Le Corbeau. Saison 2
Chapitre XVII : Retour en France
Pierrick et Alastor prenaient leur petit-déjeuner en compagnie de Sirius quand le professeur Dumbledore arriva. Ils racontèrent les évènements de la nuit. Une fois qu’ils eurent terminé, Dumbledore leur apprit que Snape était venu le voir tôt ce matin.
— Après votre rixe avec lui, Voldemort est retourné à son repaire actuel, raconta le directeur de Hogwarts. Severus avait reçu pour instruction de l’attendre, gardé par son serpent domestique. Voldemort s’est contenté de le congédier, sans raconter que vous lui aviez échappé et en lui ordonnant de garder le silence sur cette affaire. Je ne suis pas étonné, il ne se vantera pas d’avoir de nouveau échoué à tuer quelqu’un, après le fiasco de sa tentative d’assassinat sur Harry. Donc, pour le moment, Severus garde sa place au sein des Death Eaters. Et nous gagnons un potentiel allié de plus en la personne de Faolan MacKenneth.
— Restons prudents, fit Alastor. Certes, il m’a sauvé la vie, mais on ne sait jamais, ça peut faire partie d’un plan pour nous infiltrer. N’oublions pas qu’il était connu sous le sobriquet d’Assassin des Ténèbres. Qu’en penses-tu, Pierrick ?
— Je ne te contredirais pas sur ce sujet, un peu de paranoïa peut permettre d’éviter des morts dans notre camp, répondit-il.
— Ouais, surtout avec l’inconnu qui a récupéré le corps du Traqueur avant que je puisse vérifier qu’il était bien mort. On peut imaginer une mise en scène, mais la façon dont il a parlé ne laissait pas entendre qu’il voulait juste lui offrir une sépulture décente.
— Ne nous perdons pas en conjecture, dit Dumbledore, attendons d’avoir plus d’éléments. Et maintenant ? Que comptez-vous faire, Chaldo ?
— Ma mission ici est terminée, j’ai profité de la présence de Voldemort pour enregistrer les preuves de son retour, le ministre Sauveur sera satisfait, je vais rentrer en France, répondit le Corbeau.
— Ton enregistrement pourrait nous être utile ici aussi, pour prouver à Fudge et sa bande que Tu-Sais-Qui est bien revenu, fit remarquer Alastor.
— Je ne sais pas comment le dupliquer, je préfère ne pas risquer de l’endommager. J’en parlerais au département de Magie Expérimentale, si c’est possible, je vous l’enverrais.
Pierrick se tourna vers Dumbledore.
— J’aurais une dernière question, professeur.
— Je vous écoute, assura-t-il.
— Lors de notre première entrevue, vous aviez évoqué le fait que vaincre Voldemort n’était pas mon rôle. Au début de mon combat contre lui, j’ai cru que je pourrais le battre. Finalement, sa puissance m’est apparue et j’ai compris que je n’y arriverais pas.
— Mais il y avait autre chose, n’est-ce pas ?
— Oui, une sensation que, même si j’en avais eu la possibilité, je ne devais pas le faire. Je ne saurais comment la décrire de manière plus précise.
— Inutile, je comprends, je l’ai déjà ressentie moi-même.
— Vous savez pourquoi, je le vois, mais vous ne me le direz pas, pour une raison sûrement légitime. Je ne vous poserais pas plus de questions, professeur. Je vais prendre le chemin du retour.
— En parlant de ça, Chaldo, j’ai peut-être une solution discrète à vous proposer pour que vous puissiez rentrer en France. Les moyens magiques sont étroitement surveillés, même le vol en balai serait risqué. Mais comme souvent avec les Sorciers, ils oublient de surveiller les moyens moldus. J’ai pris la liberté de vous acheter un billet de train non daté pour Paris.
— Merci, professeur, je pense en effet que ce sera le moyen le plus discret de rentrer.
Pierrick allait prendre congé quand il s’adressa une dernière fois au directeur de Hogwarts :
— Vous pensez que la guerre se déroulera comment pour vous ?
— La guerre est un évènement dont on ne peut jamais connaître à l’avance le déroulement ni l’aboutissement, répondit Dumbledore. Vous connaissez sûrement l’adage militaire moldu : aucun plan ne survit au premier coup de canon[1]. Tout ce que je sais, c’est que nous essayons de réunir un maximum de gens sous notre bannière, et d’agir contre Voldemort. L’Ordre du Phénix renaît de ses cendres, maintenant, que ses flammes irradient et fassent que cette guerre soit la plus courte et la moins cruelle possible.
— Je ne suis qu’un corbeau, je combattrai dans l’ombre que les flammes du phénix produiront.
— Je suis heureux que nous soyons dans le même camp, conclut le professeur Dumbledore. Faites bon voyage.
— Je vais t’accompagner à Waterloo[2], dit Alastor.
Pierrick fit ses adieux à Sirius. Ils allaient sortir de la maison quand arrivèrent Molly et Arthur Weasley, accompagnés de toute une ribambelle d’adolescents tous roux, mis à part une jeune fille d’une quinzaine d’années aux cheveux ébouriffés. Le bruit qu’ils produisirent réveilla le tableau de la mère de Sirius qui se mit à vomir insultes et menaces de mort.
Alastor poussa son ami dehors pour fuir les cris. Ils s’éloignèrent du 12 square Grimmaurd pour trouver un lieu discret d’où transplaner.
Les deux amis se quittèrent sur le quai de la gare, sachant pertinemment que c’était peut-être la dernière fois qu’ils se voyaient, la fatalité de la guerre pouvant les frapper. La poignée de main qu’ils échangèrent fut franche, aucune parole superflue ne fut utile.
À bord du train, Pierrick chercha une place libre. En circulant, il bouscula légèrement un autre passager.
— Excusez-moi, fit-il.
— Ce n’est rien, répondit le passager en s’écartant pour le laisser passer.
Le passager, qui n’était autre qu’Édouard Scribard, suivit Pierrick des yeux. Il l’avait reconnu, l’ayant déjà aperçu à des conférences de presse du département des Chasseurs. Tout de suite, il imagina ce qui avait pu amener le Corbeau en Angleterre, et il se souvint de la fin de sa discussion avec le professeur Dumbledore, qui s’était intéressé à la façon dont il comptait rentrer en France. Sa théorie était que le ministère des Affaires Magiques l’avait envoyé pour vérifier des informations auprès de l’illustre professeur. Et s’il utilisait le train moldu pour rentrer, c’est qu’il devait se montrer discret vis-à-vis du ministère britannique de la Magie.
Bien sûr, sans preuve, il ne comptait pas écrire de papier là-dessus. Et même s’il en avait eu, comme il l’avait dit au directeur de Hogwarts : il faut parfois cacher certaines choses. Peut-être qu’un jour cette information lui serait utile.
Dès que le train émergea côté français, Pierrick se rendit aux toilettes et transplana au ministère. Il fut rapidement introduit dans le bureau du ministre avec Jonas Marus et Suzanne Janis. Sans perdre de temps en mots inutiles, il posa la boule de cristal sur le bureau d’Égérias Sauveur.
— Vous avez réussi ? demanda le ministre.
— Oui, monsieur, j’ai capté des images de Voldemort, répondit Pierrick.
— Dans quelles circonstances ?
— Je me battais contre lui.
Le ministre pâlit à ces mots.
— Et vous avez survécu ! Suzanne, faites analyser ceci, s’il vous plaît. Je veux vos conclusions au plus vite.
— Oui, monsieur, obéit Suzanne Janis, vous les aurez avant ce soir ou demain matin au plus tard.
— Ainsi, je pourrais préparer la suite sur le plan politique. Quant à vous, vous allez avoir du travail dans les mois qui viennent.
— Nous ferons notre devoir, monsieur.
— Merci, monsieur Chaldo. Je pense que vous avez bien mérité de rentrer chez vous, voir votre famille.
— Tu es en congé la semaine prochaine, informa Jonas.
— Maintenant, laissez-moi tous, je vous prie, j’ai un courrier à écrire à monsieur Fudge, même si je vais attendre votre rapport pour l’envoyer, Suzanne.
Pierrick rentra chez lui. Chun était partie au travail, mais ses enfants étaient présents. Ils se précipitèrent sur lui quand il entra.
— C’était bien ta mission ? questionna Su.
— Tu sais que je n’ai pas le droit d’en parler, répondit Pierrick.
— Je sais. Je suis contente que tu sois rentré, je me suis entraînée, mais j’ai envie d’apprendre de nouvelles techniques.
— Alors, va te mettre en tenue, on va profiter du beau temps pour s’entraîner dans le jardin.
— Je peux venir aussi ? questionna Olivier.
— Bien sûr, il est temps que tu commences toi aussi.
Le soir, quand Chun fut de retour à la maison, une fois les enfants couchés, il lui raconta ces trois derniers jours. Chun l’écouta sans l’interrompre.
— Ainsi, une nouvelle guerre va commencer, dit-elle.
— Oui, et personne ne sera épargné, dit-il. Je vais entraîner Su plus intensément cet été, on ne sait jamais, elle pourrait en avoir besoin.
— J’espère que tu te trompes, mais dans le doute…
Chun se blottit contre son mari, et ils ne se dirent rien de plus, appréciant juste la chaleur de leur étreinte.
[1] Citation du général prussien Helmut von Moltke (1800-1891).
[2] Gare d’arrivée et de départ de l’Eurostar à Londres de 1994 à 2007.