Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu

Chapitre 5 : La lettre explosive (partie 2)

Chapitre final

1402 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 14/11/2025 13:36

Le lendemain matin, M. Vittel demanda à Édouard d'aller chercher le courrier. Il s'exécuta sans protester et descendit vers la boîte aux lettres. Le même chien était là, assis au milieu du trottoir, le fixant avec ses yeux globuleux et étrangement expressifs. Ses oreilles pointues et son air attentif le faisaient ressembler à tout sauf à un chien ordinaire.

À qui pouvait bien appartenir cet animal ? Et pourquoi semblait-il attendre quelque chose d'Édouard ?

— Va-t'en, dit le jeune garçon. Je ne sais pas ce que tu cherches mais je ne l'ai pas.

Devant l'air ahuri de l'animal, Édouard préféra détourner le regard. Il ouvrit la boîte aux lettres, feuilleta rapidement le contenu : le journal, une carte postale adressée à Ludovic, quelques publicités... et une lettre. La même que la veille.

Elle glissa de ses mains. Lorsqu'il la ramassa, il reconnut immédiatement l'enveloppe jaunie, l'écriture tapée à la machine, et son nom imprimé dessus. Pas de doute : c'était exactement la même.

Sans réfléchir, il se dirigea vers la grande poubelle à l'extérieur, souleva le couvercle et y jeta l'enveloppe sans ménagement.

— Cette fois, il ne m'aura pas, marmonna-t-il en pensant à son frère.

Puis il se dirigea vers la maison comme si de rien n'était. Il entra dans la cuisine, distribua le courrier et observa Ludovic du coin de l'œil en attendant une réaction. Il lui tendit sa carte postale et alla s'asseoir pour finir son petit-déjeuner.

— Alors, toi, t'as rien reçu ? lança Ludovic, un sourire moqueur au coin des lèvres.

— T'aimerais bien, hein ? répliqua Édouard, sûr de lui.

— Pourquoi tu dis ça ? J'm'en fiche complètement que t'aies pas d'amis ! Au contraire, ça me fait rire, répondit Ludovic, hilare.

Édouard serra les poings, le regard noir. Il se leva brusquement, prêt à exploser.

— Bon, ça suffit les enfants, intervint sèchement M. Vittel, sans quitter son journal des yeux.

Édouard se rassit, furieux, tandis que Ludovic lui adressait un sourire mesquin. Il ruminait sa colère. Il n'en pouvait plus de subir. Un jour, il se vengerait, c'était sûr.

Le reste de la journée passa entre la télévision et les corvées imposées par Mme Vittel. Il oublia même un moment l'incident du matin... jusqu'à l'heure du déjeuner.

Ce jour-là, M. Vittel lui ordonna de préparer le barbecue. En disposant les feuilles de journal au fond du bac, Édouard trouva à nouveau la même lettre, coincée entre deux pages de sports. Même papier jauni, même adresse, même typographie.

Trop, c'était trop. Agacé, il froissa la lettre et la jeta dans le barbecue, avec le reste du papier. Avant d'y mettre le feu, il jeta un regard autour de lui, s'attendant à voir Ludovic planqué dans un coin du jardin. Mais personne. Juste le chien, encore lui, qui l'observait depuis l'angle de la maison.

— Ouste ! Va-t'en ! lança Édouard en agitant les bras.

Le chien tourna les talons et s'éloigna sans un bruit. Mais quelque chose, dans son regard, mit Édouard mal à l'aise.

Pourquoi apparaissait-il à chaque fois qu'il trouvait une de ces lettres ? Le lien devenait de plus en plus troublant...

Il décida néanmoins d'ignorer tout cela. Peut-être que Ludovic finirait par se lasser. Il n'ouvrirait jamais cette lettre, point final.

Mais le lendemain, les choses prirent une tournure encore plus étrange.

Ce jour-là, Édouard décida de fuir l'ambiance pesante de la maison. Il sortit, direction l'étang, à quelques rues de là, espérant que Ludovic ne viendrait pas le déranger. Il trouva un coin d'ombre sous un vieux chêne, s'y installa tranquillement et sortit une bande dessinée qu'il avait discrètement empruntée dans la chambre de son frère.

Enfin un moment de paix. Personne pour le harceler, pas de lettres, pas de chiens étranges... Du moins, jusqu'à ce qu'il tourne la page suivante.

Une lettre lui tomba dans les mains. Il la reconnut aussitôt. Elle semblait s'être glissée dans la bande dessinée, comme par magie.

— Bon, cette fois, ça suffit ! grogna Édouard, excédé.

Il la serra dans son poing et se leva d'un bond, prêt à retourner chez lui pour affronter son frère une bonne fois pour toutes.

— Il me prend pour un idiot ? Je vais lui montrer que je ne suis pas né de la dernière pluie !

Mais dans sa colère, il ne vit pas venir le pire moment possible.

— Eh, les gars ! Regardez qui voilà, lança une voix derrière lui.

C'était Kevin Bodin, toujours avec ses béquilles, entouré de sa bande habituelle. Avant même qu'Édouard puisse réagir, deux garçons costauds lui bloquèrent le passage.

— Pousse-toi, Kevin, j'ai pas le temps, dit Édouard, tentant de garder son calme.

— Ouh là, calme-toi "Mickey", ricana Kevin. C'est quoi que tu trimballes là ?

En un éclair, il lui arracha la bande dessinée et la lettre des mains. Les deux gorilles saisirent Édouard par les bras pour l'empêcher de bouger.

— Oh ! Tu lis encore des BD ? On lit ça en CP, "Mickey" !

Rires collectifs. Édouard, lui, bouillait de honte.

Kevin jeta négligemment la BD au sol et s'attarda sur la lettre.

— Et ça, c'est quoi ? ... « M. Édouard Vittel... Chambre à la veilleuse »... Ha ! T'as peur du noir, Édouard ?

Tout le monde éclata de rire. Ils se passaient la lettre comme un trophée, en chantonnant :

Édouard le trouillard,

Il a toujours peur du noir !

Édouard tenta de s'expliquer, mais personne ne l'écoutait. Avec cette révélation honteuse, il sentit que tout espoir de se faire des amis au collège s'évaporait dans les rires moqueurs.

Finalement, les deux gorilles le lâchèrent, le laissant tomber dans l'herbe. Kevin s'éloigna en ricanant, entouré de sa joyeuse bande.

Mais à ce moment-là, quelque chose d'étrange se produisit. Le chien. Le même que les jours précédents, fonça sur Kevin et le plaqua au sol. Il grognait férocement, les crocs bien visibles.

Les amis de Kevin, pris de panique, reculèrent d'un bond. L'un d'eux tenta de s'approcher pour repousser l'animal, mais un grondement plus intense encore le fit reculer.

— Attendez-moi, bande de lâches ! hurla Kevin, incapable de se relever à cause de sa jambe plâtrée.

Il était à terre, tremblant, le chien au-dessus de lui, le regardant fixement.

— Tu as peur, Kevin ? fit Édouard, un sourire satisfait sur le visage. Ce n'est qu'un chien, pourtant.

— Fais-le partir, s'il te plaît ! Je suis désolé ! Je ne dirai rien sur ta chambre, je te jure ! Je m'excuse pour tout !

Édouard hésita. Mais voyant Kevin réellement terrorisé, il décida de le libérer. Il s'approcha, repoussa doucement le chien et tendit les béquilles à Kevin.

— Ne recommence jamais, prévint-il. Sinon, la prochaine fois, je ne retiendrai pas le chien.

— Promis... répondit Kevin en s'éloignant, la peur au ventre.

Édouard resta seul un moment, le chien à ses côtés. Il ramassa la bande dessinée, souffla la poussière, puis se tourna vers son sauveur.

— Merci... fit-il simplement.

Le chien remuait la queue, la langue pendante.

Alors qu'Édouard s'apprêtait à rentrer, l'animal émit un aboiement joyeux. Lorsqu'il se retourna, il le vit, une fois de plus, tenir dans sa gueule... la lettre.

— Non, je n'en veux pas ! Garde-la, dit-il en faisant un geste de la main.

Mais le chien le suivait.

— Va-t'en maintenant ! C'est une blague de mon frère, je ne tomberai pas dans le panneau !

Rien à faire. Le chien le fixait, insistant. Excédé, Édouard lui arracha la lettre, la froissa rageusement et la lança en direction de l'étang.

— Voilà ce que j'en fais de ta foutue lettre !

La lettre tourna dans les airs... et explosa dans une petite détonation. Édouard sursauta. Le chien aussi, qui fila en gémissant, la queue entre les jambes. Pendant un long moment, Édouard resta figé. Était-ce lui qui avait causé ça ? Avait-il un don qu'il ignorait ? Puis, reprenant ses esprits :

— Il a mis un pétard dans l'enveloppe... murmura-t-il, les yeux rivés sur les morceaux fumants qui flottaient à la surface de l'eau.

Sa colère redoubla. Cette fois, il allait se venger. 

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