Le Corbeau. Saison 1

Chapitre 57 : VII Bataille Silencieuse

Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/11/2016 00:03

            CHAPITRE VII : BATAILLE SILENCIEUSE

 

            Pierrick avait repris sa forme humaine. Il était assis sur le toit de la plus haute tour du palais. Il regardait les étoiles et la lune en croissant en pensant à Chun. Il aimerait tellement être auprès d’elle ce soir. Ils devaient des vacances romantiques seul à seul. Leur première vacances ensemble. Pierrick ne se posait pas la question de savoir s’ils étaient faits pour être ensemble. Il le savait. Il n’en avait aucun doute. Il n’avait plus été aussi sûr de ses sentiments depuis Su. Comment réagirait la jeune fille depuis la Mort. Pierrick ne put s’empêcher de penser qu’elle devait sourire de le voir reprendre le chemin du bonheur.

            Un frôlement le tira de sa rêverie. Pierrick se releva d’un bond en sortant sa baguette. Il la pointa sur la silhouette qui se dressait devant lui. Cette dernière leva immédiatement les mains en l’air en signe de reddition.

« Ne tire pas ! Je me rends ! s’exclama la silhouette.

-Yann Firvel, fit Pierrick en reconnaissant la voix. Que viens-tu faire ici ?

-Je suis venu te rendre une petite visite amicale.

-Sérieusement.

-Je suis au courant pour les Friedrich. Je peux t’aider.

-Je ne suis pas vraiment surpris que tu saches. Mais je ne pense pas te faire confiance pour quoique ce soit.

-Je t’ai tout de même dit pour le Prêtre.

-D’ailleurs que lui est-il arrivé ? Je ne l’ai plus revu depuis l’affaire des vampires.

-Il a pris sa retraite.

-Je vois. Et que proposes-tu de faire maintenant ?

-Je peux trouver une planque que les mangemorts de Malgéus ne trouveront pas. Hans Friedrich y sera en sécurité.

-Quel est l’intérêt de tes patrons ? Peu importe qui ils sont.

-Ils ne sont pas vraiment au courant. J’ai compris que je devais me méfier d’eux depuis qu’ils ont envoyé le Prêtre.

-Et tu me fais confiance ?

-Plus qu’à eux déjà.

-Et bien moi pas.

-Je te comprends. Au fait, en venant, j’ai vu une dizaine d’individus suspects se dirigeant par ici depuis Ferblanc. Leur chef avait des yeux violets.

-Névris.

-Tu ne me fais peut-être pas confiance. Mais je vais quand même t’apporter mon aide. Même toi, tu ne peux pas être partout à la fois. »

 

            Les mangemorts se présentèrent à la grille d’entrée du domaine. Le sortilège de détection prévint tout de suite Bruno Hidalgo qui vint voir qui pouvait bien venir à une heure aussi tardive. En raison de la mise en alerte de Chaldo, il garda sa baguette dans sa main, la cachant dans son dos. Quand il s’arrêta au niveau de la grille, il ne vit qu’un seul homme. Sous l’ombre des colonnes supportant la grille, son visage resta dissimulé.

« Qui êtes-vous ? questionna le concierge en restant à bonne distance.

-Je suis du Département des Chasseurs, répondit l’inconnu. Je dois m’entretenir de toute urgence avec monsieur le directeur.

-Un chasseur ?

-Un des élèves est en danger.

-Mais il y a déjà un chasseur ici. »

L’inconnu resta silencieux deux secondes.

« Je sais. Il y a des éléments nouveaux et je dois lui en faire part.

-A qui ?

-Au chasseur qui est là.

-Savez-vous qui c’est ? demanda Bruno, de plus en plus suspicieux.

-Et vous, savez-vous que le venin du scorpion jaune peut foudroyer un cheval en un instant ?

-Quoi ? »

            Bruno Hidalgo ne put rien ajouter de plus. Il s’effondra après avoir sentit une horrible brûlure au niveau de sa cheville. Les yeux et la bouche grands ouverts, son cœur s’était arrêté de battre. Près de lui, un scorpion jaune se rapprocha de la grille. Il se transforma en un homme. Timothée Arak. Le jeune homme sortit sa baguette et ouvrit la grille. Les autres mangemorts surgirent de l’ombre et entrèrent à la suite de Névris.

            Névris fit arrêter son groupe non-loin de l’entrée du palais. Il scruta la moindre parcelle de mur, la moindre fenêtre qu’il pouvait voir.

« Il y a un chasseur, dit-il calmement. Et n’oubliez pas qu’il y a les professeurs. En particulier Garde, Zimong et Tréveune, même s’il n’est pas vraiment un combattant. Retrouvez Hans Friedrich. Il nous le faut vivant. »

            Les mangemorts se dirigèrent vers les dortoirs. Les couloirs étaient déserts. Tout était calme. Trop calme au gout de Timothée Arak. La main de certains de ses acolytes était si crispée sur leur baguette que les jointures de leurs doigts en étaient blanches. Ce silence était trop intense. Même les insectes et les oiseaux de nuit s’étaient tus.

            Soudain, des ombres surgirent comme autant de diables de leurs boîtes. Des éclairs de stupéfixion fusèrent de tous les côtés. Les mangemorts reculèrent sous l’attaque et se mirent à couvert à l’angle d’un mur.

« Ils nous attendaient, fit un mangemort.

-Oui, nous vous attendions, lança une voix derrière eux. »

Un homme se dressait dans le couloir. Il ne tenait pas une baguette mais un sabre à lame large et lourde. Il se jeta sur les ennemis d’un bond. Il frappa de tous les côtés, les assommant les uns après les autres. Malgré l’obscurité, ses coups étaient d’une précision indiscutable. Le tranchant de son sabre ne coupa pas les chairs mais brisa plusieurs baguettes. Ceux qui s’enfuirent tombèrent sur les deux autres.

            Deux malfrats repérèrent une porte et s’y précipitèrent pour échapper aux coups. Peine perdue. Quand ils l’ouvrirent, ils tombèrent sur Yann Firvel qui les attendait. Il sourit et frappa le plus proche d’un crochet en pleine mâchoire enchaîné avec un coup de genou sauté à la pointe du menton. Le second recula et en tendant sa baguette.

« Stupéfix ! cria t-il. »

L’éclair rouge frôla l’épaule de Firvel qui s’était fendu pour l’esquiver. De sa position ramassée, il sauta et frappa de deux coups de pied en pleine tête en se retournant au milieu du saut. L’ennemi alla percuter le mur et resta au sol.

            Les trois autres défenseurs s’approchèrent. Le regard de François Garde passa sur les deux mangemorts que Firvel avait mis hors combat.

« Pas mal, dit-il. Qui êtes-vous ?

-C’est un allié, répondit Pierrick Chaldo. Pour l’instant.

-Je m’appelle Yann Firvel, se présenta t-il.

-Pourquoi ne pas avoir sorti votre baguette ? questionna Garde.

-Je ne pouvais pas.

-On ne se serais pas déjà vu, fit Thomas.

-Peut-être.

-Ce n’est pas le moment de parler de ça, arrêta Pierrick. Connaissant Névris, ces hommes n’étaient qu’une diversion. Il se fout des pertes tant que son objectif est atteint. Il doit être aux dortoirs. »

Les quatre défenseurs se mirent à courir en direction des dortoirs.

            Du coin sombre où il s’était caché, un scorpion jaune sortit. Timothée Arak avait profité du combat pour se cacher. Il était le seul que Névris avait mis au courant pour la diversion. Maintenant, sa véritable mission pouvait commencer. Il réveilla tous ses complices. Il les entraîna vers les dortoirs. Leur rôle était d’occuper les défenseurs pendant que Kylian Névris enlevait le garçon. Il fallait faire vite et être discret dans l’approche.

 

            Kylian Névris sortit de la loge de la gardienne des dortoirs. Derrière lui, le corps sans vie de la vieille femme gisait sur le parquet. Il savait dans quelle chambre logeait Hans Friedrich. Sans un bruit, il se rendit jusqu’à la porte. Son sortilège de déverrouillage ne fit qu’un léger cliquetis. Il entra à pas feutrés. Il repéra le coin occupé par le descendant des druides à sa décoration faite de feuilles couvertes de runes ancestrales. L’une de ces feuilles fit sourire Névris. Un trait vertical, quatre chevrons par paire s’opposantes. Avait-il compris que cette rune était le symbole ancestral de sa famille ?

            La baguette à la main, Névris s’approcha du lit. Il reconnut le jeune homme qu’il avait vu sur les photos chez lui. Il allait le mettre sous imperium quand la porte s’ouvrit à la volée laissant entrer un homme habillé de noir. Ce dernier sauta le pied en avant pour repousser le mangemort loin du lit de Friedrich. Névris fut projeté dans l’armoire dont la porte se fracassa sous le choc. Le bruit réveilla les quatre occupants de la chambre.

« Sortez ! ordonna Pierrick Chaldo sans lâcher des yeux Névris. »

Trois garçons s’exécutèrent sans se poser de questions. Hans se leva mais au moment où il allait courir vers la porte, Névris tendit sa baguette vers lui et l’attira à lui en utilisant le sortilège accio. L’éclair rouge de l’experlliarmus lancée par Chaldo fusa vers sa baguette mais avec une rapidité époustouflante, Névris dressa un bouclier pour le contrer.

            « Pierrick Chaldo, fit Névris. J’aurai dû me douter que cette vieille carne de Maldieu enverrait son meilleur homme. Comment vas-tu depuis la dernière fois ?

-Ça ira bien mieux quand tu seras en prison ou mort, répondit Pierrick.

-Le Corbeau, le Messager de la Mort, l’Ombre qui combat les Ténèbres. On t’appelle de beaucoup de façon dans le microcosme des mages noires. Certains disent que tu basculeras bientôt de notre côté.

-Il ne sera pas comme toi, Kylian, lança Garde en entrant.

-François Garde. C’est un plaisir de te revoir. Comment va Suzanne ?

-Elle ira mieux une fois qu’elle t’aura tué. Mais je sais qu’elle ne m’en voudra pas de le faire à sa place.

-Elle m’en veut donc toujours pour sa sœur. J’aurai peut-être dû l’épouser avant de la tuer.

-Lâche ce gamin.

-Mon maître a besoin de lui. Donc, messieurs, je vous dis, au revoir.

-Sûrement pas ! s’écria Thomas en entrant. »

            Il bondit vers Névris le pied en avant. Surpris par la soudaineté de l’attaque, le sorcier aux yeux violets dut esquiver rapidement en lâchant sa proie. Thomas se plaça immédiatement entre lui et Hans.

« Hans, va vers Pierrick et Garde, ordonna Thomas sans lâcher des yeux Névris. »

Hans se déplaça à tâtons, ne voulant pas être repris par le mangemort. Il récupéra sa baguette dans sa table de nuit. Névris ne le regardait plus mais il sentait son esprit tendu vers lui. Le mangemort fixait Thomas dans ses yeux dorés avouant ses origines dragoniares, sa baguette devant lui, prête à servir. La garde de Thomas était particulière. Ses mains ouvertes, ses paumes faces vers l’adversaire. La main arrière, doigts vers le bas au niveau de l’abdomen. La main avant devant à hauteur de l’épaule, doigts vers le haut. Le dragoniar était prêt à frapper comme à envoyer des sortilèges.

            Hans atteignit Pierrick et passa derrière lui. Garde le prit par l’épaule et le tira dans le couloir. Le chasseur et le professeur de défense contre les forces du mal restèrent seuls avec Névris. Pierrick ne cillait pas en fixant le mangemort aux yeux violets.

Des yeux violets. Signe d’une trop grande consommation passée de potion de Puissance. Cette potion connut pour s’attaquer à l’esprit autant qu’elle renforce le corps et le flux magique. A une époque, Névris devait vraiment se sentir inférieur pour en prendre. Et il n’a plus pu s’en passer jusqu’à ce qu’elle lui ronge totalement l’esprit, comme une drogue qui ne tue pas le corps.

            Les yeux violets de Névris croisèrent ceux noirs du Corbeau. Son regard inexpressif et glacial était toujours impressionnant. Même pour le mangemort. Si jeune et déjà l’âme si emplie de ténèbres. Il savait pourquoi. Il en savait plus sur le Corbeau que le Corbeau lui-même. Il savait ce qu’il était réellement. Il était sûr qu’il suffirait d’un rien pour que ce chasseur passe de l’autre côté de la barrière. Un rien. La vérité peut-être.

            « Qu’est-ce que Malgéus attend des Friedrich ? interrogea Pierrick.

-Me crois-tu assez idiot pour te le dire ? répliqua Névris. Je ne suis pas comme les imbéciles que vous avez arrêtez.

-Nous savons que cela à un rapport avec le Grimoire de Malchauzen.

-Vous êtes malin, mais pas assez. Ce grimoire est entre les mains d’un ennemi plus redoutable encore que mon maître. Du moins pour l’instant.

-Qui ça ?

-Tu ne le connais pas ? C’est étrange. Demande donc à Garde ou à Maldieu qu’il te parle de Janus. »

 

            Garde et Friedrich couraient dans les couloirs. Garde commençait à ressentir le poids des années. Par le passé, il pouvait courir des kilomètres sans ralentir. Mais le temps avait passé, et contre lui, on ne pouvait définitivement rien faire. Garde s’arrêta, totalement essoufflé et victime d’un point de côté. Hans vint le soutenir.

            Tout d’un coup, le visage de Garde se figea. Il leva sa baguette en même temps que le regard.

« Cours, dit-il à Hans. »

L’adolescent, attiré par un bruit derrière lui, se retourna pour découvrir plusieurs individus en robe noire. Ils étaient encerclés. Impossible de fuir.

            Timothée Arak s’avança, la baguette levée. Garde n’avait pas encore récupéré de sa course. Il n’eut pas le temps de lancer le moindre maléfice, Timothée lui arracha la baguette des mains d’une clé de poignet et le projeta en arrière d’un coup de pied latéral au torse. Le vieux professeur s’affala face contre terre. Hans tendit sa baguette mais un experlliarmus lancé par un autre mangemort le désarma. Il recula contre le mur.

« Suis-nous sans faire d’histoire, fit Arak.

-Tu vas voir si on ne va pas faire d’histoire Arak ! lança Garde en se relevant. »

L’ancien chasseur attaqua sans sortir la moindre arme. Il se débarrassa d’un ennemi en le frappant d’un crochet à l’angle de la mâchoire. Un autre fit un moulinet avec sa baguette mais avant de finir son mouvement, Garde entra au contact et lui percuta la mâchoire d’un coup de coude avant d’enchaîner avec un direct dans les nasaux. Garde allait s’occuper d’un troisième quand plusieurs éclairs de stupéfixion le touchèrent en divers endroits. Il s’effondra.

            Le sortilège du stupéfix n’était pas censé tuer, il ne faisait qu’assommer. Mais Hans savait qu’une trop grande dose de ce maléfice au même moment pouvait avoir des effets désastreux, surtout si la victime était âgée. Timothée Arak ne perdit pas son temps en examinant Garde. Il avait en déjà perdu assez. Il se tourna directement vers Hans.

« Maintenant tu vas être obligé de venir, dit-il.

-Ça je ne crois pas, fit une nouvelle voix. »

            Timothée crut qu’un groupe complet de la section AI leur tombait dessus. Et pourtant, le nouvel arrivant était seul et ne tenait pas de baguette. Il avait surgi de nulle part et frappait de tous les côtés avec une vitesse et une précision effroyable. Les éclairs surgissant des baguettes de ses acolytes ne firent que le frôler. Il crut d’abord que dans la panique, ses amis ne parvenaient pas à le viser mais il se rendit vite compte qu’il arrivait à éviter tous les maléfices, y compris ceux arrivant dans son dos. La plupart des mangemorts tombèrent frappés par les sortilèges des autres. Il y eut même quelques avada kedavra. Trente secondes à peine après l’attaque, Timothée se retrouva seul face à Yann Firvel.

            Firvel conservait un visage neutre mais Timothée fut sûr d’y voir un léger sourire presque imperceptible.

« Tu vas mourir, dit-il avec une froideur telle que Arak recula d’un pas en grelottant. »

Timothée savait qu’il n’aurait pas l’avantage contre lui. Et pourtant, l’homme qui se trouvait en face de lui n’avait toujours pas sorti de baguette. Le morceau de bois que Timothée tenait dans sa main lui semblait étrangement obsolète face à lui.

            Des bruits leur parvinrent de partout. Les portes des chambres s’ouvrirent. Le fracas du combat avait réveillé les étudiants. Arak profita de l’attroupement pour se transformer en scorpion et disparaître entre les jambes des écoliers. Firvel ne chercha pas à le suivre. Il se tourna vers Hans et l’empoigna.

« Viens avec moi, ordonna t-il.

-Je ne vous connais pas, dit Hans.

-Tu as passé l’âge de ne pas accompagner les inconnus.

-Qui me dit que vous n’êtes pas un mangemort d’un autre groupe qu’eux.

-Comment sais-tu que ce sont des mangemorts ?

-La présence de Chaldo et cette marque sur leur bras. »

Hans désignait le bras nu d’un des hommes gisant sur lequel se dessinait la Marque des Ténèbres, le signe de ralliement des mangemorts. Firvel acquiesça et remonta sa manche.

« Tu vois, aucune marque, dit-il.

-Il existe des non-marqués.

-On n’a pas le temps pour tergiverser. »

Le geste parut flou à Hans et ses condisciples qui observaient la scène en murmurant, mais il leur sembla que le bras de Firvel vint percuter le crâne de Friedrich. Le jeune homme s’écroula, retenu in extremis par Firvel. Sans effort apparent, il le hissa sur son épaule.

            Il allait partir quand des élèves lui barrèrent la route.

« On ne vous laissera pas emmener Hans, prévint l’un d’eux.

-C’est beau la solidarité écolière, sourit Firvel. Mais là on n’a pas le temps. »

Sans prendre le moindre élan malgré son fardeau, Firvel sauta au dessus de la ligne d’élèves. Une fois de l’autre côté, il leur lança un petit sourire moqueur avant de se mettre à courir. Des élèves le prirent aussitôt en chasse mais même les plus rapides furent distancé rapidement.

 

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