Harry Potter et la Marseillaise à Poudlard

Chapitre 2 : À Poudlard, ils font de la magie… mais pas la bonne

3176 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 27/01/2026 09:22

Le réveil dans le dortoir de Gryffondor fut marqué par un événement que le château, pourtant vieux de plusieurs siècles et habitué aux bizarreries les plus improbables, n’avait encore jamais connu. Un cri marseillais à pleine puissance, répercuté et amplifié par les pierres anciennes, ricochant contre les murs circulaires et s’engouffrant jusque dans les recoins du dortoir.

- Oh mais c’est un frigo ce château ou quoi !

Le cri jaillit comme un sortilège sonore. Neville sursauta si violemment qu’il manqua de tomber de son lit, s’emmêlant dans ses draps. Dean se redressa d’un coup sec et se cogna la tête contre le montant de bois sculpté, lâchant un grognement étouffé. Seamus, à moitié enfoui sous sa couverture, jura en gaélique avec une sincérité qui laissait entendre que ce n’était pas sa première malédiction de la journée. Dans ce chaos matinal, Hermione, déjà parfaitement habillée, cheveux impeccablement coiffés et livres empilés au pied de son lit, poussa un profond soupir résigné, comme si elle avait senti ce moment arriver.

- Lila… il est six heures trente.

- Et alors ? À cette heure-là, chez moi, y’a même pas le boulanger qui a ouvert !

Lila, emmitouflée dans une couverture trop fine, se leva en traînant des pieds jusqu’à la fenêtre. Elle tira brusquement les rideaux. Aussitôt, une lumière grise et morne inonda le dortoir, révélant un ciel bas et chargé, d’où tombait une pluie fine poussée par un vent glacial. Les tours de Poudlard semblaient se perdre dans la brume, comme si le château lui-même frissonnait. Elle resta figée une seconde, observa le spectacle, puis referma les rideaux avec une violence outrée.

- Non mais c’est pas humain, votre climat.

- C’est l’Écosse, marmonna Ron depuis son lit, la voix étouffée par son oreiller.

-Ah ben voilà. Tout s’explique.

Elle retourna vers son sac, l’ouvrit avec énergie, fouilla frénétiquement à l’intérieur et en sortit une paire de chaussettes épaisses qu’elle brandit comme un trésor inespéré.

- On m’avait dit “prévois un pull”. J’aurais dû prévoir une cheminée personnelle.

Harry, adossé à son lit, encore à moitié réveillé, observait la scène avec un léger sourire amusé. Il avait vu des élèves paniquer pour moins que ça, des examens, des potions ratées, des professeurs particulièrement lunatiques, mais rarement avec autant de verve et de théâtralité dès l’aube.

- T’inquiète, dit-il calmement en attrapant sa robe. Au bout d’un moment, tu sentiras même plus le froid.

- Ça, répondit Lila sans hésiter, c’est une phrase de quelqu’un qui a clairement abandonné l’espoir.

Le dortoir retrouva peu à peu son agitation habituelle, ponctuée de bâillements, de grognements et de rires étouffés, tandis que dehors, l’Écosse poursuivait imperturbablement son offensive glaciale.



La Grande Salle bourdonnait déjà d’une agitation chaleureuse lorsqu’ils y pénétrèrent. Le plafond enchanté, encore teinté de nuages gris et mouvants, reflétait la météo maussade de l’extérieur, tandis que des centaines de bougies flottaient au-dessus des longues tables de bois, diffusant une lumière dorée et rassurante. Le cliquetis des couverts, les éclats de rire matinaux et les conversations entremêlées formaient un brouhaha constant, presque vivant. Lila entra derrière eux, s’arrêta net et balaya la salle du regard. Ses yeux s’attardèrent aussitôt sur les tables chargées de nourriture. Plateaux fumants, piles de pains dorés, bols débordant de fruits, confitures étincelantes et montagnes de beurre parfaitement alignées. Elle hocha lentement la tête, visiblement satisfaite.

- Bon. Au moins, ils savent manger ici.

Sans la moindre hésitation, elle se servit avec un aplomb désarmant, remplissant son assiette jusqu’à ce qu’elle menace dangereusement de déborder. Œufs brouillés, tranches de bacon croustillantes, pain encore chaud, confiture brillante et une quantité franchement inquiétante de beurre s’empilèrent dans un équilibre précaire.

- Tu manges beaucoup, remarqua Ron, les yeux brillants d’admiration.

- Je mange pour survivre au froid, répondit Lila sans lever les yeux de son assiette. C’est stratégique.

Autour d’eux, les murmures se poursuivaient, glissant d’une table à l’autre comme des courants discrets.

- C’est la Française…

- Elle parle fort…

- Elle a répondu à Malefoy hier…

Lila leva soudain la tête, ses yeux bruns pétillant d’amusement. Elle balaya la salle du regard, croisa quelques regards surpris, puis lança d’une voix parfaitement audible :

- Eh, j’vous entends hein. J’ai pas l’accent sourd.

Le silence tomba aussitôt, presque comique. Des élèves figés, des cuillères suspendues en plein air, et même quelques professeurs qui relevèrent un sourcil intrigué. Harry étouffa un rire derrière sa tasse.

- Tu viens de te faire une réputation en moins de vingt-quatre heures.

- Rapide et efficace, répondit Lila en reprenant tranquillement son petit-déjeuner. Chez moi, c’est comme ça.

Hermione, qui l’observait depuis un moment par-dessus sa tasse de thé, la regarda avec un intérêt de plus en plus marqué.

- Tu ne sembles pas impressionnée par… grand-chose.

- Oh si, répondit Lila après une seconde de réflexion. Le plafond, il m’a scotchée. Mais les gens ? Non. Les gens, ça reste des gens.

La Grande Salle reprit peu à peu son brouhaha, mais plusieurs regards continuaient de se poser sur Lila, conscients que quelque chose, ou plutôt quelqu’un, venait de s’installer à Poudlard.



La salle de classe du professeur Flitwick baignait dans une lumière douce filtrée par de hautes fenêtres étroites. Les murs de pierre claire étaient tapissés d’étagères chargées de grimoires anciens, de fioles aux couleurs changeantes et d’objets enchantés qui frémissaient parfois sans raison apparente. De petites plumes flottaient paresseusement dans l’air, vestiges d’exercices précédents, tandis que des pupitres en bois ciré étaient alignés avec une rigueur presque musicale. Au fond de la pièce, un tableau noir constellé de formules brillait d’une écriture argentée encore fraîche. Le professeur Flitwick sautillait devant la classe, sa petite silhouette débordant d’enthousiasme, les yeux pétillants derrière ses lunettes rondes. Il battait presque des mains, visiblement ravi par le programme du jour.

- Aujourd’hui, nous allons réviser des sortilèges de précision.

Un léger murmure parcourut la classe. Lila, installée à côté d’Hermione, pencha la tête, fronçant les sourcils comme si elle évaluait la difficulté d’un exercice sportif.

- Précision ? Genre pas faire exploser la salle ?

- Exactement, confirma Flitwick avec un sourire ravi.

- Ça va être dur… mais j’vais essayer.

Quand vint son tour, Lila se leva, s’approcha de l’espace dégagé au centre de la salle et observa un instant sa baguette, comme si elle pesait le pour et le contre. Elle inspira profondément, les épaules légèrement tendues, puis murmura :

- Allez ma belle… fais pas ta timide.

Le sort partit. Parfait. Net. Précis. Un instant de silence suspendu s’installa, presque solennel. L’objet ciblé s’éleva doucement, stable, parfaitement maîtrisé. Quelques élèves échangèrent des regards impressionnés. Puis l’objet se mit à vibrer. Un frémissement argenté parcourut sa surface, avant qu’il ne se déforme soudainement, s’étirant et se couvrant d’écailles brillantes. En un battement de seconde, il se transforma en poisson argenté qui se mit à tournoyer joyeusement dans la salle, laissant derrière lui une traînée scintillante.

- Oh non… encore, souffla Lila en fermant brièvement les yeux.

Le poisson décrivit un cercle au-dessus des pupitres, provoquant des exclamations étouffées et quelques rires surpris. Flitwick cligna des yeux, ajusta ses lunettes et observa la créature avec un mélange de fascination et de perplexité.

- C’est… très inhabituel.

- Je sais, répondit Lila avec un haussement d’épaules fataliste. Chez moi aussi, on trouve ça bizarre.

Hermione écrivait déjà frénétiquement, sa plume grattant le parchemin à toute vitesse, notant chaque détail avec une excitation à peine dissimulée. Harry, lui, observa la scène en silence. Un frisson familier lui parcourut l’échine. Cette magie-là n’était ni chaotique ni défectueuse. Elle vibrait d’une énergie qu’il reconnaissait trop bien. Cette magie n’était pas instable. Elle était… émotionnelle.



A la serre, le changement fut radical. Dès qu’ils franchirent la porte vitrée, une bouffée d’air chaud et humide les enveloppa, chargée d’odeurs de terre fraîche, de feuilles écrasées et de sève. La lumière du jour filtrait à travers les vitres embuées, se diffractant en reflets verdâtres sur les rangées de plantes luxuriantes. Des lianes épaisses pendaient du plafond, certaines frémissant doucement, d’autres semblant observer les élèves de leurs bourgeons entrouverts. Le sol, légèrement spongieux sous les pas, gardait la mémoire de chaque goutte d’eau versée. Lila s’arrêta net, inspira profondément, puis retroussa ses manches avec un sourire sincère.

- Ah. Enfin un truc vivant.

Le professeur Chourave, coiffée de son chapeau élimé couvert de terre, observa la scène avec un intérêt grandissant. Ses yeux pétillaient tandis que Lila s’approchait d’un large bac de culture. Avec une délicatesse presque instinctive, elle effleura les feuilles, redressa une tige fatiguée et écarta la terre autour des racines, comme si elle connaissait déjà leurs besoins. Elle leur parlait à voix basse, d’un ton calme et rassurant, indifférente aux regards intrigués.

- Allez, pousse tranquille. Y’a pas le feu.

À la stupéfaction générale, la plante réagit. Une feuille jusque-là recroquevillée se déploya lentement, la tige se redressa d’un centimètre, et la couleur verte sembla gagner en intensité, plus vive, plus saine.

- C’est remarquable…, murmura Chourave, s’approchant pour examiner la plante de plus près.

Hermione releva brusquement la tête de son manuel, les yeux brillants de curiosité.

- Tu fais ça comment ?

- Je parle, répondit Lila simplement, sans quitter la plante des yeux. Comme à tout le monde. Si t’écoutes, ça répond.

Harry observa la scène en silence. Il grava mentalement la phrase, conscient qu’elle dépassait largement le cadre de l’herbologie. À Poudlard, peu de choses répondaient aussi clairement à ceux qui prenaient le temps d’écouter.



Le cours de Défense contre les Forces du Mal prit une tournure nettement plus sombre. La salle elle-même semblait s’y prêter. Installée dans une aile ancienne du château, elle était plus vaste que les autres, avec de hauts murs de pierre sombre marqués par le temps. Des étagères chargées d’objets de protection, de fioles étiquetées d’une écriture serrée et de grimoires épais longeaient les parois, tandis que des affiches animées représentaient diverses créatures des ténèbres, se tortillant parfois sous le regard des élèves. Au plafond, des poutres massives projetaient des ombres irrégulières, et les hautes fenêtres étroites laissaient filtrer une lumière grise, presque maladive. À mesure que le professeur parlait, la lumière sembla se faire plus basse, comme si les murs eux-mêmes absorbaient la chaleur de la pièce. Les rideaux frémirent sous l’effet d’un courant d’air froid qui s’insinua entre les rangées de pupitres, et un silence pesant s’abattit sur la classe lorsque le nom des Détraqueurs fut prononcé. Même les élèves les plus dissipés cessèrent de bouger, figés dans une attention tendue. Le mot seul suffisait à faire remonter des sensations désagréables. Un froid rampant qui s’infiltrait sous la peau, une oppression sourde dans la poitrine, l’impression insupportable que quelque chose d’essentiel vous était arraché, aspiré lentement jusqu’à ne laisser qu’un vide glacial. Pendant un instant, la salle de Défense contre les Forces du Mal sembla remplir parfaitement son rôle. Rappeler à chacun que certaines menaces ne se combattent pas seulement avec des sorts, mais avec ce qu’il reste de lumière à l’intérieur. Lila se raidit instantanément. Ses épaules se tendirent, ses doigts se crispèrent autour de sa baguette, et son regard se voila d’une dureté nouvelle.

- Ça, j’aime pas.

Harry tourna légèrement la tête vers elle, surpris par la franchise presque brutale de sa voix.

- Pourquoi ? demanda-t-il à mi-voix.

- Parce que ça vole la joie, répondit-elle sans hésiter. Et ça, c’est pas négociable.

Quand vint le moment de pratiquer, l’atmosphère était lourde, chargée d’une attente anxieuse. Lila s’avança. Elle ferma brièvement les yeux, inspira profondément, comme si elle puisait quelque chose en elle plutôt que dans les mots du sort. Lorsqu’elle leva sa baguette, son geste n’était ni académique ni hésitant, il était instinctif. La magie jaillit. Une lumière chaude envahit aussitôt la pièce. Pas blanche, pas éblouissante. Dorée. Dense. Vivante. Elle pulsait doucement, comme un cœur battant, repoussant l’ombre aux recoins de la salle. L’air sembla se réchauffer, les épaules se détendre, et pendant un court instant, une sensation étrange parcourut les élèves. Un souvenir heureux, fugace mais réel, comme un rire lointain ou un rayon de soleil sur la peau. Le professeur resta figé, la bouche entrouverte, incapable de détourner les yeux.

- Ce sort… murmura-t-il enfin, troublé. Ce sort ne figure dans aucun manuel.

- Il vient du ventre, répondit Lila simplement. Là où ça fait mal quand on perd quelque chose. Et là où ça brûle quand on refuse de le laisser partir.

Un silence épais suivit, différent de celui d’avant. Plus profond. Plus conscient. Harry sentit alors quelque chose changer. Pas dans la pièce. En lui. Il comprit que cette magie-là n’était pas seulement une défense contre les ténèbres. C’était une affirmation. Une façon de dire non. Et pour la première fois depuis longtemps, il eut l’impression que quelqu’un, à côté de lui, parlait le même langage que le sien, sans le savoir, sans l’avoir appris, mais avec une vérité implacable.



À la sortie du cours, l’air froid du couloir les frappa de plein fouet, dissipant à peine la lourdeur laissée par la leçon. Les pierres grises semblaient encore imprégnées de l’ombre des Détraqueurs, et les élèves s’éparpillaient dans un brouhaha nerveux, comme soulagés de retrouver le mouvement et la lumière. Des pas pressés résonnaient sous les hautes voûtes, mêlés aux murmures excités et aux commentaires à voix basse. C’est alors que Malefoy attaqua. Adossé à un pilier, le sourire en coin, il laissa passer le groupe avant de lancer d’une voix traînante :

- Toujours aussi bruyante, la Française ?

Lila s’arrêta net. Elle se tourna lentement vers lui, le regard calme mais affûté.

- Toujours aussi fade, le blond ?

Un murmure parcourut les élèves alentour. Malefoy s’avança, réduisant la distance entre eux, son ombre s’étirant sur le sol de pierre. Son visage se durcit, et son ton se fit plus acerbe.

- Tu te crois supérieure ?

Lila ne recula pas. Elle redressa légèrement le menton, parfaitement immobile.

- Non. Je me crois différente. Et toi, ça te fait peur.

Un silence tendu s’installa, épais comme une corde prête à rompre. Quelques élèves retinrent leur souffle. Malefoy serra les mâchoires, incapable de répondre immédiatement. Ron, incapable de se contenir, applaudit ouvertement, le son claquant contre les murs du couloir.

- Elle est incroyable.

Harry esquissa un sourire malgré lui, tandis que Malefoy, livide, battait en retraite sous les regards désormais tournés contre lui. Lila, elle, se contenta de se détourner, comme si l’échange n’avait été qu’une formalité de plus.



Le soir venu, la salle commune de Gryffondor baignait dans une chaleur dorée et apaisante. Le feu crépitait dans l’âtre monumental, projetant des ombres dansantes sur les murs tapissés de rouge et d’or. Les fauteuils profonds semblaient inviter au repos, et le murmure feutré des conversations se mêlait au froissement des pages et aux rires étouffés. À travers les hautes fenêtres, la nuit était tombée depuis longtemps, enveloppant le château d’un voile sombre. Lila était assise près de la cheminée, les coudes posés sur les genoux, observant les flammes comme si elles avaient quelque chose à lui dire. Les reflets orangés se dessinaient sur son visage, accentuant la concentration presque méditative de son regard.

- Bon. J’vais pas mentir, dit-elle finalement sans quitter le feu des yeux. Vous êtes bizarres.

- Merci, répondit Ron, affalé dans un fauteuil, un sourire en coin aux lèvres.

- Mais j’aime bien.

Harry, adossé à l’accoudoir d’un canapé, hocha lentement la tête, le regard sérieux malgré la douceur du moment.

- Tu sais que quand quelqu’un arrive comme toi, ça finit jamais tranquillement.

- Parfait, répliqua Lila avec un léger sourire. Moi non plus, je finis jamais tranquille.

Un silence confortable s’installa, seulement troublé par le crépitement du feu. Puis, au loin, un bruissement sourd monta depuis l’extérieur, porté par le vent nocturne. La Forêt interdite s’agitait, invisible mais bien présente, comme un immense être vivant respirant dans l’obscurité. Hermione frissonna et releva la tête.

- Vous avez entendu ?

- Ouais, répondit Lila calmement, sans la moindre trace d’inquiétude.

- Et ça, ajouta Ron à mi-voix, ça sent les problèmes.

Lila se tourna vers eux. Son sourire s’élargit, illuminé par les flammes, plus vif, presque impatient.

- Exactement ce que j’aime.

Au-dehors, le vent fit frémir les arbres de la forêt, et pendant un instant, Harry eut la certitude que quelque chose venait de s’éveiller , quelque chose qui n’attendait que d’être remarqué.


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