Les larmes du Phénix
Chapitre 3 : Des découvertes inattendues
4895 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 12/09/2025 14:15
Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de Septembre- Octobre 2025 : « Du sang, des larmes et de la sueur ».
Les quatre maraudeurs suivirent leur plan à la lettre : Rémus et Peter se rendirent directement en cours de métamorphose tandis que James et Sirius allèrent à la bibliothèque. Ils récupérèrent tout d’abord les livres de sortilèges avancés ainsi que certains comptes-rendus médicaux qui relataient les effets secondaires imprévus de sortilèges mal lancés ou dont on aurait abusé. Ils s’installèrent dans un coin reculé de la vaste salle emplie de livres et d’étagères alignées en rangs d’oignons. Très vite, James lança un sort de recherche rapide, les livres se feuilletèrent d’eux-mêmes et s’arrêtaient sur les pages où apparaissaient les termes recherchés. Sirius partait régulièrement à la recherche d’autres livres, ramenant ceux qui ne contenaient aucune information intéressante dans les rayons afin d’éviter que la bibliothécaire ne s’intéresse à leurs recherches.
Cela faisait déjà plus d’une heure que les deux amis feuilletaient sans résultat les ouvrages, arrivant au bout des ressources de la bibliothèque. Toutefois, une idée trottait dans l’esprit de Sirius depuis un certain temps ; étant donné qu’ils ne trouvaient rien du côté des sortilèges, il eut envie de se diriger vers les ouvrages sur les créatures magiques. Cela faisait plusieurs fois qu’il passait devant le rayonnage en question, il s’y arrêta enfin. Il parcourut les titres, en choisit un, l’ouvrit directement aux pages de l’index et chercha les termes « larme » et « guérison » qui pourraient être associés. Là, il trouva une entrée qui correspondait exactement aux termes recherchés. L’entrée le renvoya à un article qui portait sur les phénix. Il s’assit à une table devant le rayonnage des créatures magiques, déposa le lourd bouquin relié plein cuir sur la surface en bois et lut l’article en son entier.
Le phénix était une créature magique aux propriétés extraordinaires : de la taille d’un cygne, une fois ses ailes déployées, il pouvait atteindre les deux mètres d’envergure pour les plus gros spécimens ; son plumage était de couleur rouge et or, son bec, et ses pattes étaient dorés, et sa queue était constituée de très longues plumes rouge et jaune. Doté d’une force qui lui permettait de porter des poids largement supérieurs au sien, ses larmes avaient également la faculté de guérir tout type de blessures. Sa capacité la plus rare parmi les créatures magiques était le don de se téléporter à n’importe quel endroit de la planète à volonté, mais cela pouvait lui demander beaucoup d’énergie. Autre fait sur le phénix, qui d’ailleurs avait alimenté les mythes et légendes moldues, c’était sa capacité de régénération qui lui conférait une forme d’existence immortelle ; en effet, lorsque l’oiseau se sentait faiblir, il s’immolait par le feu afin de renaître de ses cendres sous la forme d’un poussin. Ici, deux théories s’opposaient : soit on considérait que le phénix possédait de nombreuses vies, soit au contraire, l'oiseau magique prolongeait sa propre existence au travers du cycle des renaissances, allant même jusqu’à dire qu’il se souviendrait de toutes ses vies antérieures. Enfin, le phénix était un oiseau très difficile à observer et à approcher, craintif des humains et ne ressentant pas forcément le besoin de se mêler aux sorciers.
Sirius reprit le livre et l’amena à James pour lui faire lire l’article en question. Ce dernier resta dubitatif face à ce que lui présentait son meilleur ami :
— Mais elle est humaine, ce n’est pas un oiseau, releva-t-il simplement.
— Avoue quand même que c’est étrange, insista Sirius. Plusieurs points concordent avec ce qu’elle sait faire ou avec son attitude. Et si…
— Et si quoi ? Il est impossible de rendre un animal comme celui-ci humain, le contredit James. À moins qu’on n’entre dans sa tête, jamais elle ne nous dira ce qu'elle est, ou alors d’où elle vient…
— C’est une bonne idée, ça, fit Sirius en l’interrompant.
— De quoi ?
— D’entrer dans sa tête, précisa-t-il. Vu qu’elle ne parle quasiment pas, ou pas assez pour nous raconter ce qui lui est arrivé, elle pourrait nous le montrer…
— Tu veux utiliser legilimens sur elle ? l’interrompit James, abasourdi.
— Et pourquoi pas ? Si cela peut nous permettre de l’aider !
James poussa un soupir, le silence s’abattit à nouveau dans la bibliothèque. Son idée n’était pas si délirante qu’il aurait voulu le croire. Ils n’avaient rien trouvé du côté des sortilèges et de leurs effets secondaires, mais si l’hypothèse de Sirius s’avérait soit proche de la vérité, soit exacte, cela signifiait qu’ils faisaient fausse route dans leurs recherches.
— Je l’ai vu passer dans ce livre-là, répondit enfin James en prenant un livre de taille moyenne qui était posé à côté d’une autre pile de livres qu’il avait feuilleté. Nous allons tester ton hypothèse…
— Merci, James, merci ! s’exclama Sirius.
On entendit la bibliothécaire les rabrouer pour le boucan qu’ils faisaient. Ils ramenèrent les autres livres à leur place et ne prirent avec eux que les deux livres de sortilèges et des créatures magiques, puis sortirent de la vaste salle à la forte odeur de papier et de vieux cuir.
Cependant, ils ne purent faire un pas de plus qu’ils se retrouvèrent nez à nez avec le professeur McGonagall qui venait justement les chercher. C’était une grande femme élancée, à l’allure sèche, qui se tenait droite comme un i dans sa longue robe de sorcière vert bouteille aux manches évasées à partir du coude, les épaules droites et marquées, par-dessus un chemisier à volants noir refermé au col par une élégante broche en or massif. Son chapeau noir à la pointe recroquevillée cachait son chignon brun clairsemé de mèches grisonnantes et augmentait son air revêche, ses fines lèvres pincées et ses yeux bleus plissés marquant clairement son mécontentement.
— Mr Potter et Mr Black, c’est justement vous que je cherchais, dit-elle d’un ton sec.
Il fut impossible pour les deux maraudeurs d’esquiver cette fâcheuse rencontre. Ils furent amenés dans son bureau.
— Alors, comment cela se fait-il que vous ne vous présentiez pas à mon cours de métamorphose ? leur demanda-t-elle une fois qu’elle eut refermé la porte de son bureau et qu’elle se fut assise dans son fauteuil de velours bordeaux derrière une large table en noisetier.
— Nous faisions des recherches à la bibliothèque pour le cours de sortilège, et nous n’avons pas vu l’heure passer, professeur, répondit James avec aplomb.
— Permettez-moi d’en douter, répondit-elle tout en les transperçant de son regard acéré. Il faut dire que vous ne nous avez pas habitués à être aussi… studieux, tous les deux.
— C’est que les examens d’ASPIC doivent être pris au sérieux, et nous aimerions, pour une fois, nous y préparer au plus tôt, enchaîna Sirius avec le même aplomb que son camarade.
— Je suis navrée, les garçons, mais…
Tout à coup, on ouvrit brusquement la porte du bureau de la directrice de Gryffondor : c’était un préfet-en-chef qui déboula tout essoufflé :
— Professeur, une bombabouse a éclaté… devant les toilettes des filles dans l’aile ouest… et Peeves qui…
— Ne m’en dites pas plus, l’interrompit le professeur McGonagall en se levant de son fauteuil. J’arrive tout de suite. Vous, ne bougez pas d’ici, dit-elle à l’adresse de James et Sirius.
Ils hochèrent la tête d'un air candide, puis se retrouvèrent seuls dans le bureau.
— Rémus et Peter ! déclarèrent-ils d’une même voix.
— Ils sont trop forts, ajouta James en souriant.
— Trouve deux objets et mets-les devant le bureau, dit Sirius qui cherchait déjà ce qui pourrait faire l’affaire.
Il attrapa un coussin posé sur un petit canapé tandis que James prit une statuette de hibou. Ils les déposèrent au sol là où ils se tenaient face au bureau, puis lancèrent leur sort simultanément :
— Gemino !
Les deux objets prirent alors l’apparence des deux garçons. Chacun regarda son double : de prime abord, cela donnait le change, même si très vite le professeur McGonagall rendrait compte que les deux corps qu’elle aurait en face d’elle étaient des coquilles vides. Ils ouvrirent avec précaution la porte puis, une fois assurés qu’il n’y avait personne pour les voir, ils se faufilèrent dans le couloir jusqu’à une large statue de gorgone. James sortit la carte du Maraudeur, murmura la formule pour la révéler et tous deux suivirent un itinéraire sûr afin de sortir du château en toute discrétion.
Une fois devant le Saule Cogneur, Sirius se métamorphosa afin d’apposer sa patte sur la racine noueuse qui calmerait le vieil arbre, laissant James libre d’atteindre le passage secret sans encombre. Ils remontèrent le tunnel souterrain jusqu’à la Cabane hurlante, où ils trouvèrent la jeune fille qui s’était à nouveau cachée. Cependant, elle sortit rapidement de sa cachette lorsqu’elle reconnut les deux amis. Elle afficha même un sourire soulagé.
— Nous avons eu une idée pour essayer de comprendre ce qui t’est arrivé, lui expliqua Sirius. J’aimerais tenter de voir tes souvenirs et tes pensées.
Pendant qu’il parlait, il mima ses paroles avec des gestes : il désigna sa tempe et la sienne tout en allant et venant afin qu’elle comprenne qu’il voulait communiquer d’une autre manière. Il ne sut pas si elle avait compris, toutefois elle sembla ouverte à sa proposition, plus curieuse qu’apeurée.
— Tu as les bouquins ? demanda Sirius à son ami Cornedrue, devant ce surnom à sa forme de cerf.
James sortit de sa robe les deux ouvrages qu’ils avaient empruntés à la bibliothèque ; Sirius prit d’abord le livre sur les créatures magiques, s’assit au sol et invita la jeune fille à faire de même, puis l’ouvrit à la page sur les phénix. Lorsqu’elle vit l’illustration de l’oiseau en pleine page, elle la fixa de ses grands yeux sombres avant de l’effleurer de ses doigts. Cela parut lui évoquer quelque chose. Sirius ouvrit ensuite le deuxième ouvrage à la page que lui indiqua James afin de suivre les indications pour lancer le sort de legilimens. Ce sortilège permettait à son lanceur de s’introduire dans les pensées et les souvenirs de celui qu’il visait, sauf si ce dernier se protégeait grâce à l’occlumancie.
Alors que la jeune fille était restée fixée sur l’illustration du phénix, Sirius lut rapidement la procédure, puis sortit sa baguette magique. Elle sortit brusquement de ses pensées et eut un mouvement de terreur à la vue de la baguette du jeune homme. Elle s’enfuit de l’autre côté de la pièce en gémissant de peur.
— Tout va bien ! s’exclama Sirius décontenancé. Ce n’est rien, je ne te ferai aucun mal !
— Bon, on dirait bien qu’elle a eu une mauvaise expérience avec un sorcier, fit remarquer James.
— Ça corroborerait notre théorie, non ? renchérit Sirius.
— Il faut maintenant la vérifier, répondit-il avec mesure.
Sirius abaissa sa baguette et la posa dans la paume de ses mains, comme pour l’offrir à la jeune fille terrifiée. Ce geste l’intrigua en effet, elle s’approcha à nouveau de lui, effleura le bois de la baguette, puis la saisit délicatement pour l’observer. Sirius la laissa faire, puis lui demanda par signe de la lui redonner et effectua un sort simple : il dit à voix haute Lumos et l’extrémité de la baguette s’illumina d’une lumière blanche et vive. Elle observa avec fascination la lumière tout autour d’elle, jusqu’à ce qu’il annule le sort, la faisant disparaître.
— Je veux seulement communiquer avec toi, dit Sirius en posant une main réconfortante sur son bras.
Elle secoua lentement la tête de haut en bas. Sirius se rassit avec elle sur le sol, puis lança le sort de legilimens exactement comme le préconisait le livre. James se posta en observateur vigilant, prêt à intervenir si cela devait dégénérer.
Ce furent d’abord des fragments d’images qui lui parvinrent comme des éclairs ; il n’eut pas le temps de distinguer quoi que ce soit. Des bribes à la fois de pensées et de souvenirs se bousculaient dans son esprit, un sentiment de peur et une sensation de douleur le traversait sans comprendre ce qui les provoquaient ; il n’arrivait pas à faire le tri et fut rapidement submergé. Il entendit alors la voix de James qui le guida, lui conseillant de se focaliser sur un élément afin d’entrer en douceur dans l’esprit de la jeune fille. Il s’exécuta : il attrapa au vol une vision et tenta de la retenir à lui. Il ressentit une sensation étrange, comme s’il planait au-dessus de montagnes embrumées et à la végétation luxuriante. Il ne reconnaissait pas l’endroit, mais le paysage était à couper le souffle, et il lui sembla qu’il était en train de voler ; une sensation de sérénité et d’apaisement l’imprégna, mêlée toutefois à une forme de nostalgie.
Cette première vision fit place ensuite à une image plus tumultueuse ; c’étaient les mêmes montagnes, mais il ressentit la désagréable sensation d’être poursuivi. Des traits lumineux traversaient les nuages autour de lui, puis l’un de ses traits l’atteignit à la poitrine, lui causant une vive douleur, tandis qu’il se téléportait dans un nuage de flammes pour se retrouver dans des montagnes qui lui évoquèrent celles de l’Écosse. Toutefois, il tombait, immobilisé par le sort qui l’avait atteint, jusqu’à s’écraser violemment au sol. La peur et l’incompréhension l’avaient alors envahi.
Une nouvelle image se présenta alors à ses yeux. Il était entouré d’une dizaine d’hommes qui le regardaient au travers des barreaux d’une cage étroite. Une sensation de douleur intense le traversait de part en part, ses membres étaient entravés ; la peur avait fait place à un sentiment de panique. Sa respiration était saccadée, il eut l’impression qu’il lui était impossible de reprendre sa respiration. La vision sauta ensuite sur trois de ces hommes qui avaient encerclé la cage et récitaient des formules incompréhensibles en pointant leurs baguettes dans sa direction. L'un d’eux paraissait plus âgé, vêtu d'une robe de sorcier de velours noir et brodé. Une magie émana de leurs baguettes et vint le frapper avec brutalité. La douleur fut alors inimaginable, comme si l’ensemble de son corps était broyé pour ensuite être remodelé. La souffrance était telle qu’il crut bien que la mort était proche. Cependant, l’incantation prit fin, la douleur s’atténua ; il regarda ses mains, puis ses pieds et le reste de son corps, et un sentiment de confusion extrême le submergea, comme s’il ne le reconnaissait plus. Il eut envie de hurler à plein poumon, mais même sa voix ne résonnait plus pareil. Le sentiment d’angoisse qui l’avait saisi depuis sa chute dans le vide atteignit son paroxysme.
Sirius rompit le sortilège de legilimens, horrifié. Il jeta un regard éperdu tout autour de lui, reprenant pied dans la réalité, puis ses yeux se posèrent sur la jeune fille qui s’était effondrée devant lui. Le jeune homme se pencha sur elle et la prit dans ses bras pour la serrer fort contre lui, comme pour lui donner un sentiment de sécurité et de compassion. Elle tremblait comme une feuille entre ses bras, tétanisée par la douleur et l’angoisse de ses souvenirs revécus.
— Qu’est-ce que tu as vu ? l’interrogea James, avide de savoir. Vous vous êtes mis tous les deux à hurler…
— James… souffla Sirius encore sous le choc. C’est bel et bien un phénix… Ils lui ont jeté un sortilège d’une grande puissance… J’ai ressenti sa souffrance…
Le jeune homme en avait eu des sueurs froides, ses cheveux s’étaient plaqués à son front et ses tempes, il sentait sa chemise dans son dos qui lui collait à la peau. Il ne l’avait pas lâchée, continuant de la serrer contre lui jusqu’à ce qu’il la sente se détendre quelque peu ; elle cessa de trembler, ses membres tendus se relâchèrent. La chaleur de cette étreinte inattendue l'imprégna peu à peu, apaisant son corps et son esprit. Lentement, elle déposa ses mains dans le dos de Sirius et l’étreignit à son tour pour partager avec lui ce réconfort qu’il lui procurait.
— Mais pourquoi infliger cela à une créature magique ? Et comment ont-ils réussi ? se questionna James à voix haute. C’est impossible… En tout cas, je n’ai jamais entendu parler d’un sort capable de donner une forme humaine à une créature.
— Je ne sais pas, répondit Sirius qui desserra enfin son étreinte, sentant qu’elle était redevenue calme. Ils mènent peut-être des expérimentations illégales sur les créatures magiques. Cela expliquerait le fait qu’ils se soient installés dans des campements sauvages.
— Possible, acquiesça James. Toutefois, si nous voulons avoir une chance d’inverser le sort, il va falloir trouver leur campement et le fouiller. Ils ont certainement dû noter leurs recherches et leurs expériences quelque part…
— Tu as raison, et nous aurons besoin de Rémus et Peter, ajouta Sirius.
— N’oublie pas que nous allons avoir de sérieux problèmes avec McGonagall, lui rappela-t-il. Nous lui avons quand même faussé compagnie dans son propre bureau…
— Je considère que c’est pour une bonne cause, cette fois-ci, répliqua Sirius.
— Oui, mais ça, elle ne le sait pas, lui fit remarquer James. Je serais d’avis pour une fois de quérir son aide, et celle des autres professeurs.
— Et si les braconniers ont déjà déserté la région, qui nous croira ? rétorqua son meilleur ami. Non, partons à la recherche de preuves tangibles, et là je serai plus enclin à rechercher une quelconque aide.
— D’accord, je te suis, capitula James, mais dont la promesse d’aventure et de risque séduisait grandement, lui aussi envahi par cet étrange sentiment d’invincibilité. Reste ici avec elle, le temps que j’aille chercher Rémus et Peter. Il vaut mieux ne pas la laisser seule.
James fit un clin d’œil à son meilleur ami qui le remercia d’un signe de tête, avant de se faufiler dans le passage secret de la cabane.
La jeune fille avait écouté silencieusement leur conversation. Sirius ne fut pas sûr qu’elle ait tout compris, mais il lui sembla qu’elle saisissait de mieux en mieux ce qu’il se passait autour d’elle. Le soleil déclinait lentement derrière les panneaux de bois qui obstruaient les fenêtres de la cabane, créant des reflets mordorés partout sur les vieux meubles abîmés, les rideaux poussiéreux et en lambeaux, ainsi que sur le parquet griffé en de nombreux endroits.
Elle paraissait être en pleine réflexion à la suite de ce qu’il venait de se passer quand soudain elle attrapa le jeune homme qui parcourait à nouveau l’ouvrage sur les sortilèges complexes par la manche de sa robe de sorcier, attirant son attention. Sirius quitta immédiatement le livre des yeux ; elle lui montra d’abord sa baguette magique qu’il avait posée à côté de lui, puis désigna sa tempe et la sienne, comme il l’avait fait pour lui faire comprendre son intention d’entrer dans son esprit.
— Tu veux le refaire ? lui demanda-t-il alors, intrigué.
Elle acquiesça vivement, secouant sa tête de haut en bas.
— D’accord, dit Sirius qui appréhendait malgré tout une nouvelle plongée dans ses souvenirs.
Toutefois, la jeune fille le fixait de ses magnifiques yeux sombres aux éclats rouge et or ; il avait l’impression d’y lire une confiance qu’elle lui avait accordée, et qu’elle lui demandait de lui accorder en retour. À nouveau, le sentiment de courage et d’invincibilité l’habita tout entier, il accepta. Ils s’assirent tous les deux en tailleur l’un en face de l’autre ; de sa main droite, il tint fermement sa baguette magique alors qu’elle avait saisi sa main gauche dans les siennes. Elle ferma les yeux, prête pour cette nouvelle séance d'exploration. Sirius murmura la formule legilimens et se retrouva à nouveau dans l’esprit de la jeune fille.
Cette deuxième tentative n’eut rien à voir avec la première : étrangement, il se retrouva dans la Cabane hurlante, assis en face de l’inconnue, comme si le sort n’avait pas fonctionné. Pourtant, lorsqu’elle ouvrit les yeux, il sentit qu’ils n’étaient pas dans la réalité, mais bien dans son esprit.
— Bonjour Sirius, dit-elle d’une voix claire et intelligible, son visage serein et souriant.
— Tu… tu parles ? bégaya-t-il, confus.
— On sous-estime très souvent le pouvoir de l’esprit, répondit-elle. Tu es entré dans le mien, que j’ai ouvert à ta compréhension. Tu es donc apte dorénavant à me comprendre, tout comme moi je peux te comprendre pleinement.
— Mais la première fois était très différente, releva Sirius.
— En effet, car je n’étais pas prête, et je ne savais pas exactement ce que tu allais faire, expliqua-t-elle. Maintenant que je sais, je peux t’accueillir dans de meilleures conditions.
Sirius s’émerveilla devant le phénomène, une joie immense l’envahit alors.
— Dis-moi ton nom, s’il te plaît, commença-t-il, refrénant sa curiosité qu’il sentait déjà déborder de toute part.
— Je n’en ai pas, répondit-elle simplement. Nous ne nous nommons pas entre nous. Seuls les sorciers et les humains nous en donnent lorsque l’un d’entre nous les côtoie.
— D’où viens-tu ? enchaîna Sirius.
— Des régions les plus reculées du pays que vous nommez la Chine, dit-elle.
— Ce sont les paysages que j’ai aperçus la première fois ?
— Oui, confirma-t-elle.
La phénix ferma les yeux ; tout ce qui les entourait disparut, remplacé par un paysage montagneux dont les sommets jaillissaient de la brume et des nuages. Sirius observa tout autour de lui, émerveillé, puis la cabane réapparut, le fragment de souvenir s’évanouit.
— C’est incroyable, murmura-t-il. Pourquoi ces hommes t’ont-ils capturé ?
— Je ne savais pas pourquoi ils me poursuivaient ainsi, réfléchit-elle. Ce qui était sûr, c’est qu’ils voulaient me capturer. Jusqu’à maintenant, je réussissais toujours à leur échapper, car nous pouvons voyager d’un endroit à l’autre en une fraction de seconde. Mais ce jour-là… leur magie m’a atteinte.
— Mais pourquoi t’avoir métamorphosée en humaine ? insista Sirius.
La phénix secoua la tête, aussi confuse que lui.
— Ce sont surtout les conséquences d’une telle transformation qui m’effraient, poursuivit-elle. J’ai conservé une partie de mes facultés, mais elles ont été fortement amoindries. Par exemple, je n’ai pas réussi à m’éclipser de leur campement. De plus, nous prolongeons notre existence par le cycle des renaissances. Cependant, je n’ai aucune idée si je vais pouvoir, le moment venu, renaître de mes cendres… Ou si cette forme me condamne à une mort définitive.
Sirius fronça des sourcils ; toutes ces informations soulevaient une multitude de questions qu’il voulait lui poser.
— Quel âge as-tu ? finit-il par demander.
— Eh bien, étant donné que je me souviens de chacune de mes vies, je puis dire que mon âge correspondrait à neuf cent quatre-vingt-neuf de vos années… Je suis plutôt jeune par rapport à mes semblables. On me considère encore comme une enfant.
— Tu as… près de mille ans, résuma Sirius, abasourdi. Oui, en effet, c’est… c’est jeune…
La phénix eut un rire léger qui se perdit en écho autour d’eux.
— Je ne m’étais jamais approchée des humains de toutes mes existences jusqu’à maintenant, déclara-t-elle. Ma première expérience a confirmé ce que me disaient mes semblables…
— Que disaient-ils ?
— Que les humains étaient imprévisibles, sournois… voire cruels, répondit-elle tristement. Puis, je t’ai rencontré. Tu ne leur ressembles pas. Nous pourrions dire que, dans cette existence, j’aurai connu le pire de l’être humain… mais aussi le meilleur, car tu me fais découvrir un sentiment avec lequel je n’étais pas familière.
— Lequel ? s’enquit-il avec avidité.
La jeune fille sourit, ses joues se teintaient de rose.
— L’amour.
Le sortilège de legilimens se rompit brutalement. Des voix rauques d’hommes retentissaient tout autour de la cabane. Le soleil venait de se coucher et l’on pouvait apercevoir des lumières qui bougeaient à l’extérieur, et deux d’entre eux venaient d’arracher les planches de l’une des fenêtres, créant un passage à l’intérieur de la bâtisse.
Sirius resserra sa poigne sur la main de la jeune fille pour l’entraîner au plus vite dans la pièce où se trouvait le passage secret, mais le groupe de sorciers fut plus rapide et leur barra la route. Le jeune homme se mit en garde :
— Expelliarmus ! s’écria-t-il avec force.
La baguette du sorcier visé s’envola et fut propulsée de l’autre côté de la pièce. Avant même que les autres braconniers ne puissent réagir, Sirius lança un nouveau sort :
— Nebulus !
La pièce se remplit d’un immense nuage dense, obstruant la vue à l’ensemble des personnes présentes. La main de la jeune fille toujours dans la sienne, il l’attira tout contre lui pour ne pas qu’elle s’égare et avança avec précaution au travers de la brume épaisse. Toutefois, l’un des intrus usa du contre-sort de dissipation. Les deux jeunes gens furent à nouveau à découvert, Sirius n’eut pas même le temps de lancer un nouveau sortilège qu’ils furent tous les deux immobilisés. Le jeune sorcier resta accroché à la phénix, obligeant le groupe de braconniers à les emporter tous les deux avec eux.