Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu

Chapitre 3 : Les étranges courriers (Partie 3)

Chapitre final

1327 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 13/11/2025 15:10

Les jours suivants furent un véritable calvaire pour Édouard, constamment surveillé par ses parents. Mais ce qui l’intriguait davantage, c’est que cette surveillance ne se limitait pas à son comportement à l’école. Avant même qu’il ne parte le matin, Mme Vittel fouillait son sac et ses poches avec la rigueur d’un agent de sécurité dans un aéroport.

Édouard ne comprenait pas ce comportement soudain, et il n’était visiblement pas le seul. Ludovic, qui d’ordinaire se contentait de regarder son frère de haut, lui posa des questions. Il n’aimait pas ne pas comprendre, lui qui aimait tout maîtriser. Mais Édouard ne savait pas quoi répondre. Il sentait que quelque chose clochait… quelque chose de grave.

Il comprit mieux en découvrant sa chambre plus propre que lorsqu’il l’avait laissée. Sa mère fouillait aussi ici. Mais que cherchait-elle au juste ? Quelque chose de suffisamment important pour menacer la réputation de la famille, à n’en pas douter.

Édouard étouffait. Il se sentait traité comme un dangereux animal qu’il fallait absolument contrôler. Pendant que Ludovic sortait librement avec ses amis, Édouard devait rester enfermé dans sa chambre, à lire un chapitre entier sur l’algèbre. Il enrageait de jalousie.

Ludovic avait tout. Un physique avantageux, d’excellentes notes, des amis fidèles, une chambre spacieuse, des vêtements toujours impeccables… et surtout, la liberté.

Depuis l’incident du trou dans la cour, tout le monde en voulait à Édouard. Kevin, la star de l’équipe de foot, avait vu sa saison ruinée. À cause de ça, l’accès à la cour était désormais interdit tant que les travaux ne seraient pas achevés. Alors, les élèves devaient rester dans les salles de classe étouffantes, privés du soleil de juin. Tous blâmaient Édouard.

Pire encore, Lucie elle-même l’avait insulté. Lucie… la plus belle fille de l’école à ses yeux. Elle avait de grands yeux bleus, des cheveux bruns soyeux et un sourire éclatant. Édouard pouvait passer des heures à la contempler. Avant, elle représentait son seul rayon de lumière. Mais maintenant… c’était terminé. Il n’osait plus la regarder. Il préférait s’isoler et rêver d’un ailleurs.

Heureusement, la fin de l’année approchait. Et Édouard venait d’apprendre qu’il passait en classe supérieure — de justesse. L’année suivante, il entrerait au collège, le même que son frère. Il en rêvait déjà : s’y faire des amis, repartir à zéro, vivre enfin comme les autres enfants.

Il imaginait ses nouveaux amis l’invitant à leurs anniversaires, l’accompagnant à la fête foraine, lui envoyant des cartes postales durant les vacances... Il voyait déjà le visage de Ludovic se crisper de jalousie en découvrant la boîte aux lettres remplie de courrier qui ne lui était pas destiné.

Ah ! La vie sera tellement mieux, se répétait-il avec envie.

Peut-être même que Lucie lui pardonnerait… Peut-être pourrait-il enfin lui parler, lui avouer ce qu’il ressentait. Jusqu’à présent, il n’avait jamais réussi à prononcer un seul mot en sa présence. Chaque tentative se soldait par un sourire gêné, un espoir silencieux, une fuite discrète de Lucie vers ses amies, sa chevelure flottant au vent.

Mais l’heure n’était pas encore à la revanche ou à la déclaration. Les vacances n’avaient pas commencé. Et malgré le beau temps, il fallait encore affronter quelques jours d’école, ainsi qu’une pile de devoirs de vacances que Mme Vittel imposait déjà comme s’il s’agissait d’exercices obligatoires.

— Regarde ton frère, répétait-elle sans cesse. Lui, il travaille bien à l’école. Du coup, il n’a pas besoin de travailler à la maison…

Édouard n’en pouvait plus d’entendre parler de Ludovic. Il était bien décidé à découvrir le secret de sa réussite. Mais avant cela, il devait terminer un exercice de calcul mental particulièrement ennuyeux.

Son regard dériva vers la fenêtre. Il aperçut le facteur qui déposait le courrier dans la boîte aux lettres. Saisissant l’occasion de sortir prendre l’air, il annonça :

— Je vais chercher le courrier !

Dehors, il faisait un temps magnifique, presque estival, bien loin des prévisions de la météo. Les oiseaux gazouillaient joyeusement dans les haies, et les jardins du voisinage arboraient leurs plus belles fleurs.

Bien sûr, le jardin des Vittel surpassait tous les autres. Mme Vittel y consacrait un soin si méticuleux qu’il faisait de l’ombre à tous ceux du quartier. Et elle ne s’en cachait pas : c’était même sa plus grande fierté. Chaque année, elle remportait le concours du plus beau jardin, organisé par le comité de quartier. Sur la commode du salon trônait une collection impressionnante de trophées brillants, témoin de cette obsession florale.

Édouard ouvrit la boîte aux lettres et parcourut rapidement les enveloppes : une facture au nom de son père, quelques publicités habituelles, et une lettre marquée « Retour à l’expéditeur ». Intrigué, il observa l’enveloppe de plus près. Il reconnut immédiatement l’écriture soignée de sa mère.

Étrange…, pensa-t-il. Ce n’est pas son genre de faire une erreur pareille…

Car à y regarder de plus près, la lettre était adressée à… « Qui que vous soyez ». Pas étonnant que la poste l’ait retournée.

Pris de curiosité, Édouard glissa un doigt sous le rabat de l’enveloppe et l’ouvrit. Il se sentait un peu coupable — il savait qu’il n’avait pas le droit — mais quelque chose dans cette lettre l’inquiétait. Ce n’était pas une simple erreur d’expédition.

À l’intérieur, une seule phrase, manuscrite, laconique, presque menaçante :

« Qui que vous soyez, sachez que vous faites erreur. Vous vous êtes trompés de personne. Laissez ma famille tranquille. — Mme Vittel »

Édouard relut le mot plusieurs fois, de plus en plus troublé. Pourquoi sa mère aurait-elle envoyé un tel message ? À qui ? Et surtout, en réponse à quoi ?

Il rentra dans la maison, la lettre à la main, et la tendit à sa mère, qui préparait le ragoût du midi.

— M’man… ils ont renvoyé une lettre que tu avais écrite, dit-il doucement.

Mme Vittel se retourna d’un geste sec. Elle saisit la lettre, la lut en silence… et son expression changea du tout au tout.

— Et toi ? demanda-t-elle, visiblement paniquée. Tu n’as rien reçu ? Aucune autre lettre bizarre ? Dis-moi que non !

Édouard, décontenancé, secoua la tête.

Alors, brusquement, le soulagement effaça la panique sur le visage de Mme Vittel. Elle reprit son ton autoritaire habituel, comme si rien ne s’était passé.

— Et qu’est-ce qui te prend d’ouvrir le courrier des autres, hein ? hurla-t-elle comme à son habitude. Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ?

Elle le gronda longuement, ce qui n’étonna pas Édouard. Au contraire, cela le rassurait presque : sa mère retrouvait enfin son comportement normal. Il écopa tout de même de cent lignes à copier : « Je ne dois pas ouvrir le courrier des autres. »

Ainsi, le mois de juin s’acheva sous le signe des mystères et des tensions. Les lettres étranges ne cessaient d’arriver. Mme Vittel et son mari les brûlaient discrètement dans le barbecue, à l’abri des regards. Le courrier retourné par la poste, la surveillance accrue autour d’Édouard, l’inquiétude croissante de ses parents… quelque chose se tramait. Quelque chose d’important. Mais quoi ?

Édouard sentait bien qu’on lui cachait quelque chose. Et ce quelque chose allait bientôt refaire surface, car la vérité — quelle qu’elle soit — était sur le point d’exploser.

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