Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu
Chapitre 1 : Les étranges courriers (partie 1)
1187 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 13/11/2025 15:03
« Par grâce et sçavoirs… et un brin de hasard. »
- Devise de l’Académie de magie Beauxbâtons -
M. et Mme Vittel, qui habitaient au numéro 27 de la rue Alfred Jarry, pouvaient prétendre être la famille la plus ordinaire du quartier. Une famille sans histoires, à qui il n’arrivait jamais rien de notable. Et pourtant, derrière cette apparente normalité, ils cachaient un secret. Un secret si honteux qu’il aurait pu changer le regard du voisinage s’il venait à être découvert. Et le regard du voisinage, Mme Vittel y tenait plus que tout.
— Que diraient les autres s’ils nous voyaient ? répétait-elle sans cesse à ses enfants, pour leur faire la morale.
Elle détestait les scandales et toute forme d’anormalité. Le moindre écart susceptible d'entacher la réputation familiale la mettait dans un état de nervosité tel qu’il valait mieux ne pas insister. Grande et mince, Mme Vittel arborait en permanence un sourire figé, presque douloureux, qui trahissait sa volonté d’apparaître toujours sous son meilleur jour. D’apparence, c’était une femme respectable et une parfaite ménagère. Mais derrière cette façade se cachait une grande fierté et une attitude prétentieuse, masquant maladroitement son incompétence flagrante en cuisine.
Elle usait de son ouïe fine et de son œil de lynx pour espionner les voisins depuis sa fenêtre. Brune, le visage creusé, elle possédait de petits yeux noirs capables de percer les secrets les mieux gardés. Toujours vêtue de tailleurs pastel et parée de bijoux fantaisie brillants, elle incarnait à merveille l’image de la parfaite bourgeoise du quartier.
C’est par un matin de juin que tout commença. Comme à son habitude, Mme Vittel se leva tôt pour aller réveiller ses deux fils, appelés par le devoir scolaire. Elle enfila sa robe de chambre rose criard — une couleur qu’elle assumait fièrement — et glissa ses pieds fraîchement vernis dans ses pantoufles duveteuses à pompons assortis. Malgré l’arrivée de l’été, les matinées restaient encore fraîches.
M. Vittel était déjà parti travailler. Il dirigeait le service de fabrication des abat-jours à l’usine Luminex, une entreprise spécialisée dans les lampes de salon. Il ne cachait pas sa fierté de ce travail, grâce auquel sa famille vivait confortablement. Avant de partir, il avait laissé un mot sur la table de la cuisine, souhaitant une bonne journée à sa femme. Mais celle-ci, comme toujours, ne le lut pas. En baillant, elle se dirigea directement vers l’escalier.
Encore à moitié endormie, elle gravit les marches une à une, jusqu’à ce qu’un étrange bruit lui fît dresser l’oreille. Elle crut entendre le hululement d’un hibou. Ridicule, pensa-t-elle. Tout le monde sait que les hiboux ne volent pas en plein jour. Elle chassa aussitôt cette idée saugrenue et poursuivit son chemin.
Elle se dirigea en premier lieu vers la chambre de son fils aîné, qui était – et elle ne se gênait pas pour le dire – son préféré. Ludovic, déjà collégien, incarnait à ses yeux l’enfant modèle. Il ramenait toujours de très bonnes notes, et son carnet scolaire était aussi blanc que neige. Mme Vittel le réveilla délicatement en lui murmurant un doux « Debout, mon chéri », avant de quitter la pièce sur la pointe des pieds.
La porte d’en face menait à la chambre de son second fils, Édouard. La méthode employée pour le réveiller était nettement moins tendre, sans que l’on sache vraiment pourquoi. Était-ce parce qu’Édouard avait plus de mal à se concentrer à l’école ? Ou parce qu’il avait le don de s’attirer des ennuis – ces mêmes ennuis qui risquaient de ternir l’image impeccable de la famille Vittel ? Quoi qu’il en soit, Mme Vittel ne se priva pas de faire irruption dans la chambre, se dirigeant d’un pas ferme vers la fenêtre.
Comme chaque matin, elle aurait ouvert les volets pour inonder la pièce de lumière, forçant ainsi les yeux d’Édouard à s’ouvrir. Elle se serait ensuite retournée pour lui lancer un « Debout ! » sec et glacial, à des années-lumière de la douceur accordée à Ludovic. Mais ce matin-là ne ressemblait en rien aux autres.
Dans un grincement strident, alors qu’elle ouvrait les volets, un hibou surgit de nulle part et s’engouffra dans la pièce, frôlant les cheveux de Mme Vittel. Elle hurla de terreur, ce qui affola encore plus l’animal, qui se mit à voler frénétiquement dans tous les sens.
— Qu’est-ce que c’est que ça ?! hurla-t-elle en agitant les bras pour tenter de chasser ce volatile infernal.
Le vacarme réveilla Édouard en sursaut. Il bondit hors de son lit, les yeux écarquillés, tandis que le hibou virevoltait toujours dans la chambre. Ludovic, alerté par les cris, arriva en trombe et s’arrêta net devant la scène hallucinante.
Dans un ultime hululement, le hibou lâcha un petit objet qui tomba au sol : une enveloppe. Puis, aussi vite qu’il était entré, il s’envola à nouveau par la fenêtre, laissant derrière lui un silence soudain.
Mme Vittel, qui s'efforçait en toutes circonstances de garder le contrôle, semblait totalement désorientée. Édouard, encore assis sur son lit, remit ses lunettes d’un geste lent, toujours sous le choc. Sa mère, quant à elle, se précipita vers la fenêtre pour s’assurer que personne dans le voisinage n’avait été témoin de cette scène absurde. Puis elle referma précipitamment la fenêtre et se tourna vers ses deux fils d’un regard assassin.
— Personne ne parle de ça. À qui que ce soit. C’est bien compris ?
Les deux garçons acquiescèrent aussitôt.
Mme Vittel se recoiffa rapidement, remit sa robe de chambre en ordre, puis reprit son ton mielleux habituel.
— Allez, habillez-vous maintenant, les garçons. Vous avez école.
Ludovic retourna dans sa chambre sans un mot. Édouard, encore sonné, sortit de son lit pour se diriger vers son armoire. Mme Vittel, elle, s’arrêta net en apercevant l’enveloppe laissée au sol. Elle la ramassa. Ce n’était pas un papier ordinaire : l’enveloppe était faite de parchemin, scellée d’un cachet de cire rouge portant un symbole inconnu.
— Curieuse manière d’envoyer une lettre… murmura-t-elle en retournant l’enveloppe.
Mais lorsqu’elle lut l’adresse, son expression changea aussitôt. De la curiosité, elle passa à l’incompréhension, puis à une stupeur glacée. Elle ouvrit la lettre d’une main tremblante, et après avoir lu son contenu, son teint vira au blanc cadavérique. Un long moment s’écoula avant qu’elle n’arrache nerveusement le parchemin en morceaux. Elle quitta la pièce en lançant un « Dépêche-toi » encore plus froid que le précédent.