Wizzards In Black

Chapitre 11 : les temps obscurs

5399 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/10/2026 11:54

Désormais, chaque année, Orion effectuait les voyages de départ et de retour de vacances en Poudlard-Express. Il se trouvait un visage différent, un compartiment avec un groupe d’élèves tranquilles et espionnait le trio Harry-Ron-Hermione, toujours mieux informé que les autres.

C’est ainsi qu’il avait découvert l’identité de l’Animagus fait prisonnier par Sirius Black et Remus Lupin : Peter Pettigrow. Cet individu fourbe était le véritable traître qui avait vendu les Potter à Voldemort. La mauvaise nouvelle, c’est que Pettigrow s’était échappé. La bonne, c’est que Sirius et Buck étaient bien cachés.

Enfin, Orion avait eu confirmation de la bouche d’Hermione qu’il existait des Retourneurs de temps, qu’elle en avait utilisé un pendant toute l’année scolaire pour suivre des cours qui se déroulaient en parallèle. Un objet magique qu’elle avait restitué à Minerva McGonagall, la directrice adjointe et tête de la maison Gryffondor.

L’Amphigikien s’était presque assoupi pour méditer. Bercé par les mouvements du train sur les rails, il avait replongé dans ses souvenirs inaltérables. Durant de longues minutes, il avait passé en revue les images, les paroles de la jeune fille depuis son entrée à Poudlard. Les séquences s’étaient superposées, jusqu’à ce qu’il identifie la différence cette année : Hermione portait un collier avec une chaîne longue au bout de laquelle était fixé un sablier enfermé dans trois cercles de métal, à la manière d’un gyroscope moldu.

La jeune élève avait parlé de Retourneurs de temps, au pluriel. Comment de tels objets, dangereux, avaient-ils pu être fabriqués en plusieurs exemplaires ? Insensé !

L’élève s’en était servi pour les enseignements. Elle n’avait pas eu besoin de remonter au-delà d’une heure ou deux selon les cours. De quelle manière ? En tournant le mécanisme ? Qui aurait des informations sur ce Retourneur ?

Un nom lui vint à l’esprit : Derviche et Bang. Lorsque le train était parvenu à King’s Cross, Orion avait trouvé la première source d’eau possible et avait transfluidé jusqu’au lac noir. De là, il s’était rendu à Pré-au-lard. Il avait constaté, avec un soulagement non masqué, que les Détraqueurs avaient enfin été renvoyés à Azkaban. Il n’était pas pressé de les recroiser.

La visite auprès du vieux vendeur de Derviche et Bang fut décevante. L’homme confirma l’existence des Retourneurs, expliqua que leur gestion dépendait du Ministère de la Magie, que leur amplitude d’action n’excédait guère cinq heures, limite au-delà de laquelle l’utilisateur risquait la folie ou la mort, car ces choses demeuraient assez instables. Ensuite, il précisa que ces informations publiques provenaient de Saul Funestar, Langue-de-plomb au Département des Mystères, spécialiste de la magie temporelle.

À l’issue de leur entrevue, Orion était abattu. Le Retourneur de temps ne lui permettrait jamais de repartir dans un passé lointain pour corriger la dégénérescence de son peuple. Mais s’il mettait la main sur l’objet, il pourrait l’étudier ou le confier à une personne apte à l’améliorer. Il ne devait pas perdre espoir.

Il avait trouvé refuge à la Tête de Sanglier. Les conversations s’étaient éloignées de Sirius Black et tournaient désormais autour de l’événement sportif de l’année : la finale de la coupe du monde de Quidditch. Afin de s’intégrer, Orion se dit qu’il était temps d’assister à un match dans un stade.

Le match Irlande-Bulgarie avait été fantastique. L’ambiance dans le stade avait « balayé », sans difficulté, tout ce qu’Orion avait pu voir auparavant. Le niveau des équipes l’avait estomaqué. L’agilité de ce Victor Krum, attrapeur bulgare, sur un balai, avait emporté son adhésion et forcé son admiration.

L’année scolaire avait été pimentée par le tournoi des trois sorciers où deux écoles étrangères avaient été invitées. Une fois de plus, l’Amphigikien avait été stupéfait par ses découvertes. Poudlard n’était pas l’unique école de sorcellerie au monde. Il aurait dû s’en douter en constatant que seuls des élèves anglophones la fréquentaient.

Le tournoi avait été truqué pour qu’Harry Potter soit impliqué, en dépit de la limite d’âge minimum imposée. Le jeune garçon avait relevé les tâches en passant à deux doigts de la mort. Lui et trois autres concurrents avaient affronté des dragons, des Strangulots, un labyrinthe conduisant à une coupe et à la folie.

L’année avait été émaillée d’incidents, d’accidents et de morts. D’après ses séances d’espionnage, un membre éminent du Ministère, Barty Croupton, avait été assassiné. Un élève, Cédric Diggory, avait été tué par Voldemort revenu à la vie grâce à la capture momentanée d’Harry et aux actions de Pettigrow, le sbire du Mage Noir. La résurrection de Voldemort avait d’ailleurs été invalidée, contestée par Cornelius Fudge, le Ministre de la Magie et par la Gazette du sorcier. Orion avait cru à la version d’Harry. Le jeune sorcier n’avait jamais montré des désirs de mensonge jusqu’à présent.

L’ex-policier s’était abonné à tous les quotidiens de la presse, même le fantasque Chicaneur. Peu à peu, il avait apprécié la littérature de Xenophilius Lovegood, le rédacteur en chef. Il passait pour un hurluberlu, avec ses Nargoles, ses Joncheruines, ses créatures dont l’existence était niée par les autres journalistes. Cependant, si un animal était invisible, était-il une invention pour autant ? Que dire du Demiguise, de l’Épouvantard ? Ou du Léviathan…

À la résurrection de Vous-Savez-Qui, Albus Dumbledore avait répondu par un renforcement des charmes et sortilèges protégeant Poudlard. Puis, « elle » était arrivée et avait installé sa dictature, peu à peu. Une satanée harpie, vêtue en rose bonbon de la tête aux pieds. Les élèves, en visite à Pré-au-lard, ne parlaient plus que d’elle et de moyens pour braver son autorité, ses méthodes moyenâgeuses, ses interdictions de pratiquer la magie pour se défendre. Dolorès Ombrage, envoyée du Ministère pour mettre de l’ordre dans Poudlard.

Dans son pub favori, Orion récoltait des informations corroborant un sentiment naissant : l’atmosphère s’appesantissait. La suspicion se lisait dans les regards. Le Mal s’immisçait dans les lieux. Abelforth ne s’était jamais montré loquace, car c’était dans sa nature. Ces dernières semaines, il était sur la défensive.

Dans la Forêt Interdite où Hagrid brillait par son absence depuis la rentrée scolaire et sur le Chemin de Traverse, la tension était palpable. Le Ministère niait farouchement le retour de Voldemort et déclenchait ses foudres sur les contestataires.

Un matin, peu avant Halloween, depuis sa cachette, Orion assista à un étrange manège à travers les lentilles de ses Multiplettes. Des élèves, par petits groupes d’affinités, se rendirent à Pré-au-lard. Le trio habituel menait le cortège disséminé. Son instinct lui commanda de les suivre à distance raisonnable. Une initiative heureuse. Au lieu de se ruer chez Zonko, Honeydukes, voire d’aller boire une Bièraubeurre chez la populaire Rosmerta, les jeunes convergèrent vers la Tête de Sanglier. Ils n’y allaient jamais ! Ce rendez-vous avait donc une saveur particulière.

Orion se posta près d’une fenêtre, demeura transparent comme l’eau claire et apprit qu’Hermione et Harry avaient pris les choses en main. 28 élèves s’engagèrent à suivre des cours supplémentaires, dans un lieu à définir. Leur enseignant serait Harry, le plus expérimenté en combat réel. Si Orion approuvait cette initiative au goût de révolte, il s’attendait à un retour de bâton de la part de la harpie. Ces affaires étaient celles de l’école mais la menace de Voldemort le concernait directement. Ce monstre avait fait régner la terreur, avait tué ou fait exécuter et il fourbissait ses armes pour recommencer. Harry et ses amis ne comptaient pas le laisser faire.

Hélas, leur entreprise avait été stoppée par la nouvelle directrice de Poudlard, Dolorès Ombrage. La Gazette du sorcier avait titré sur ce remplacement express et sur la fuite du directeur. Dumbledore parti, Poudlard était en grand danger. Albus évaporé, le Déluminateur disparaissait.

Orion s’était demandé s’il devait tout abandonner et se lancer sur les traces d’Albus. Mais il ne savait pas où chercher le plus grand sorcier. Il préféra rester près de l’école et patienta. Le temps s’écoula avec une lenteur effroyable.

Orion n’avait pas sacrifié à la coutume. Le 30 juin, il s’était rendu à la gare de Pré-au-lard et avait fait le voyage, grimé, non loin d’Harry. Ce dernier était abattu. Pourtant, Dumbledore avait récupéré son poste, Hagrid était revenu à Poudlard – avec son demi-frère géant –, Ombrage avait été bien secouée par les centaures et le Ministère de la Magie avait enfin reconnu le retour de Voldemort, de ses partisans et même une évasion massive d’Azkaban où les Détraqueurs avaient abandonné leurs postes pour rejoindre les Mangemorts, fidèles supporters du Mage noir ressuscité. Alors ? Pourquoi Harry avait-il affiché un air lugubre ? Pourquoi avait-il hésité à quitter le train ?

Orion avait cru connaître la réponse en découvrant un comité d’accueil musclé à King’s Cross. Maugrey Folœil, Tonks – une Auror –, Remus Lupin et les parents Weasley s’étaient ligués pour toucher deux mots à Vernon Dursley sur la façon de s’occuper de son neveu. Le lourd et rougeaud bonhomme était reparti terrorisé après avoir découvert le visage de Maugrey et son œil magique tournoyant. Orion avait jubilé. Puis, il avait vu qu’Harry n’avait pas changé d’attitude et il avait cherché tout l’été à en connaître la raison, retournant auprès du 4 Privet Drive à plusieurs reprises. C’est un soir, début juillet, qu’il avait entendu le jeune homme pleurer en se confiant à Hedwige, sa chouette Harfang. Sirius Black, le parrain d’Harry, avait été tué le 17 juin lors de la bataille au Département des Mystères. Assassiné par sa cousine Bellatrix Lestrange, première supportrice du Mage noir, évadée d’Azkaban. Sirius avait succombé à un sort impardonnable et avait disparu dans un voile, sous une arche, au Département des Mystères. Harry était dévasté et Orion avait eu de la peine pour lui. Harry n’avait pas eu de parents et avait été maltraité par les Dursley. Sirius Black avait incarné trop peu de temps un référent parental. Voldemort et ses sbires lui avaient sectionné sa dernière racine.

Orion espérait que les choses se tasseraient et que le Ministère vaincrait le monstre responsable. Il se trompait.

Un matin, avant l’aube, alors que l’Amphigikien dormait à poings fermés, une explosion retentit et le jeta hors du lit. Il se précipita à l’unique lucarne de son habitation. Il y avait des étincelles, des combats dans la rue, pas loin de Gringott’s. Le temps qu’il saute dans ses vêtements et s’empare d’Yquem, sa compagne magique, la bataille avait pris fin. Il remonta l’artère avec plusieurs habitants réveillés par le grabuge. Il y avait Tom, le barman du Chaudron Baveur, lui aussi sorti du lit par le vacarme. Ce fut le premier à s’exclamer :

— La boutique d’Ollivander !

Les vitres avaient explosé. Le magasin avait été ravagé, des dizaines et des dizaines de boîtes étaient jetées à terre, éventrées et vidées de leur contenu.

— Monsieur Ollivander ? s’enquit Orion.

— Allez voir à l’étage, je m’occupe de l’atelier, ajouta Tom.

Ils fouillèrent la boutique de fond en comble et revinrent bredouilles.

— Il a disparu !

— Son stock de baguettes aussi, nota le barman.

— Il a été enlevé. Par les Mangemorts de Vous-Savez-Qui.

— Mais pourquoi ?

— Peut-être cherche-t-il une baguette spéciale pour vaincre Dumbledore ? imagina l’ex-policier. Le directeur de Poudlard lui a opposé une résistance farouche.

— Et Harry Potter ? Il y était aussi, dans le Ministère. Vous-Savez-Qui n’a pas réussi à le tuer. Pas plus que ses fidèles.

— C’est vrai. Mr Ollivander doit savoir quelque chose.

Des Aurors débarquèrent du Ministère et sécurisèrent les lieux à grands coups de sortilèges.

En remontant la rue, Tom et Orion notèrent une bizarrerie. La porte du magasin tenu par Florian Fortarôme était entrouverte. Ils hélèrent deux Aurors venus en renfort. Les enquêteurs s’introduisirent à l’intérieur, passèrent l’espace au peigne fin, cherchèrent la moindre trace de présence à coups de Hominum Revelio. Ils échouèrent. Florian, le patron, avait été enlevé durant son sommeil.

Orion alla partager un chocolat chaud chez Tom. Les deux hommes tombèrent d’accord : le Chemin de Traverse n’était plus sûr. Le Ministère serait infiltré sous peu, comme lors de la première guerre des sorciers contre Voldemort. Des crimes atroces seraient commis. Seul Poudlard serait sûr, tant qu’Albus Dumbledore resterait sur place. Londres et le reste de la Grande-Bretagne subissaient des attaques. Des Moldus étaient agressés, tués, spécialement s’ils avaient des liens avec des sorciers. Voldemort brandissait une fois de plus la théorie suprématiste des Sang-Purs.

— Pauvre Ollivander… se lamenta Tom. Vous le connaissiez ?

— Je lui avais acheté ma baguette. Il avait démontré ma qualité de sorcier alors que je me croyais Cracmol.

— Ohhh…

— Ensuite, il m’a donné de judicieux conseils, à plusieurs reprises. Un homme instruit, généreux, fier de partager ses connaissances.

— C’est son savoir que ce maudit Mage noir veut exploiter.

— À n’en pas douter, fit Orion.

— Mais pour Florian, je ne comprends pas.

— Moi, si. Ce Lord machin n’a pas kidnappé Florian pour ses recettes de glaces, aussi excellentes soient-elles. Non… Notre seconde victime doit son traitement à ses connaissances.

— Ses connaissances ? Dans quel domaine ?

Orion but une gorgée du breuvage velouté et se lança :

— La sorcellerie au Moyen Âge. C’est un féru de cette période, des sorciers célèbres de l’époque, de leurs aventures.

— Jusqu’à quel point est-il bon en histoire de la magie ?

— Assez pour pouvoir briguer un poste d’enseignant à Poudlard.

— D’accord…

— Ollivander, Fortarôme… Une baguette ancienne ?

— Ça y ressemble.

— Une baguette célèbre. C’est forcément quelque chose de cet ordre-là. Tout va changer. Tout…

Orion était loin d’imaginer à quel point il était proche de la vérité.

Quelques jours plus tard, Cornelius Fudge dont l’obstination à nier l’évidence en avait fait un irresponsable, cédait son poste à Rufus Scrimgeour, Commandant du Bureau des Aurors. Ce dernier n’avait rien d’un politique et prenait ses aises dans l’action et l’efficacité. Toutefois, Voldemort avait pris une avance considérable dans la terreur, l’infiltration, la manipulation. Scrimgeour allait souffrir.

Le Chemin de Traverse avait des allures d’Allée des Embrumes. Seuls Fred et George Weasley s’acharnaient à maintenir ouverte leur boutique nommée « Weasley, Farces pour sorciers facétieux ». Orion avait, pour un temps, exclu de résider dans son studio et avait privilégié la tente de camping dans la grotte.

L’année scolaire avait été mouvementée pour Harry, une fois de plus. D’après ses informations, deux élèves, dont Ron Weasley, étaient passés près de la mort. Selon des confessions récoltées à Pré-au-lard, les tentatives criminelles avaient été perpétrées par Drago Malefoy, devenu un Mangemort.

Le jour du voyage en Poudlard-Express se profilait. Orion se préparait à accompagner les élèves en secret sans se résoudre à réintégrer le Chemin de Traverse. Il imaginait que le pire était à venir. En s’immergeant dans le lac noir, ce soir du 30 juin 1997, il ne s’attendait pas à ce que ses prédictions soient dépassées à ce point. Son Scrutoscope, demeuré dans ses vêtements pendant le bain, s’activa avec une rare force. Il crut que le danger venait des abysses et sortit de l’onde sans tarder. Il leva les yeux au ciel et découvrit la Marque des Ténèbres, un énorme serpent sorti d’un crâne.

Quelques secondes plus tard, ce fut :

— Avada Kedavra !

Le sortilège impardonnable avait fusé depuis la tour d’astronomie. Sans comprendre pourquoi et comment, Orion avait entendu la voix transpercer les défenses imposant un silence parfait au-dessus de Poudlard. Un bref éclair de lumière verte avait illuminé la haute tour.

En une seconde, il fut au pied du château, dans l’eau. Un corps venait de s’écraser non loin de lui. Un sorcier en avait tué un autre.

Une paire de minutes plus tard, Malefoy et Rogue fuyaient en direction de la Forêt Interdite, piquant droit sur la cabane d’Hagrid. Harry était à leur poursuite, jetant sorts sur sorts, subissant la réplique des fuyards et le tir croisé de deux Mangemorts.

Pourquoi Rogue fuyait-il ? Pourquoi Harry était-il rentré dans une furie telle qu’il s’exposait à un sort mortel ?

Hagrid tenta, en vain, de les stopper. Dans la confusion, Orion se rapprocha et dégaina Yquem. Il détecta un changement radical dans les défenses de Poudlard. Elles avaient sauté. Il se porta au secours de la victime. Il faillit tomber à la renverse.

— Professeur Dumbledore ! Monsieur ! Monsieur ! fit-il en le secouant.

Rien n’anima le corps du vieux sorcier. Son regard était figé mais en paix.

— Je voulais… j’espérais… un jour, vous parler. Je suis si… désolé. Pardonnez-moi…

Il expira en profondeur et fouilla le directeur, à la recherche du Déluminateur. Hormis un médaillon ouvert, Dumbledore n’avait rien. Même pas sa baguette. Il avait été désarmé et assassiné.

« La voix du tueur… Je ne pourrai pas l’oublier. »

Il jeta un coup d’œil vers la cabane d’Hagrid. Victime d’un incendie provoqué par les Mangemorts, elle était arrosée par le garde-chasse et Harry, revenu à lui, après un assaut des fuyards. Il devait profiter de la confusion. Il ne pouvait plus rien pour le directeur mais c’était l’opportunité de s’emparer du Déluminateur.

Il courut au lac, transfluida dans les canalisations du château et fit irruption dans une salle de bain immense, dotée de trois rangées de robinets. Orion avait étudié l’histoire de Poudlard et appris par cœur les indications de localisation ou les plans succincts présentés dans les ouvrages. Il sut qu’il se trouvait au cinquième étage, dans la salle de bain réservée aux préfets et aux capitaines d’équipes de Quidditch. Il se rendit transparent, sortit, s’engagea dans un couloir et prit quelques repères par une fenêtre. Il ne perdit pas une seconde. Il gagna le second étage, prit un maximum de précautions lorsqu’il croisa des élèves courant sous l’effet de la panique – l’attaque, suivie de l’incendie, avait fait grand bruit –. Il rejoignit l’emplacement d’une statue de gargouille. Il fallait un mot de passe pour qu’elle pivote sur elle-même et qu’elle dévoile un escalier menant à la tour du directeur. Orion l’ignorait, mais il avait un plan en réserve.

Il tira sa baguette et chuchota :

— Aguamenti.

Yquem produisit un mince filet d’eau qui s’introduisit dans les jointures du passage secret. D’un geste de la main, le sorcier exécuta un Wingardium Leviosa. L’eau ruissela jusqu’à l’étage final. Quand elle eut atteint le palier, il se servit de son tracé pour transfluider. Il se matérialisa, un peu sonné par l’exercice périlleux, devant une porte de chêne. Il entra dans la pièce, après s’être assuré d’avoir absorbé l’eau répandue dans l’escalier en colimaçon.

C’était le bureau de Dumbledore. Il était rempli d’objets hétéroclites, commettant des cliquetis, des craquements, des grincements. Il y avait toute une galerie de portraits animés, fascinants.

Il ne se laissa pas distraire et fondit, transparent comme l’eau claire, sur l’imposant bureau aux pieds semblables à des serres de rapace.

Son attention fut troublée par le Choixpeau magique qui dormait en ronflant et une épée incrustée de joyaux, scintillante dans une vitrine. Il se ressaisit et ouvrit les deux tiroirs du bureau. Ils contenaient tout le nécessaire à courrier indispensable à un directeur, de la cire, des tampons, des plumes de rechange. Il y avait quelques bonbons au citron et une poignée de réglisses. Le Déluminateur brillait par son absence.

« Bon sang ! Où est-il caché ? Je n’ai pas toute la journée ! »

Il feuilleta, par curiosité, la dizaine de feuillets posée sur le bureau. Il fit mouche et trouva une information. Elle ne le réjouit pas du tout. Un écrit de Rufus Scrimgeour, le Ministre de la Magie.

Il le lut :

« Cher Directeur de Poudlard,

Cher Albus Dumbledore,

J’ai bien reçu votre parchemin testamentaire ainsi que les trois objets à léguer à messieurs Harry James Potter, Ronald Bilius Weasley et mademoiselle Hermione Jean Granger. Ils sont en sécurité dans un coffre anonyme de la section la plus sécurisée de la banque Gringott’s, conformément à votre demande.

Je tiens à vous informer que, selon les lois magiques sur les biens afférents aux écoles ou tout autre établissement relevant du Ministère, la cession d’une telle possession, à une entreprise privée ou à une personne physique ou morale, ne peut être acceptée. En conséquence et à ce titre, l’épée de Gryffondor ne pourra être léguée à monsieur Harry Potter.

En outre, je rappelle que si, par malheur, vous veniez à disparaître durant ma mandature, je me chargerais en personne de l’exécution de votre testament. Un homme de confiance me succéderait si j’étais dans l’incapacité de l’accomplir.

En ces temps troublés, de lutte contre le Mal absolu, je vous assure de tout mon soutien.

Sincèrement vôtre.

Rufus Scrimgeour, Ministre de la Magie. »

Comme pour sceller la destinée d’Albus Dumbledore, un chant déchirant emplit l’espace de l’école. Fumseck, le légendaire phénix du directeur, pleurait son défunt et fidèle compagnon.

« Le Déluminateur est dans le lot, j’en suis convaincu. C’est un objet fabriqué par Dumbledore, un bien propre et… zut ! »

Perdu dans ses pensées et perturbé par le cri du phénix, l’espion n’avait pas pris garde à la porte d’entrée. Elle s’ouvrit brusquement. Transparent, l’Amphigikien recula jusqu’à l’angle le plus obscur de la pièce. Minerva McGonagall et Harry venaient de faire irruption dans le bureau.

La directrice questionna Harry au sujet d’une tâche accomplie avec Albus Dumbledore. Ainsi donc, ils avaient quitté l’école sans qu’Orion ne s’en aperçoive. Le directeur avait dû se ménager une porte dérobée. À l’évidence, les Mangemorts et les sorciers venus les combattre en avaient découvert une autre.

Harry refusa de révéler quoi que ce soit, en ayant fait le serment à son mentor. Orion fut surpris par cette résistance. Le jeune garçon de seize ans s’arc-bouta sur ses positions. Comment diable Harry, simple élève, pouvait-il ne pas faire confiance à sa directrice de maison ? Quelle mission secrète avait-il mené avec Dumbledore ? La vie de Minerva serait-elle menacée si elle découvrait la vérité ?

Afin de contenter la soif d’information du professeur, il lui révéla que Rosmerta avait été soumise à l’Impérium pour aider les Mangemorts.

« Rosmerta ! Bon sang ! Si j’avais décidé de la revoir, elle aurait pu me trahir. »

Les autres directeurs de maison firent leur apparition. Le professeur Slughorn remplaçait Rogue le traître, en fuite. Hagrid suivait. L’espion se sentait de plus en plus à l’étroit. La transparence devenait difficile à maintenir. La réunion improvisée semblait partie pour durer, car au débat sur la nécessité ou non de fermer l’école, suivit la question de l’enterrement du directeur. Il n’y avait jamais eu de sépulture dans l’enceinte de l’école mais Dumbledore était unique et méritait ce précédent.

L’Amphigikien ne dut son salut qu’à Harry qui désirait rejoindre son dortoir. Il s’engouffra dans le sillage du Gryffondor et se retrouva dans l’escalier en colimaçon. Il hésita à suivre le garçon dans ses quartiers pour glaner des confidences auprès de ses camarades. Cette occasion était inespérée.

Toutefois, il choisit la solution du repli. Il chercha des toilettes, les trouva et fila dans le lac. Les yeux au ras des flots, il demeura immobile. Hagrid avait emporté le corps d’Albus. Le château était agité comme jamais. Des officiels du Ministère arrivèrent. Il reconnut le visage de Scrimgeour, aux traits taillés à la serpe et à l’air sinistre. Sa prochaine cible.

Orion assistait de loin aux préparatifs de la cérémonie d’enterrement. Il cogitait sur la suite de sa traque et l’affaire se compliquait. Dans un premier temps, il avait imaginé utiliser un Sombral pour suivre la voiture du Ministre, conduite par un employé sorcier issu du monde moldu. Il avait approché les créatures à de nombreuses reprises et avait appris à les chevaucher sans crainte. Il remerciait en secret Norbert Dragonneau, pour ses écrits et Hagrid, pour ses enseignements aux élèves. Suivre Scrimgeour était une aventure mais déterminer l’instant où il se rendrait à Gringott’s pour récupérer les legs de Dumbledore en était une autre. Rien n’indiquait que la donation n’aurait pas lieu à Poudlard, à la rentrée. Et puis, s’il envoyait un homme de confiance, comment le repérer ? En ces temps de suspicion généralisée, de paranoïa sévère, planquer devant la banque des sorciers attirerait l’attention des autorités.

Les élèves ayant été autorisés à assister à la cérémonie, l’éventualité d’une remise immédiate au trio d’élèves n’était pas exclue. Il lui fallait rester sur place jusqu’au départ du Poudlard-Express. Il monterait à bord, comme d’usage. Ensuite, le visage changé, il prendrait place dans le compartiment d’Harry, Ron et Hermione. À la première occasion où le trio quitterait le compartiment, il dégainerait Yquem, sa baguette, lancerait un Accio Déluminateur, un Gemino et remettrait l’original en place. La copie ne bénéficierait pas des enchantements, serait inopérante mais donnerait le change. Le temps que son ou sa propriétaire se rende compte du dysfonctionnement, il serait loin, à Amphigika, en mesure de tester sa théorie sur le Bénitier Sacré.

Dans le cas de figure où l’exécution testamentaire se déroulait pendant les vacances d’été, il irait planter sa tente près de la famille Weasley. C’était une évidence ! Jamais Scrimgeour ne remettrait les objets chez des Moldus comme les parents d’Hermione Granger et encore moins chez ces anti-sorciers de Dursley. De plus, d’après le carnet de la Gazette du Sorcier, Bill Weasley et Fleur Delacour, l’un des concurrents du tournoi des trois sorciers, allaient convoler en justes noces. La fête avait lieu chez les Weasley. Son instinct policier le poussait à privilégier cette hypothèse parce que s’il avait été enquêteur au bureau des Aurors, qu’un sorcier de l’envergure de Dumbledore tenait par-dessus tout à léguer des objets à trois jeunes et à personne d’autre, que l’un des trois soit Harry Potter avec lequel il avait mené une tâche secrète, il aurait passé les dons légués aux rayons X de sa baguette, les aurait soumis à une batterie d’analyses, de tests, de sortilèges, jusqu’à ce qu’ils révèlent leurs secrets. Cela aurait pris une quantité de jours. Le mariage était prévu le 1ᵉʳ août : restait à débusquer l’adresse des Weasley, menu détail qu’il ignorait.

La cérémonie avait été riche en émotions. Orion ne savait pas ce qui l’avait bouleversé au plus haut point : la foule innombrable pour l’enterrement, le chant empli d’amour des créatures du lac, la pluie de flèches des Centaures, rendant hommage à l’homme qui les respectait le plus (avec le garde-chasse), Hagrid portant la frêle dépouille du directeur dans ses bras surpuissants. L’observateur n’avait pas pu retenir des larmes sincères. Sans jamais l’aborder, il avait côtoyé, observé et apprécié le vieux sorcier. Il avait ressenti toute une communauté aimante pour ce dernier hommage, une attitude diamétralement opposée aux siens qui rejetaient leurs morts, leurs Cracmols. Les Amphigikiens valaient-ils ses propres sacrifices ? Après tout, pourquoi se battre pour des gens soumis à un régime fait d’ostracisme ? Qu’est-ce qui l’empêchait de tout abandonner et de fonder une famille avec une sorcière ou une Moldue, de se trouver un travail sympathique ? Juste ces mots en boucle dans son esprit : « Poursuis-ta-mission ».

À l’issue du scellement de la pierre tombale, un somptueux marbre blanc, la foule s’était dispersée. Maintenant son camouflage liquide en place, il s’était rapproché de Scrimgeour. Celui-ci était allé s’entretenir avec Harry au sujet du soutien attendu par le Ministère. Discussion à laquelle le jeune élève avait mis un terme avec une fin de non-recevoir, très agacé par l’insistance de Scrimgeour.

Ensuite, le Ministre de la Magie s’était entretenu avec Minerva McGonagall. L’entretien avait tourné autour de l’ouverture de l’école à la rentrée suivante, la nomination de Minerva au poste de directrice de Poudlard, le soutien du Ministère et un peu de blabla politicien que le professeur de Métamorphose avait accueilli avec une dignité et une patience modérées.

Mais, à aucun moment, le Ministre n’avait donné un objet à l’un ou l’autre des Gryffondors. L’espion perché sur un arbre avait espéré que la directrice recevrait un Retourneur de temps, qu’elle serait chargée d’empêcher la mort de Dumbledore, forte du savoir de la trahison de Rogue. Hélas ! C’était oublier les limites de l’artefact magique. Il était trop tard pour changer quoi que ce soit.

Une heure plus tard, les officiels étaient partis. Les élèves profitaient de la journée ensoleillée et préparaient leur retour dans leurs foyers. Orion regagna sa tente dissimulée dans la grotte, peiné et déçu. Il regarda les étagères où trônait une multitude d’ouvrages acquis en six années. Toute sa vie était là. Un sentiment de lassitude l’envahit. Il soupira et s’affala sur son lit de camp. La mélancolie et l’épuisement lui soutirèrent des larmes.


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