Harry Potter et la Marseillaise à Poudlard
Chapitre 3 : Pastis, passages secrets et grosses embrouilles
3100 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 23/02/2026 08:21
À quinze ans, Harry Potter savait reconnaître les moments précis où tout allait basculer. Ce n’était jamais lors d’un duel spectaculaire, ni pendant un discours inquiétant du professeur Dumbledore, prononcé avec ce calme trompeur qui annonçait toujours des ennuis majeurs. Non. C’était presque toujours à cause d’une phrase anodine, lâchée sur un ton parfaitement innocent.
- Bon. J’ai une idée.
Harry releva lentement la tête, comme si chaque vertèbre protestait contre cette initiative. À côté de lui, Ron, affalé sur un canapé de la salle commune, se figea en plein mouvement, une chocogrenouille à moitié sortie de son emballage. Hermione, assise bien droite près de la cheminée, referma son livre avec lenteur.
- Quand tu dis idée…, commença Hermione d’une voix prudente.
- …ça finit avec des cris, du feu ou une retenue ?, compléta Ron sans détour.
Lila, affalée dans un fauteuil profond, les pieds dangereusement proches des flammes, les observait avec un large sourire. Pas un sourire rassurant. Plutôt celui de quelqu’un qui venait exactement d’imaginer une catastrophe et qui la trouvait très séduisante.
- Oh ça va, détendez-vous. J’me disais juste que ce château manque cruellement de convivialité.
Les flammes projetèrent des éclats orangés sur son visage, accentuant l’éclat malicieux de son regard. Autour d’eux, la salle commune était plongée dans son calme habituel. Quelques élèves chuchotaient près des tables, d’autres lisaient à la lueur du feu, et certains faisaient semblant de travailler, parchemins ouverts mais regards perdus. Harry croisa les bras.
- C’est Poudlard.
- Justement.
Lila balaya la pièce d’un geste ample.
- Vous passez vos soirées à chuchoter, lire ou faire semblant de travailler. Chez moi, quand on se retrouve, on mange, on parle fort, et on règle les problèmes à table.
Ron cligna des yeux, visiblement en train de visualiser la scène.
- J’aime bien où ça va.
Hermione, en revanche, plissa les yeux, méfiante.
- Et tu proposes quoi, exactement ?
Lila se redressa dans son fauteuil, soudain pleinement attentive. Le feu crépita plus fort, comme s’il se préparait lui aussi.
- Une soirée.
Silence. Même les bruits habituels de la salle commune semblèrent suspendus.
- Pas une soirée genre thé et biscuits, précisa-t-elle. Une vraie. Avec de la musique, de la bouffe correcte, et des gens qui arrêtent de faire la gueule pendant cinq minutes.
Harry soupira profondément.
- C’est interdit.
- Évidemment.
- Et dangereux.
- Un peu.
- Et ça va attirer l’attention.
- Complètement.
Son sourire s’élargit encore.
- Mais ça va faire du bien.
Harry passa une main dans ses cheveux, le regard perdu dans les flammes. Il connaissait cette sensation. Ce point de non-retour. Celui où la raison capitule lentement devant l’inévitable. Il savait déjà qu’ils allaient dire oui.
- Bon, faut un endroit.
Ils étaient désormais tous les quatre penchés autour d’une petite table basse de la salle commune, la carte du Maraudeur déployée entre eux. Le parchemin frémissait doucement sous la lumière vacillante du feu, ses traits s’animant au gré des pas dessinés à l’encre magique. Des dizaines de minuscules empreintes se déplaçaient, se croisaient, disparaissaient dans les murs mêmes du château, révélant une activité secrète et fascinante.
- Y a plein de passages secrets, expliqua Harry à voix basse, comme s’il craignait que la carte puisse être entendue. Certains mènent à Pré-au-Lard, d’autres à des salles inutilisées, oubliées depuis des années.
Lila se pencha davantage, ses cheveux glissant sur son épaule, et suivit du doigt un tracé sinueux qui serpentait sous plusieurs étages. Elle fronça les sourcils, visiblement perplexe.
- Pourquoi vous utilisez pas ça plus souvent ?
- Parce que, répondit Hermione sans lever les yeux de la carte, nous aimons rester en vie.
Ron éclata d’un rire bref, puis pointa un couloir étroit à l’écart des grands axes du château.
- Celui-là est rarement surveillé. Les préfets passent jamais par là.
Lila tapa dans ses mains avec un enthousiasme soudain, le bruit résonnant un peu trop fort à leur goût.
- Parfait. On fera ça là.
Hermione releva immédiatement la tête.
- On ?
- Oui. Toi, tu t’occupes de la musique.
Elle tourna la tête vers Ron, le détailla une seconde comme si elle évaluait ses capacités logistiques.
- Toi, tu gères la nourriture.
Puis son regard se posa sur Harry, sérieux mais étrangement confiant.
- Harry, toi, tu surveilles.
Harry redressa la tête, légèrement surpris.
- Je surveille quoi ?
- Les embrouilles, répondit Lila sans hésiter. T’as l’habitude.
Un bref silence s’installa. Le crépitement du feu emplit l’espace entre eux. Harry ouvrit la bouche, puis la referma. Il sentit un sourire involontaire étirer ses lèvres. Il ne put pas nier. La carte, entre eux, continuait de pulser doucement, comme si elle approuvait déjà le plan.
Les jours suivants furent… intenses. La salle commune de Gryffondor perdit rapidement toute apparence de calme studieux. Lila transforma un coin près de la cheminée en véritable quartier général. Parchemins griffonnés, listes raturées, sacs de provisions, ustensiles improbables et objets empruntés, ou subtilisés, s’empilaient dans un joyeux désordre. Les fauteuils avaient été déplacés, les tables réquisitionnées, et même le feu semblait brûler un peu plus fort, comme s’il participait lui aussi à l’agitation générale.
- Non mais Ron, ça, c’est pas du pain. C’est une éponge.
- C’est du pain magique ! protesta Ron, la bouche pleine.
- Magique ou pas, ça nourrit pas l’âme.
Elle repoussa le plateau d’un air catégorique avant de se tourner vers un groupe d’elfes de maison qu’elle avait réussi à attirer là on ne savait comment. Les discussions qu’elle entretenait avec eux tenaient à la fois du marchandage et de la conversation amicale. Compliments sincères, promesses vagues mais enthousiastes, recettes improvisées griffonnées sur des bouts de parchemin. Les elfes hochaient la tête, visiblement ravis, échangeant des regards complices avant de disparaître avec un claquement sec, puis de réapparaître les bras chargés. Hermione observait la scène avec une fascination scientifique.
- Tu négocies avec eux comme si c’étaient des amis.
- Parce que c’est le cas, répondit Lila simplement. Faut juste parler normalement.
Harry, lui, regardait autrement. Il remarqua que la magie de Lila se manifestait sans baguette, discrète mais constante. Dans la façon dont les elfes semblaient plus légers en sa présence, dans la manière dont les objets trouvaient naturellement leur place, dans l’énergie presque tangible qui emplissait la pièce quand elle souriait ou levait les yeux. Et cette magie-là inquiétait Harry presque autant qu’elle le rassurait.
Le soir venu, le passage secret s’illumina doucement. Les torches enchantées s’allumèrent l’une après l’autre dans un chuintement feutré, diffusant une lumière chaude et dorée qui glissait sur les murs. Les pierres suintaient encore l’humidité de la journée. Les premiers élèves arrivèrent à pas prudents, jetant des regards nerveux par-dessus leurs épaules avant de se détendre en découvrant l’espace. Puis d’autres suivirent. Une dizaine. Puis vingt. Puis trente. Le murmure des voix s’épaissit, se mêlant aux rires étouffés, aux chuchotements excités, au froissement des capes qu’on retirait, aux sacs qu’on posait à la hâte. L’endroit, jusque-là silencieux, se mit à vibrer doucement, comme s’il se réveillait après des années d’oubli. Au centre de la salle, une fontaine miniature déversait un filet d’or liquide que Lila annonçait fièrement comme du pastis. Les élèves la regardaient avec des yeux ronds, certains s’approchant avec prudence, d’autres riant déjà de la nouveauté. Les effluves anisés se mêlaient à l’odeur de la nourriture et de la musique, donnant à la soirée un parfum de Marseille en plein cœur de Poudlard.
- Oh… y’a trop de monde, murmura Ron, les yeux ronds, comptant machinalement les têtes.
Il avait déjà une pâtisserie à la main, bien sûr, et des miettes parsemaient dangereusement le devant de sa robe.
- C’est parfait, répondit Lila sans hésiter.
Elle observait la scène avec un sourire calme, presque fier, comme si elle avait su depuis le début que ça se passerait ainsi. Les gens n’étaient pas venus par curiosité. Ils étaient venus parce qu’ils en avaient besoin. La musique résonna. Pas trop fort. Juste assez. Un sort discret, bien dosé, laissa échapper un rythme doux, quelque chose de chaleureux et de vivant, qui se glissa entre les conversations sans les écraser. Les basses faisaient vibrer le sol de pierre, à peine perceptibles, mais suffisantes pour donner envie de bouger, de respirer un peu plus librement. Les épaules se détendirent. Les rires montèrent d’un cran.
- Vous entendez ? dit Lila, la voix presque couverte par le fond musical. C’est ça, le bruit de la vie.
Ce n’était pas la musique qu’elle désignait vraiment, mais tout le reste. Les éclats de rire soudains, les discussions animées, les exclamations de surprise, ce chaos doux qui n’existait plus vraiment à Poudlard depuis trop longtemps. Harry, lui, ne quittait pas les entrées des yeux. Appuyé contre un pilier, il scrutait le moindre mouvement d’ombre, la baguette à portée de main, le corps tendu comme un arc. Chaque courant d’air, chaque bruit un peu plus sec que les autres faisait tressauter ses nerfs. Il savait trop bien que les meilleurs moments étaient souvent les plus fragiles. Hermione discutait avec un petit groupe d’élèves qu’elle n’aurait jamais imaginé voir là. Des Serdaigle, des Poufsouffle, même deux Serpentard qui riaient franchement. Elle parlait vite, passionnée, les mains animées, et s’interrompait parfois, surprise de constater quelque chose de presque irréel. Ils souriaient. Vraiment. Des sourires qu’elle n’avait pas vus depuis des mois, peut-être des années. Ron mangeait. Assis sur une caisse retournée, parfaitement à l’aise, il alternait entre commentaires inutiles et bouchées généreuses. Tant que Ron mangeait tranquillement, c’est que le monde n’était pas encore sur le point de s’effondrer. Tout allait bien. Trop bien. Et donc, évidemment… ça n’allait pas durer.
- Qu’est-ce que c’est que ce cirque ?
La voix fendit l’air comme une lame froide. Malefoy apparut à l’entrée du passage, silhouette pâle découpée dans la lumière plus vive du couloir. Derrière lui, Crabbe et Goyle remplissaient l’espace sans comprendre grand-chose, deux masses épaisses, bras croisés, regards vides. La musique continua une fraction de seconde, hésita… puis s’éteignit presque d’elle-même, comme si elle avait senti le danger. L’ambiance chuta brutalement. Les rires se figèrent. Les conversations moururent. Même Ron cessa de mâcher. Lila se tourna lentement. Avec cette tranquillité dangereuse des gens qui savent exactement où ils mettent les pieds.
- Tiens, dit-elle en inclinant légèrement la tête, un demi-sourire au coin des lèvres. Le blond est revenu.
Quelques élèves étouffèrent un rire nerveux. Malefoy plissa les yeux.
- Tu enfreins les règles.
Sa voix se voulait assurée, mais elle vibrait d’un agacement trop personnel. Il balaya la salle du regard, comme si le simple fait que tant de gens soient là l’insultait. Lila haussa une épaule, tranquille.
- Et toi, tu casses l’ambiance, oh. Franchement… t’abuses.
Il ricana, un son sec, sans humour.
- Tu te crois chez toi ?
Lila le dévisagea un instant, des pieds à la tête, comme on jauge un meuble mal placé.
- Non, répondit-elle calmement. Mais entre nous… je me sens mieux ici que toi, visiblement. Et ça, ça fait mal à l’égo, hein ?
Un frisson parcourut l’assemblée. Harry fit un pas en avant, se plaçant instinctivement entre eux, la mâchoire crispée.
- Malefoy, casse-toi.
Le blond ricana à nouveau, mais Crabbe et Goyle échangèrent un regard incertain. Quelque chose n’était pas comme d’habitude.
- Ou quoi ?
Avant que Harry ne puisse répondre, Lila avança d’un pas. Mais le sol sembla vibrer légèrement sous ses pieds.
- Ou tu découvriras que la chaleur…, dit-elle doucement, la voix plus grave, teintée d’un accent qui glissa comme une lame familière, …ça brûle, peuchère.
Une lumière pulsa autour d’elle. Douce. Dorée. Chaleureuse. Elle n’attaquait personne. Elle existait. Et cette existence-là remplissait l’espace, faisait reculer l’ombre, réchauffait l’air jusqu’à donner l’impression que le passage respirait avec elle. Le silence tomba. Malefoy recula d’un pas. Puis d’un second. Ses yeux passèrent brièvement de la lumière à Lila, puis aux élèves autour, qui, pour une fois, ne le regardaient pas avec crainte, mais avec quelque chose qui ressemblait dangereusement à de l’admiration… pour quelqu’un d’autre.
- T’es bizarre, lâcha-t-il, faute de mieux.
Lila sourit. Pas gentiment. Pas méchamment.
- Et toi, répondit-elle calmement, avec une douceur cruelle, t’es triste.
Un silence de plus. Puis Malefoy tourna les talons. Crabbe et Goyle le suivirent, un peu trop vite. Quand ils disparurent, la lumière autour de Lila s’estompa doucement, comme une braise qu’on laisse mourir. La musique reprit. D’abord timidement. Puis franchement. Ron souffla enfin :
- …j’adore quand elle fait ça.
Lila se tourna vers Harry, haussa les épaules.
- Oh, ça va. J’ai juste remis les choses à leur place. À Marseille, on appelle ça… ranger le bazar.
La musique reprit. Au début, tout sembla normal. Les notes s’élevèrent, riches et vibrantes, glissant entre les rires et les voix, se mêlant à la chaleur de la salle. Mais très vite, quelque chose changea. L’air devint plus dense, chargé d’une énergie presque palpable, comme avant un orage. Harry le sentit immédiatement. Une vibration sourde, familière, lui remonta le long de la colonne vertébrale.
- Lila…
Elle tourna légèrement la tête, sans cesser le rythme, les yeux brillants.
- Je sais.
La magie de Lila ne se contentait plus de remplir la pièce. Elle débordait. Elle s’étirait au-delà des corps, au-delà des murs. Les pierres de Poudlard se mirent à vibrer doucement, comme si le château respirait au même tempo. Les torches accrochées aux murs vacillèrent, leurs flammes dansant de manière désordonnée, projetant des ombres folles sur le plafond.
- Eh oh… doucement hein, murmura Lila, mi-amusée, mi-inquiète. Peuchère, j’ai peut-être un peu forcé…
Hermione pâlit en observant les runes gravées dans la pierre qui pulsaient faiblement.
- Stop, dit-elle d’une voix ferme. Il faut arrêter. Maintenant.
Mais la musique ne voulait plus obéir. Elle roulait, profonde, vivante, comme une vague impossible à contenir. Trop tard. Un grondement sourd résonna soudain, lointain mais puissant, venant de la direction de la Forêt interdite. Pas un bruit d’animal. Pas le vent. Quelque chose d’autre. De plus lourd. La musique s’éteignit brusquement. Le silence qui suivit fut brutal. Tout le monde se figea. Personne n’osa respirer. Même le feu sembla retenir ses flammes. Ron avala difficilement sa salive.
- Ça… ça, c’est pas normal.
Lila fixa les fenêtres noires, mâchoires serrées, puis lâcha à voix basse, avec un sérieux inhabituel :
- Oh fan… ça, c’est le genre de truc qui finit mal, ça.
La soirée se termina dans un silence étrange, lourd de fatigue et de surprises. Les rires s’étaient tus, les flammes de la salle commune crépitaient encore timidement, projetant des ombres vacillantes sur les murs rouges et or. Les élèves, secoués par l’énergie débordante de Lila, mais étrangement heureux, reprirent peu à peu leurs chambres, leurs pas résonnant faiblement dans les couloirs silencieux. Les chuchotements s’éteignirent, remplacés par un calme presque irréel, comme si Poudlard retenait son souffle. Dans le passage secret choisi pour leur sortie, Lila resta immobile, les mains légèrement crispées sur le manteau de sa robe, le regard fixé sur le mur de pierre froid devant elle. Ses yeux reflétaient encore la lueur des flammes qui s’éteignaient derrière eux.
- J’ai merdé, murmura-t-elle, la voix basse mais tendue.
Harry s’approcha doucement, le pas discret sur la pierre humide du passage.
- Un peu, dit-il doucement, sans jugement.
Lila inspira profondément, le souffle formant un nuage léger dans l’air frais et humide du corridor secret.
- J’voulais juste… rassembler.
Harry posa une main sur son épaule. La pierre froide sous ses doigts contrastait avec la chaleur étrange que dégageait Lila, comme si sa présence elle-même laissait derrière elle une trace subtile de magie.
- Parfois, c’est ça qui attire les choses, murmura-t-il.
Elle hocha lentement la tête, les traits toujours tendus mais résignés à ce qu’ils avaient déclenché.
- Alors va falloir être prêts.
Au loin, la Forêt interdite bruissait, plus vivante que jamais, comme si elle avait entendu chaque note de la musique, chaque éclat de rire, chaque sortilège lancé au cours de la soirée. Le vent jouait dans les branches, et Harry eut la sensation que quelque chose se préparait à se manifester. Pour la première fois, il comprit pleinement que Lila n’apportait pas seulement le soleil dans leurs vies. Elle apportait le changement. Un changement qu’aucun d’eux ne pourrait ignorer.