sa rêverie.

—    Fais attention, tu as un filet de bave qui s’écoule sur ton menton, le taquina James dans un murmure.

Sirius lui donna un coup d’épaule en grognant, puis s’essuya discrètement la bouche : il avait en effet un peu de bave qui avait coulé à la commissure de ses lèvres. James comprit alors pourquoi son ami insistait tant à vouloir être seul pour la revoir : elle lui plaisait. Il avait reconnu ce même état de rêverie dans lequel il pouvait se mettre lorsqu’il avait la possibilité de croiser Lily Evans du regard, ou quand il pensait soudainement à elle. Et il reconnut qu’il devait bien avoir l’air aussi idiot que Sirius dans ces moments-là.

Le cours de sortilège toucha à sa fin, les quatre amis se dépêchèrent de sortir et se dirigèrent vers les serres de botanique pour leur prochain cours.

—    Tu pointes au début du cours, rappela Rémus. Tu attends bien qu’elle ait fait l’appel, qu’elle te voie, puis tu pourras partir discrètement par la porte derrière les géraniums dentus.

Sirius acquiesça aux conseils de son ami. Une fois dans les immenses serres de Poudlard, ils se postèrent au plus près de la porte dérobée, envahie par la végétation luxuriante. La jeune professeure Chourave, dont c’était la première année d’enseignement, vérifia que tous les élèves de sixième année étaient présents avant de commencer son cours sur les snargaloufs. Sirius récupéra le sac à dos placé sous la table, fit un signe discret à ses amis qu’il partait et s’engouffra parmi les géraniums dentus qui avaient perdu leurs dents de lait. James, Rémus et Peter camouflèrent l’absence du jeune homme auprès de la professeure sans grande difficulté : celle-ci était absorbée par la démonstration qu’elle donnait à ses élèves pour nourrir la vieille souche noueuse mangeuse de carcasses de gibier. 

Une fois sorti de la serre, Sirius se dirigea vers les abords de la Forêt Interdite sans éveiller les soupçons sur lui, puis il bifurqua pour se rendre près du vieux Saule Cogneur. Là, après qu’il eut vérifié que les lieux étaient déserts, il se métamorphosa en chien, attrapa le sac à dos par les brides dans la gueule et s’engouffra avec agilité sous les branches de l’arbre qui se mirent à virevolter violemment autour de lui jusqu’à ce qu’il appuie sur la racine sensible. L’arbre s’immobilisa aussitôt et il put se glisser dans le passage secret qui menait à la Cabane hurlante.

Lorsqu’il arriva dans la bâtisse, tout était calme. On entendait le vent siffler dans les arbres au-dehors et les rayons du soleil filtraient au travers des larges planches de bois qui condamnaient les fenêtres. Par précaution, Sirius conserva sa forme d’animagus et se rendit dans la pièce où il avait laissé la jeune fille quelques heures plus tôt. Toutefois, l’inquiétude remplaça son excitation première de la revoir : le tas de couvertures était vide, et il ne l’apercevait nulle part. Il lâcha le sac à dos au milieu de la pièce et s’assit, les sens aux aguets. Ses oreilles tournoyaient au moindre bruissement tandis qu’il balayait l’espace de ses yeux jaunes, l’ai inquiet, quand soudain il aperçut deux grands yeux sombres qui l’observaient, cachés derrière une rangée de livres de la bibliothèque qui était décollée du mur. Sirius fut tout de suite soulagé. Il resta assis au centre du salon afin de ne pas l’effrayer davantage, avec l’espoir qu’elle le reconnaisse mieux sous cette forme que sous celle d’être humain.

Il fallut rester quelques minutes dans cette immobilité avant que la jeune fille n’ose enfin sortir de sa cachette et qu’elle ne s’approchât du gros chien noir dont la queue battait le sol à en soulever la poussière. Elle avait gardé la couverture autour de ses épaules qu’elle maintenait serrée contre elle, ses pieds légers ne faisaient pas même craquer une latte de parquet. Elle s’agenouilla devant le chien et, timidement, tendit sa main vers son épaule, effleurant de ses doigts les poils courts et soyeux de la bête. Sirius remarqua qu’elle tremblait un peu moins et que ses lèvres étaient redevenues rosées.

À peu près sûr qu’elle ne s’enfuirait pas, le sorcier reprit sa forme humaine, se retrouvant assis en tailleur devant elle. La jeune fille eut un léger mouvement de recul, mais resta agenouillée. Elle continuait de l’observer de ses grands yeux dans lesquels la lumière du jour révélait d’éclats rouge orangé, de même que sa chevelure, malgré la poussière et les brindilles qui s’y étaient glissées.

Sirius se souvint tout à coup du sac qui reposait à ses côtés. Il l’attrapa et l’ouvrit avec un peu trop de hâte, car l’inconnue eut un nouveau mouvement de recul, craignant ce qu’il pouvait contenir. Le jeune homme la rassura tout de suite en ralentissant ses gestes, puis en sortant un petit pain qu’il lui tendit. Elle s’approcha, tel un animal craintif, toucha du bout de ses doigts le pain, et lorsqu’elle comprit qu’il n’y avait aucun danger, l’attrapa d’un geste vif qui étonna Sirius et se mit à l’engloutir rapidement.

—  Je me disais que tu devais avoir faim, dit-il en souriant.

Il sortit le reste de la nourriture qu’il avait emportée et la déposa sur la serviette qui les contenait. Une fois le petit pain avalé, la jeune fille se jeta sur le pain perdu et les fruits et n’en laissa pas même une miette. Devenue plus curieuse que craintive, elle s’approcha encore de lui et saisit avec quelque appréhension le sac pour voir s’il ne restait pas d’autres denrées à l’intérieur.

—  Désolé, c’était tout ce que j’ai pu me procurer, s’excusa Sirius.

Malgré tout, il l’encouragea à regarder à l’intérieur du sac, content qu’elle prenne ainsi confiance. Elle sortit les différents habits, puis trouva une brosse à cheveux qu’elle examina avec curiosité.

—  Lily a pensé à tout, à ce que je vois ! se réjouit-il. Regarde, c’est pour se coiffer.

Il mima le geste sur ses propres cheveux. La jeune fille le regarda avec étonnement.

—  Attends, laisse-moi te montrer, dit-il en récupérant lentement la brosse de ses mains.

Sirius passa d’abord la brosse dans ses propres cheveux avant de faire mine de s’approcher des siens. La jeune fille se laissa faire, emportée par la curiosité. Il démêla avec douceur sa longue chevelure, y retirant les brindilles et les feuilles. Il fut étonné par l’aspect soyeux et souple de ses cheveux qui avaient pourtant l’air si hirsutes. Pendant qu’il finissait de la coiffer, elle caressait ses cheveux, semblant elle-même étonnée de leur douceur. Sirius revint ensuite s’asseoir en face d’elle ; il ne comprenait pas tout à fait ce qu’il se passait en lui, mais il ressentait à nouveau cette sensation d’invincibilité qu’il avait ressentie cette nuit dans la forêt ; puis il y avait cet autre sentiment qui grandissait à mesure qu’il la regardait, comme s’il ne pouvait plus en détacher son regard, subjugué par son aura qui paraissait rayonner.

—    Je ne sais même pas comment tu t’appelles, dit-il alors en secouant la tête pour sortir de cette rêverie éveillée. Moi, c’est Sirius.

Il se montra lui-même avec ses mains tout en répétant son prénom. La jeune fille fixa alors ses lèvres qui bougeaient. Puis il la désigna, avec cette même question : « Et toi ? », mais elle ne répondait pas. Après plusieurs tentatives, ses épaules s’affaissèrent, rien n’y faisait, elle ne parlait pas et ne semblait pas comprendre ce qu’il lui disait. Il soupira en passant ses doigts dans ses cheveux, écartant les quelques mèches brunes qui balayaient son front.

—  Si… ius… dit-elle soudain dans un sifflement harmonieux.

—  Oui ! s’exclama-t-il alors en se redressant. Sirrrrrrius !

Il roula le r qu’elle imita à sa suite, jusqu’à produire le même son.

—    Sirius, répéta-t-elle alors, toujours avec cette légère stridulation dans la voix.

—    C’est ça ! c’est moi, Sirius ! s’écria-t-il avec enthousiasme.

Sans s’en rendre compte, il lui avait saisi les mains qu’il serrait dans les siennes ; elle s’était laissée faire et lui rendait même son étreinte. Alors qu’elle le voyait sourire avec gaieté, la jeune fille en fit de même : elle sourit pour la première fois. Mais cette effervescence fut de courte durée. Tout à coup, des bruits de grattement retentirent près de l’entrée secrète de la Cabane hurlante, ce qui ressuscita la crainte de la jeune fille qui, sans que Sirius ne pût faire quoi que ce soit, bondit dans sa cachette derrière la bibliothèque.

—  Sirius, tu es là ? demanda Rémus en sortant du passage secret.

Le jeune homme le rejoignit avec rapidité.

—    Elle est très craintive, lui décrivit Sirius en parlant à voix basse. Dès qu’elle t’a entendue, elle est partie se cacher.

—    Mince, je ne voulais pas lui faire peur, s’inquiéta Rémus. James et Peter ne vont pas tarder à arriver, ils récupèrent de quoi manger dans la grande salle.

—    C’est parfait ! lui répondit Sirius. Cela permettra de lui montrer que vous êtes comme moi, qu’elle peut avoir confiance.

—    Tu as réussi à en savoir plus sur elle ? lui demanda Rémus en jetant des coups d’œil derrière son ami avec l’espoir d’apercevoir cette fameuse étrangère.

—    Non, c’est comme si elle n’avait jamais appris à parler, dit Sirius en fronçant les sourcils de frustration.

—    Si tu veux, je te laisse encore un peu le temps que les autres arrivent, et je vais faire le tour de la cabane et des environs pour voir si ceux qui s’en sont pris à elle sont toujours là, lui proposa Rémus avec tact.

Sirius donna une tape amicale sur l’épaule de son ami qu'il surnommait Lunard, et le remercia. Tandis que ce dernier retournait dans le passage secret, Sirius, en se retournant, aperçut avec amusement que la jeune fille était discrètement sortie de sa cachette pour les observer de loin.

—    Tu n’as rien à craindre, c’est un ami, lui dit-il, incertain qu'elle ne le comprenne. Mes deux autres amis ne vont pas tarder à arriver avec de la nourriture.

Il imita l’action de manger ; les yeux de la jeune fille se mirent à briller. Cela, elle le comprenait. En attendant James et Peter, Sirius tenta de lui apprendre d’autres mots et des signes afin d’établir un semblant de communication. Il eut la surprise de voir qu’elle apprenait très vite, et en moins d’une heure, elle avait acquis trois nouveaux mots : « faim », « chien » et « ami », et associait ce qu’elle entendait aux objets que le jeune homme lui présentait. Toutefois, il lui fut impossible d’obtenir des informations sur elle.

Lorsque James et Peter arrivèrent, Sirius les rejoignit immédiatement et leur proposa de prendre leur forme d'animagus pour rencontrer la jeune fille, car elle semblait être plus à l’aise avec les animaux pour un premier contact. Les deux amis s’exécutèrent avec quelque réticence à dévoiler leur capacité à une personne extérieure à leur cercle, mais firent confiance à Sirius. Peter fut le premier à se métamorphoser et prit la forme d’un gros rat gris à la longue queue sans poils, la tête allongée et reniflante. Il put ainsi approcher la jeune fille sans qu’elle ne prenne peur ; celle-ci s’amusa avec les petites pattes du rat. Puis ce fut le tour de James qui prit l’apparence d’un cerf majestueux. Sa stature était plus impressionnante, mais elle paraissait avoir compris que ces nouveaux venus ne lui voulaient aucun mal, et leur transformation la fascinait. Elle alla jusqu’à sortir de sa cachette pour venir caresser le grand animal qui se laissa faire, bombant le poitrail et redressant sa tête où poussaient de belles cornes veloutées. Une fois sa confiance acquise, les deux garçons reprirent forme humaine et se présentèrent à leur tour.

Enfin, ils furent rejoints par Rémus qui leur apporta des nouvelles intrigantes. Les quatre amis laissèrent la jeune fille avec la nourriture rapportée par James et Peter et se réunirent dans la pièce à côté sans toutefois la perdre de vue, afin d’écouter ce que Lunard avait appris.

—    Bon, je ne suis pas allé très loin dans la forêt, par contre je me suis rendu à Pré-au-Lard et j’ai écouté les rumeurs de ces derniers jours, leur expliqua-t-il d’un ton sérieux.

—    Quoi de neuf, alors ? l’interrogea James.

—    Il y a une dizaine de jours aurait débarqué un groupe d’hommes avec du matériel de chasse, raconta Rémus. La plupart des habitants pensent que ce sont des braconniers qui sont venus pour capturer certains animaux dans la Forêt Interdite et dans les environs. Ils auraient été aperçus dans les montagnes surtout, puis seraient redescendus près de la forêt et auraient installés leur campement là.

—    Je ne vois pas trop le lien entre elle et des braconniers, fit remarquer Peter. Elle est humaine…

—    Peut-être qu’elle savait où trouver une créature en particulier, et qu’ils ont voulu la faire parler de force ? suggéra James.

—    Ça se tient, elle est plus à l’aise avec les animaux qu’avec des êtres humains, renchérit Sirius.

—    Il est possible qu’elle vive seule ou presque, et qu’elle s’occupe de créatures magiques, imagina Rémus en jetant un œil sur la jeune fille qui examinait les vêtements prêtés par Lily.

—    Elle ne vit certainement pas seule, son état est peut-être dû à un sort qu’on lui aurait jeté pour la faire parler, renchérit James.

—    Pour qu’elle en arrive à ne plus savoir parler et à se comporter comme un animal sauvage, ce sort devait être d’une extrême violence, murmura Sirius.

Ils restèrent soudain silencieux, méditant sur la gravité de cette dernière hypothèse. Il fut décidé qu’ils feraient des recherches sur les sorts qui pouvaient créer des complications similaires ou dont les conséquences s’en rapprochaient ; Peter et Rémus étaient chargés d’occulter l’absence de James et Sirius au cours de l’après-midi tandis que ces derniers se rendraient à la bibliothèque, quitte à pénétrer dans la réserve.

Les quatre maraudeurs se tournèrent à nouveau vers l’inconnue pour s’en détourner aussitôt : elle venait de retirer sa robe de lin pour revêtir l’une des tenues de Lily Evans. Ils eurent soudainement très chaud, car elle ne portait strictement rien sous sa robe.

—    On n’a rien vu, n’est-ce pas ? déclara James dont les joues avaient rougi comme des tomates.

—    Non, rien, confirma Sirius dont les gouttes de sueur perlaient sur le front et le long des tempes, le regard perdu dans le vague. Il fait chaud tout d’un coup, non ?

James acquiesça, tout à fait d’accord.

—    Sirius ? dit-elle enfin après quelques minutes d’une gêne extrême pour les quatre jeunes hommes.

Celui-ci s’abrita les yeux derrière sa main et se tourna du côté de la jeune fille. Elle s’était approchée de lui et lui saisit sa main libre. Il prit le risque de jeter un œil discret, et lorsqu’il vit qu’elle était habillée un peu plus décemment, il en avertit ses camarades. Tous reprirent leur respiration, soulagés. L’inconnue avait revêtu une jupe plissée noire et un pull en laine qui bâillait sur ses épaules et dont les manches, trop longues, couvraient entièrement ses mains.

—    Le mieux est qu’elle reste ici pour l’instant, déclara Rémus. Nous n’avons pas le droit d’amener des étrangers dans l’enceinte du château, et nous ne saurions où la loger.

—    Rémus a raison, c’est ici qu’elle est le plus en sécurité, renchérit James.

Sirius acquiesça à contrecœur ; il ne souhaitait pas la laisser seule à nouveau, mais s’il voulait l’aider, il n’avait pas d’autres choix. Il tenta de lui expliquer la situation, elle parut comprendre que les quatre compagnons s’en allaient pour la laisser seule. Ses traits marquèrent une forte inquiétude :

—    S… seule ? répéta-t-elle avec anxiété.

—    Pas longtemps, je te le promets ! répondit vivement Sirius. Quelques heures tout au plus. Je reviendrai avant la tombée de la nuit, d’accord ?

Il secoua la tête de haut en bas en espérant qu’elle comprenne et accepte, mais la jeune fille se contenta de baisser la sienne, le regard triste et perdu.

—  Je reviens vite, promit Sirius.

Il lâcha sa main et prit la direction du passage secret avec ses trois amis qui le rassurèrent également : ils allaient tous l’aider à tenir sa promesse. Peter et Sirius se métamorphosèrent pour se faufiler dans l’étroit passage, tandis que Rémus et James les suivaient sous leur forme humaine. La jeune fille se retrouva seule, un frisson d’effroi la parcourut.

Laisser un commentaire ?