Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

25 XI Laura Jiraud

Catégorie: M
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CHAPITRE XI : LAURA JIRAUD

 

Une fois Thomas partit se coucher à son tour, Pierrick décida d’aller prendre une douche avant de se coucher à son tour pour à peine deux heures. Lorsqu’il retourna dans le séjour dans le but de s’affaler sur le canapé, il eut la surprise de tomber sur Chun qui sortait de sa chambre en chemise de nuit. Elle écarquilla les yeux en découvrant Pierrick torse nu, vêtu uniquement d’une serviette nouée autour de la taille. Son regard s’arrêta sur les muscles fermes du chasseur. Sans être énorme, ils étaient dessinés et vigoureux, parfaits pour la pratique du Wu Shu. Ses yeux, remontant des abdominaux vers la poitrine, se concentrèrent sur une étrange marque rougeâtre placé au niveau de cœur. Elle s’approcha sans la lâcher des yeux. La marque avait vaguement une forme d’étoile à cinq branches pointant vers le bas, une sorte de croix d’un rouge légèrement plus soutenu se superposait à l’étoile, l’extrémité inférieure de la croix était biseautée. Chun posa une main sur la marque.

« Que sa peau est douce, pensa t-elle. C’est quoi cette marque ? demanda t-elle.

-Une marque de naissance, répondit-il. Je l’ai toujours eu. »

Chun n’enleva pas sa main. Elle aimait le contact de la peau du jeune homme. Elle était si douce et si chaude.

« Je voulais te remercier de m’avoir aidé tout à l’heure, dit-il. »

Comme s’éveillant d’un rêve, Chun retira vivement sa main. Elle n’osa pas le regarder dans les yeux, rougissant jusqu’aux oreilles.

« C’est normal, finit-elle par dire. Nous sommes partenaires. Je…je voulais aller me chercher un verre d’eau.

-Excuse-moi, fit-il en s’écartant. »

Chun s’enferma dans la salle de bain. Elle ferma les yeux en respirant profondément pour essayer de calmer son cœur qui battait la chamade. Elle en était sûre, Pierrick était l’homme de sa vie.

            Pierrick s’assit sur le canapé. Il pensa que, heureusement, Chun n’avait pas levé les yeux vers son visage car il sentait que la chaleur due au simple contact de sa main si douce sur son torse l’avait fait rougir. Il n’avait pas ressenti ça depuis ces années heureuses avec Su. Chun et Su se ressemblaient physiquement, mais leurs caractères étaient différents. Il en était sûr, il était amoureux de Chun.

            Mais oserait-il lui avouer ses sentiments …?

 

            Il ne restait que deux jours avant les vacances de Pâques. Pierrick et Chun savait que durant cette période, l’enquête piétinerait plus que jamais. Thomas était quasiment hors de cause, Pierrick savait qu’il avait été élevé dans le mépris des Mangemorts. Il ne put malheureusement pas donner à Pierrick des renseignements, étant présent depuis trop peu de temps.

            Ils devaient enquêter du côté du Club du Serpent. La seule source de renseignements sur ce sujet était François Garde et sa liste de membres potentiels. Avec l’aide de Thomas, Pierrick commença à surveiller les différents noms de cette liste. La grande majorité ne présentait pas de particularité qui pourrait faire d’eux des mangemorts ou des tueurs en puissance si ce n’est un penchant pour le noir et une attitude gothique. Parmi eux, il y avait la star de l’équipe des Anges des Ténèbres, l’attrapeur Frédéric Gono. C’était vrai qu’il avait l’air sombre mais en l’observant attentivement, le chasseur arriva à la conclusion que ce n’était qu’un genre qu’il se donnait pour faire craquer les filles au grand dam de sa petite amie. Si elle savait que dans son dos, il s’amusait en couchant avec Angelina Armose !

Celui qui était le plus suspect d’après Pierrick, parmi les élèves, était Pierre Hargus, le génie de l’Académie. Il apparut que Pierre Hargus passait beaucoup de temps à la bibliothèque. Jusque la, rien d’étonnant. Ses excellents résultats laissaient penser qu’il devait travailler sérieusement. Beaucoup d’élèves de toutes années confondues venaient lui demander des conseils ou des précisions sur n’importe quel sujet. Pierrick remarqua que le gardien des Dragons de Fer, Maximilien Harris, accompagnait souvent Hargus lors de ses heures de travail dans les rayonnages de la bibliothèque. Etant en même année, Pierrick pensa tout naturellement qu’ils ne devaient qu’être partenaire d’étude. Mais il ne put s’empêcher de remarquer l’inquiétude qui teintait parfois son regard quand il regardait son camarade. Sûrement une simple histoire d’étudiant.

            L’autre principal suspect apparaissant sur la liste était le professeur de potions Richard Rodès. Franck Vinol avait fait une enquête approfondie sur tous les professeurs. Richard Rodès était un fervent détracteur de l’actuel ministre Erwan Riliam. Lors des manœuvres de ce dernier pour accéder au siège ministériel, le professeur fut d’un soutien indéfectible pour l’ancien ministre. Il ne collait pas vraiment à l’image type du mangemort mais il fallait lui reconnaître une très haute connaissance des arts sombres de la magie. Il participait régulièrement à des recherches de magie expérimentale en particulier sur des potions. Il travaillait d’ailleurs actuellement sur le véritaserum avec le Département de Magie Expérimentale du Ministère. Mais bien sûr comme souvent dans ce genre de cas, ce n’était que la partie émergée de l’iceberg. Richard Rodès avait été accusé par le passé d’expérimenter des potions sur des cobayes humains ou semi-humains sans leurs consentements. N’ayant pu prouver l’utilisation de menace, chantage ou l’utilisation du sortilège de l’Imperium, le professeur Rodès s’en sortit avec un blâme. Beaucoup de ses ennemis estimaient que ce n’était dû qu’au soutien qu’il apportait au précédent ministre.

            Peut-être se retrouvait-il en Pierre Hargus comme il était dans sa jeunesse ?

 

            Le dernier vendredi arriva. Thomas voulait continuer à veiller sur Laura durant cette période, comme il le faisait depuis quatre ans. Mais Pierrick l’en dissuada :

« Je ne pense pas qu’elle risque grand-chose chez elle. Et puis, il faut que tu viennes au Ministère. Mon chef veut te faire subir un interrogatoire pour savoir si tu es vraiment de  confiance. Tu restes suspect malgré tout.

-Je comprends. Tu as sûrement raison. »

 

            Laura Jiraud était distraite depuis quelques jours. Elle ne cessait de revoir la scène où son petit ami se battait avec le professeur Radus. Et ce mot. Durant tout le voyage en train, elle ne dit presque rien. Hans Friedrich s’en inquiéta :

« Tu vas bien ?

-Oui, répondit-elle sans vraiment s’en rendre compte.

-Laura.

-Hein ! se réveilla t-elle.

-Tu es sûre que ça va. Tu as l’air ailleurs ces derniers temps.

-Je me pose des questions.

-Sur quoi ?

-Sur mon père. Je… je crois que certaines choses arrivés récemment ont un rapport avec lui.

-Comme quoi ?

-Je ne voulais pas t’en parler pour le moment mais, ce qu’a dit le professeur Radus lorsque vous vous êtes battu…

-Ce mot bizarre ?

-Xua. Ça veut dire apprends en chinois.

-J’avais oublié que tu parlais un peu chinois. Donc Radus parle chinois. Et tu penses que ça a un rapport avec ton père ?

-Il a vécu en Chine. Je ne vois pas d’autres liens. Ils s’y sont peut-être rencontrés.

-Radus devait être un gamin à l’époque. Ça n’expliquerait pas l’intérêt qu’il te porte.

-C’est pour ça que je vais profiter de ces vacances pour fouiner dans les affaires de mon père.

-Tiens moi au courant s’il te plait.

-Promis. »

            Le train s’arrêta dans la gare de Nancy. Ce fut là que Laura descendit. Elle fut accueillie par une femme de trente-cinq ans avec des cheveux bruns et des yeux noisette. Laura embrassa chaleureusement sa mère et elles quittèrent la gare en commençant le résumé de ce qui s’était passé dans leurs vies durant ces mois de séparation. Bien sûr, Hermione Jiraud était inquiète par rapport au meurtre de Guillaume Sazeau.

            Une fois à la maison, Laura décida de lancer tout de suite la question qui lui brûlait les lèvres.

« Maman, que peux-tu me dire de papa du temps où il était en Chine ?

-Pourquoi cette question ? »

Malgré les années, Hermione Jiraud avait conservé son accent britannique.

« Est-ce qu’il avait des amis en Chine ?

-Oui, il m’en a parlé quelques fois. Il disait que les chinois l’avaient très bien accueilli et que c’était agréable de travailler avec eux. Il regrettait vraiment que beaucoup soient morts.

-Et une femme ?

-Quoi ?

-Avait-il rencontré une femme là-bas ?

-Oui. Il m’en a parlé une seule fois. Elle s’appelait Sima si je me souviens bien. Ils voulaient se marier mais suite à des pressions de la famille de la jeune femme, ils durent se séparer et ne se sont jamais revu. Quelques années plus tard, ton père a demandé à revenir en France et nous nous sommes rencontrés. Je n’oublierais jamais la première fois que je l’ai vu. Il ne voulait rien laisser paraître mais je voyais bien qu’il était tourmenté. J’ai craqué pour lui au premier regard. Il s’est laissé faire. Il avait besoin de réconfort. Je n’étais pas dupe mais je l’aimais. Nous nous sommes mariés, peut-être trop vite. Et tu es arrivée. Le jour de ta naissance, ce fut la première fois que je le vis sourire véritablement. Et ce fut la première fois qu’il m’a dit qu’il m’aimait. Nous avons vécu heureux. S’il n’avait pas eu cet accident, nous vivrions encore dans le bonheur. »

Hermione marqua un temps de pause. Ces souvenirs lui faisaient mal et du bien à la fois.

« Pourquoi ces questions soudaines ? demanda t-elle à sa fille.

-Le remplaçant du professeur Sazeau, Thomas Radus, il semble s’intéresser à moi, je ne sais pas pourquoi. Et surtout, il parle chinois.

-Tu penses qu’il a un rapport avec ton père ?

-Peut-être. Mais il est trop jeune. Il ne devait qu’avoir six ou sept ans quand papa est rentré en France.

-Toutes les affaires de ton père son dans son bureau. Je n’ai rien jeté. Tu peux regarder. »

            Laura s’y mit tout de suite. Elle passa des heures à fouiller dans les papiers de son père. La plupart n’étaient que des rapports de travail qui ne lui apprendrait rien sur ce qu’elle cherchait. Elle devait trouver des documents plus personnels. Un tiroir était fermé à clé. Elle enrageait et dû appeler sa mère à l’aide. Un alohomora suffit pour le déverrouiller.

            Le tiroir contenait peu de choses. Quelques photos abîmées par le temps et des lettres en chinois. Ça faisait longtemps que Laura n’avait pas pratiqué cette langue. Elle parvint quand même à déchiffrer une bonne partie. Toutes écrites par la même personne, une femme s’appelant Sima Zimong.

            La plus ancienne, datant de l’année 1960, n’était que les nouvelles d’une amie à un ami. Même si certaines phrases laissaient entendre plus.

 

Mon cher ami.

 

            Je suis actuellement loin de toi. Je t’envoi cette lettre pour te dire que tu me manques. J’ai envi de revenir te voir rapidement, que tu me parles encore de ton pays. Mais je dois faire mon devoir pour le moment.

Le Ministère coréen de la Magie pense que le dictateur moldu de la partie nord du pays utilise des mages noirs pour conquérir la partie sud sans déclencher une nouvelle guerre. Seulement, il apparaît que les mangemorts se servent de lui. Nous devons les arrêter. Les affaires moldues ne nous concernent pas, mais il ne faut pas laisser des Sorciers s’en mêlés.

 

Avec toute mon amitié.

Sima

 

Cette femme était une combattante. Elle était comme les Chasseurs et les Aurors. Etait-elle déjà amoureuse de lui ? Etait-il amoureux d’elle ?

La lettre suivante datait de 1961. Plus de doute, ils s’aimaient.

 

Mon amour.

 

Encore une fois je t’écris de loin. Mais cette fois ci je ne combats pas. Ma famille n’accepte pas mes choix. Elle voudrait que je choisisse quelqu’un de mon espèce. Je ne les comprends pas. Nous avons toujours combattu les mages noirs. Si nous voulons une soi-disant pureté du sang, alors autant nous allié à Tu-sais-qui. Je vais sûrement couper les ponts avec ma famille. Car je ne veux pas devenir comme eux. Si tu veux toujours de moi. Je reviendrais bientôt et nous nous marierons enfin.

Si tu penses qu’il faut que l’on quitte ce pays pour vivre libre et heureux, je te suivrais, sans regret si ce n’est celui de ne pas avoir pu changer les miens.

 

Amoureusement.

Sima

 

Laura prit une des photos et la regarda attentivement. La femme qui s’animait dessus était magnifique. Elle comprenait que son père soit tombé amoureux d’elle. Sur une des photos, ils étaient ensembles, se tenant dans les bras l’un de l’autre, souriant de bonheur, amoureux. Qu’est-ce qui les avait séparés ? Est-ce que la famille de Sima avait réussi à les séparer ?

Laura se saisit de la dernière lettre. Celle-ci datait de beaucoup plus tard, 1968, l’année où son père a demandé à quitter la Chine. Une photo y était jointe. Laura eut un choc. Elle représentait Sima avec quelques années de plus. Elle était accompagnée d’un petit garçon de six ans à peine. Malgré les longs cheveux châtains clair du garçonnet, Laura le reconnut aussitôt : Thomas Radus. Elle lui trouva des points de ressemblances avec son père, le même nez, la même forme des yeux.

 

Mon cher Gaston

 

Cela faisait longtemps. Je sais que nous avions dit que nous ne nous écririons plus mais je devais le faire. Tu me manques horriblement depuis plus de six ans. Mais j’ai heureusement quelqu’un avec moi. Tu le vois sur la photo que je t’envoie avec cette lettre. Il s’appelle Thomas et c’est ton fils. Cela peut paraître difficile à croire mais je te jure que c’est la vérité. Il te ressemble. Et d’ailleurs cette ressemblance fait qu’il est haï par mon peuple. Pour eux ce n’est qu’un sang-mêlé sans importance. Il ne se laisse pas abattre pour autant et s’entraîne dur pour faire taire les autres.

Je voudrais te le présenter. Il ignore tout de toi. Que tu le veuilles  ou non, je viendrais bientôt. Et j’espère que tu l’accepteras, car il est ton sang.

Je n’ai jamais cessé de t’aimer.

 

Amoureusement.

Sima

 

Ainsi donc voila pourquoi son père avait  quitté la Chine. Il a fui ses responsabilités. Cela l’a-t-il miné jusqu’à sa mort ? Peut-être ne le saurait-elle jamais. Elle ne savait qu’une chose maintenant : elle avait un frère.

Elle allait se lever pour enfin sortir de ce bureau quand elle remarqua un dernier parchemin fermé par un cachet de cire. Celui-ci était écrit en français et visiblement de la main de son père. La première chose qui frappa la jeune fille fut la date : 28 novembre 1978. Le jour de la mort de son père. Avec angoisse, elle commença à lire la dernière lettre de son père.

 

Je ne sais pas qui lira cette lettre que je laisse comme un testament de mon âme. Aujourd’hui je vais mourir.

Hermione, si tu lis cette lettre, sache que je t’aime mais tu ne m’aimeras peut-être plus en apprenant ce que j’ai fait.

Laura, si c’est toi, pardonne moi mes faiblesses. Même les pères ont droit de se tromper. Mais mon erreur me fut fatale et j’ai mis dix ans à m’en rendre compte.

Lorsque j’étais en Chine, j’ai rencontré une femme merveilleuse. Elle s’appelait Sima Zimong. Elle travaillait pour le Ministère chinois dans l’unité anti-mage noir. Elle était magnifique et intelligente. Nous sommes devenus amis puis amants. Seulement, son peuple n’acceptait pas son union avec un sorcier et les sorciers faisaient tout pour me dissuader de l’épouser. Car elle était fille du peuple Dragoniar. Elle disait être prête à tout quitter pour moi. Mais moi je ne l’étais pas. Je l’ai repoussée. Je m’en suis toujours voulu. Je n’en suis pas fière.

Et après six longues années, elle m’a de nouveau envoyé une lettre avec une photo qui montrait son fils, notre fils. Elle voulait venir me le présenter. J’ai pris peur et j’ai demandé mon retour en France. Je n’ai jamais plus eu de nouvelles. Mais comme tout le monde sait, la communauté magique chinoise a été massacrée. Et j’ai appris par quelques anciens amis que Sima était morte. Et je suppose que mon fils l’a suivie dans la tombe.

Je ne peux vivre avec ce poids sur la conscience. Savoir qu’ils sont morts alors que j’aurais pu les sauver il y a dix ans est trop dur pour moi.

 

Pardonnez-moi.

 

Laura sentit sa respiration se figer dans sa poitrine. La mort de son père n’était pas un accident, il s’était suicidé. Sans même qu’elle s’en rende compte, des larmes ruisselait sur ses joues. Elle relut la lettre plusieurs fois, déclenchant de nouvelles larmes à chaque lecture. Son père était mort sans savoir que son fils avait survécu.

Elle comprenait tout. Son frère voulait-il simplement veiller sur elle ? Elle ne savait pas mais elle se promit de le savoir.

Combien de temps resta t-elle dans ce bureau qui sentait le renfermé ? Elle l’ignorait. Elle sortit et se blottit dans les bras de sa mère. Ses seuls mots furent :

« J’ai un frère. »

Si Hermione était choquée par la nouvelle, elle se garda de le montrer à sa fille. Elle se contenta de lui sourire. Un sourire qui apaisa le cœur de la jeune fille.

            A cet instant, Laura décida de ne pas révéler à sa mère que son père s’était donné la mort. Elle cacha la lettre au fond de sa poche en attendant de lui donner une meilleure cachette.

 

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