Harry Potter et la Marseillaise à Poudlard
Chapitre 1 : Oh fan de chichourle, c’est quoi ce château !
2269 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 24/01/2026 17:06
À quinze ans, Harry Potter croyait avoir exploré tous les recoins des mystères de Poudlard. Cinq longues années à déambuler dans ses couloirs sombres et sinueux, à affronter des professeurs aussi imprévisibles que redoutables, à croiser des créatures étranges et parfois inquiétantes, et à survivre à des catastrophes annuelles toujours plus périlleuses, lui avaient enseigné une règle simple mais fondamentale. Lorsqu’une année scolaire débutait dans un calme suspect, il valait mieux se préparer au pire. Pourtant, ce matin-là, tout semblait étrangement paisible. Un brouillard épais s’accrochait aux tours du château, ondulant autour des créneaux comme un vieux chat têtu qui refusait de se laisser déranger. L’air froid et humide de l’Écosse piquait la peau, et les hiboux, visiblement contrariés par la fraîcheur matinale, regagnaient leurs perchoirs en poussant des râles plaintifs. Dans les couloirs encore déserts, les éclats des pas des élèves se mêlaient au grincement des lourdes portes de bois et aux échos des pierres centenaires. Harry avançait lentement, enveloppé dans son écharpe aux couleurs de Gryffondor, aux côtés de Ron Weasley et d’Hermione Granger. Leurs pas résonnaient sur les dalles froides et luisantes de la pierre, chaque écho semblant accentuer l’atmosphère mystérieuse de ce matin apparemment banal.
- J’te jure, Harry, marmonna Ron en se frottant les yeux, si aujourd’hui encore on a double potion avec Rogue, je fais semblant d’attraper une maladie rare.
- Ron, répondit Hermione sans lever les yeux de son livre, tu dis exactement la même chose depuis trois ans.
- Ouais, mais cette fois j’y crois vraiment.
Harry esquissa un sourire distrait. Il connaissait cette sensation, ce léger picotement à la base du crâne. Quelque chose n’allait pas. Et comme souvent à Poudlard, ce « quelque chose » ne tarda pas à se manifester. Une voix fendit l’air. Pas un cri de panique. Pas un sortilège raté. Juste un accent.
- Oh putain… Mais c’est immense ce truc !
Les trois amis s’arrêtèrent net.
- T’as entendu ? demanda Harry.
- Ouais, répondit Ron en fronçant les sourcils. Et c’était clairement pas du fourchelang.
- Ni un élève britannique, ajouta Hermione avec un soupçon de curiosité scientifique.
Une silhouette se dessina lentement sur le chemin sinueux menant au château, se détachant comme un point noir sur le vert sombre des collines embrumées. C’était une fille, visiblement de leur âge, avançant avec une détermination qui tranchait avec le calme du matin. Ses cheveux bruns, emmêlés et attachés à la va-vite, formaient une cascade désordonnée autour de son visage aux traits fins. Ses yeux, vifs et curieux, scrutaient chaque détail de l’immense bâtisse, capturant les tours qui émergeaient du brouillard comme des géants endormis. Malgré le sac manifestement trop lourd qui pendait à son épaule, sa démarche restait assurée, presque défiant le poids et le vent glacial qui s’engouffrait dans les vallées. Sa veste, bien trop légère pour le climat écossais, frissonnait sous la brise, tandis qu’un foulard bleu et blanc, noué autour de son cou, semblait presque incongru au milieu du paysage gris et humide, contrastant avec la pierre ancienne du château et les touffes de bruyère humide. Elle s’arrêta enfin, leva les yeux vers les tours imposantes de Poudlard, posa ses mains sur ses hanches avec un mélange d’assurance et d’exaspération, et laissa échapper d’une voix claire et déterminée :
- Oh fan de chichourle… j’suis clairement pas à la Plaine.
Le silence tomba. Harry cligna des yeux. Ron ouvrit la bouche. Hermione la referma aussitôt.
- C’est moi ou elle parle bizarrement ?
- Ron, ne sois pas impoli, chuchota Hermione.
- Mais Hermione, on dirait Hagrid quand il a bu.”
La fille éclata de rire.
- Ah mais j’vous entends hein ! J’parle pas bizarrement, j’parle marseillais. C’est culturel. Dites-moi, c’est bien Poudlard ici ? Parce que normalement, j’étais censée arriver direct.
- Euh… bonjour ? tenta Harry.
Ron pencha la tête.
- Normalement ?
- Ouais. Portoloin. Enfin… portoloin défectueux.
Elle posa son sac par terre dans un bruit sourd.
- Résultat : champ perdu, pluie horizontale, moutons peu coopératifs. Le Ministère a paniqué, moi aussi. Du coup, ils m’ont collée dans le Poudlard Express pour finir le trajet. Six heures. Sans soleil. Une épreuve.
Hermione ouvrit de grands yeux.
- Un portoloin défectueux, c’est extrêmement rare…
- Ben aujourd’hui, t’as coché la case « événement rare ».
Harry observa la scène en silence. Il avait appris à se méfier des arrivées chaotiques.
- Moi c’est Lila. Lila Santoni. Je viens de Marseille.
- Harry. Harry Potter.
Les yeux de Lila s’écarquillèrent.
- Ah ouais. Toi. On m’a parlé de toi dans le train. Apparemment, quand t’es dans le coin, les ennuis suivent.
- J’essaie de rester discret, répondit Harry avec un demi-sourire.
- Raté.
Lila parla peu pendant le reste du trajet vers le château. Elle observait. Les escaliers mouvants, les tableaux bavards, la taille démesurée de l’ensemble.
- Bon… souffla-t-elle. Non mais sérieux, chez nous les écoles de magie, c’est pas comme ça. Déjà y’a pas autant d’escaliers qui bougent. J’ai failli me casser la gueule trois fois. Et puis il fait froid ! Mais froid ! Comment vous vivez ici ?
Ron haussa les épaules.
- On s’habitue.
- Ah ben moi j’vais pas m’habituer. J’vais me plaindre. Fort.
Quand les portes de la Grande Salle s’ouvrirent, la conversation s’arrêta net. Des centaines d’élèves levèrent la tête. Et des centaines d’élèves virent Lila Santoni entrer comme si elle débarquait dans un bar du Vieux-Port.
- Ooooh mais c’est magnifique !
Les murmures commencèrent aussitôt.
- C’est qui ?
- Elle vient d’où ?
- Pourquoi elle parle comme ça ?
À la table des Serpentard, Draco Malefoy plissa les yeux.
- Encore une étrangère.
Lila tourna la tête, le détailla calmement.
- Toi, j’te sens pas.
Draco rougit.
- Pardon ?
- T’as une tête à te plaindre au professeur pour un rien. On appelle ça une tête à gifle, chez moi.
Un fou rire général éclata chez Gryffondor. Ron tapa sur la table.
- Je l’aime bien.
Hermione tenta de garder son sérieux. À la table des professeurs, Dumbledore observait la scène avec un sourire mystérieux. McGonagall, elle, avait l’air à deux doigts de faire une syncope.
- Albus… murmura-t-elle.
- Oui, Minerva ?
- Expliquez-moi pourquoi cette élève ressemble à une tornade.
- Parce que, chère Minerva, certaines magies arrivent avec beaucoup… d’accent.
Lila, elle, regardait le plafond enchanté.
- Putain mais même le ciel est magique ici. À Marseille, quand il pleut, c’est déjà la panique.
Ron étouffa un rire. Hermione soupira.
Quand vint son tour, Lila avança d’un pas hésitant vers le tabouret en bois poli, dont les griffes délicatement sculptées semblaient raconter des siècles de cérémonies semblables. Elle grimpa dessus avec précaution, sentant le bois froid contre ses jambes et le léger tremblement de ses mains trahissant son appréhension. Devant elle, le Choixpeau magique reposait sur son coussin de velours usé, semblant à la fois immobile et étrangement vivant, comme s’il respirait doucement. Ses yeux scrutèrent chaque pli, chaque couture de ce chapeau aux couleurs fanées, et un frisson parcourut son échine. La lueur des chandelles dans la Grande Salle se reflétait sur le cuir froissé du Choixpeau, créant des ombres mouvantes qui donnaient à l’objet une aura à la fois fascinante et inquiétante. Lila inspira profondément, sa poitrine se gonflant sous sa robe trop chaude, et observa le chapeau avec une méfiance mêlée de curiosité, prête à affronter ce moment décisif qui pourrait changer sa vie à Poudlard.
- Bon… j’te préviens, si tu me fais finir chez les coincés, ça va mal se passer.
Le Choixpeau soupira profondément.
- Encore une…
Il se posa sur sa tête.
- Hmm… beaucoup de feu… beaucoup de courage… beaucoup de bruit… Oh par Merlin.
Toute la salle retint son souffle.
- Gryffondor !
La table explosa de joie. Lila leva les bras.
- Et bim ! Comme à l’OM !
Harry applaudit, Ron hurlait, Hermione souriait malgré elle. McGonagall ferma les yeux.
- Cette année va être longue.
À peine installée à la table de Gryffondor, Lila posa ses coudes sur la table, regarda autour d’elle et lâcha :
- Bon. Qui commande ?
Harry cligna des yeux.
- Commander… quoi ?
- Ben la bouffe, pardi ! On attend quoi ? Chez nous, quand on s’assoit, on mange.
Comme pour lui donner raison, les plats apparurent soudainement. Lila se leva presque de son banc.
- Ooooh mais c’est ça la magie !
Elle attrapa un poulet rôti, le renifla.
- Pas mal… pas mal du tout. Un peu sec, mais ça passe.
Ron la regardait avec admiration.
- T’es incroyable.
- Oh ça, on me le dit souvent.
Hermione tenta de la raisonner.
- À Poudlard, on essaie de se tenir correctement à table…
- Hermione, ma belle, la vie est trop courte pour manger en silence.
Elle se tourna vers Seamus Finnigan.
- Alors, t’es d’où toi ?
- Irlande.
- Ah ben voilà ! Un peuple qui comprend l’alcool ! On va s’entendre.
À la table des Serpentard, Malefoy bouillonnait.
- Elle n’a aucune classe. Elle parle trop fort. Elle mange avec les mains.
Lila l’entendit parfaitement.
- Oh blondinet ! Si t’as un problème, tu viens le dire ici. J’te fais un cours de politesse version Marseille.
Les rires redoublèrent. Dumbledore tapa doucement dans ses mains.
- Mes chers élèves… je vois que notre nouvelle venue s’intègre… rapidement.
Lila leva son verre.
- Santé, le directeur !
McGonagall faillit s’étrangler.
Le lendemain matin, premier cours : Potions, avec le professeur Rogue. Hermione était concentrée. Harry méfiant. Ron déjà inquiet. Lila entra dans la salle, regarda Rogue, fronça les sourcils.
- Oh. Lui, c’est un pas commode.
Rogue parla lentement, froidement.
- Je suis le professeur Rogue. Ici, on ne tolère ni l’insolence, ni l’ignorance.
Lila leva la main.
- Question.
- Je n’ai pas encore autorisé.
- Vous avez une tête à pas autoriser grand-chose.
Silence glacial.
- Votre nom.
- Lila. Et vous, faut sourire un peu, sinon vos rides vont se battre entre elles.
Ron s’étouffa. Harry fixa son bureau. Hermione pria intérieurement. Rogue s’approcha dangereusement.
- Ici, on suit des règles.
- Ah ben parfait, j’adore les règles. Surtout quand je les comprends.
Quand vint le moment de préparer la potion, Lila observa les ingrédients.
- C’est ça vos recettes ? Chez moi, même ma grand-mère ferait mieux.
Elle ajouta un ingrédient en trop. La potion devint orange vif et se mit à sentir… l’anis.
- Qu’avez-vous fait ? hurla Rogue.
- Un petit ajustement personnel. Ça détend.
Rogue nota quelque chose sur son carnet.
- Dix points en moins pour Gryffondor.
- Oh ça va, c’est pas l’OM en Ligue des Champions.
Après ce cours catastrophique, Harry entraîna Lila vers le parc.
- Viens, faut que tu rencontres quelqu’un.
Hagrid apparut entre les arbres.
- Harry !
- Oh la vache, il est immense !
Hagrid sourit.
- Et toi, t’es la nouvelle ?
- Ouais. Lila. Et toi t’es rassurant mais t’as l’air de pouvoir tuer quelqu’un sans faire exprès.
Ils éclatèrent de rire. Autour d’un thé (beaucoup trop fort selon Lila), Hagrid expliqua :
- Poudlard avait besoin de quelqu’un comme toi.
- Comment ça ?
- Ta magie… elle est différente. Elle réchauffe.
Lila devint soudain sérieuse.
- Chez moi, la magie, c’est pour rassembler. Pas pour faire peur.
Harry comprit à cet instant que Lila n’était pas juste bruyante. Elle était importante.
Dans le dortoir, Lila regarda le plafond. Il était trop blanc, trop lisse, sans une fissure. Rien à voir avec les vieux plafonds marseillais qui racontent des histoires à force de craquer sous la chaleur. Ici, même le silence semblait propre.
- Bon. C’est pas Marseille. Mais j’vais m’y faire.
Par la fenêtre entrouverte, le vent s’engouffra en sifflant, faisant trembler les rideaux. L’air sentait la résine. Au loin, la forêt ondulait, compacte. Lila se redressa légèrement sur son lit. Et pour la première fois depuis son arrivée, un frisson lui parcourut l’échine. Pas de froid. Plutôt cette impression désagréable d’être observée, comme si l’endroit lui-même retenait son souffle.
- Bon… y’a un truc louche ici. Et j’aime pas quand c’est louche.
Elle resta immobile une seconde, puis un sourire lent étira ses lèvres. Un sourire pas tout à fait rassurant.
- Parfait.