Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu
Chapitre 6 : La lettre explosive (partie 3)
872 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 14/11/2025 13:38
De retour chez lui, Édouard mit aussitôt son plan à exécution. Assis à son bureau, l'esprit en ébullition, il griffonna un message vengeur sur un morceau de papier qu'il trempa dans du café pour lui donner un aspect ancien. Une fois le tout bien séché à l'aide de son vieux ventilateur, il saupoudra généreusement la lettre de poivre avant de la glisser dans une enveloppe elle aussi jaunie.
Ce serait sa réponse. Sa revanche.
Il alla discrètement déposer la lettre sous la porte de la chambre de Ludovic, puis fila en courant dans la sienne, le cœur battant. Il colla aussitôt son oreille contre la porte pour écouter.
Quelques secondes plus tard :
— Atchoum !... Mais qu'est-ce que... A... A... ATCHOUM !
Édouard éclata de rire. Le poivre faisait son effet. Ludovic éternuait à répétition, complètement pris au piège. Mais son triomphe fut de courte durée.
La porte de la chambre d'en face s'ouvrit brusquement et Ludovic débarqua dans la sienne, furieux, les yeux rouges et le nez dégoulinant.
— Non mais t'as pété un câble ou quoi ?! hurla-t-il entre deux reniflements. C'est quoi ton problème ?!
— Tu m'as bien piégé avec tes lettres ! répliqua Édouard, toujours hilare, tenant un livre dans les mains pour jouer les innocents sans réaliser qu'il était à l'envers.
— Quelles lettres ?! J'y suis pour rien, espèce de malade ! A...ATCHOUM !
Mais Édouard n'écoutait pas. Il était convaincu de la culpabilité de son frère.
— Allez, fais pas semblant ! Tu mets des pétards dans mes courriers maintenant ?!
Ludovic fronça les sourcils, interloqué.
— Mais de quoi tu parles ? T'es complètement fou !
Et sans prévenir, il se jeta sur Édouard, lui arracha son livre des mains et lui tordit violemment le bras.
— Aïe ! Hurla Édouard, incapable de se défendre. Arrête, tu me fais mal !
— Ah bon ? Oh pardon... répondit Ludovic d'un ton faussement compatissant, tout en serrant encore plus fort.
Édouard cria de douleur. Ludovic, plus fort, plus âgé, plus imposant, profita sans vergogne de son avantage physique pour rappeler à son frère qui dominait la maison. Puis, enfin, il relâcha la pression et s'éloigna en le menaçant :
— Tu vas me le payer... Atchoum !
Et il quitta la pièce, la main toujours sur son nez rougi par les éternuements.
Plus tard, en milieu d'après-midi, Édouard décida de frapper encore plus fort. Cette fois, il prépara une bombe de peinture verte, faite maison à partir d'un ballon de baudruche rempli d'un mélange gluant. Il l'installa à sa fenêtre, en embuscade, attendant que Ludovic sorte dans le jardin.
Enfin, la porte s'ouvrit. Ludovic apparut, l'air toujours grognon. Édouard attendit qu'il passe exactement sur le paillasson, puis lâcha son projectile.
Le ballon s'écrasa juste à côté de Ludovic, éclatant dans une gerbe de peinture verte. Il en fut recouvert de la tête aux pieds.
— ÉDOUARD !!! hurla-t-il.
Le petit frère éclata de rire. C'était parfait. Mais son rire s'étrangla immédiatement lorsqu'un cri perçant retentit :
— QUI A FAIT ÇA ?!
Mme Vittel, plus furieuse que jamais, surgit dans la chambre d'Édouard, les yeux lançant des éclairs.
Ce fut le début de la punition du siècle. Recopier des lignes ? Bien trop facile. Cette fois, il dut tout nettoyer : les murs, les sols, les vêtements, les draps... La peinture s'était infiltrée partout, jusque dans la maison.
Édouard frotta, brossa, savonna, enchaîna les allers-retours avec des bassines d'eau, le dos en feu. Même les habits de Ludovic et les draps blancs qui séchaient dehors y étaient passés.
Il dîna seul, dehors, en silence, tout en finissant de gratter les dernières traces vertes du mur.
Le soir venu, Édouard monta enfin dans sa chambre, épuisé. Il s'écroula tout habillé sur son lit, sans même prendre la peine de se changer. Ses bras tremblaient de fatigue. En quelques secondes, il s'endormit.
Mais ce n'était pas un sommeil paisible.
Dans son rêve, il se trouvait à l'intérieur d'une calèche tirée par des chevaux ailés. Il portait un accoutrement étrange, presque ridicule. Autour de lui, d'autres enfants, habillés pareil, chuchotaient avec excitation.
Le carrosse roulait doucement dans la nuit, et Édouard, regardant à travers la fenêtre, aperçut d'autres calèches identiques, volant autour d'eux. Des jardins à la française, éclairés par des chandelles, défilaient sous ses yeux, décorés de statues de marbre et de bassins paisibles.
Il s'apprêtait à descendre, à découvrir enfin où il était... Mais tout se troubla. Une lumière soudaine, aveuglante, le tira de son rêve. Sa vision s'effaça. Il ouvrit les yeux.
— Debout ! lança Mme Vittel en ouvrant les volets. Va prendre ton petit déjeuner, ta punition n'est pas terminée. Dépêche-toi !
Et elle s'éloigna dans sa robe de chambre rose, sans même se retourner. Édouard se leva, le visage encore marqué par son rêve. Il aurait tant voulu y rester un peu plus longtemps.