Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu
Chapitre 2 : Les étranges courriers (Partie 2)
1399 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 13/11/2025 15:07
Sur le trajet de l’école, le silence dans la voiture était lourd. Mme Vittel ruminait les événements du matin, répétant intérieurement : Pourvu que personne n’ait vu ça... Mais vu quoi exactement ? Ludovic, installé à l’avant, remarquait bien que sa mère était étrangement tendue, mais il n’osa rien dire. Il savait qu’un mot de trop pouvait provoquer une explosion.
Édouard, lui, ne voyait rien d’inhabituel. Il était comme souvent, enfermé dans ses pensées, rêvant à son petit coin préféré dans la cour de récréation : le vieil escalier en pierre où il aimait s’installer, loin des autres enfants.
Mme Vittel déposa d’abord Ludovic au collège, en prenant soin de l’embrasser sur le front. Puis, elle accompagna Édouard à l’école Sainte-Catherine, non sans lui adresser un avertissement étrange :
— Et surtout, dit-elle en pointant un doigt menaçant, tu ne parles à aucun inconnu. Et s’il se passe quoi que ce soit d’étrange… tu seras puni. C’est compris ?
Édouard hocha la tête, un peu confus. À qui aurait-il pu parler, de toute façon ? Personne ne lui adressait la parole.
Comme à son habitude, il se réfugia sur les marches du petit escalier, espérant qu’on le laisserait tranquille. Il s’inventait un monde imaginaire, peuplé d’amis invisibles, où quelqu’un viendrait le chercher pour l’emmener loin d’ici. Mais sa solitude ne dura pas.
Kevin Bodin et sa bande arrivèrent en ricanant.
— Salut Mickey ! lança Kevin, déclenchant les rires idiots de ses copains.
Édouard avait hérité de ce surnom à cause de ses lunettes rondes, marquées du logo « Walt Disney ». Il les avait choisies par défaut : les seules adaptées à son visage ovale. Si ses oreilles avaient été plus grandes, il aurait pu s’appeler « Dumbo »…
— Alors, tu captes quelle chaîne aujourd’hui avec ton antenne ? railla Kevin en lui frottant la tête.
— Laisse-moi tranquille… grogna Édouard en aplatissant du mieux qu’il pouvait l’épi rebelle au sommet de son crâne.
Il avait toujours eu cet épi. Un jour, il avait même tenté de le couper aux ciseaux, mais il était réapparu comme par magie le lendemain.
Les moqueries redoublèrent, et Édouard sentait la colère monter. Son visage devint rouge écarlate, ses poings se serrèrent. Mais tout dégénéra lorsque Kevin lui arracha son vieux sac à dos troué et le lança à ses amis, qui commencèrent à jouer à « chat perché » avec.
Édouard courait en tous sens pour le récupérer, en vain. Lorsqu’il le rattrapa enfin, l’une des bretelles pendait, à moitié décousue. C’est alors que tout bascula.
Il fixa Kevin et sa bande avec une intensité silencieuse. Soudain, sans prévenir, le sol se déroba sous leurs pieds. Un bruit sourd résonna dans toute la cour. Les élèves se précipitèrent : Kevin et ses amis venaient de tomber dans un trou d’environ deux mètres de profondeur. Kevin hurlait, tenant sa jambe droite qui formait un angle inquiétant.
Édouard, lui, resta figé. Il ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Mais ce n’était pas la première fois.
Il se souvenait encore de cet autre jour, en classe, où on lui lançait des boulettes de papier. Il s’était tellement énervé que, sans comprendre comment, les pupitres s’étaient mis à claquer sur les doigts des élèves. On avait évacué la salle dans un chaos général. À chaque fois, c’était pareil : tout le monde le pointait du doigt. Et sa mère le punissait sans écouter ses explications.
Mais cette fois, c’était plus grave. En voyant Kevin au fond du trou, Édouard se souvint soudain de l’avertissement de sa mère, ce matin même : s’il se passe quelque chose d’étrange…
Il était en danger. Et il le savait.
Le soir, à la maison, l’ambiance était électrique. Madame Vittel avait eu la malchance de tomber sur une nouvelle lettre bizarre en ramassant le courrier après avoir déposé ses enfants. Elle se demanda même si Monsieur Dubrochant, qui ramassait ses poubelles au même moment, ne l’avait pas vue s’énerver et déchirer rageusement la lettre avant de se précipiter à l’intérieur.
Plus tard, elle avait reçu un appel de la directrice de l’école Sainte-Catherine, une femme pourtant réputée très calme, qui s’était mise à parler d’incident grave, de chantier mal sécurisé, et d’une réunion disciplinaire pour « le petit Vittel ».
Mais ce qui avait glacé le sang de Mme Vittel, ce n’était pas l’appel de l’école. C’était le message que lui avait laissé M. Verner, le professeur principal de Ludovic :
« Je ne veux pas vous inquiéter, mais votre fils nous a signalé avoir vu… un hibou ce matin. Un hibou qui lui aurait lancé une lettre par la fenêtre. Peut-on en discuter ? »
Ce hibou. Encore. Elle avait immédiatement raccroché, puis verrouillé son téléphone dans un tiroir.
Ainsi, quand Édouard franchit la porte d’entrée, il sut immédiatement que quelque chose n’allait pas. Sa mère l’attendait dans le couloir, bras croisés, le visage figé dans une expression de rage contenue. Il tenta un sourire incertain, mais elle ne répondit pas.
— Dans le salon, tout de suite.
Il obéit sans protester, déposa son sac près de l’escalier, et entra dans le salon, où l’ambiance semblait peser comme du plomb. Ludovic était déjà assis sur le canapé, le sourire aux lèvres, impatient de se délecter du spectacle où son petit frère allait se prendre une danse. Mme Vittel referma lentement la porte derrière elle, puis se planta devant Édouard.
— Est-ce que tu peux m’expliquer ce qu’il s’est passé à l’école aujourd’hui ?
Sa voix était calme, trop calme. Ce ton-là était pire que les cris.
Édouard hésita. Il savait que quoi qu’il dise, elle ne le croirait pas. Il se contenta donc de murmurer :
— J’ai rien fait…
— Ah non ? Rien ?! Tu n’as rien fait, et pourtant trois élèves se retrouvent à l’hôpital ! Tu crois que je suis idiote, Édouard ?!
Il secoua la tête.
— Alors explique-moi. Explique-moi pourquoi trois de tes camarades se sont retrouvés dans un trou de deux mètres de profondeur et pourquoi toi, tu étais encore debout à côté, sans une égratignure. Tu les as poussés, c’est ça ?
Il restait silencieux. Les mots lui brûlaient la gorge, mais il ne savait pas par où commencer. Devait-il lui parler des pupitres ? Des moments étranges où il sentait que « quelque chose » en lui explosait ? Ou même… du rêve qu’il avait fait la veille, où un vieux monsieur lui disait qu’il était « spécial » ?
Non. Elle ne comprendrait pas. Dès qu’il prétend que tous ces malheurs arrivent par magie, sa mère devient une véritable furie.
Mme Vittel reprit d’une voix plus froide encore :
— Je t’ai prévenu ce matin. J’ai été très claire. Je t’ai dit que s’il se passait quoi que ce soit d’anormal, tu serais puni. Alors voilà.
Elle se dirigea vers le buffet, ouvrit un tiroir, et en sortit une clef métallique. Édouard sentit son estomac se nouer.
— Tu monteras dans ta chambre. Pas de dîner. Pas d’écran. Et demain, tu restes enfermé toute la journée. Je vais appeler l’école et leur dire que tu es malade.
Il voulut protester, mais elle lui lança un regard noir.
— Et ne t’avise jamais de reparler de cette histoire de hibou. Ni à moi, ni à Ludovic, ni à personne.
Elle fit demi-tour, s’arrêta à mi-chemin, puis ajouta :
— Ah, et une dernière chose.
Elle se tourna lentement vers lui, les yeux plissés.
— Si tu me reparles encore de magie… je ne te laisserai plus jamais sortir de ta chambre.
Puis elle quitta la pièce en claquant la porte, laissant Édouard seul avec son frère, et une centaine de questions sans réponse.