Les larmes du Phénix

Chapitre 4 : Pleure et implore

Chapitre final

6333 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 12/09/2025 14:15

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de Septembre- Octobre 2025 : « Du sang, des larmes et de la sueur ».



Quand James, Rémus et Peter pénétrèrent dans la Cabane hurlante par le passage secret, ils furent interloqués de voir qu’on s’y était introduit de force par l’extérieur et qu’elle avait été désertée. Les trois maraudeurs avaient fouillé l’ensemble de la cabane, et James avait vérifié à l’aide de la carte du Maraudeur que Sirius et la jeune fille ne s’étaient pas cachés ailleurs, mais rien. Ils avaient tout bonnement disparu.

—    Vous savez ce que je crois ? s’exclama Peter d’une voix chevrotante. Les braconniers les ont trouvés et les ont emmenés !

—    Ça m’en a tout l’air, en effet, renchérit Rémus l’air inquiet.

—    Il faut qu’on parte à leur recherche, déclara James avec détermination.

Les trois maraudeurs empruntèrent le passage qui avait été ouvert par les braconniers, puis Rémus se retourna :

—  Reparo, lança-t-il en direction de la fenêtre dont les planches avaient été arrachées.

Les morceaux de bois se remirent en place d’eux-mêmes, scellant à nouveau la Cabane hurlante. Pendant ce temps, James avait sorti leur carte qu’il révéla grâce à leur formule secrète, puis repéra la cabane où trois paires de pieds, les leurs, stationnaient devant la vieille bâtisse au sommet de la colline.

—    Ça ne va pas être facile de les retrouver, Sirius était notre meilleur pisteur, s’inquiéta Peter.

—    On va dire que tu as reçu une promotion aujourd’hui, Queudver ! lança James en lui donnant une tape dans le dos. Les rats ont aussi un bon odorat, si je ne m’abuse.

Peter acquiesça d’un signe de tête avant de se métamorphoser en un gros rat gris. Il parcourut l’herbe devant la fenêtre, puis courut jusqu’à l’orée du bois, son museau frétillant à chaque odeur qu’il percevait. James et Rémus le suivirent malgré la rapidité du petit animal qui était enfin sur une piste : il avait reconnu l’odeur de Sirius qu’il connaissait bien et put déterminer que les odeurs à proximité étaient celles des braconniers.

Queudver se dirigea dans la Forêt Interdite pour rejoindre un étroit sentier de terre qu’il suivit sur près d’un kilomètre avant de bifurquer tout d’un coup et de se faufiler dans les buissons dont de nombreuses branches étaient effectivement cassées ou pliées. Il traversa un petit cours d’eau, puis s’arrêta un instant. Il tourna en rond pendant quelques secondes, puis reprit sa forme humaine :

—  L’eau a brouillé les odeurs, dit-il aux deux autres qui l’avaient rejoint.

James sortit alors la carte du Maraudeur, en révéla les traits et observa les environs.

—    Nous sommes ici, déclara-t-il en pointant un endroit de la forêt où leurs paires de pieds avec l’étiquette de leurs noms apparaissaient. Et regardez…

Il déplaça son doigt le long d’un sentier, puis le quitta pour entrer plus profondément dans la forêt jusqu’à atteindre une petite clairière où une douzaine de pieds allait et venait au sein d’une structure effondrée, probablement les ruines d’une ancienne habitation ou d’une crypte. Parmi les étiquettes des noms inconnus des braconniers, celle de Sirius Black gisait sans bouger. Une autre étiquette restait fixe, mais n’indiquait aucun nom. C’était la première fois qu’ils observaient ce phénomène.

—    Ce doit être la fille, en conclut James en se remémorant la séance de légilimencie qu'ils avaient menée.

—    Ils sont dans les hauteurs, à flanc de montagne, remarqua Rémus en analysant les reliefs.

Les trois maraudeurs repérèrent la direction à prendre, puis se lancèrent sur la route d’un bon pas.

******

Alors que Sirius et la jeune fille étaient encore sous l’emprise du sort d’immobilité, les braconniers leur avaient lancé un sort d’endormissement afin de les séparer plus facilement. Ils avaient bien compris que ce jeune sorcier savait se défendre, il était hors de question que ce dernier ne permette à la phénix de s’échapper à nouveau. Lorsque Sirius reprit connaissance, il était ainsi solidement attaché contre un arbre ; plus il tirait sur ses liens, plus ils se resserraient autour de ses poignets, de ses chevilles et de ses bras. Il reconnut le sort de restringo qui, peu importe la forme que prenait l’objet ou l’être ensorcelé, les liens l’étreindraient toujours autant et se resserreraient quoi qu’il fasse. Se métamorphoser en chien ne servait donc à rien, les liens l’attacheraient d'autant plus solidement à l’arbre. Il jeta alors un regard autour de lui : à sa gauche se trouvait un pavillon abrité d’une vaste toile en tissu sous laquelle étaient disposées plusieurs tables et quelques chaises. De nombreux parchemins et ouvrages reposaient sur l’un des tréteaux, puis il aperçut sa baguette magique sur une autre table, parmi des gobelets de bois et un pichet de vin. À sa droite, c’était un ravin avec une pente plutôt escarpée. Face à lui, un feu de camp brûlait à l’arrière d’une cage à barreaux étroits servant le plus souvent au transport d’animaux de taille moyenne. À l’intérieur, il reconnut la jeune phénix, inconsciente.

Un homme d’une cinquantaine d’années, les cheveux gris et à la barbe bien taillée se trouvait accroupi devant la cage et examinait le corps de la jeune fille tout en prenant des notes dans un petit carnet.

—    Alors, satisfait de votre expérience ? lança un autre homme d’une quarantaine d’années tout au plus, debout derrière lui et les bras croisés.

Le vieil homme se releva, engoncé dans une redingote noire damassée que recouvrait une large robe de sorcier de velours noir aux liserés d’argent, et lui fit face, réajustant ses lunettes sur l’arête de son nez proéminent. Sirius reconnut le sorcier entraperçu dans les souvenirs de la jeune fille.

—    Tout à fait, c’est une découverte édifiante, répondit ce dernier d’une voix éraillée. Je vais enfin pouvoir publier mes travaux et obtenir un financement de l’académie de recherches magiques…

—    Oui, c’est bien joli tout ça, mais qu’en est-il de notre part ? l’interrompit l’autre homme qui avait bel et bien l’allure d’un chasseur de créatures magiques.

Ses vêtements étaient protégés d’un pourpoint de cuir et de hautes bottes renforcées, tout comme son pantalon au tissu épais était doublé aux genoux et aux cuisses. Sa veste de cuir marron foncé était usée, dévoilant de nombreuses traces de griffes et de crocs aux avant-bras et aux bras.

—    Oui, évidemment, répondit le cinquantenaire dans un marmonnement. Nous avons pu constater que ses larmes possédaient toujours leur pouvoir de guérison. Vous pouvez donc en récolter pour votre bénéfice. J’imagine que cela règle ma dette envers vous, n’est-ce pas ?

—    Cela dépendra du nombre de larmes qu’elle nous donnera, grinça des dents le chef des braconniers. Allez les gars, au travail ! lança-t-il à l’adresse de ses hommes de main.

Alors qu’il appelait ses hommes auprès de lui, il retira sa lourde veste de cuir et remonta les manches de sa chemise, dévoilant la marque des Mangemorts sur son avant-bras. Sirius sentit une bouffée de révolte monter en lui : ce ne pouvait être que des êtres comme lui qui pouvaient traiter des êtres humains et magiques comme de vulgaires objets de contrebande. Mais ce fut lorsqu’il le vit dégainer sa baguette et sourire d’un air mauvais que le jeune sorcier eut un très mauvais pressentiment. La phénix s’éveillait à peine dans la cage, remuant faiblement ses membres engourdis, quand deux des braconniers ouvrirent la porte de fer qui grinça sur ses gonds et la firent sortir en tirant sur une longue chaîne rattachée à un lourd collier en métal qu'elle portait au cou.

—    Alors chef, quel sort allons-nous utiliser pour la faire pleurer ?

—    Ploratio, m’sieur ? proposa l’un d’eux.

—    Ou lacrimae ? suggéra un autre.

—    C’est sûr que l’un de ces deux sorts serait plus efficace pour récolter ses larmes, réfléchit tout haut leur chef. Mais, franchement… n’avez-vous pas envie de vous amuser un peu ?

Les sbires du braconnier approuvèrent tous en tapant des mains ou en riant d'un air mauvais.

—    Laissez-la ! cria Sirius avec force, ce même sentiment d’invincibilité prenant le dessus malgré la situation plus que périlleuse.

—    Bah alors, lança l’un des braconniers, on s’est entiché d’un oiseau ?

Les autres éclatèrent de rire.

—    Tiens, tu seras aux premières loges, petit ! s’écria un autre, ce qui déclencha l’hilarité générale.

Ce fut à ce moment que le chef dirigea sa baguette sur la jeune fille sans défense :

—  Endoloris ! lança-t-il d’une voix rauque et sombre.

—  Non ! hurla Sirius, en vain.

La jeune phénix poussa un hurlement de douleur, son corps se mit à convulser, le moindre de ses doigts se crispant sous le coup de l’intensité du supplice. Sirius vit l’ensemble des braconniers prendre plaisir à sa souffrance : ils riaient, se moquaient, alors que d’autres jetaient un sort aux larmes de douleur qui jaillissaient de ses yeux, les transformant en petites gouttes de cristal qu’ils récupéraient dans un large bocal de verre. L’un d’entre eux testa la marchandise ; il s’entailla l’avant-bras puis lâcha une goutte de cristal qui redevint liquide au contact de la blessure, la guérissant tout à fait. Celui-ci fit un signe positif à son chef qui renforça alors la puissance du sortilège interdit. Les cris stridents de la jeune fille mêlés aux hurlements rauques de révolte du jeune sorcier résonnèrent dans les montagnes alors que le bocal se remplissait à vue d’œil de grosses gouttes cristallines. Sirius avait beau se débattre, les liens le serraient de plus en plus à lui en couper la circulation sanguine.

Lorsqu’ils atteignirent le bas de la montagne qu’ils grimpèrent grâce à de petits chemins de traverse, les trois maraudeurs entendirent des cris à glacer le sang qui provenaient d’une clairière à flanc de montagne. Ils se dépêchèrent d’escalader les derniers rochers qui les séparaient du campement des braconniers pour se retrouver juste en dessous de l’endroit où leur ami était retenu. James, qui était le plus fort avec Rémus, fit la courte échelle à ce dernier afin qu’il puisse observer le campement à fleur de roche.

—    Alors, qu’est-ce que tu vois ? lui lança James.

—    Ils sont en train de la torturer ! souffla Rémus, sidéré.

—    Où est Sirius ? demanda alors Peter.

—    Si nous passons par la gauche, nous pourrons le rejoindre, répondit Rémus. Il est attaché à un arbre.

James aida Rémus à redescendre. Les cris de la jeune fille se faisaient de plus en plus déchirants, mais étrangement, cela leur donna d’autant plus de courage qu’ils n’en avaient jamais eu, comme si le son de sa voix renforçait leur hardiesse. Ils contournèrent le campement par la gauche comme le leur avait suggéré Rémus, ce qui leur permit d’avoir une vue d’ensemble de la situation.

—    Nous aurions dû demander l’aide d’un professeur sur ce coup-là, se morfondit Peter.

—    Au vu de la puissance de ses cris, toute la vallée l’a entendue à mon avis, fit remarquer James.

—    Les monstres… Ils utilisent très certainement le sortilège interdit de doloris, ajouta Rémus avec dégoût. Il faut à tout prix qu’on les sorte de là.

—    Quel est le plan ? demanda Peter.

—    Rémus et moi allons en désarmer un maximum une fois que tu auras récupéré la baguette de Sirius et que tu l'auras détaché sous ta forme d’animagus, décida James. Il faut qu’on soit rapide et qu’on use de l’effet de surprise.

—    Et ensuite ? demanda Rémus avec pragmatisme.

—    Ensuite… répondit James en haussant des épaules. Ensuite, on improvise. Elle est retenue par une chaîne, il faut l’en libérer, puis Sirius l’attrape et on se sauve au plus vite.

—    En bref, on n’a pas vraiment de plan, résuma Rémus.

—    Un peu comme d’habitude, non ? lui rappela James avec un sourire désinvolte.

Rémus sourit à son tour : c’était bien vrai. Les trois maraudeurs dégainèrent leurs baguettes magiques, prêts à fondre sur le campement. Queudver se métamorphosa à nouveau en rat et se faufila discrètement sous le pavillon où il avait repéré la baguette de Sirius. Il eut cependant quelques difficultés à transporter la baguette, celle-ci était lourde et il ne pouvait la tenir tout en courant sur ses quatre pattes. Il s’aida tant bien que mal de sa longue queue sans poils, mais eut très peur que l’un des braconniers ne le vît transporter la baguette. Il la fit donc tomber dans l’herbe afin de gagner en discrétion, puis la poussa avec son museau jusque derrière l’arbre où était retenu Sirius.

Queudver dut mordiller les mains de ce dernier afin de signaler sa présence et lui glisser la baguette dans sa main. À nouveau armé de sa magie, le jeune sorcier se libéra de ses liens magiques et concentra toute la puissance de sa baguette sur le tortionnaire, la rage au cœur :

—  Sectumsempra !

—  Qu’est-ce que… ?

Le chef des braconniers ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait : des plaies s’ouvrirent çà et là sur son corps, le sang éclaboussant ses habits et son visage.

—    Stupefix ! s’écrièrent James, Rémus et Peter qui avait repris forme humaine sur les hommes de main du braconnier qui allaient riposter contre Sirius.

Plusieurs d’entre eux s’immobilisèrent et tombèrent comme des pierres sur le sol. Puis ce fut un véritable feu d’artifice : des jets de magie rouges, verts et jaunes jaillissaient de toute part. Les quatre Maraudeurs s’abritèrent derrière les arbres ou renversèrent les tables pour en faire des boucliers. Les objets volaient à toute vitesse, se fracassant contre les parois rocheuses et les buissons.

—    Tu vas me le payer, morveux ! hurla le Mangemort à l’encontre de Sirius tandis qu’il se vidait lentement de son sang.

James avait rejoint son meilleur ami derrière l’une des tables renversées.

—    Sirius, on n’est pas en position de force, là, dit précipitamment James. Il faut qu’on se retire au plus vite dans la forêt pour disparaître.

—    Hors de question que je parte sans elle ! cria Sirius, une lueur de folie rageuse dans les yeux.

Sur ce, il se jeta à corps perdu dans ce qui était devenu un champ de bataille. Le jeune homme évita les rais de lumière verts et rouges, puis plongea sur le corps inerte de la jeune phénix qui avait perdu connaissance. Il ouvrit la serrure du collier grâce au sort d'alohomora. Il la prit dans ses bras et allait se relever pour l’emmener loin de là, lorsqu'il fut arrêté par le chef des braconniers qui lui fit face. Celui-ci avait la peau lacérée de coupures d’où son sang s’écoulait sans discontinuer, des gouttes perlant de ses habits imbibés.

—    Toi, vaurien… grogna-t-il à l’adresse de Sirius. J’aurais dû te tuer quand j’en avais l’occasion !

Le tortionnaire leva le bras et pointa sa baguette en direction des deux jeunes gens. D’instinct, Sirius détourna la jeune fille de sa mire et pointa sa propre baguette contre le braconnier, mais ce dernier formulait déjà son sort :

—  Avada Keda…

Il n’eut pas le temps de terminer son incantation qu’un nuage de flammes apparut juste au-dessus de sa tête et d’où sortit un majestueux phénix, toutes ailes déployées. Celui-ci poussa un cri puissant qui raviva le courage chez les maraudeurs et instilla la peur chez les braconniers, puis, de ses griffes acérées, il creva les yeux de celui qui avait osé s’attaquer à l’un des siens.

Soudain, plusieurs boules de feu apparurent dans le ciel à proximité de la clairière d’où sortirent d’autres phénix. Ils furent en tout cinq à se manifester, combattant les braconniers à coups de becs et de serres.

—  Sirius ! Va-t’en de là et emporte la fille avec toi ! s’exclama James avec force.

Le jeune sorcier ne se le fit pas répéter deux fois ; il saisit à nouveau la fille dans ses bras, se releva et se mit à dévaler la pente montagneuse tant bien que mal. Dans sa course, il sentit qu’elle reprenait connaissance, car elle s’agrippa à son cou, mais il ne lui restait plus beaucoup de force dans ses membres. Il la serra contre lui, continuant à courir parmi les rochers jusqu’à entrer à nouveau dans le sous-bois.

Derrière lui, le vieux sorcier à l’origine de la transformation du phénix rattrapait lentement la distance qui le séparait des deux jeunes gens. Lorsqu’il fut à leur portée, il lança le sortilège d’impedimenta sur les jambes du jeune homme, le bloquant d’un coup, ce qui le fit brutalement tomber. Le vieux sorcier ralentit sa course jusqu’à atteindre leur hauteur.

—    Expelliarmus ! lança encore le sorcier, récupérant la baguette de Sirius.

Il le maintint en joue tout en le contournant pour observer le visage du jeune sorcier et vérifier que la phénix humaine respirait encore. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait dans un mouvement saccadé, les yeux mi-clos, mais cela parut lui suffire.

—    Où croyais-tu aller comme cela, avec le résultat de mon expérimentation ? dit-il au maraudeur d’un ton amusé. Tu ne vaux pas mieux qu’un voleur.

—    Et vous, vous êtes bien pire qu’un monstre, lui rétorqua Sirius avec véhémence.

—    Un académicien, rectifia-t-il. Un chercheur dans le domaine des sortilèges métamorphiques, pour être plus précis. Ce que tu tiens là est une avancée considérable dans le domaine magique…

—    Ce que vous désignez comme une chose est un être vivant ! s’indigna Sirius. Vous l’avez arrachée à ses semblables, à son propre corps ! Vous les avez laissés la torturer ! Vous êtes un infâme fils de... !

—    Langage, jeune homme ! l’interrompit l’académicien.

Sirius cracha de dégoût aux pieds du sorcier. Celui-ci eut un léger mouvement de recul, puis s’agenouilla auprès du jeune homme, l’air intrigué.

—    As-tu communiqué avec elle ? l’interrogea-t-il soudain.

—    Qu’est-ce que ça peut vous faire ! fulmina Sirius.

—    Je veux savoir ! répliqua le sorcier avec avidité.

Sirius garda le silence, le visage fermé, des éclairs de courroux jaillissant de ses yeux.

—    Tu ne veux rien dire ? Ce n’est pas grave, rétorqua le sorcier en se relevant. S’il faut que je t’emmène aussi, je le ferai. Te faire parler ne sera qu’un jeu d’enfant pour moi.

Il brandit sa baguette en direction des deux jeunes gens, mais il fut incapable de prononcer une parole, car un rais de lumière l’avait atteint à la poitrine, l’immobilisant tout à fait. Sirius put enfin se libérer du maléfice d’immobilisation, jeta un regard autour de lui et aperçut James, Rémus et Peter qui couraient dans sa direction, accompagnés par cinq grands oiseaux rouge et or qui se posèrent dans les branches des arbres aux alentours. Seul l’un d’entre eux, le plus majestueux, vint se poser aux côtés de la jeune fille.

—  S’il vous plaît, aidez-la, le supplia Sirius avec respect.

Le phénix se pencha sur le corps d’une faiblesse extrême, parut l’examiner rapidement, puis se redressa en poussant un petit cri plaintif.

—  Vous ne pouvez rien ? comprit le jeune sorcier. Mais…

L’oiseau s’envola pour aller se percher sur une branche de l’arbre qui les surplombait avant de pousser un cri de lamentation que les quatre autres phénix reprirent en chœur. Sirius s’approcha tout près du visage de la jeune fille, lui caressant ses cheveux sombres qui rougeoyaient à la lueur des baguettes allumées de ses amis qui faisaient cercle autour d’eux. Elle ouvrit ses paupières avec difficulté, ses yeux posés sur le visage bouleversé du jeune homme. Elle leva lentement sa main qu’elle déposa sur son front puis sur celui de Sirius, qui comprit aussitôt sa demande.

—  Legilimens ! murmura-t-il en fermant les yeux.

Lorsqu’il les rouvrit, ils se trouvaient au même endroit et dans la même position où ils avaient laissé leurs corps, mais dans leurs esprits.

—  Mon heure a été précipitée, souffla-t-elle doucement.

—  Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Sirius, la panique se lisant sur son visage.

Elle se contenta de sourire faiblement. Elle savait qu’il avait parfaitement compris ce que cela signifiait.

—    Avant de quitter cette existence, et peut-être ce monde définitivement, reprit-elle avec difficulté, je voudrais… Je voudrais que tu me nommes. Un nom qui sera, si mon cycle des renaissances n’a pas été interrompu... le mien jusqu’à ma mort.

Ses larmes lui brouillèrent la vue ; il connaissait déjà le nom qu’il lui donnerait, parce que c’était celui qui lui venait tout naturellement quand il la voyait ou qu’il pensait à elle. La jeune phénix avait saisi sa main dans la sienne, elle n’avait même plus la force de resserrer ses doigts dans les siens. Les larmes du jeune sorcier se mirent à couler le long de ses joues, puis tombèrent sur les joues de la jeune fille. Il était temps qu’il la baptise :

—  Felicia…

Son sourire étira ses lèvres roses et illumina ses yeux sombres aux éclats de feu.

—    Promets-moi que tu ne m’oublieras pas, murmura-t-elle, ses dernières forces la quittant définitivement. Car moi, je ne t’oublierai jamais…

—    Je te le promets, répondit-il, sa voix se brisant sous la force de son émotion.

Le sortilège se rompit. Les yeux sombres de Felicia s’attardèrent encore avec douceur sur le visage de Sirius, puis se fermèrent paisiblement. Sirius s’effondra sur son corps inerte, laissant son chagrin éclater. Mais alors qu’il l’étreignait de toutes ses forces comme pour la retenir, une chaleur soudaine se dégagea de la poitrine de Felicia d’abord, puis s’étendit à son ventre, ses membres inférieurs, et enfin ses bras et sa tête.

—  Sirius ! Ecarte-toi, vite ! s’exclama James en le tirant par le col de sa chemise.

La chaleur s’intensifiait à chaque seconde, jusqu’à déclencher une combustion spontanée de l’ensemble de son corps. Son embrasement fut spectaculaire, les flammes montèrent jusqu’au ciel, puis s’éteignirent aussi vite que le feu avait pris, pour ne laisser qu’un tas de cendres là où elle s’était trouvée à peine quelques secondes plus tôt.

—  C’est fini, retentit une voix rauque et calme derrière les maraudeurs.

James et Sirius se retournèrent vivement ; Albus Dumbledore se dressait derrière eux, l’air inflexible et serein, accompagné du professeur McGonagall et de Hagrid.

—    Fumseck m’a prévenu qu’il se passait quelque chose dans la forêt, dit le directeur de l’école pour toute explication.

Les quatre élèves de sixième année gardèrent le silence, la tête baissée, l’air consterné, puis Rémus lui expliqua en quelques mots la situation. À la fin de son discours, le professeur Dumbledore s’avança de quelques pas et s’accroupit devant le tas de cendres pour l’examiner. Il eut l’air de fouiller parmi les cendres, ouvrit un pan de son manteau qu’il referma aussitôt et se releva avec un air navré :

—    Je crains que ce ne fût sa dernière réincarnation, en déduit-il simplement. Maintenant, rentrons.

******

Les quatre maraudeurs furent convoqués dans le bureau du directeur de Poudlard dès leur arrivée dans les murs de l’école. James, Sirius, Rémus et Peter se tenaient debout face au bureau richement sculpté du professeur Dumbledore. Celui-ci était ordonné, des ouvrages reliés en cuir reposaient sur l’un des côtés tandis que le plateau était recouvert d’un sous-main large et élégant sur lequel se trouvaient un encrier et une belle plume d’oie blanche mouchetée de noir. Une liasse de parchemins vierges gisait sur le côté gauche, sur laquelle une pierre d’onyx reposait afin que les feuillets ne s’envolent point.

Mais si le bureau était rangé, il n’en était pas forcément de même pour le reste de la pièce. Les murs épousaient la forme de la tour dans laquelle se trouvait son bureau, de même que ses étagères en bois remplies de livres et d’un tas d’objets magiques divers et variés qui débordaient au sol. Aux côtés du meuble magnifiquement sculpté devant lequel se trouvaient les quatre élèves exténués et abattus, un perchoir en étain attendait son habitant qui l’avait déserté. En effet, le professeur Dumbledore était connu pour bien des choses, mais aussi pour posséder un lien particulier avec un phénix qu’il avait baptisé Fumseck.

Le professeur Dumbledore sortit enfin de la pièce supérieure de son bureau et descendit les escaliers qui bordaient les bibliothèques pour rejoindre les quatre élèves silencieux. Sa longue robe de sorcier bleu nuit parsemée d’étoiles scintillait aux lueurs des bougies qui éclairaient la pièce, faisant ressortir la blancheur de sa longue barbe et de ses cheveux. Une fois assis dans l’élégant fauteuil qui avait vu défiler les directeurs de l’école, il posa son regard perçant sur chacun des quatre jeunes gens qui se tenaient face à lui, tête baissée. Ses yeux paraissaient lire en eux comme dans un livre ouvert, ce qui augmenta la gêne et le sentiment de culpabilité des élèves. Sirius seul n’avait que faire de ce regard transperçant, presque inquisiteur. Tout ce qu’il avait fait, il l’avait réalisé en son âme et conscience afin d’aider Felicia. Il ne cessait de penser à elle, de la regretter.

—    Vous vous êtes mis en danger, tous les quatre, commença le directeur d’un ton grave. Dans une telle situation, vous auriez dû venir chercher de l’aide auprès de l’un de vos professeurs.

Peter donna un coup de coude à Rémus et à James : il le leur avait bien dit.

—    Toutefois, reprit Dumbledore, vous avez permis la capture d’un groupe de braconniers qui était recherché par le ministère de la magie. Et en cela, nous ne pouvons que vous en remercier.

James ne put réprimer un sourire de satisfaction.

—    Vous avez également permis l’arrestation d’un sorcier qui menait des expériences illégales de magie, poursuivit encore le directeur. Le département de recherche et de sauvegarde de la magie a pu récupérer une partie de ses carnets et analysera les expériences menées, ainsi que leurs conséquences.

Le professeur se tut un instant, laissant le silence régner dans la pièce. Il n’avait cessé de les observer tour à tour d’un air sévère, mais qui cachait une certaine admiration. Ces élèves avaient peut-être brisé les règles, mais ils l’avaient fait uniquement dans un but altruiste. Une certaine fierté traversa son regard.

—    Pour les raisons que j’ai citées, vous ne subirez aucune punition, conclut le directeur. Allez vous coucher, mais ne vous vantez pas trop de ce qu’il s’est passé.

Il adressa un clin d’œil à James.

Les quatre élèves le remercièrent d’une même voix avant de s’en retourner vers la porte du bureau.

—  Mr Black, restez un instant, je vous prie, dit soudainement le professeur Dumbledore.

Sirius s’arrêta, laissa passer ses camarades qu’il regarda descendre les escaliers en colimaçon, puis disparaître derrière une gargouille de pierre. Seul, il retourna auprès du bureau du directeur. Depuis qu’il était dans ce bureau, Sirius évitait le regard de Dumbledore ; la douleur de la perte de Felicia était trop grande, tout son esprit n’était occupé que par elle.

—    J’ai cru comprendre que vous aviez pu communiquer avec cette jeune fille phénix, est-ce vrai ? demanda avec douceur Dumbledore.

Sirius hocha de la tête en silence.

—    J’ai toujours été curieux de savoir ce que pourrait raconter un phénix, remarqua-t-il en souriant. Ce sont des êtres si fascinants… Bien plus sages que nous le sommes, quoiqu’un peu fiers. Qu’en pensez-vous ?

—    Elle craignait les humains, articula soudain le jeune homme, la voix étranglée par le chagrin et la colère. Ils n’ont fait que confirmer ses craintes…

—    Je comprends, murmura Dumbledore. Il est vrai que beaucoup d’entre nous ne montrent pas le plus bel aspect de l’humanité. Mais… Je pense que vous lui avez offert une autre vision.

—    Ses dernières volontés furent que je la baptise, répondit Sirius.

—    Ah ? s’intéressa le directeur. Et quel nom lui avez-vous choisi ?

—    Felicia…

—    Et pourquoi donc ? demanda-t-il avec bienveillance.

—    Parce que…

Sirius renifla, ravalant ses larmes. Expliquer son choix était une manière de lui rendre hommage :

—    Parce que chaque fois que j’étais auprès d’elle, j’avais le sentiment d’être invincible, comme si elle me portait bonheur. La rencontrer était pour moi comme une chance immense…

—    C’est en effet une capacité méconnue que possèdent les phénix, lui expliqua Dumbledore. Leur chant renforce le courage des cœurs vaillants, et terrorise celui des couards. Si vous arriviez à ressentir cet effet sans même qu’elle ne chante, c’est qu’un lien particulier s’était établi entre vous.

Sirius cligna des yeux, sa vue se brouillait de larmes qui coulèrent silencieusement.

—    Vous avez dit qu’elle avait eu plusieurs volontés avant de disparaître, lui rappela Dumbledore.

—    Sa dernière volonté me regarde, répondit Sirius d’un ton abrupt.

—    Hmm, je vois, dit Dumbledore en fixant son regard perçant sur le jeune homme. Si cela peut vous rassurer, cela restera un secret qui ne quittera jamais cette pièce.

Sirius poussa un profond soupir ; ses barrières tombèrent.

—    Elle m’a demandé de lui promettre de ne jamais l’oublier, car de son côté, elle ne m’oubliera pas, murmura-t-il la tête toujours baissée.

—    Le lui avez-vous promis ? demanda Dumbledore qui parut soudainement inquiet.

—    Bien sûr, répondit Sirius qui releva la tête en fronçant les sourcils d’incompréhension.

Le professeur Dumbledore se leva lentement de son siège et contourna son bureau. À ce moment, Fumseck entra par l’une des fenêtres restée ouverte et vint se poser sur son perchoir. Le directeur caressa affectueusement l’oiseau qui poussa un roucoulement harmonieux. Sirius le reconnut comme l’un des phénix qui étaient venus les aider dans la montagne, et qui s’étaient posés dans les arbres lors de la combustion spontanée de Felicia. Il était plus petit que le majestueux phénix qui s’était penché sur le corps de la jeune fille, même s’il possédait la même prestance lorsque ses plumes rouge et or se gonflaient autour de son cou.

—  Il n’est jamais anodin de faire une promesse à un phénix, reprit Dumbledore.

—  Que voulez-vous dire ? l’interrogea le jeune sorcier.

—  Que jamais vous ne pourrez déroger à votre promesse, dorénavant.

Le directeur le fixait maintenant du regard avec gravité, derrière ses petites lunettes en demi-lune.

—    Je n’ai aucune intention de la trahir ! s’offusqua Sirius.

—    Ce que je veux dire, c’est que même si vous le vouliez, vous ne le pourrez pas.

Le jeune homme garda le silence, interloqué. Il lui paraissait absurde de se dire qu’un jour, il voudrait rompre cette promesse.

—    L’avez-vous aimée ? demanda alors Dumbledore.

Sirius baissa la tête. Il ne la connaissait que depuis deux jours, mais un lien si fort s’était établi entre eux qu’il ne pouvait l’expliquer autrement. Il finit par acquiescer silencieusement.

—    Dans ce cas, jamais plus vous ne pourrez l’oublier, en conclut le professeur Dumbledore.

Sa déclaration tomba comme une sentence. Le directeur renvoya le jeune homme dans la tour de Gryffondor. Seul, il se tourna à nouveau vers Fumseck qui le regardait de son œil flamboyant. Il lui caressa le sommet du crâne ; l’oiseau eut l’air de se blottir contre sa main. L’attachement à un phénix pouvait être une chose merveilleuse, mais cela pouvait également tourner en malédiction dès lors qu’on leur faisait une promesse, quelle qu'en fût la nature. Tout comme le phénix porterait cette promesse au travers de ses existences, celle-ci demeurait intacte, impossible à briser. Cela, les livres d’étude ne le mentionnaient pas. C’était quelque chose qu’Albus Dumbledore avait lui-même expérimenté avec son ami de longue date, Fumseck. Le seul moyen d’être libéré d’une telle promesse était la mort définitive du sorcier ou du phénix.

Dumbledore écarta les pans de sa lourde robe de sorcier en velours, puis en sortit une petite chose frêle et délicate qu’il déposa sur le plateau juste en dessous du perchoir de Fumseck. Le phénix se pencha pour observer le petit être mouvant dont le corps déplumé, encore recouvert de cendres, tremblait comme une feuille. Une petite tête émergea avec un bec d’or qui poussa un roucoulement timide et éraillé. Fumseck se redressa et poussa un petit cri sec.

—    Que dis-tu ? lui répondit Dumbledore. Elle a quelque chose de changé ?

L’oiseau eut l’air de confirmer l’intuition du sorcier. Il poussa un léger soupir et caressa la tête du poussin.

—    Nous allons bien nous occuper de toi, Felicia.

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