Les Amours de Radimir Vynoque - volume 2 : disparitions à Poudlard

Chapitre 4 : Le parcours du combattant

4949 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/02/2026 17:27

          « - SNAPY ! SNAAAPYYYYY ! PETIT PETIT PETIT ! VIENS PRENDRE TA PÂTÉE ! IL EST L’HEURE ! SNAAAAAAPYYYYYYYYY !


               - Elle s’est envolée, Camarade. Elle est peut-être en train de survoler la Russie, la Mère Patrie, au moment où on parle… Il nous faut partir sans elle ! Et puis regardez ! Nous avons toujours ce beau Jacques ! Ne trouvez-vous pas qu’il a fière allure aujourd’hui ?


               - REMBALLEZ-MOI CETTE VOLAILLE ! Faites-en une tourte de votre piaf de malheur et donnez là à manger aux rejetons de la Fèche ! Je veux mon Snapy ! Je ne partirai pas sans lui ! SNAAAAAPY ! VIENS ! JE T’AI PRÉPARÉ DE LA GELÉE À MÉLANGER AVEC TA PÂTÉE ! C’EST PAS DE LA PETITE BIERE ! TU VAS T’EN REMPLIR LE FOIE DE BONHEUR ! SNAAAAAPYYYYYYY !


               - Mais enfin Radimir ! Ne sois pas ridicule ! soupira MacMolsby exaspéré. On en a déjà parlé : cette oie n’est pas Snape !


            - Vous n’en avez aucune preuve ! répliqua le Eric, en claquant la langue. Moi je pense que si Monsieur Vynoque est convaincu que cet oiseau est Monsieur Snape, alors on doit lui faire confiance ! L’amour est un lien très fort qu’il ne faut jamais sous-estimer ! Mais ça bien sûr, ça vous dépasse ! Vous, vous profitez de vos pauvres élèves à lunettes et ensuite vous les jetez dans le caniveau et les laissez se faire kidnapper ! Vous êtes une sacrée lopette, Monsieur MacMolsby !


               - Qu’est-ce que vous venez de dire ?! Non mais alors ça ! Ça me troue le proverbial ! Comment osez-vous parler ainsi à votre professeur ? Si j’avais été là, j’aurais protégé cette chère Gâte-Bois de tout mon corps ! Alors que vous, hormis couiner sur votre double menton, je ne sais pas ce que vous auriez pu faire ! Regardez-le, Astruk, chuchota-t-il au petit elfe mécheux, il est tellement plein de graisse que c’est lui qu’on devrait donner à Snapy !


               - Comment ? s’écria un Eric outré, alors que William et Astruk partageaient un rire gras. Est-ce que vous venez de rire de mes poignées d’amour ? Sachez, Monsieur MacMolsby, que je suis en plein rééquilibrage alimentaire ! Je ne mange plus que du poisson blanc et des légumes et, chaque jour, je monte en courant tous les escaliers interdits ! J’ai les mollets beaucoup plus fermes que vous ! Espèce d’anglo-saxon !


               - Pardon ?! s’étrangla le William d’indignation. Comment vous m’avez appelé ? Alors, là mon gaillard ! Nous allons en venir aux mains ! Et j’ai grandi à Manchester moi : je peux vous dire que vous n’allez pas en ressortir indemne ! Allez ! BATTEZ-VOUS SI VOUS ÊTES UN HOMME ! cracha le MacMolsby de colère en jetant un gant à la figure du Eric.


               Alors que William et Eric se tournaient autour, les poings levés et prêts à en découdre, le Vynoque poussa une exclamation de joie. Une seconde plus tard, dans un bruit d’avion, Snapy atterrit entre les deux duellistes, les forçant à arrêter le combat.


               - C’est une bête pacifiste ! s’exclama Astruk, impressionné.


               - SNAPY ! Tu es revenu ! gazouilla de joie Radimir. Tiens ! Prends ton repas ! Une rude journée nous attend ! D’ailleurs ! On a du pain sur la planche ! En route !


               - My life… soupira une nouvelle fois William, en ramassant son gant au sol. Bon. Nous devons rejoindre le Portoloin qui nous amènera ensuite directement à Paris. Il se trouve de l’autre côté de la forêt interdite. Allons-y ! »


               Et dans un *Pouf !* sonore, il disparut. Le Astruk le suivit un instant plus tard (*Pop !*). Laissant le Eric et le Vynoque estomaqués dans le parc de Poudlard :


               « - Mais où est-ce qu’ils sont partis les deux dégénérés ? s’indigna-t-il en regardant tout autour de lui. Ils ont été foudroyés par la main de Dieu et réduits en poussière ?


               - Ils ont transplané Monsieur, répondit Eric face à l’air ahuri de Radimir.


               - Ils ont trépané quoi ?


               - Ahah, non Monsieur Vynoque ! Ils ont transplané  jusqu’au Portoloin.


               - Qu’est-ce que c’est que cette recette de cuisine encore ? s’indigna le Vynoque. Vous essayez de me faire un escabeau à la Corse c’est ça ?


               Mais le Eric n’eut pas le temps de répondre au professeur rond, puisque dans deux claquements secs, William et Astruk étaient réapparus devant eux. MacMolsby avait l’air plus furibond que jamais :


               - Mais qu’est-ce que vous faites ? Dépêchez-vous ! On a pas toute la journée ! Allez ! ZOUM ! ZOUM !


               - Monsieur Vynoque et moi-même ne savons pas transplaner, répondit le Eric avec dédain.


               - Ah. C’est un problème effectivement… Ce n’est pas grave. Astruk, transplanez avec ce tas informe, ordonna le MacMolsby en désignant Eric indigné du doigt. Je m’occupe de ramener Radimir.


               - C’est comme vous voulez, répondit l’elfe l’air mutin un doigt en l’air. Mais je vous préviens, Monsieur Vynoque est lourd ! Vous allez vous faire mal au dos !


               -BRRRRRRRRRRRRR ! Misérable mécheux ! Je ne suis pas lourd ! J’ai une ossature révolutionnaire ! »


           Mais le Astruk disparut avec le Eric, sans rien écouter. Sans plus attendre, William passa un bras autour du ventre de Radimir et plaqua son torse musclé contre lui, la respiration soudain haletante. Avant que le Vynoque puisse émettre la moindre protestation, ils disparurent dans un grand *Pouf !*… Et réapparurent deux mètres plus loin. Le MacMolsby s’effondra au sol en hurlant de douleur et en se tenant le bas du dos. Radimir le regarda avec agacement :


               « - Voilà qu’il s’est fait un tour de rein ! On vous avez pourtant dit que j’avais un physique subversif ! Mais non ! Monsieur veut toujours faire le fier ! MMMorf ! Nous voilà propres ! Comment on va aller au Port de Louain, maintenant ?


               - On va devoir s’y rendre autrement ! grimaça William tout en se relevant péniblement. Attendez-moi ici, je vais aller chercher un autre moyen de transport. »


               Sur ces mots, il partit en direction du château en prenant le temps d’enfiler d’énormes gants en cuir. A la vue de ces impressionnantes moufles, le Vynoque se dit « Mazette ! Il va chercher une moto ! Mon dieu ! Mais quel homme ! Radimir ! Il va te falloir être fort ! Tu as toujours eu un faible pour les motards, mais l’heure n’est pas à la débauche ! Il nous faut retrouver Snape ! Ne te laisse pas avoir par le charme de cet ostrogoth ! ». C’est néanmoins avec un frétillement non dissimulé que Vynoque attendit impatiemment le retour du bel anglais et de sa bécane. Il s’imaginait déjà la moustache au vent, chevauchant le bolide de William, les mains autour de sa taille, palpant sa forte musculature. Aussi fut-il bien déçu lorsque MacMolsby réapparut en traînant une bicyclette à ses côtés. Lorsqu’il arriva à la hauteur du professeur rond, il enfourcha son vélo, et désigna à Radimir son porte bagage à l’arrière.


               « - Ah non ! Il est hors de question que je monte sur ce tas de ferrailles ! C’est un coup à choir et à se casser la margoulette ! Et moi, je veux être présentable pour mes retrouvailles avec Snape !


               - Très bien ! cracha William entre ses dents. Alors reste ici ! J’irai à Paris tout seul ! A bientôt ! » ajouta-t-il en donnant un coup de pédale vers la forêt interdite.


               Ni une ni deux, le Vynoque sauta sur le porte bagage de la bicyclette, dont la roue arrière s’affaissa immédiatement. S'ensuivit alors un long périple au fond des bois pour rejoindre le Portoloin. La forêt se mit rapidement à résonner de grognements et de soufflements tonitruants. Mais pour une fois, ces cris rauques ne sortaient pas de la gorge du Vynoque, mais de celle du professeur de sortilège qui ployait sous l’effort. Chaque mètre parcouru était un véritable exploit tant la bedaine de Radimir était lourde à traîner. Le William avait beau s’encourager lui-même en hurlant « COMMON ! PEDAL ! PEDAL ! PEDAL ! », l’effort était trop grand. C’est seulement une heure plus tard que les deux compères rejoignirent le reste de la troupe qui s’était regroupée autour d’une vieille pantoufle.

               Ils eurent à peine le temps de descendre de leur vélo et de poser la main sur le chausson, que toute la communauté s’envola dans les airs en tourbillonnant. Durant son périple dans la forêt, le MacMolsby avait trouvé la force d’expliquer au Vynoque en quoi consistait un Portoloin et lui avait fermement ordonné de ne jamais lâcher l’objet avant d’être arrivé à destination. Mais Radimir était si lourd ! En effet, profitant de la balade dans les bois que lui offrait le William, il s’était permis de s’accorder un en-cas en terminant la pâtée en gelée de Snapy. En pleine digestion, il sentait tout le poids de son corps faramineux, d’autant plus qu’il tenait son amant-oie dans l’une de ses mains. Il résista autant qu’il put, mais lorsqu’une bourrasque de vent lui envoya ses poils de moustache voler dans sa figure, éblouit, il lâcha définitivement la pantoufle et entama une longue chute vers le sol.


               Vynoque s’accrocha alors de toutes ses forces aux pattes de Snapy, engageant celle-ci à le ramener au Portoloin à la force de ses ailes. Mais il ne parvint qu’à entraîner l’oiseau dans sa chute vertigineuse. Heureusement, l’impact tant redouté avec le sol n’eut pas lieu, puisque la magie le reposa doucement à terre. Une seconde plus tard, il observa le reste de la troupe descendre du ciel à ses côtés. William se posa avec grâce, et s’approcha de Radimir. Il irradiait littéralement de fureur. Vynoque se tint prêt à se prendre une gueulante de l’anglo-saxon, quand le regard de celui-ci se porta soudain au loin. Son visage prit alors une expression de dégoût. C’est alors que Radimir eut l’idée de regarder où il avait atterri. Ils se trouvaient au centre d’une ville morne, sans couleur, ornée de fleurs fanées. Au loin, il aperçut une pie, qui s’envola en face de lui. Avec un haut-le-cœur, il s’écria :


               « - Mais qu’est-ce que c’est que cet endroit sinistre ?


               - Radimir, lui répondit William, l’air sombre. Je crois que tu as réussi à nous faire atterrir dans la ville de Bigarade…


               A ces mots, le Astruk poussa une exclamation dégoûtée alors que le Eric manqua de s’évanouir. Un frisson parcourut l’échine du Vynoque. Il n’avait jamais entendu parler de cet endroit, mais la réaction de ses compagnons ne lui suggérait rien de bon.


               - Ne restons pas là, encouragea MacMolsby. Nous devons rester en mouvement. Il y a bien un moyen de sortir de cet endroit rapidement. Essayons de rejoindre les hauteurs de la ville. Nous aurons un point de vue plus clair sur la situation. Allons-y ! Mais n’oubliez pas ! Ne regardez pas trop autour de vous : vous pourriez en mourir de consternation. »


               La communauté se mit alors en chemin dans les rues mornes de Bigarade. Si la ville était dotée d’un beau théâtre antique, le reste des bâtiments étaient dans un état de décrépitude avancée. Toute vie semblait être absente de ce village, et les seuls habitants qu’ils croisaient, étaient des êtres difformes : « Depuis la Réforme, Bigarade est devenue remplie de putrides propriétaires capitalistes. Il faut faire bien attention à vous Camarade Jacques ! Ces dégénérés de la Nation n’auront de cesse de vous attirer dans leurs antres et vous y séquestrer jusqu’à ce qu’ils aient aspiré toute la foi communiste de vos entrailles ! ». Et effectivement, une femme décrépie essaya de tirer MacMolsby à l’intérieur d’un musée rempli de croûtes de pain, alors que le Vynoque se fit offrir un thé fade à l’intérieur d’un café en ruine. Pour les tenir éloigner, l’elfe Astruk et le Eric entonnèrent leur plus belle interprétation de chants communistes.


               C’est avec peine, et sous l’air de Rasputin, que la petite troupe grimpa avec peine le long de la colline de Bigarade. Mais cette satanée ville, tels les sables mouvants du désert de Gobie, n’en avait pas fini avec nos fiers compères qui se perdirent dans les dédales de la jungle qui entourait les hauteurs du village. Après des heures de cheminement, la petite communauté, hors d’haleine et en nage, arriva enfin au sommet de la colline. C’est une vue encore plus sinistre qui s’offrit à eux, alors qu’ils se penchaient au-dessus d’un buisson épineux : la ville était encore plus grise qu’ils ne l’avaient cru. Une brume sombre entourait chaque coin de rue et chaque échafaudage, si bien qu’aucun d’eux n’était en mesure de déceler la moindre échappatoire à cet enfer sur terre.


               « - Nous sommes fichus ! pleurnicha le Eric. Jamais nous ne sortirons de ce trou à rats. Plus jamais je ne contemplerai Gâte-Bois la rousse ! Et cette chère et douce Machin-des-Marais… J’en perds des larmes.


               - N’ayez crainte cher Camarade ! répondit Astruk armé d’un petit Livre Rouge. La parole de Mao aura raison de toute cette raclure fasciste ! De ces rats galeux d’individualistes ! Nous les noierons tous, eux et leur idéologie putride, dans le fleuve de l’Amour et de la Communauté !


               - Mmmmmorf ? Quel fleuve ? grogna un Vynoque plein d’espoir, se mettant la main en visière. Où est-ce que vous voyez un fleuve ?


             - Mais enfin Radimir ! répliqua immédiatement William. Ne te rends pas plus bête que tu l’es déjà ! Tu sais bien qu’il faisait une métaphore. Il n’y a pas la moindre étendue d’eau ici. Cette ville est plus sèche que la mort.


               - Mais non ! s’écria le Eric. L’elfe Astruk a raison ! Regardez derrière le théâtre ! Non, pas le théâtre romain ! L’autre ! Celui qui ressemble à une maison d’arrêt. Voilà ici ! Vous voyez ? C’est de l’eau que je vois ! »


               La fière équipe poussa alors un cri de joie à l’unisson. Pour ne pas perdre de temps, le Vynoque fut jeté en avant, la tête la première dans les buissons. Il roula, tel un tonneau, jusqu’au bas de la colline, créant ainsi un passage net dans la jungle de Bigarade pour le reste de ses compères. Ils arrivèrent ainsi en un instant aux bords de la rivière. Ils en remontèrent le cours durant de longues heures, mais le chemin devenait de plus en plus impraticable. Un marécage semblait entourer complètement le sinistre village. Sans moyen de locomotion, jamais ils ne pourraient sortir de cette ville.


               William MacMolsby ne se laissa pas abattre pour autant :


               « - Courage les gueux ! les encouragea-t-il d’une voix forte en désignant la jungle. Nous avons du bois à foison. Avec notre magie, nous pouvons réussir à construire un radeau avant la tombée de la nuit. Unissons nos forces ! »


               C’est ainsi que William et Astruk s’activèrent immédiatement. Ils coupèrent du bois, créèrent un cordage à l’aide de lianes, tissèrent une voile à partir d’une épaisse toile d’araignée. Pendant ce temps-là, le Eric fut chargé de s’occuper des moustiques qui pullulaient dans cet odieux marécage et menaçaient de dévorer tout cru nos deux travailleurs. Il courait ainsi vigoureusement autour de notre fière équipe, et abattait sa puissante langue dans d’ignobles claquements sur tous les insectes qui s’approchaient de trop près. 


De son côté, Vynoque s’était déclaré Capitaine de la future embarcation. Il avait posé Snapy sur sa tête en guise de couvre-chef, et se pavanait sur un ponton qui se trouvait déjà en place, tout en donnant des directives à ses ouvriers :


               « - Allez ! DU NERF ! Astruk ! Coupez ces branchages avec plus d’entrain ! Et ratissez-moi cette mèche au passage ! Elle ralentira notre embarcation ! Ça fait 52 mois qu’on vous dit de la passer à la cisaille ! Mais vous n’écoutez RIEN ! Ça me rappelle la sombre histoire de Panpan le cochon… Laissez-moi vous la conter pour élever vos esprits bien plats. En l'an de grâce 1543, le vénérable Panpan le cochon, sentant la mort arriver, décida de.... OH ! MAIS ! MMMMMUUURFFF ! SOMBRE CRÉTIN ! Vous venez de faire un trou dans cette bûche ! Voilà que mon fin voilier va couler par le fond ! Qu’est-ce que vous attendez ?! DRAINEZ ! DRAINEZ ! MacMolsby ! Allez l’aider ! Vous voyez bien que sa mèche prend l’eau ! Il va succomber ! WISIGOTH DE MALHEUR ! Il est à moitié moribond ! Vous aurez sa mort sur la conscience ! ESPECE D’ECUMEUR DE MER !


               - Radimir ! JE TE PRÉVIENS ! N’UTILISE PAS LE VERNACULAIRE AVEC MOI OU TU VAS LE SENTIR PASSER ! » hurla William, rouge de colère, qui avait retiré sa chemise pour en sécher la tignasse du pauvre petit elfe moite.


               Notre professeur rond, bien malgré lui, en eut une nouvelle fois le souffle coupé en observant la musculature avantageuse de MacMolsby qui s’affairait de nouveau. « C’est quand même un beau phébus que zèbre là. » Se surprit-il à penser tout en louchant sur le postérieur rond de son ancien amant. Mais Radimir se ressaisit bien vite et reprit son rôle de contremaître avec force de grognement.


               Alors que le soleil se couchait, la barque était enfin prête. Nos compères avaient pris place en son sein. William déploya alors la voile qui se gonfla immédiatement de la brise qui soufflait et qui emporta ainsi nos amis hors de cette ville putride. Le soulagement de nos marins fut immense et tous décidèrent qu’il était temps de s’accorder du repos bien mérité. Eric, complètement repu après tous les moustiques qu’il avait ingurgité, s’endormit profondément. William, sans le réveiller, l’enroula d’une corde solide qu’il attacha à la poupe de l’embarcation : « Il nous servira d’ancre ! » expliqua-t-il au petit elfe en ricanant. Astruk, lui, monta tout en haut du mât, accompagné de Jacques, et assura le poste de vigie.


               Vynoque s’était tranquillement installé à l’arrière du navire, qui voguait paisiblement sur les flots. Le professeur de sortilège vint le rejoindre quelques instants plus tard en lui tendant la moitié d’un lembas qu’il avait préparé avant leur départ. Ils grignotèrent le pain en silence, les yeux perdus dans leurs propres pensées. Soudain, la voix grave de William s’éleva dans la nuit :


               « - La dernière fois que j’ai vu Albus, nous avons eu une horrible dispute.


               - Mmmmmmmmrf ! Ah bon ? répondit Vynoque qui apercevait à peine la silhouette de William dans l’obscurité ambiante. Il était pourtant si proche de lui, qu’il aurait pu le toucher en tendant la main pensa-t-il.


               - Oui. C’était la veille de sa disparition. Nous avons dîné chez moi. Quand la dispute a éclaté, il est sorti en furie en plein milieu de la soirée. J’aurais dû le retenir. Si je l’avais fait, peut-être qu’il serait à nos côtés en ce moment même.


               Radimir entendit la voix de William se briser. Il pouvait sentir que son corps était secoué de petits tressaillements : il pleurait. Vynoque, sans réfléchir, tendit son bras et l’abattit sur le MacMolsby qu’il vint ensuite plaquer contre son torse. William se laissa aller dans cette étreinte, et sanglota longuement. Radimir, troublé, caressait la douce toison de ses cheveux avec un étrange pincement au cœur. Il le garda dans ses bras jusqu’à ce que la respiration de William se calme et que son corps s’alourdisse à cause du sommeil. Soudain, le professeur de sortilèges reprit la parole, la voix ensommeillée :


               - Nous nous sommes disputés à cause de toi Radimir… Mon frère, Dumbledore, il t’aime. Il m’a parlé de ses projets pour te séduire tout au long de cette année. J’étais si jaloux. Je n’ai pas pu le supporter. Je lui ai dit qu’il ne pouvait pas t’avoir. Que je t’aimais trop pour accepter que tu finisses dans ses bras à lui. Il était ivre de colère. Avant de disparaître, il m’a promis qu’il allait tout faire pour que tu sois un jour à lui. Qu’il damnerait son âme si cela était nécessaire. C’est la dernière chose qu’il m’ait dite… »


               Epuisé, William s’endormit lourdement sur le ventre de Radimir bouleversé. Il savait depuis longtemps que Dumbledore était un vieux fou lubrique obsédé par sa panse en forme de Lune. Ce qui le plongeait dans un émoi profond était de savoir que son ancien amant avait malgré tout gardé de forts sentiments envers sa personne. Après tout ce qu’il lui avait fait, son cœur lui était resté fidèle. Et en plus, il l’aidait aujourd’hui à retrouver Snape. Une vague d’émotions conflictuelles, à propos de William, de Severus et de Snapy le submergea. Il n’en ferma pas l’œil de la nuit, incapable de mettre un mot sur ce qu’il se passait à l’intérieur de lui.

 

               Le petit jour se leva sur notre embarcation et son équipage. Le soleil vint titiller les yeux de taupe de notre professeur rond et le tira de ses profondes rêveries. Il releva le nez et regarda le visage de son ancien amant, toujours paisiblement endormi sur son ventre. Il ne put s’empêcher de sourire à cette vision. Soudain, Astruk s’écria du haut de son perchoir :


               « - TERRE ! TERRE EN VUE ! »


               Immédiatement le Vynoque s’ébroua en réveillant le MacMolsby par la même occasion. Celui-ci reprit immédiatement ses esprits, et courut attraper Eric qu’il jeta à l’eau. La barque ralentit alors et s’arrêta devant un grand édifice encore bercé par la brume matinale. Soudain, Radimir poussa un hurlement de bonheur. Sans un regard pour le Eric qui se débattait dans les flots, il s’écria :


               « - Nous y sommes arrivés ! Nous sommes à Paris !


               - Comment peux-tu en être sûr ? demanda William


               - Mais enfin ! Babelet ! Tu ne reconnais pas ce fier bâtiment ?


               Le professeur de sortilèges plissa les yeux vers l’édifice qui se tenait en face de lui. Soudain, il éclata de rire et se tourna vers Vynoque dans une expression rayonnante. Radimir en trépigna de plus belle et s’exclama de sa plus grosse voix :


- Nous sommes arrivés EN Sorbonne ! HOURRA ! HOURRA ! SNAPE ! MON AMOUR ! hurla-t-il comme un goret par-dessus bord. SNAPE SI TU M’ENTENDS J’ARRIVE POUR TE SAUVER ! TIENS BON ! Astruk ! Allez repêcher le Eric ! Et ensuite débarquons tous ! La Bastille nous attend ! 


- Si seulement on la trouve… murmura le MacMolsby à lui-même.”


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