Extérieur - corde - extérieur

Chapitre 0 : Prologue

686 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 30/03/2026 23:34

Prologue

Le monde se réduit à un couloir d’anneaux. Suspendus dans l’air, parfaitement alignés, espacés d’une dizaine de mètres les uns des autres, ils tracent un parcours étroit, sinueux, presque vivant.

Il attend. Autour de lui, d’autres silhouettes flottent à la même hauteur, immobiles sur leurs balais. Il ne les regarde pas. Il n’a pas besoin de les voir pour savoir qu’ils sont là. Son attention est ailleurs : devant ; toujours devant.

Le premier anneau rayonne d’une lueur rouge, pulsant comme un appât. Au-delà, le parcours s’enroule, disparaît, réapparaît plus haut, plus loin, dans une succession de virages qu’il connaît déjà par cœur. Il les a tous mémorisés. Chaque courbe. Chaque enchaînement. Chaque erreur possible : Le parcours officiel de Seattle ne pardonne rien.

Un souffle de vent glisse le long de son casque. Il ajuste imperceptiblement sa position, s’aplatit un peu plus sur le manche. Le bois vibre sous ses doigts. Le balai attend, tendu, prêt à bondir.

Toujours rouge…

Silence…

Vert !

La poussée le projette en avant.

Les anneaux se mettent à défiler, un, deux, trois—il s’aligne, corrige, s’enfonce dans le couloir. L’air hurle aussitôt autour de lui, dévié par le sort frontal. Tout le reste disparaît.

Il n’y a plus que la trajectoire.

Premier virage. Il se décale, extérieur—corde—extérieur. Le balai répond au moindre déplacement de son poids. Trop tôt, il élargit ; trop tard, il est freiné. Là, c’est juste. Il rase l’intérieur de la courbe sans toucher le sort de protection.

Derrière, quelqu’un arrive trop vite. Il le sent plus qu’il ne l’entend. Il n’accélère pas, il ajuste.

Deuxième virage, plus serré. Il plonge légèrement, coupe au plus court. L’espace entre les anneaux se resserre encore, comme si la piste cherchait à le broyer. Il passe.

Encore.

Encore.

Les trajectoires se croisent, se frôlent. Une silhouette déborde à gauche, hésite, remonte trop haut. Mauvais choix. Il garde la corde, glisse à l’intérieur, et le dépasse sans un regard.

Respirer. Ne pas penser, juste enchaîner.

La piste s’ouvre soudain.

Une portion rapide. Il s’aplatit complètement, colle son torse au manche. Le balai vibre davantage, les sorts de propulsion sifflent. Le monde devient un tunnel flou, strié de lumière dorée.

Trop lent. Il force. Un peu plus.

Les vibrations deviennent instables. Limite.

Il relâche. Pas ici.

Devant, la descente verticale approche.

Il redresse légèrement, anticipe, puis il bascule.

Le corps pivote, la gravité disparaît, remplacée par la vitesse pure. Les anneaux s’enchaînent droit vers le sol. Il corrige en permanence, micro-ajustements, imperceptibles, indispensables.

Une erreur ici—Il n’y pense pas.

Sortie de descente. Virage hélicoïdal remontant. Il choisit l’intérieur. Toujours l’intérieur.

L’espace est minuscule, les anneaux se referment autour de lui comme une spirale. Le moindre écart le projette aux bords des anneaux, dans la zone où la vitesse chute.

Il tient. Le balai grince, proteste. Il tient.

Un concurrent tente de le suivre. Mauvaise idée. Trop large. Trop lent. Il le laisse derrière sans ralentir.

Sortie.

Dernière ligne.

Il n’entend plus rien. Ni le vent, ni les autres. Juste le battement de son propre cœur, régulier, obstiné.

Dernier virage. Trop serré pour passer proprement à cette vitesse.

Il ne ralentit pas. Il plonge à l’intérieur, au plus près des anneaux. La limite. Toujours la limite. Le champ de protection accroche brièvement son épaule, le ralentit à peine— Suffisant.

Il ressort en tête.

Dernier anneau.

Il le traverse, et tire brusquement vers le ciel.

La pression retombe d’un coup. L’air redevient silence. Le monde revient.

En dessous, les tribunes éclatent. La Bannière Étoilée resplendit.

Il ne les regarde toujours pas.

Il sourit.


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