Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu
Chapitre 4 : La lettre explosive (partie 1)
936 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 14/11/2025 13:35
L'été arriva enfin, et Édouard put dire adieu aux moqueries de Kevin — malgré sa jambe toujours plâtrée — pour retrouver celles de son frère Ludovic. Il quitta les salles de classe pour rester enfermé dans sa chambre pendant deux mois entiers. Pourtant, il ne s'attendait pas à vivre un été aussi désastreux.
Ses parents continuaient d'adopter un comportement étrange envers lui, sans qu'il comprenne pourquoi. L'année scolaire était terminée, il avait réussi à passer en sixième... Alors, qu'est-ce qu'on pouvait encore lui reprocher ?
Il n'en savait rien. Et, surtout, il n'avait pas le droit de poser la moindre question. Il se plia donc au nouveau règlement imposé par Mme Vittel, qui verrouillait systématiquement la porte de sa chambre chaque soir, l'enfermant jusqu'à neuf heures le lendemain matin.
Dans sa petite chambre exposée plein ouest, la chaleur était accablante. Impossible de dormir. On lui avait autorisé à garder un vieux ventilateur bruyant et une bouteille d'eau fraîche, maigre consolation dans cet environnement étouffant. Il dormait sans drap ni couverture.
Pendant la journée, il voyait défiler les amis de Ludovic, qui jouaient sur l'ordinateur familial ou sortaient faire un match de foot avec les enfants du quartier. Il voyait aussi sa mère monter les escaliers avec une pile de vêtements usés, visiblement destinés à lui. Ludovic ne les portait plus.
— Ça évite de se retrouver avec une tonne de linge sale à laver ! soupirait Mme Vittel.
— Et puis, ça fait des économies, renchérissait M. Vittel.
Édouard était habitué. Son père n'aimait pas gaspiller ni son temps ni son argent. Alors, le voir porter des habits trop grands ou usés jusqu'à la corde ne le dérangeait pas. Pas plus que le fait que sa chambre soit éclairée par une simple veilleuse pour bébé, faute d'ampoule normale.
Édouard s'en était fait une raison. Ludovic, lui, avait droit à tout : télé, console de jeux, figurines grandeur nature... Il était populaire, sportif, et réussissait à obtenir ce qu'il voulait simplement en se plaignant. Édouard l'enviait. Il aurait aimé être comme lui : admiré, applaudi, respecté.
Ludovic faisait aussi partie de l'équipe de foot de la ville, tout comme Kevin. Il en voulait d'ailleurs beaucoup à son frère d'avoir gâché la fin de la saison en se cassant la jambe. Quoi qu'il en soit, quand Ludovic jouait, il fallait aller le supporter. Chaque dimanche, M. Vittel obligeait Édouard à l'accompagner au stade, où il regardait son frère se faire acclamer par toute l'équipe et les parents des joueurs.
Édouard, lui, avait bien essayé de faire du sport. Il s'était inscrit au judo, pensant pouvoir enfin se défendre face à Kevin et sa bande. Mais il était maladroit, peu sûr de lui, et devenait rapidement la cible préférée des autres élèves. Trop faible, trop lent : tout le monde voulait l'affronter.
Jamais il n'avait entendu la foule scander son nom comme elle l'avait fait pour Ludovic lorsqu'il avait remporté la coupe du championnat. Jamais il n'avait trouvé de plaisir à pratiquer un sport ou même un loisir. Il avait cette impression persistante d'être inintéressant. Comme si rien ne pouvait vraiment lui plaire, parce que rien ni personne ne s'intéressait à lui.
L'été caniculaire suivait son cours, et Édouard ne pouvait qu'en observer les éclats depuis sa fenêtre. Pourtant, peu à peu, Mme Vittel desserra l'étau de son isolement. Il eut enfin l'autorisation d'ouvrir sa fenêtre et de laisser entrer un peu d'air. Ce n'était pas grand-chose, mais cela rendait les journées plus supportables.
Il passait donc ses après-midis allongé sur son lit, à écouter le gazouillement des oiseaux ou à rêvasser en pensant à Lucie, cette fille de sa classe qu'il trouvait si jolie. Tandis qu'il imaginait la rentrée au collège, dans quelques semaines à peine, un bruit étrange le tira de sa torpeur : une boulette de papier venait d'atterrir sur la moquette tachée de sa chambre, juste devant lui.
Intrigué, il se leva et se pencha à la fenêtre. En bas, il aperçut Ludovic et ses amis détaler en courant, un ballon de foot sous le bras. À part eux, la rue semblait déserte... si ce n'était ce chien errant, au pelage sable et aux grandes oreilles pointues, qui gambadait nonchalamment le long du trottoir.
Édouard referma doucement la fenêtre et se tourna vers le sol. Il ramassa le papier, qui s'avérait être une enveloppe. Un papier jauni, épais, presque granuleux, qui ressemblait à du vieux parchemin. Il fronça les sourcils en lisant ce qui y était écrit :
M. Édouard Vittel
Chambre à la veilleuse
27 rue Alfred Jarry
Saint-Clément-sur-Oudon
L'adresse était tapée à la machine, probablement une vieille. Édouard reconnut immédiatement le style — son père possédait une antique machine à écrire, héritée de la vieille tante Odile. Ce détail l'alerta.
Déjà, il ne recevait jamais de courrier. Ensuite, l'enveloppe n'était ni cachetée ni timbrée. Trop de coïncidences. Pour Édouard, il n'y avait aucun doute : c'était encore une blague de Ludovic.
Il jeta un dernier coup d'œil par la fenêtre, espérant surprendre son frère planqué derrière un buisson, en train de ricaner. Mais rien. Juste le chien, toujours là, qui le fixait.
— Je ne me ferai pas avoir, grogna-t-il en déchirant la lettre. Bien tenté, Ludovic...
Il jeta les morceaux de papier par la fenêtre, espérant que son frère verrait son plan échouer, puis retourna à ses pensées.