Le Prince du petit peuple

Chapitre 4 : Nouveautés

2485 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 15/03/2026 17:37

Malgré le fait que l’inconnu s’exprime d’une voix calme, grave mais extrêmement douce pour un adolescent, ses paroles furent perçues comme un coup de poing.


- Mais ça ne va pas !!! S’écria Harry. On ne dit pas des choses comme ça, c’est complétement con !


Le visage curieux de son vis-à-vis se ferma instantanément et ses yeux clairs redevinrent noirs comme du charbon. Sa bouche se ferma et ses lèvres ne formèrent plus qu’une fine ligne rose. Pour la seconde fois Harry entendit un curieux grognement, il se tourna dans tous les sens avant de comprendre que cela venait de la gorge du blond.


- C’est toi qui fais ce bruit ? C’est trop bizarre, je n’avais jamais entendu un mec grogner.


- Un quoi ? 


- Un mec, un garçon, un humain quoi ! s’étonna Harry. Tu n’as jamais entendu ça ?


- Je ne suis pas un mec, il n’y pas d’humain ici depuis plus de 150 ans. D’ailleurs je ne grogne pas, je gronde.


- Tu me fais marcher c’est ça ? C’est une caméra cachée pour une nouvelle émission télé ? 


- Je ne comprends pas ce que tu dis. Tu t’exprimes dans un langage très obscure.


- Non, je parle tout à fait normalement. Peux-tu t’habiller, je ne peux pas me concentrer avec un mec à moitié à poil ?


- Je ne suis pas un mec, arrête avec ce mot, gronda de nouveau le blond. 


Harry leva les yeux au ciel en serrant les dents pour ne pas lui répondre « Mais oui et moi je suis une licorne ».


- Qu’est ce qui te gène dans mon pagne ? Je ne vais tout de même pas porter une tunique complète pour aller nager. Tes vêtements sont bien plus étranges que les miens, ils ne sont clairement pas taillés pour toi et je ne reconnais pas ces matières où as-tu trouvé cela ?


- Putain, c’est le mec en culotte façon Tarzan qui me dit que mon jogging est bizarre, rit Harry. Je l’ai acheté au centre commercial du centre-ville.


Le jeune inconnu sembla réfléchir un moment avant de déclarer :


- Je ne sais pas ce que tu appelles centre commercial, mais aucune boutique en ville ne vend ce genre de tenue.


- Au centre de Londres si ! D’où est-ce que tu viens ?


- Londres, la ville humaine ? Tu as traversé le portail ? S’écria le blond.


- Quel portail ? Pourquoi tu parles de nouveau d’humain comme si c’était un truc incroyable ? 


Les deux jeunes hommes se dévisagèrent un moment. L’un et l’autre cherchant des réponses. Pendant que Harry se demandait s’il parlait à un fou ou à un drogué, Draco l’examinait comme une bête curieuse ou un extra-terrestre… ce qu’il était en quelque sorte. Il approcha ses mains de son visage comme s’il hésitait à le toucher, puis détailla de nouveau ses vêtements et voulu lui toucher les cheveux mais le brun se recula brusquement. Le jeune nageur se redressa et questionna : 


- As-tu une idée d’où tu te trouves ?


- Heuu… bah dans la forêt. Tenta le brun.


- Oh malheur ! Soupira l’autre. Le premier visiteur depuis plus d’un siècle est un imbécile. Tu n’es pas dans le monde des humains ici, la ville la plus proche n’est pas Londres mais Rïsparhñas, notre capitale. Que faisais-tu avant d’arriver dans la forêt ?


- Je courrais, chez moi. Mais quelqu’un me suivait alors je me suis enfoncé dans la forêt de plus en plus loin et je me suis caché dans d’épais buissons. Je suis tombé et en me relevant la forêt avait changé.


- Suis-moi je vais t’amener voir mes parents. Il faut que l’on te renvois, les humains n’ont pas leur place chez nous. 


- Alors tu n’es pas humain ? Pour de vrai ? Tu ressembles quand-même beaucoup à un humain, désolée de te le dire ! Comment tu t’appelles ? Tu es quoi ? Pourquoi tu parles notre langue si tu n’es pas humain ? C’est loin chez toi ?


- Je m’appelle Draco Malfoy, elfe élémentaire. J’habite à Rïsparhñas. Mes parents gouvernent ce monde. Ils sauront comment t’aider à retrouver ton monde.


- Un elfe ? Genre avec des oreilles pointues ? T’es pas censé être tout petit et avoir des ailes ? 


Draco regardait Harry comme un mathématicien devant une expression extrêmement difficile à résoudre. Il ne se sentait nullement insulté par cet humain ignorant et gesticulant, mais il était curieux par la nouveauté qui venait de lui tomber dessus. 


- Si j’ai envie de découvrir un peu ton monde, je peux rester quelques jours ? demanda Harry. J’ai pas vraiment envie de rentrer, c’est pas la joie chez moi en ce moment.


- Est-ce que tu vas me poser des questions bêtes pendant quatre heures ? Garde son souffle pour marcher. 


- Quatre heures !! Mais qui fait quatre heures de marche pour se baigner ? Vous n’avez pas de piscine chez vous ?


- Je cherchais la tranquillité… et il a fallu que tu arrives.


- Je ne veux pas t’inquiéter mais tu n’as pas de chaussures. Tu vas marcher quatre heure pieds nus ? C’est dangereux, tu peux te faire piquer par un insecte, ou une épine, tu peux te couper sur une pierre…


- La forêt ne me fera rien, maintenant tais-toi. Le coupa Draco.


« La forêt ne me fera rien » singea Harry en grimaçant. Malgré tout il écouta le conseil et arrêta de poser des questions à l’autre garçon qui, de toute façon, ne lui répondait pas. 


En marchant dans cette forêt pleine d’arbres géants et d’herbes sauvages, le brun se remémora sa journée. 


Tout avait pourtant commencé normalement : réveil à sept heure, petit-déjeuner préparé par les cuisines du palais, lycée à huit heure, cours méga chiants jusque dix-sept heure, retour forcé dès la fin des cours, ennui, amis qui ne répondent pas, re-ennui, course dans le parc. 


Ah, c’est à ce moment-là que les choses étaient devenues folles. 


A bien y réfléchir, quand il avait enfilé son pantalon de jogging et son sweat à capuche, il ne voulait faire qu’un tour ou deux sur les allées gravillonnées du parc. Puis rentrer piquer un casse-croute en cuisine. Mais ce garde l’avait suivi et il avait pris comme un défi : faire courir le garde et de s’amuser à lui échapper. Pas si étonnant connaissant son caractère. Il était allé dans la forêt entourant le domaine en sachant que ses baskets étaient beaucoup plus adaptées à ce terrain que les bottines de la tenue officielles des gardes du palais. En s’enfonçant dans les petits sentiers, Harry s’était fait la réflexion qu’il s’éloignait du parc et qu’il lui serait difficile de retrouver ses pas, mais laisser gagner son poursuivant n’était pas envisageable alors il avait continué. C’est à ce moment qu’il avait vu ce coin qui dénotait, sur sa gauche. Toute la forêt était composée d’un mélange d’ormes et de sapins mais à cet endroit les arbres étaient plus hauts et ils laissaient passer assez de lumière pour que la végétation au sol pousse en masse. Cela l’avait intrigué et il s’était approché, mais il n’avait jamais voulu se cacher dans ces buissons pleins d’épines. Se cacher c’est pour les faibles. Pourtant il avait été attiré par cet endroit au point d’aller s’y agenouiller dans la terre mouillée, puis il était tombé en arrière comme si quelqu’un l’avait tiré par l’épaule. 


Et il s’était relevé dans un endroit différent, il avait senti tout de suite que ce n’était pas la même forêt, pas le même décor… pas le même monde ? 


Est-ce que c’était possible ?


Encore une fois il avait su où aller, d’instinct, et était tombé sur ce lac magnifique. Puis sur ce garçon, Draco. Un nom bizarre pour un garçon encore plus bizarre. 


Le garçon devant lui marchait d’un pas assuré, ne faisant aucun bruit de ses pieds nus dans les herbes. Ils marchaient depuis plus d’une heure et avaient quittés la forêt pour traverser à présent une vallée remplie d’immenses prairies. De tous les côtés s’étendaient de vastes étendus d’herbes hautes parsemées de fleurs multicolores que Harry n’avait jamais vues. De longues tiges bleus couvertes de petites fleurs attiraient les insectes, des sortes de fleurs-papillon jaune et marron se refermaient au moindre coup de vent et des fleurs orangées aux longs pistils s’accrochaient à son jogging si bien qu’il avait l’impression que celui-ci était devenu bicolore. 


Malgré l’absence de chemin le jeune blond ne semblait avoir aucun mal à avancer ni à se repérer et sautillait en toute légèreté. Il balançait ses hanches de gauche à droite et son dos ondulait gracieusement devant les yeux du brun. Parfois, Draco partait en courant vers une roche ou un arbre, il grimpait et sautait de nouveau au sol comme si c’était un jeu. De son côté Harry commençait à perdre son souffle et ses pas faisaient craquer les branches au sol comme s’il faisait 150 kilos. Malgré le fait qu’il soit plutôt sportif, il était peu habitué à tenir l’effort sur la durée. 


- D’habitude ici il y a des botrucs et des boursouf, si tu pouvais éviter de faire fuir tous les habitants du coin ça m’arrangerait.


- Faire fuir quoi ? On est au milieu de nulle part. 


- Tu fais trop de bruit, le petit peuple est habitué au calme. Ce n’est pas parce que tu ne le vois pas, qu’il n’est pas là, expliqua calmement le blond.


- Tu te fous de ma gueule ? Je te suis et je me tais depuis qu’on est parti ! Ça suffit, on fait une pause, décréta Harry en s’asseyant dans l’herbe. Tu n’as rien à manger ? J’ai la dalle. 


- Non, je n’ai rien pris à manger mais il y a des baies un peu plus loin si tu as faim. J’ai l’impression que tu ne marches pas beaucoup chez toi, tu respires comme un Kelpy hors de l’eau.


- Je ne veux même pas savoir ce qu’est un Kelpy, soupira Harry.


Le brun arracha un brin d’herbe et le passa entre ses lèvres avant de se laisser tomber en arrière. Il posa son bras sur son visage pour protéger ses yeux du soleil de midi, sans faire attention que ce geste relevait légèrement le côté droit de son t-shirt.


Draco regarda avec étonnement le jeune humain s’affaler dans les herbes. Ils n’avaient pas encore parcouru le tiers du chemin que celui-ci paraissait épuisé, peut-être que le passage d’un monde à l’autre nécessitait un don d’énergie ? 


Personne n’en avait parlé dans les archives mais il savait qu’une partie de ces archives étaient secrètes. Officiellement le portail était clos depuis Romaric et Aefir en 1476, mais tous les cent ans environ un membre de la garde était envoyé de l’autre côté pour rapporter ce qu’il s’y passait. Dans les années entourant sa naissance le portail avait été utilisé très souvent mais aucun rapport n’avait été enregistré. Le blond n’était pas censé le savoir mais un de ses précepteur, passionné par l’autre-monde, lui en avait parlé quand il avait une dizaine d’années. Évidemment le jeune elfe qu’il était n’était au courant de rien et il avait oublié cette histoire avec les années, mais à présent cela lui semblait curieux. 


Et puis Harry avait levé le bras pour le poser sur ses paupières fermées. Maintenant qu’il était couché au sol, ses vêtements larges et informes laissaient entrevoir que ses jambes n’étaient pas si épaisses que le blond l’imaginait. Et le tissu qu’il portait sur le haut du corps était assez remonté pour dévoiler un ventre plat marqué de muscles transversaux. Dans son peuple, même les guerriers les plus athlétiques, ceux qui s’entrainaient toute la journée, n’avaient pas de muscles apparents. Lors de ses leçons d’anatomie Draco avait appris comment le corps fonctionnait et la position de ceux-ci. Ce qu’il voyait ressemblait beaucoup au schéma des muscles abdominaux. Mais il avait aussi appris que les muscles étaient à l’intérieur du corps, invisibles. De toute évidence, ce n’était pas le cas pour les humains. De la même façon, le bras de l’humain était musclé lui aussi, il n’était pas lisse comme l’étaient ceux des elfes. Le blond, intrigué se demandait si tous les muscles des humains étaient visibles. Il tendit la main vers le ventre dénudé quand Harry se rassit d’un geste rapide.


Les deux garçons se retrouvèrent soudainement face à face, très proches. 


Harry assis au sol, Draco penché vers lui, le bras encore tendu en direction de son entre-jambe.


- Tu fais quoi là ? 


- J’allais te secouer pour te dire de te relever, inventa l’elfe. Si tu ne peux pas marcher jusqu’à Rïsparhñas on peut demander aux sombrals de nous déposer. Ce sont des chevaux…


- Oh putain ouais ! Coupa le brun en se relevant, poussant l’autre garçon au passage. Pourquoi tu ne l’as pas dit plus tôt ? J’aime bien les chevaux.


- Ce sont des chevaux un peu particuliers, ajouta Draco.


Mais Harry ne l’écoutait déjà plus.

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