Les Amours de Radimir Vynoque - volume 2 : disparitions à Poudlard
La langue de bœuf d’Eric faisait des vas-et-viens dans sa bouche.
« - Voyez Madame Macgonagal, la nature m’a dotée de ce proéminent attribut pour le chant, ma passion. Mais je suis obligé de faire des étirements avant chaque prestation, dit-il fièrement en exposant son steak buccal à une professeure de métamorphose complètement dépassée.
- Oui, oui c’est cela... euhm…. je vais aller m’asseoir Eric, si cela ne vous dérange pas. »
Sur ce, le professeur Macgonagal s’empressa de regagner sa table après avoir saisi son verre de Chouffaubeurre au comptoir où était attablé le jeune chanteur. Eric, fou de joie à l’idée d’enfin se produire au Chaudron Baveur, après les nombreuses supplications qu’il avait envoyées au propriétaire de l’établissement, se remit allègrement à ses vocalises. Il y avait du monde ce soir-là et il ne remarqua pas tout de suite que venait de se faufiler dans la salle son bien-aimé Monsieur Vynoque, qu’il n’avait pas revu depuis l’année précédente, accompagné du professeur de sortilèges et deux jeunes élèves à l’air espiègle. L’arrivée de ce groupe atypique n’échappa pourtant pas à l’elfe Astruk, au comptoir lui aussi. L’elfe commença à bougonner à l’idée de se faire remarquer par son maître. Il avait prévu d’accompagner Eric dans sa prestation et ne voulait surtout pas se voir prodiguer des ordres par ce vieil homme blanc capitaliste.
« - Jeunes hommes, oh oh, jeunes hommes ! C’est à vous, leur signala le serveur au comptoir en désignant la scène.
-Ah merci, dites à vos musiciens que je vais interpréter un air russe pour que mon ami Astruk puisse me suivre avec ses maracas, demanda gentiment Eric. La musique s’appelle Rasputin. »
Le serveur, sachant pertinemment qu’aucun orchestre n’allait accompagné l’étrange duo, se contenta d’hocher la tête. Eric et Astruk montèrent alors sur la scène sans que personne ne semble les remarquer. Pourtant l’elfe à maracas, qui pensait déclencher l’hystérie des fans, portait un pantalon disco et un collier boule à facettes. Eric, lui, avait opté pour un t-shirt où apparaissait le visage de Johnny ainsi que pour une écharpe bleue de son club de football Moldu favori : l’Olympique de Marseille.
C’est une fois face au micro, prêt à découvrir son énorme langue de son écrin, que Eric la vit. Droit devant lui se tenait la femme qui faisait battre son coeur depuis des mois : Gâte-bois, la serdaigle à lunettes. Un flot d'émotions le submergea soudain. Elle était venue admirer sa prestation, c’était certain ! C’est seulement dans un second temps qu’il se rendit compte qu’elle n’était pas seule...
« - Camarade, qu’est-ce que tu attends pour honorer la Grande Russie ?” le pressa Astruk, prêt à brandir ses maracas.
Mais Eric n’arrivait plus à chanter. Il venait tout juste de voir l’impensable : sa précieuse serdaigle papillonant avec un autre homme. Et pour couronner le tout, il ne s’agissait pas moins que d’un professeur de Poudlard ! C’est alors qu’Eric, fou de tristesse, sortit de scène en courant, laissant même tomber sa précieuse écharpe. En pleurs, bousculant une oie noire au passage, il n’eut que pour seule idée de sortir du bar pour échapper à cette vision d’horreur de sa bien-aimé se languissant devant Monsieur MacMolsby.
« - Ca m’a coupé la chique, sanglotait le Eric en rentrant seul dans son dortoir ce soir-là, en plus on m’a volé mon écharpe... »
***
Un Vynoque furibond se réveilla le lendemain matin :
« - Vas-y Snapy, donne lui un coup de bec à ce sac à vin ! »
Vynoque désignait du doigt le corps sans vie du professeur MacMolsby, couché au pied du lit. La pauvre volaille, elle, ne semblait pas comprendre un traître mot de ce que le professeur rond lui disait. Elle ne cessait de jacqueter d’un air ahurie et heureux. Après tout, elle avait de quoi être joyeuse puisqu’elle avait eu le privilège de dormir au sein même de la couchette du Vynoque, la tête reposant sur son torse velu.
« - MACMOLSBY, DEBOUT ! ON A DU PAIN SUR LA PLANCHE, IL FAUT RETROUVER SNAPE !, beugla Vynoque en donnant un petit coup de pied dans le ventre du dormeur.
« M’enfin, il ne se réveille pas, qu’est ce qu’il nous fait cet ostrogoth là, me dites pas qu’il est raide... »
- Lève ton arrière train de mon tapis MacMolsby ! On n’a pas idée de se saouler comme ça, maugréa le Vynoque, Ah pauvre de moi, affublé d’un anglo-saxon qui ne tient pas la bière comme partenaire !
Malgré ces invectives, le bel anglais restait allongé sur le sol :
« - Ma foi, il a cassé sa pipe... Ah nous v’la bien ! ET QUI VA M’AIDER A RETROUVER MON SNAPE DANS TOUT CA ? DES INCAPABLES, VOILA DE QUOI JE SUIS ENTOURÉ : D’INCAPABLES ! TOUS ! TOUS AUTANT QUE VOUS ÊTES ! ASTRUK ! RAPPLIQUEZ !
Le petit elfe mécheux apparut alors et retint un ricanement à la vue de l’étrange spectacle.
- Ce n’est pas le moment de faire vos simagrés Astruk, allez, tâtez la marchandise ! lui enjoint le Vynoque. Pas son paquet de cacahuètes, ignare de punk ! Je vous demande s' il mange les marguerites par la racine ! Mmmmmmmooooorffff, je vais encore porter le chapeau de cette mort, qui n’a rien d'honorable, notons le! ajouta-t-il brandissant le poing, Astruk, nous dirons que le MacMolsby s’est fait saigner par un putois, c’est entendu ?
- La bête est encore chaude... dit sombrement l’elfe.
- Gâte-boooooois, Gâte-boooooooois... marmonna soudain le William.
- AH! IL REPREND VIE LE SCÉLÉRAT! VOUS JOUIEZ DONC LA COMÉDIE DELLE ARTE ! VOUS MÉRITERIEZ QUE JE VOUS SERVE À MANGER À CETTE CANNIBALE DE RABOUTE ! Et fricoter avec cette gâte-bois là, cette débauchée qui n’est bonne qu’à ricaner… Vous avez l’air malin maintenant que l’alcool fuit par le bas. C’est du propre ! Quelle indignité...Séduire une élève sous l’impulsion de la boisson ! Mes ancêtres en frémiraient d’horreur, paix à leurs pauvres âmes...
MacMolsby, reprenant ses esprits, entreprit de se lever et lança un regard haineux au Vynoque. Il avait les cheveux en pétard et semblait avoir acquis une drôle de démarche, un peu chaloupée, du fait d’avoir dormi à même le sol. Il se dirigea droit vers Radimir, le menaçant d’un doigt :
- L’alcool n’y est pour rien, j’ai eu un coup de foudre Vynoque ! Je t’interdis de remettre mon intégrité en doute ! »
Radimir fut alors pris d’une soudaine hilarité :
- Et la donzelle sait-elle que tu as femme et enfants ?
- Comment ? s’étrangla le MacMolsby. Comment sais-tu cela ?
- AH AH ! CA FAIT MOINS LE MALIN HEIN ! Eh bien ça t’apprendra à douter de la finesse de mon tarin! Je sais TOUT. N’en fait pas une syncope le MacMolsby, ALLEZ! On se remue! On a le Snape a retrouver! Astruk! Porte Snapy, veux-tu? La pauvre bête ne doit pas s’épuiser. »
William était devenu pâle comme un linge. « Et pas du beau linge, c’est moi qui vous le dis.» Il suivit pourtant la curieuse compagnie, de son pas chaloupé, dans les dédales du château.
***
On va retourner voir cette gueuse d’Amolissante et la forcer à nous laisser inspecter le bureau de Snape, dit le Vynoque essoufflé par la marche. Mais qu’est ce que c’est que ce bruit ? Vous entendez ? On dirait un cochon qu’on égorge !
- C’est votre propre souffle, voilà tout, renchérit l’elfe Astruk.
- Que n’ai-je pris un bâton pour te remettre les idées droites Astruk, grommela Vynoque, comme dans le temps de mon glorieux cousin Nicolas Poussin, où les serviteurs étaient menés à la baguette, c’est le cas de le dire et où ...
- Taisez-vous ! Il y a bien un bruit étrange... le coupa le professeur de sortilèges.»
Le bruit provenait du fond du couloir. C’était un son entrecoupé qui ressemblait fortement à des gémissements. Astruk posa l’oie dodue à terre et dégaga ses cheveux de son oreille à l’aide de son petit doigt.
« - Je reconnais cette voix... Aigüe et grave à la fois... obstruée par quelque chose de proéminant... comme si la personne avait une langue tellement grosse que rien... Eric! C’est le Camarade Eric, ce brave ami du peuple opprimé ! »
Sur ce, le petit elfe mécheux se précipita en avant à la rencontre du pauvre homme. Le jeune chanteur était assis à même le sol et tenait dans ses mains un bout de parchemin. Il pleurait toutes les larmes de son corps à tel point que même un Vynoque aurait pu en être ému, si ce dernier n’était pas d’aussi mauvaise humeur. « Mooooorrrrrffff, ça m’a tout l’air d’être encore une veuve éplorée...» Eric tourna sa grosse tête carré vers les arrivants et tout à coup son visage passa de la tristesse à une colère et une rage dévastatrice :
« - Vous ! cria-t-il en direction du MacMolsby, Vous avez dépassé les bornes ! Où est-elle ? sanglota Eric en brandissant son bout de parchemin.
- Mais enfin Eric, de quoi parlez-vous ?
- Où est Gâte-bois ? Demanda le chanteur, en se positionnant à côté du Radimir à qui il tendit le morceau de papier. Regardez Monsieur Vynoque, c’est un de ses contrats, signé de votre main. Nos aventures de l’année dernière nous ont bien montré que les deux serdaigles ne se sépareraient de leurs contrats pour rien au monde. Il a dû leur arriver misère... Mais je sais qui est le coupable ! C’est Monsieur MacMolsby ! Je l’ai vu ! Je l’ai vu hier au Chaudron Baveur en compagnie de Gâte-Bois !
- Alors William, ne vous avais-je pas prévenu que le courroux divin allait s’abattre ? dit fièrement le Vynoque en bombant le torse. En vérité, c’est même plus prompt que je ne le pensais !
- Elle a disparu ? C’est impossible... Je ne suis pas fautif Eric. Mais nous allons la retrouver, je vous le promets.
- Ah non MacMolsby, ça suffit margoulin ! On n’est pas là pour sauver la veuve et l’orphelin mais pour secourir SNAPE BON SANG D’BOIS !
- QUEQUEEEEEEUUUQ, caqueta Snapy en signe d'assentiment.
- Ecoute moi bien Vynoque ! On va retrouver les serdaigles que ça te plaise ou non ! De toute façon, il est plus que probable que toutes ces disparitions soient liées. Et puis, dois-je te rappeler que tu as signé un contrat avec elles, stipulant, d’après ce que je vois, que tu leur es redevable? N’es-tu pas donc un homme d’honneur ?
- INSULTER MON HONNEUR DE LA SORTE ?! AH JE M'ÉTOUFFE ! AH JE PERDS MON LATIN ! BIEN-SUR QUE JE VAIS LES RETROUVER JE M'APPRÊTAIS À LE DIRE JUSTE AVANT TON DISCOURS FIGURE TOI !
- Vous n’irez nulle part sans moi, prévint Eric d’un air autoritaire que personne ne lui connaissait jusque-là.
***
La petite compagnie, à présent dans le bureau de Snape, était occupée à fouiller chaque recoin de la pièce à la recherche d’indices sur la mystérieuse disparition du maître des potions. L’Amollissante, curieusement, n’avait pas posé problème. A vrai dire, elle était même absente de son tableau lorsque Vynoque, MacMolsby, Eric, Astruk et Snapy étaient arrivés devant la porte.
-Monsieur Vynoque, qu’est ce que c’est que cela ? On dirait votre écriture ! dit le Eric.
Le jeune homme avait en main une petite pile de lettres que Radimir reconnut tout de suite. Il s’agissait des lettres lascives qu’il avait envoyé à Snape durant tout l’été.
-DONNEZ MOI CA SUR LE CHAMPS !
Vynoque arracha les précieuses missives des mains du Eric et alla se réfugier dans un coin de la pièce. "Oh mon bon Snape, tu as gardé mes messages d’amour… Ah que je t’aime !” se languit intérieurement le gros bonhomme. Il ouvrit les premières enveloppes. Il s’agissait bien de ses lettres. Il se lança alors dans la relecture attentive de ses écrits. Dans le passage où il avait écrit “J’ai hâte de revêtir mes oreilles de lapin en latex & cuir pour vous dévorer la carotte”, Vynoque constata une tâche blanche sur l’esperluette. “Seigneur, s’agirait-il du jus de mon brave Snape ? Oh je vais défaillir ! Oh seigneur, il ne m’en fallait pas tant !” Cette découverte le mis dans un tel état d'excitation que sa propre “carotte” fut prise d’un émoi terrible. “Ah mes Aiëux, il faut que je me dégorge le poireau, il faut que je me soulage dans les draps de Snape. Je serai ainsi en osmose avec lui et qui sait, j’aurais peut-être une révélation sur sa disparition.” Le Vynoque avait déjà entrepris de simuler une envie soudaine de faire une sieste dans le lit de son bien-aimé pour pouvoir se frotter dans les draps en toute discrétion. Mais c’est alors qu’un papier étrange s’échappa de la liasse de lettres. La feuille volante n’avait rien à voir avec le reste de ses lettres. Il s’agissait de la page de titre d’un incunable.
-Qu’est ce que tu as trouvé Vynoque ? Demanda MacMolsby. Donne moi ça. Merci. Ah...C’est issu des 120 journées de Sodome de Radimir Strauss-Khan. Je crois bien que c’est un texte un peu… olé olé. Mais attendez…Venez voir vous autres ! Il y a une inscription de la main de Snape à côté du titre. Cela pourrait bien être un indice… Laissez moi le décrypter… C’est écrit : La Bastille, Paris.
-Qu’est ce que cela signifie? demanda Astruk
-Cela signifie que nous allons partir à Paris…