Le Prince du petit peuple

Chapitre 3 : Un nouveau monde

3045 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/03/2026 17:35

La séparation avait été difficile. 


Les jeunes garçons avaient beaucoup pleuré et n’avaient pas tout de suite compris qu’ils ne se reverraient plus. 


Puis ils étaient passés à autre choses, rangeant leur amitié au fond de leurs souvenirs, comme un ami imaginaire que l’on oublie en grandissant.  


Draco s’était refermé sur lui-même, ne parlant que lorsqu’on lui adressait une question. Grace à son don, il n’avait pas besoin de parler à ses proches pour savoir comment ils allaient, alors il avait cessé de leur demander. Ses amis avaient à leur tour arrêté d’aller vers lui et il s’était retrouvé seul. Puis il s’était éloigné physiquement du groupe des enfants, cherchant les coins calmes. Jusqu’à être oublié un jour par ses professeurs au moment de revenir d’une sortie dans la forêt. Tout le monde en avait été paniqué, particulièrement ses parents bien-sûr, mais pas Draco. La forêt regorgeait d’animaux et de plantes, il ressentait leurs énergies, leurs sentiments, ici personne n’attendait rien de lui et ils acceptaient son silence. Au fil des années il avait donc pris l’habitude de s’isoler dans la forêt, partant de plus en plus longtemps, seul. Parfois pendant plusieurs jours, avant de revenir comme si de rien n’était.


De son côté Harry s’était fait de nouveaux amis, il avait eu besoin de combler le manque de toute les manières possibles : en étant entouré et en multipliant les projets. Il avait demandé à faire du sport, du foot, du tennis, du basket, de l’escalade, du judo, de l’équitation, du ski… il avait besoin d’aller toujours plus loin dans les sensations, dans le dépassement. Les sports d’équipes tournaient souvent courts alors il s’était mis aux sports de combats qui lui permettaient d’évacuer cette colère qu’il avait constamment en lui. Puis, dès le collège, le jeune prince avait cherché la compagnie des camarades les plus bagarreurs et les moins recommandables. Il devint insolant, multiplia les conseils de disciplines, dû changer d’établissement scolaire presque chaque année et se fit même raccompagner au palais par la police quelques fois.


--oOo--


12 ans plus tard…


Après avoir été prévenu de la dernière bêtise de Harry, et avoir demandé au service de sécurité de le ramener au palais, James avait annulé sa présence au conseil des ministres. 


C’était la quatrième fois ce mois-ci que Harry passait dans le bureau du directeur. Cette fois, malgré le fait que son père soit à la tête du pays, il n’échapperait pas au conseil de discipline. Les journaux people en feraient sans-doute leur couverture dès demain.


Et il faudrait encore lui trouver un nouveau lycée. Ce sera le troisième.


Avec Lily ils avaient longuement débattu sur la meilleur punition et James Potter entra dans la chambre de son fils, accompagné de sa femme, pour lui annoncer leur décision.


- Bien, nous avons réfléchi avec ta mère et tu ne sortiras de la maison que pour aller en classe pendant les deux prochains mois. Évidemment tes amis ne peuvent pas venir te rendre visite non plus.


- J’ai l’anniversaire de Julia Shepard ce soir, ironisa Harry, vous aviez dit ok.


- Tes amis se débrouillons sans toi.


- Mais cette fête est prévue depuis plus d’un mois ! S’écria le jeune homme.


- Il fallait réfléchir à cela avant d’envoyer le jeune Searworth par-dessus la rambarde Harry ! Il a un bras et 3 côtes cassées ! Hurla à son tour Lily.


- Il m’avait cherché.


Le couple n’essaya pas de parlementer et fit demi-tour. Ils savaient, par habitude, que Harry allait râler pendant des heures et qu’il était inutile de lui parler avant qu’il ne se calme. De toute façon le palais était entouré de gardes et de caméra, le prince ne pourrait pas sortir sans être vu.


Effectivement, Harry n’essaya pas de s’enfuir. 


Après avoir boudé dans sa chambre pendant trois heures, et envoyé des messages à ses amis pour se plaindre, il décida de descendre se défouler dans la salle de sport du palais. Le prince enfila donc une tenue plus confortable, un t-shirt pâle et un jogging noir. Il fit un détour par les cuisines pour voler de quoi grignoter et alla donner des coups dans un sac de frappe.


Ses parents avaient installé cette salle et embauché un professeur de boxe des années auparavant.  Ils espéraient lui faire dépenser ce surplus d’énergie de façon sportive et non plus sur d’autres personnes. Après une heure trente de directs, de crochets et de fouettés de jambes, Harry sentait ses muscles trembler. Il continua à frapper quelques minutes avant de se laisser tomber au sol, le cœur battant et le souffle court.


Ce soir-là il dina seul, dans sa chambre. N’ayant aucune envie de croiser ses parents. Et comme prévu le lendemain un garde le ramena immédiatement au palais dès la fin des cours, malgré qu’il ait essayé de négocier rien qu’une petite heure. 


C’est ainsi qu’il se retrouva à tourner en rond, à 17h50, alors que tous ses amis étaient sans doute encore en train de trainer sur les marches du lycée. Il leur avait envoyé des messages dans la voiture mais aucun ne les avaient encore lus, bien trop occupés à rire et s’amuser. 


Entre eux.


Sans lui.


Même ses parents n’étaient pas encore rentrés. Surement occupés par l’une au l’autre de leurs obligations politiques.


Il enfila donc une tenue de sport et ses baskets pour aller courir dans le parc, profitant du soleil. Ce parc qu’il connaissait depuis toujours. Mais après seulement quelques dizaines de mètre, le jeune brun s’aperçu qu’il ne courrait pas seul. 

Un garde habituellement en faction, immobile, à la porte le suivait. Sans doute par peur qu’il ne tente de sortir. Harry passa rapidement devant son ancienne cabane d’enfant puis tourna brutalement vers la forêt, bien décidé à jouer un peu avec ce pot de colle. Comme prévu le garde tourna à son tour entre les arbres. Le brun accéléra, n’hésitant pas à sauter au-dessus des branches tombées et à aller toujours plus loin des chemins tracés. 


Il n’était jamais allé aussi loin du parc. Ses parents lui avaient, une fois, raconté que cette forêt s’étendait sur plus de quinze hectares. Autrefois des bois réservés pour la chasse privée. Mais qui n’avaient plus de réelle utilité à présent, surtout pour un jeune adolescent. 


S’arrêtant un moment, il entendit que le garde n’était pas très loin. Son pas était lourd et sa respiration difficile à cause de sa tenue non-adaptée au sport. Mais il n’abandonnerait pas avant d’avoir ramené le jeune prince en sécurité. Alors Harry s’enfonça un peu plus dans les bois, en direction d’un endroit envahis de buissons étranges mais assez touffus pour le dissimuler. 


S’abaissant dans les buissons il vit le garde passer devant lui quand tout à coup il se senti tomber en arrière. 


En se redressant sur ses fesses, Harry vit que la forêt avait changé. 


Il se trouvait maintenant au milieu de grands arbres ressemblant à des pins, dont les branches étaient toutes en hauteur.


Le sol était couvert d’herbe et de fleurs. 


Il pouvait voir à des dizaines de mètres autour de lui et était visiblement seul dans cet étrange endroit. Plus de buissons, plus de garde.


Harry commença par paniquer quelques secondes, puis, n’ayant d’autre choix que de découvrir le lieu, le prince se remis sur ses pieds et avança droit devant lui.


Harry arriva face à un lac, surmonté sur sa droite de falaises abruptes. Ce qui le surpris car il n’existait ni lac ni falaises autour du palais. Il n’était pas parti depuis longtemps. Il était impossible qu’il ait couru jusqu’aux lacs les plus porches qui se trouvaient à près d’une heure de voiture. Lacs qui d’ailleurs, ne ressemblaient en rien à ce qu’il avait sous les yeux. 

Ce lac faisait approximativement soixante mètres de largeur sur presque cent mètres de longueur. Il avait une forme ovale régulière cassée par une falaise sur un côté à la droite de Harry. Les eaux étaient si claires qu’il pouvait apercevoir une multitude de poissons de toutes les couleurs au travers. Sous un soleil d’été les minuscules vaguelettes brillaient comme des diamants et faisait rouler les petits cailloux qui composaient le rivage. 

En sortant du sous-bois il put embraser du regard tout le pourtour du petit lac, celui-ci était entouré d’arbres dont les branches frôlaient sa surface.


Plongé dans l’observation de ce lieu inconnu et pourtant si proche d’où il avait grandi, Harry fut surpris en entendant quelque chose tomber dans l’eau. La personne ou l’animal avait chuté depuis la haute falaise en grès. Il leva les yeux et estima que celle-ci devaient bien mesurer dix-huit ou vingt mètres de haut minimum, était-ce possible qu’une personne plonge de cette hauteur ? Le lac était-il assez profond pour cela ?


Les ondes circulaires à la surface de l’eau confirmaient que quelque chose avait percé la surface mais nulle trace d’individu ou animal qui remonterait pour respirer. Au fond de lui Harry commençait à paniquer, est-ce qu’il devait se jeter à l’eau voir si la personne avait besoin d’aide ? Et si ce n’était pas une personne mais un chevreuil ou un sanglier ? Le jeune homme n’avait aucune envie de finir embroché par un sanglier.


Tout à ses questions le jeune homme ne bougeait pas quand il vit une tête fendre l’eau. La personne semblait aller bien et ne pas s’être aperçu avoir un spectateur. De son côté Harry était fasciné par la couleur éclatante des cheveux de la nageuse, une chevelure sans fin s’étalait autour d’elle, dissimulant le reste de son corps. Du bord de l’eau il ne pouvait voir qu’une masse blonde très clair suivie d’un léger clapotis d’où sortait par moment une main ou une jambe. 


Lui-même lorsqu’il allait se baigner avec ses amis, éclaboussait tout autour de lui en frappant l’eau de ses bras et de ses jambes. Au contraire, cette femme passait devant lui tout en préservant la quiétude du lieu. A présent au milieu du lac, le jeune prince pouvait voir que seules de minuscules gouttelettes glissaient de ses doigts au moment de replonger dans l’eau. Par moment, la nageuse plongeait de très longues secondes sous l’eau avant de remonter dix ou vingt mètres plus loin. Ceci expliquait sans peine son plongeon suivi de l’attente qui lui avait paru interminable. 


Lorsqu’elle arriva à gauche du lac, elle sortit de l’eau et cueillit des petits fruits pour les manger. Malgré sa mauvaise vue, le brun pu voir qu’elle avait des épaules très carrées pour une femme. Il expliqua ce fait par une longue pratique de la nage. Lorsque l’inconnue était debout, ses longs cheveux lui arrivaient au niveau des hanches. Ils retombaient, raides, collant à son dos et ses épaules. Harry souriait béatement de la voir rechercher et attraper les fruits. Sans savoir pourquoi, il trouvait ce simple geste réconfortant. Il se demandait si elle connaissait bien l’endroit et si elle était sûre que les petits fruits étaient comestibles. S’il était du bon côté, il aurait aimé la voir porter les fruits à sa bouche, sans doute que ses mains se colorait actuellement de jus rouge. Lui qui n’avait jamais partagé cette activité avec ses parents, avait pourtant l’impression de retrouver là un vieux souvenir. 

Soudain, la femme se retourna et le prince s’aperçut qu’elle ne portait pas de maillot de bain sur la poitrine. Harry détourna immédiatement le regard et recula de quelques pas pour se dissimuler à l’ombre des bois. 


Malgré sa connaissance des corps féminins, due à ses nombreuses petites amies. Le jeune prince pouvait se vanter de ne jamais avoir pris la place de voyeur. Et il ne comptait pas commencer aujourd’hui. Qu’il soit fasciné ou non par cette inconnue. D’autant plus qu’à présent l’inconnue nageait vers lui. Si elle ne s’était pas encore aperçue de sa présence, elle allait le faire très rapidement. 


Bien sûr, qu’il voulait rencontrer cette jeune femme. Mais avant de retourner au bord de l’étendue d’eau il lui fallait à tout prix calmer son cœur et reprendre sa respiration. Qui qu’elle soit, jamais il n’avait ressenti un tel sentiment d’impatience et d’appartenance. Pourtant il ne connaissait rien d’elle à part les flous contours de sa silhouette au loin et la couleur particulière de ses longs cheveux. 

Mais quelque chose au fond de lui, lui disait qu’elle aurait une place très importante dans sa vie.


Enfin, il décida de revenir à la place qu’il occupait au bord du lac. Il avança et porta son regard au loin, essayant de retrouver la nageuse, mais celle-ci n’était déjà plus au milieu de l’eau. Un mouvement attira son attention et il vit un visage émerger de l’eau, à seulement quelques mètres de lui. A la couleur des cheveux et la position de la personne le jeune prince ne pouvait douter d’avoir trouvé ce qu’il cherchait, mais en aucun cas il ne s’agissait d’un visage féminin. 


La nageuse était un nageur.


Un jeune nageur à n’en pas douter, peut-être un peu plus jeune que lui mais pas plus d’un an ou deux d’écart. Le brun pouvait voir que son visage était anguleux. Il avait des pommettes bien dessinées et un nez droit plutôt fin. Sans être osseuse sa mâchoire n’offrait aucune rondeur habituellement associée à la féminité. Harry se demanda soudain comment il avait pu imaginer regarder une femme. Le garçon ne bougeait pas, lui aussi semblait l’observer d’un air curieux. Son corps entièrement immergé était flotté par l’eau. Comme il l’avait remarqué sa peau était très pâle, presque blanche, ce qui faisait ressortir des lèvres rosées. 


Et puis, il vit le jeune blond remonter les yeux vers les siens avant de lui lancer un regard noir. Harry crut entendre un grognement animal, et se tourna brusquement vers la forêt mais celle-ci était tout aussi vide qu’avant. En revenant face au lac, il vit le jeune homme se mettre debout dans l’eau. La surface lui arrivait à présent à la taille, si bien que seul la pointe de ses cheveux était encore immergée. Ses épaules et son torse formait un V bien dessiné. Le brun ne pouvait détacher ses yeux de la peau totalement lisse de l’individu qui marchait face à lui. Malgré son âge le torse de l’homme était totalement imberbe, seul ressortait les deux pointes roses sur sa poitrine. Les pectoraux et abdominaux de l’inconnu n’étaient pas visibles, mais comme sur son visage, on ne pouvait voir aucune trace de graisse. Loin d’être maigre, son corps semblait ferme et solide. Sa carrure était imposante, comme celle des grands sportifs. Sa peau ne pouvait être plaquée que sur les muscles et les os, même si on ne pouvait deviner ni les uns ni les autres. 


Doucement le garçon sorti de l’eau en dévisageant Harry. Tous ces gestes étaient souples. Ses pieds nus se déroulaient l’un après l’autres sur le sol en grandes enjambées, ses hanches basculaient de gauches à droites, jusqu’à ses épaules qui roulaient en suivant les mouvements du reste de son corps. A présent face à face, l’esprit de Harry était perturbé par les gouttes claires qui dévalait le corps de l’inconnu jusqu’à son unique vêtement : un étrange pagne noué à sa taille. 


- Que fais-tu là ? Demanda une voix tranchante qui sorti brusquement le prince de ses observations.


- Bon… B… Bonjour.


Le jeune homme lui tournait à présent autour. Le brun pouvait littéralement sentir son regard sombre passer au radar chaque centimètre carré, de ses orteils à ses cheveux. Le nageur semblait ignorer tout concept d’intimité, il approchait sa tête pour le sentir, touchait ses vêtements et posa sa main sur son torse pour sentir son cœur battre. Harry était clairement mal à l’aise face à cette attitude, il allait le repousser quand l’inconnu plaça son visage face au sien en le dévisageant. Le fait qu’il aient la même taille plaçait les yeux inquisiteurs à moins de vingt centimètres des siens. Harry s’aperçut alors que ceux-ci avaient pris une teinte pale, presque argentée.


- Qu’es-tu donc ? 


- Tout le monde sait qui je suis, se moqua Harry en reculant. Je suis le prince Harry Potter.


- Je ne t’ai pas demandé qui tu es, mais ce que tu es, grogna le blond. Un changelin ? Un demi-dryade ? Tu ne dégages aucune forme de magie, je n’arrive pas à capter la moindre pensée dans ta tête. On dirait que tu es mort.

 

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