Beauxbâtons - L'envol d'un né-Moldu
Chapitre 7 : Monky (partie 1)
1268 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 18/11/2025 16:51
L'horrible été d'Édouard se poursuivait sans encombre. Le soleil cognait depuis des semaines sur les toits gris de la rue Alfred Jarry, et la chaleur semblait avoir assommé tout le quartier. Les volets clos, les trottoirs déserts, pas un rire d'enfant, seulement le vrombissement lointain d'une tondeuse et le crissement des cigales urbaines coincées entre deux murs de béton.
La fin juillet approchait déjà, et, aussi étrange que cela puisse paraître, Mme Vittel avait retrouvé le sourire.
Elle ne paraissait plus anxieuse ni énervée lorsqu'elle ramassait le courrier ; au contraire, elle semblait même un peu... joyeuse. Cela inquiétait Édouard plus qu'autre chose. Quand sa mère souriait, c'était rarement bon signe.
Depuis « l'incident de la bombe de peinture », elle lui trouvait mille corvées pour « l'occuper sainement ». En réalité, elle voulait surtout le surveiller.
Chaque jour, Édouard devait briquer, frotter, ranger : nettoyer les carreaux de la véranda, dépoussiérer les bibelots, repeindre la barrière du jardin. Ce matin-là, il avait hérité d'une mission plus absurde encore : astiquer la baignoire avec une brosse à dents.
Il travaillait à genoux, trempé de sueur, pendant que le ventilateur grinçant brassait de l'air chaud. Il enviait son frère qui était parti au cinéma avec sa bande et Monsieur Vittel.
Dehors, la lumière blanche du soleil s'écrasait sur les murs jaunis, et à travers la vitre, on distinguait les rideaux lourds de toutes les fenêtres closes — chacun attendant que passe cette torpeur estivale.
Mme Vittel, installée dans le salon, tournait nerveusement les pages d'un magazine de décoration.
Elle lançait parfois :
— Frotte bien dans les coins, Édouard ! On croirait que tu veux que la saleté s'installe !
Il ne répondit pas. Il se contenta de serrer la brosse plus fort, imaginant que chaque coup sur la faïence effaçait un peu sa colère.
« Si seulement je pouvais récurer d'un coup de baguette magique, pensa-t-il. »
Il rêvait d'ailleurs, de grands espaces, d'ombres fraîches et de vent. Un instant, son esprit s'évada vers le jardin merveilleux de son rêve — cet endroit baigné de lumière, où il n'entendait plus sa mère crier. Un monde silencieux, paisible. Libre.
Son regard dériva vers la fenêtre : le ciel vibrait d'un bleu éclatant, et même les mouches semblaient collées à la chaleur. Il soupira.
Peut-être que quelqu'un viendrait le chercher un jour. Peut-être qu'il y avait bien, quelque part, un ailleurs pour lui. Mais au fond, il n'y croyait plus vraiment.
Mme Vittel entra sans prévenir, son éternel tablier fleuri sur les hanches.
— Quand tu auras fini, tu rangeras la chambre de ton frère ! Et n'oublie pas de trier les vêtements, il y a sûrement des choses qui t'iront !
Puis elle ressortit, claquant la porte derrière elle.
Dans la pile de vieux habits, Édouard découvrit un sweat bleu délavé, souvenir de son frère Ludovic. Autrefois, tout le monde voulait le même. Aujourd'hui, il ne restait qu'un vêtement fatigué, sans éclat. Il passa les doigts sur le tissu rêche et sentit une bouffée de rancune monter. Même usé, ce vêtement semblait encore porter l'ombre de son frère parfait.
Les minutes s'étiraient. Dans le silence lourd de l'après-midi, on entendait seulement le tic-tac de l'horloge du salon. Ludovic était revenu de sa séance de cinéma et se délectait de voir Édouard ranger sa chambre. Monsieur Vittel était parti faire une course en ville.
Tout le monde dormait, même le quartier semblait s'être endormi. Puis, soudain, trois coups secs résonnèrent à la porte d'entrée.
Édouard sursauta.
— Va ouvrir ! hurla sa mère depuis la cuisine.
Il posa la pile de vêtement, descendit les escaliers et ouvrit la porte... Dehors, personne. Pas âme qui vive. La rue était calme, tout le monde faisait la sieste.
— Plus bas, monsieur, fit une voix toute petite.
En baissant les yeux, Édouard crut d'abord voir un garçonnet habillé d'une chemise blanche crasseuse, mal boutonnée, avec un nœud papillon de travers. Mais ses oreilles pointues et ses gros yeux globuleux le firent reculer d'un bond.
Édouard resta pétrifié sur le pas de la porte, incapable de prononcer un mot. Le petit être leva vers lui un visage sincèrement inquiet. Ses grandes oreilles tremblaient un peu, et ses yeux globuleux reflétaient le soleil brûlant comme deux billes de verre.
— Monky a fait un long voyage pour vous trouver, monsieur Édouard Vittel, dit-il, essoufflé, les mains jointes comme s'il implorait son attention. Monky ne doit pas être vu par les Moldus.
Édouard cligna des yeux.
— Les quoi ?
— Les non-sorciers, précisa la créature, avec la patience d'un maître d'école.
Il se pencha alors, jetant un regard inquiet à droite et à gauche de la rue silencieuse. Une voisine passa furtivement derrière son rideau, croyant sans doute apercevoir un chat.
— Je... je crois que vous faites erreur, murmura Édouard, la gorge sèche. Vous devriez partir avant que ma mère...
— Oh, Monky sait ! s'exclama la petite créature en tordant ses doigts. Si madame Vittel voit Monky, elle va hurler ! C'est pour ça que Monky doit parler vite !
Édouard jeta un regard nerveux derrière lui, craignant que sa mère n'apparaisse au détour du couloir.
— D'accord... mais vite, souffla-t-il.
Il se glissa sur le seuil et referma discrètement la porte derrière lui, jusqu'à ne laisser passer qu'une mince ouverture.
Face à lui, Monky se dandina, ses orteils crochus tapotant le perron. Il leva les yeux vers Édouard avec un sérieux presque cérémonieux.
— Monky apporte une lettre, monsieur. Une lettre très importante.
Il sortit de sous sa chemise un morceau de papier jauni, soigneusement plié. Le cachet rouge, orné d'un blason en relief, fit battre le cœur d'Édouard plus fort. Il la reconnut aussitôt.
— Non, pas encore ! gémit-il en reculant. Je ne veux pas d'une autre lettre piégée !
— Piégée ? répéta Monky, horrifié. Non, non, non ! Cette lettre n'a jamais été piégée, monsieur ! C'est la vraie ! Monky le jure sur ses oreilles !
Il tapa sur sa poitrine d'un petit poing sincère, et ses grandes oreilles frémirent d'émotion.
— Dedans, il y a la vérité, monsieur Édouard Vittel. Vous devez la lire.
Le garçon hésita. Ses doigts tremblaient lorsqu'il prit le parchemin. L'adresse était bien la sienne, écrite d'une encre verte et soignée. Il décacheta lentement la cire, le cœur battant et lut à voix haute.
Service d'administration
De l'ACADEMIE DE MAGIE DE BEAUXBATONS
Directeur du service d'administration
et directeur adjoint de l'Académie :
Andromède Alphératz
Cher M. Vittel,
Nous avons l'honneur de vous informer qu'Andréa Dénébola, directrice de l'Académie de Magie de Beauxbâtons, accepte votre inscription à sa célèbre école de sorcellerie. Le service d'administration, sous la tutelle du ministère des affaires internes, prend en charge tous les frais de scolarité et fournitures nécessaires pour votre rentrée en 6ème.
Nous vous enverrons un guide pour vous aider à trouver ces fournitures.
Vous êtes attendu le 4 septembre à 19h00 à la sortie de la station Calysthènes, où une place vous est réservée dans un carrosse menant à l'Académie.
Veuillez agréer, M. Vittel, l'expression de mes sentiments distingués.
Mme Alice Rosmerta
1ère secrétaire du service d'administration
De l'ACADEMIE DE MAGIE DE BEAUXBATONS