Wizzards In Black

Chapitre 12 : la preuve

5466 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 06/10/2026 11:56

Planquer, l’ex-policier savait faire. À Poudlard, avec les roches, les grottes, le relief, la forêt, le lac, les innombrables recoins, c’était facile. Observer les Weasley en toute discrétion, c’était une mission délicate. La famille avait érigé son Terrier au beau milieu d’une plaine bien plate où la végétation se résumait aux cultures agricoles, quelques arbres esseulés et des mares ou marécages alimentés par une pluviométrie fantasque. Par chance, un paysan alternait les semences à côté de leur demeure et cette année, c’était du maïs. En cette fin du mois de juillet, ensoleillé, les pieds atteignaient une hauteur satisfaisante. Orion en coucha quelques-uns et dressa sa tente magique. Il dégaina sa baguette et chuchota :

— Assurdiato… Salveo maleficia… Protego totalum… Repello Moldum…

Il appliqua tous les sortilèges de dissimulation à sa disposition et rajouta un maléfice de sa composition.

— Veramortiferum urtica.

Si les Weasley s’aventuraient dans la culture, ils tomberaient nez à nez avec un bosquet d’orties gavées d’engrais et urticantes, à fuir comme la peste.

Il n’était qu’à quelques mètres de leur terrain et si la famille dressait des protections, il serait inclus dans le périmètre. Une idée brillante, car deux jours plus tard, des inconnus vêtus de costumes sombres, des Aurors du Ministère, débarquaient et dégainaient un arsenal de mesures destinées à contenir Voldemort et ses Mangemorts.

Cette avalanche de protections mises en place par des spécialistes laissa entendre qu’Orion risquait de louper la venue de Scrimgeour, comme prévu. Il activa le charme du Cridurut modifié par ses soins et devenu le Luxdurut : si le Ministre franchissait le périmètre, une alarme lumineuse se déclencherait.

Peu avant la fin du mois, en fin d’après-midi, la famille Weasley disparut en partie. Seules Molly et Ginny demeurèrent dans le Terrier, faisant les cent pas dans la pièce de vie, la cuisine. Ron, les jumeaux Fred et George, Bill et sa future femme Fleur s’éclipsèrent. Plus tard dans la soirée, des bangs secouèrent les fondations. Harry débarqua avec Hagrid. Suivirent George, blessé à la tête, les Aurors Shacklebolt et Tonks, Ron, l’ex-professeur Lupin, Hermione, Bill, Fleur, Fred et Arthur Weasley. Selon les conversations captées, Orion comprit qu’ils avaient procédé à l’extraction d’Harry du 4 Privet Drive et que Voldemort et ses sbires leur étaient tombés dessus. Une trahison avait eu lieu.

Si George s’en tirait avec une oreille en moins, l’Auror Folœil avait été tué. Harry avait perdu sa chouette blanche, abattue par un sort. Le rapace suiveur, proche de son maître, avait signalé sa présence à l’ennemi de façon involontaire.

Désormais, Harry Potter était en sécurité grâce aux protections mises en place. De plus, une douzaine d’autres lieux bénéficiait du même traitement afin de compliquer la tâche du mage noir.

Lorsque la maisonnée étriquée, construite en hauteur, avait recouvré un semblant de sérénité, l’observateur avait regagné ses quartiers, satisfait d’avoir misé juste. Le trio destiné à recevoir les legs de Dumbledore était réuni sous le toit des Weasley.

Alors qu’il était sur le point de gagner son lit de camp et de réfléchir à un moyen d’accéder au Déluminateur, une conversation feutrée attira son attention. Il se leva et passa une tête en dehors de la tente. Il aperçut les silhouettes d’Harry, Hermione et Ron. Le sorcier à la cicatrice en éclair se cramponnait à la porte du jardin, secoué par une sorte de rêve éveillé qu’il entreprit de narrer à ses compagnons. Il avait vu Ollivander être interrogé avec violence par Voldemort. Le vieux maître des baguettes qu’Orion appréciait tant, était toujours en vie.

À l’issue de l’exposé, les jeunes regagnèrent le Terrier. L’Amphigikien comprit qu’Harry subissait une sorte de connexion avec le Maître des Ténèbres. Pourquoi, comment, il l’ignorait. Hermione conjurait juste son ami de fermer ce canal privilégié, jugé trop dangereux. Selon toute évidence, le Survivant n’avait aucune aptitude pour l’Occlumancie.

Les jours suivants, le voisin du champ de maïs n’apprit rien de consistant. Madame Weasley était déterminée à transformer le Terrier en palais rutilant pour le mariage de Fleur et Bill. Elle passait son temps à affecter des tâches au trio, surtout pour les empêcher d’échanger à propos de leur projet pour l’année : partir à la chasse aux Horcruxes. Une mission confiée par Dumbledore à Harry.

Ce mot avait surgi lors d’une conversation. Orion avait compulsé plusieurs ouvrages emportés dans sa tente, mais il n’avait rien découvert. Madame Weasley avait tenté de cuisiner les trois jeunes mais aucun d’eux n’avait lâché d’information.

Grâce à une écoute attentive, il avait pu déterminer que ces Horcruxes étaient de la magie noire commise par Voldemort afin de s’assurer une immortalité. Ces monstruosités se logeaient dans des objets uniques. Le journal de Voldemort, anéanti par un crochet de Basilic, avait été mentionné. Un médaillon ayant appartenu à l’un des fondateurs de Poudlard était l’objet suivant sur la liste des recherches.

La mission était essentielle, secrète, prioritaire sur l’achèvement de leurs études. L’Amphigikien se tenait sur ses gardes et passait le plus clair de son temps en dehors de la tente. Il pressentait un départ imminent.

La main sur Yquem, assis à l’entrée de la tente, il remarqua la pointe de sa baguette : elle s’illuminait sans l’avoir sollicitée. Il se redressa, observa et aperçut Arthur Weasley approcher sur le chemin de terre, accompagné d’un homme aux traits durs, anguleux et au regard perçant.

« Scrimgeour ! Si le Ministre de la Magie se déplace en personne, cela ne peut signifier qu’une chose : l’exécution testamentaire ! »

Il se rendit transparent comme l’eau claire et sut aussitôt qu’il ne pourrait pas recourir au subterfuge durant des heures. En effet, le Terrier n’était pas bâti à proximité d’un point d’eau, hormis le vilain marigot infesté de moustiques. Se régénérer ici posait problème et comme Orion n’avait ni balai, ni les connaissances pour transplaner, il devait parcourir quelques kilomètres à pied pour trouver un cours d’eau douce.

L’espion se posta près d’une fenêtre côté salon et tendit l’oreille. Il entendit le Ministre réclamer une pièce tranquille pour s’entretenir avec Ron, Hermione et Harry. Seul avec les trois jeunes, il leur annonça qu’Albus Dumbledore les avait couchés sur son testament. Orion jeta un œil : le trio était abasourdi, voire mal à l’aise. Le Directeur léguait son Déluminateur à Ron Weasley.

« C’est toi, ma prochaine cible ! Tu seras plus facile à berner que l’intouchable Albus. »

Le cadet des garçons Weasley fit fonctionner l’instrument : il engloutit la lumière et la restitua.

« Génial ! L’objet est toujours opérationnel ! »

Hermione reçut un exemplaire de contes pour enfants. Quant à Harry, il fut le destinataire d’un Vif d’or attrapé lors de son premier match de Quidditch. Leur étonnement passé, Scrimgeour annonça qu’Harry aurait dû recevoir l’épée de Gryffondor mais qu’elle appartenait à l’école Poudlard, comme la plupart des biens mis à disposition du directeur dans son bureau ou ses appartements.

S’ensuivit une discussion à bâtons rompus où le ton monta entre le Ministre de la Magie exigeant des explications d’Harry sur ses tâches avec Dumbledore, sur sa contribution à l’image du Ministère, éléments auxquels le Survivant répondit par une rebuffade plus ferme que la précédente.

L’échange finit à deux doigts du duel aux baguettes tant et si bien que les parents Weasley firent irruption, alertés par les éclats de voix. Harry s’affirmait et ne comptait pas se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit.

Scrimgeour sortit en trombe, furieux et quitta le Terrier dans la précipitation. Il transplana au bout du chemin.

Orion espionna encore un peu les trois légataires, juste assez pour se rendre compte qu’ils n’avaient pas la moindre idée de la signification des dons de Dumbledore. Ils n’avaient qu’une certitude : le défunt professeur ne faisait jamais rien au hasard. Ron, hypnotisé par le Déluminateur, ne le quittait plus et l’utilisait sans cesse. Il l’avait adopté.

Le 1ᵉʳ août, Fleur et Bill se mariaient. La fête battait son plein sous un immense tivoli. Une kyrielle d’invités se pressait autour de succulentes préparations et d’enivrantes boissons. Orion, à distance de la foule, reconnaissait un certain nombre de visages, soit pour les avoir croisés, soit pour les avoir vus dans la Gazette du sorcier ou dans le Chicaneur. Il aperçut, entre autres, le meilleur attrapeur de Quidditch au monde, Victor Krum, en conversation avec un Harry modifié en cousin Weasley par sécurité.

Les conversations étaient aimables, la joie transpirait dans les visages et les paroles. Tout allait à merveille quand une lumière bleue traversa le ciel, comme un météore et s’arrêta au beau milieu des invités, sous le chapiteau. C’était un Patronus corporel en forme de lynx.

« Mais… je ne comprends pas… il n’y a pas de Détraqueurs ! »

Le Patronus prit la voix grave et profonde de Kingsley Shacklebolt, l’un des hommes de confiance de l’entourage d’Harry et annonça :

— Le Ministère est tombé. Scrimgeour est mort. Ils arrivent !

La panique gagna l’assistance en une poignée de secondes. Des cris, des transplanages, une dispersion désordonnée. Des sortilèges fusèrent du ciel et s’abattirent sur le chapiteau. Les protections avaient volé en éclats. Les Mangemorts passaient à l’attaque. Les Aurors et membres de l’Ordre du Phénix se regroupèrent pour parer au plus urgent en proférant une série de Protego. Dans la cohue, Orion aperçut Harry et Hermione réunis. Ron manquait à l’appel. Un sort de stupéfixion passa à deux doigts d’atteindre l’Amphigikien en pleine tête, bien qu’il fût transparent. Des gerbes d’étincelles multicolores jaillirent d’un peu partout.

Ron rejoignit enfin le duo. Hermione s’agrippait à son sac-bourse comme une teigne à un chien. À vrai dire, elle le promenait depuis plusieurs jours et ne s’en séparait jamais, même pour manger ou danser. Un éclair de génie traversa l’esprit d’Orion : c’était un bagage avec un sort d’extension à toute épreuve. La jeune fille, prévoyante et organisée, avait dû y loger tout un équipement de survie.

Il sortit Yquem et tenta de reproduire la même stratégie que pour entrer dans le bureau de Dumbledore. Un transfluidage dans le sac !

— Aguamenti !

Le trait d’eau jaillit avec la force d’un nettoyeur haute pression moldu. Il transfluida et se retrouva par terre, au beau milieu des invités courant en tous sens. Le sac d’Hermione était protégé par un sortilège anti-pluie !

Le trio d’élèves transplana sous son nez.

— Non ! hurla-t-il de rage. Protego !

Un tir ennemi s’écrasa sur son bouclier. Il se tourna vers le lanceur et aboya :

— Diffindo. Confrigo ! Sectum Sempra !

La baguette se déchaîna comme jamais. Le Mangemort vola sur plusieurs dizaines de mètres et atterrit dans le jardin, mal en point. Les gnomes survivant au ratissage des enfants se jetèrent sur l’intrus et plantèrent leurs petites pointues un peu partout sur son corps.

Orion se replia derrière une table et reprit sa transparence. Puis, il fila près de la porte d’entrée du Terrier. La bataille faisait rage mais l’issue semblait favorable aux Weasley et à leurs invités. Un Mangemort cria :

— Où est Potter ?

Un autre répondit sans tarder :

— Il a transplané.

Un troisième aboya :

— Ça sert à rien ! On se replie ! Il faut avertir le Maître.

Nul ne répliqua et, assurément, personne ne se précipiterait pour assumer le rôle de l’annonciateur.

De longues fumées noires se formèrent du sol vers le ciel et disparurent dans la nuit. Le Mangemort démoli par Orion fut agrippé par ses camarades et évacué de force. Il avait une chance sur deux de finir en pièces détachées après un transplanage.

Les invités s’étaient dispersés. La fête de mariage venait de prendre fin avec rudesse.

— Où est Harry ? demanda Ginny. Où est-il ? Où ?

Sa voix trahissait la terreur ultime, perdre l’être cher. Orion savait pour elle et le Survivant. Il les avait vus échanger un baiser d’amoureux résignés à être séparés sous un bref délai.

— Il a transplané, lâcha Remus Lupin. Tous les trois. Ron, Hermione et Harry.

— Tu es sûr, Remus ? interrogea Molly Weasley.

— Absolument certain.

— Le Ministère est tombé, se lamenta Arthur. Kingsley, j’espère qu’il…

— Kingsley va bien, j’en suis sûr. Il se sera mis à l’abri avant de nous avertir, rassura Remus.

— Mais les enfants ? s’inquiéta la mère.

— Harry n’a plus la Trace sur lui. Vous-Savez-Qui va avoir du mal à lui mettre le grappin dessus. Demain, je vérifierai dans les lieux où ils sont susceptibles d’avoir trouvé refuge.

— Merci, Remus, fit Molly. J’espère qu’ils croiront que la goule victime d’éclabouille est Ron.

— Ça marchera, assura Arthur. À présent, nous ne pouvons plus faire confiance à qui que ce soit. Le Ministère est tombé, les Mangemorts ont arraché aux Aurors le secret des protections mises en place ici.

— Nous devons en établir de nouvelles mais pas trop sécurisées. Il ne faut pas attirer l’attention.

« La Trace ? » songea Orion. « Le Ministère pouvait le suivre ? Qu’est-ce qui a changé à part son anniver… Bien sûr ! Interdit de faire de la magie en dehors de l’école Poudlard sinon, le Ministère pouvait punir. Harry y a eu droit. J’aurais pu utiliser cette technique pour le suivre… Bon sang ! Je n’ai pas lancé un sortilège d’alarme sur l’un d’eux. Comment les retrouver ? À moins que… »

Il se glissa dans la maison des Weasley tandis que les autres protagonistes se tenaient à l’écart dans le jardin et sur le perron. Ils contemplaient les restes calcinés du tivoli.

Il grimpa les étages jusqu’à ce qu’il atteigne le palier de la chambre de Ron. Il pénétra à l’intérieur avec une idée en tête.

« Voyons… Qu’est-ce que je pourrais prendre que personne ne remarque ? »

Il souleva le couvercle d’un coffre usé dont les gonds émirent un grincement d’agonie. Il stoppa à mi-parcours et fouina à l’intérieur. Il mit la main sur une écharpe en laine, quelque peu rustique et frappée d’un R.

« C’est à Ron. Je l’ai déjà vue autour de son cou, dans le Poudlard-Express. »

Il perçut des éclats de voix venus de l’escalier. Il était trop étroit pour se croiser. Il ouvrit la fenêtre, passa au-dehors, ferma au mieux, tira sa baguette magique et se jeta dans le vide en direction des maïs.

— Arresto momentum ! lâcha-t-il avec un sens du timing parfait.

Sa chute fut amortie. Il courut à travers les épis et contourna le terrain pour parvenir à sa tente. Il n’en restait plus grand-chose, à part des lambeaux. Il écarta les pans de l’entrée. À l’intérieur, tout était détruit, notamment son Scrutoscope et sa Glace à l’ennemi. Il devrait se réapprovisionner chez Derviche et Bang.

« Tellement de sortilèges lancés ! L’un d’eux aura rebondi ou manqué sa cible. Je n’avais rien emporté de précieux ! Une chance… »

Sans son équipement, sans piste pour retrouver les trois élèves disparus, sans pouvoir se révéler sans risque aux Weasley et à leurs amis, il se décida pour la marche à travers la plaine, jusqu’au plus proche cours d’eau.

Orion se planquait depuis plusieurs jours dans son logement, au Chemin de Traverse. Il ne se montrait jamais à la fenêtre, craignant d’être repéré, dénoncé. S’il devait sortir pour se ravitailler, il usait des conduites d’eau et faisait irruption dans le monde moldu. Même si les Moldus représentaient une écrasante majorité de la population britannique, ils n’étaient pas à l’abri des exactions des Mangemorts. Voldemort avait placé une de ses marionnettes au poste de Ministre de la Magie et avait noyauté toute la hiérarchie, les Aurors ainsi que la Justice. Severus Rogue, l’assassin de Dumbledore, avait été nommé directeur de Poudlard. Dans la rue, plus personne ne s’adressait la parole. Les rares commerces ouverts se contentaient de satisfaire leurs clients, sans mot dire, de peur d’être dénoncés, interrogés, voire de disparaître.

Au Chaudron Baveur, Tom officiait en silence. Il était tenu de laisser traîner des exemplaires de la Gazette du sorcier sur les tables et de bannir le Chicaneur. L’excentrique Xenophilius Lovegood, le père de Luna, entrevu lors du mariage de Fleur et Bill, avait soit les mains libres, soit était considéré comme quantité négligeable.

L’enquêteur avait perdu la trace de Ron, Hermione et Harry. Sans l’avouer ouvertement, le gouvernement traquait le Survivant pour l’offrir en pâture au Seigneur des Ténèbres. En vain, jusqu’à présent. Les élèves lui tenaient tête mais leur capture n’était qu’une question de jours, au pire de semaines. Il devait impérativement les retrouver, mettre la main sur le Déluminateur et trouver un moyen de le remettre à Cassiopée Cassini.

Pour découvrir où Ron se dissimulait, l’Amphigikien s’était souvenu juste à temps d’une lecture sur un sort spécifique : Avensegium.

Le sortilège en question permettait de retrouver le propriétaire d’un objet qui, visé par la baguette, pivotait tout seul vers sa destination et se mettait ensuite en mouvement jusqu’à ce qu’il soit réuni avec le sorcier recherché. Or, l’écharpe de Ron n’avait pas la forme idéale pour indiquer une direction. De plus, elle n’était même pas parcourue par un frémissement. Orion aurait besoin d’éclaircissements si ses tentatives demeuraient stériles. Nul autre magasin que Fleury et Bott ne pourrait le sortir de l’ornière.

Il ne pouvait plus attendre davantage. Le Ministère venait d’annoncer que l’ensemble des sorciers devrait prouver la pureté de son sang. Les Né-moldus allaient être traqués et les sang-mêlés sommés de démontrer qu’ils n’avaient pas usurpé leur statut. Orion se morfondait. Il ne concevait pas que sa patrie d’adoption allait virer au régime dictatorial, comme Amphigika. Pourtant, la voie extrême s’instaurait.

Il s’empara de sa baguette, la glissa dans le fourreau à ressort qu’il nouait autour de son avant-bras et enfila une cape de lin léger pour dissimuler le harnachement. Il quitta son petit logement et descendit les marches de l’escalier à pas feutrés. Tous les appartements des différents paliers étaient vides. Leurs occupants avaient fui à la campagne, voire à l’étranger. La peur… Il passa une tête dans l’encadrement de la porte d’entrée. Il était près de 16 heures, début août, et le Chemin de Traverse était désertique alors qu’à trois semaines de la rentrée scolaire, il aurait dû être noir d’acheteurs.

Il marcha d’un pas rapide, rasa les murs, pressé d’atteindre la librairie la mieux achalandée. Il soupira lorsqu’il franchit le seuil de la boutique. Il y avait le vendeur habituel, occupé avec une famille de sorciers. La femme noire, très élégante, était d’une beauté à couper le souffle. Un jeune homme l’accompagnait. Il l’identifia comme un élève de Serpentard, Blaise Zabini, qui traînait parfois avec Drago Malefoy, un garçon avec du répondant, assez cinglant, pas désagréable.

Lorsque l’enquêteur avait pris le Poudlard-Express, à maintes reprises, il avait croisé à peu près tous les effectifs de l’école. Il avait pu juger du niveau d’éducation de Zabini. Au premier coup d’œil, la famille respirait une aisance financière manifeste.

Aux manuels exigés en septième et dernière année du cursus, sa mère avait ajouté le double d’ouvrages à lire et à connaître. Elle tenait à rappeler que l’ambition était une des valeurs vedettes de la maison Serpentard.

Orion se glissa en catimini dans l’allée des ouvrages consacrés aux pratiques de sortilèges. Il dégota un bouquin très pratique, aux nombreuses photos animées, idéales pour reproduire la gestuelle à la perfection. Il se rendit au comptoir et patienta. Un autre libraire vint encaisser son achat en ne lâchant que le prix :

— Cela fera 2 Gallions et 5 Mornilles.

Orion observa le silence et s’acquitta de sa dette en faisant l’appoint. Il jeta un coup d’œil en direction du jeune vendeur qui lui adressa un clin d’œil. La femme le remarqua et se retourna. Son regard incendia Orion, sans qu’il puisse déterminer si elle l’avait fusillé ou envoûté. Il tourna la tête et s’évanouit dans la rue. Il refit le chemin aussi vite qu’à l’aller et s’engouffra dans le hall de son habitation. Après avoir franchi le seuil, ses jambes refusèrent d’aller plus loin. Il tomba en avant, frappé d’une rigidité cadavérique. Un Petrificus Totalus.

Deux hommes en cagoules l’empoignèrent, le remirent sur ses pieds, lui bandèrent les yeux et transplanèrent avec lui.

La première sensation éprouvée fut un vide aussi profond que l’espace intersidéral. Un néant sentimental, un abysse s’ouvrant dans son cœur. La seconde information transmise par son corps fut l’imminence de la fin de ses fonctions vitales. La soif l’étreignait, sa peau était desséchée, son organisme souffrait d’un manque cruel d’eau.

Le prisonnier ouvrit les yeux. Ils se posèrent sur des pierres sales, grises, humides, couvertes de lichen rampant. Il n’y avait ni couchage, ni lavabo ou toilettes. Juste des chaînes aux maillons surdimensionnés, ancrées dans les murs de pierre et soudées par magie autour de ses poignets. Il ignorait depuis combien de temps il était incarcéré mais, en se fiant à son état de détresse corporelle, il estima la durée à 72 heures.

Ses souvenirs étaient brouillés. Il avait été attaqué. Pourquoi ? Comment ? Aucune idée. Il rassembla ses forces et hurla :

— Eh ! Il y a quelqu’un ? J’ai soif ! S’il vous plaît, donnez-moi de l’eau !

La réponse vint sous la forme d’une sensation de froid intense. Une trappe s’ouvrit dans la lourde porte de métal et un visage cadavérique se montra. Une bouche sans dent, gouffre circulaire parfait, se dessina sur le Détraqueur et la moindre parcelle de joie fut aspirée. Le monstre se délecta des dizaines de vies d’Orion, se plaqua contre le chambranle, comme si la gravité s’inversait et qu’il était victime de son avidité. Un Patronus jaillit dans le couloir et éjecta l’immonde vampire. Un visage humain apparut dans l’orifice :

— Qu’est-ce que tu veux ?

— De l’eau. Pitié, de l’eau, s’il vous plaît.

— Prends ça ! lança le geôlier. Aguamenti !

Sa baguette magique envoya un jet d’eau en direction du captif. Il fut assez rectiligne, abondant et puissant pour que la jonction se fasse. Transfluidage accompli, le prisonnier atterrit sur son geôlier, passant à travers la trappe sous forme liquide.

— Maudit mons… commença l’assailli.

Il n’eut pas le temps d’achever sa phrase. Orion jeta toutes ses forces dans un uppercut du droit, suivi d’un crochet du gauche. Le gardien, Mangemort s’il en jugeait par la marque à son avant-bras, s’écroula, K.O. Orion s’empara de sa baguette, se tourna vers le Détraqueur arrivé à la rescousse et se focalisa sur la vision d’Harry, bébé. L’image eut du mal à se former, mais il attendit l’ultime fraction de seconde pour prononcer :

— EXPECTO PATRONUM !

Il puisa tout au fond de son être, y mit tout son cœur et produisit un Runespoor aux dimensions exagérées. Le serpent à trois têtes plaqua le Détraqueur au bout du couloir et s’acharna jusqu’à ce que le fantomatique gardien soit mis hors service. Dès que l’évadé fut assuré que son sortilège lui laissait de quoi récupérer, il considéra la baguette tortueuse. Il ressentit sa puissance, sa démesure et les nombreuses fois où elle avait jeté des sorts impardonnables avec joie et férocité. Cet objet était mauvais.

« Bois de prunellier, cœur de ventricule de dragon. Inflexible. Ne répugne pas à exercer de la magie noire. »

La fréquentation régulière d’Alcyone Tauri et de Garrick Ollivander avait laissé des traces.

— ACCIO YQUEM ! mugit-il de toute sa puissance vocale.

Il demeura en place et une quinzaine de secondes plus tard, sa fidèle compagne passa à travers les barreaux d’une meurtrière. Il se débarrassa de l’autre baguette, rasséréné par son serviteur de vigne noueuse au cœur flamboyant de plume de Phénix.

Il en éprouva une joie instantanée. Hélas, elle attira d’autres Détraqueurs comme des ours alléchés par du miel. Il courut dans le couloir, baguette en avant et cria :

— MAXIMA BOMBARDA !

Le mur d’enceinte vola en éclats. L’homme poursuivit sur sa lancée et se jeta dans le vide. Il heurta la surface de l’océan déchaîné, soixante mètres plus bas.

Le fugitif avait quitté la Grande-Bretagne durant quelques mois et s’était installé sur un minuscule îlot inhabité du Pacifique. La terreur instaurée par Voldemort n’avait pas empêché Harry, Ron et Hermione de mener un raid sur le Ministère de la Magie. Il l’avait appris dans une Gazette du sorcier trouvée dans une maison abandonnée. Ses incursions sur le territoire britannique se faisaient rares, ciblées et préparées avec minutie. Il ne tenait pas à se retrouver à Azkaban – il n’aurait pas deux fois de suite la chance de tomber sur un Mangemort abruti et de s’évader –.

Son statut d’étranger ayant reçu le droit de vivre parmi la communauté sorcière le classait au-to-ma-ti-que-ment dans la catégorie des êtres dont la preuve de Sang-Pur serait impossible à faire. Donc, Azkaban, quoi qu’il advienne.

À intervalles irréguliers, il explorait des lieux où le trio d’élèves aurait pu se retrouver. Parfois, souvent même, il tombait nez à nez avec des Mangemorts dépêchés pour exercer une surveillance. Il repartait sur son îlot de solitude, bredouille.

Quand Noël approcha, il imagina que ses frasques avaient été oubliées et qu’il pouvait revenir sur le territoire anglais, à condition de se tenir éloigné des concentrations naturelles de sorciers. Il dénicha une maison isolée, abandonnée, sans surveillance. Il y avait un jardin boueux, gorgé d’eau, stérile. Mais les placards du cellier regorgeaient de bocaux, de conserves remplies des cultures estivales du jardin. L’endroit n’avait pas appartenu à des Moldus, car il avait trouvé quelques photos animées. Cependant, à en juger par la présence d’appareils électroménagers, il s’agissait de Sang-Mêlés.

Un soir, peu après Noël, alors qu’il passait en revue les cachettes possibles du trio, il perçut du bruit à l’extérieur. Il se rendit au rez-de-chaussée, limpide comme de l’eau claire. Quelqu’un était en train de forcer la serrure.

— Alohomora !

Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvrit les traits du sorcier intrus.

« Ron ! » exulta-t-il en silence. « Bon sang ! Mais quelle chance ! Et… mais… Hermione, Harry ? Où sont-ils ? »

Il demeura immobile et invisible, observant ses faits et gestes. Il ne put s’empêcher d’imaginer le pire pour les autres fugitifs alors que dans le trio, Ronald semblait le plus vulnérable. Il s’était trompé sur toute la ligne ! Le cadet des garçons Weasley portait un sac à dos bien rempli, ne semblait pas souffrir de malnutrition et n’était pas négligé. Pas mal, pour un fuyard !

Ron fureta dans la cuisine, s’empara d’une boîte de biscuits et de conserves. Il fila inspecter l’étage. Il y demeura. Orion fut dans l’incapacité de le suivre, car l’escalier craquait à chaque pas. Il s’installa sur le canapé du salon et observa un silence religieux. Il entendit des voix puis un peu de musique. Ron écoutait la radio.

« Est-ce qu’il a toujours son Déluminateur ? J’ai la chance inouïe de le voir débarquer devant mon nez et il se met hors d’atteinte ! Ahhhh ! »

Il s’allongea sur le sofa et ferma les yeux. Quand il les rouvrit, il faisait jour. La nuit avait filé en un éclair. La radio fonctionnait toujours ; Ron n’avait pas quitté l’étage. Le speaker parlait de la récompense de 10 000 Gallions pour la capture de Potter. Il mettait la population en garde face aux exactions de rafleurs chargés de capturer les personnes figurant sur des listes noires, alimentées par des déclarations spontanées et obligatoires. Le Ministère de la Magie accentuait la mise sous tutelle des sorciers et de leur libre-arbitre.

Tout à coup, Ron s’exclama :

— Quoi ?

Orion tendit l’oreille et reconnut la voix d’Hermione :

— Ron… Ron…

Le prénom de son ami tournait en boucle. L’Amphigikien reconnut le son de l’activation du Déluminateur : une sorte de modulation entre un sifflement et un hululement.

La voix d’Hermione mentionna qu’elle avait tenté de réparer la baguette d’Harry, sans succès.

« Harry et Hermione ont transplané à l’étage ? » s’interrogea le squatter.

Le parquet craqua et Ron débarqua dans l’escalier, puis dans le hall. Il suivait une sphère bleue, lumineuse, flottant devant lui. Orion, invisible, fut subjugué par la vision. La voix de la jeune fille émanait de cette luciole. Ron sortit, Orion emboîta son pas. Ils se dirigèrent vers le chalet de jardin, sous la végétation, à l’abri des regards indiscrets. La boule s’immobilisa. Ron se figea. La lumière fondit sur lui, au cœur de sa poitrine. Il en fut retourné, ému et transplana.

— JE LE SAVAIS ! s’exclama Orion.

Le Déluminateur de Dumbledore ne pouvait pas n’être qu’un simple gadget destiné à allumer et éteindre la lumière. C’était un moyen de guidage, un objet capable de réunir deux âmes sœurs. Il captait l’âme et la faisait voyager. C’était la preuve qu’il avait eu raison. Inconvénient : Ron avait de nouveau disparu.

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