Le Corbeau. Saison 1 par

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Side Story / Suspense / Action

63 XIII Une autre famille

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            CHAPITRE XIII : UNE AUTRE FAMILLE

 

            Lorsque les deux chasseurs furent partis, la porte de la chambre grinça. Thomas ne se tourna même pas vers elle, occupé à servir deux tasses de thé.

« Tu as tout entendu, dit-il.

-Oui, répondit Laura. Tu savais que j’écoutais.

-J’ai été élevé en tant que yexingke, ce sont les ancêtres chinois des ninjas japonais. Je sais repérer quelqu’un à l’air qu’il déplace.

-Donc, Hans va bien. Je suis rassurée mais je préfèrerais en être sûre.

-Je sais. Fais confiance à Pierrick. Il est le plus puissant sorcier que je n’ai jamais rencontré.

-D’accord. Je vais retourner à mon dortoir. Je dois me préparer pour les cours. Merci de m’avoir laissé dormir ici.

-Tu reviens quand tu veux. »

            Laura sortit. Thomas repensa à ce qu’il lui avait dit. Oui, Pierrick était l’un des sorciers les plus puissants qu’il n’est jamais rencontré. Même quand ils étaient enfants, il avait senti l’énorme densité de son flux magique. Une bonne partie semblait cachée à Pierrick lui-même. S’il maîtrisait tout son pouvoir, il en deviendrait terrifiant. Encore aujourd’hui, il se demandait d’où pouvait venir une telle puissance que même de vieux sorciers ne possédaient pas. Pourtant, le flux magique se développe avec le temps. Normalement.

            Mais hier soir, il avait rencontré un autre sorcier possédant une grande puissance magique. Kylian Névris était véritablement effrayant. Une si grande puissance entre les mains d’un malade de la pire espèce.

            Quelqu’un d’autre le préoccupait. Yann Firvel. Qui était-il ? Son flux magique était étrange, presque sauvage, comme c’il n’avait jamais été domestiqué. D’ailleurs, il n’avait pas sorti sa baguette lors du combat contre les mangemorts. Et d’après les élèves, il ne l’avait pas sorti non-plus après la défaite de François Garde. Sa maîtrise des arts martiaux était excellente. Autant voir plus que certains chasseurs expérimentés. Mais pouvait-on lui faire confiance alors que Pierrick en ignorait beaucoup sur lui également ? Thomas était sûr de l’avoir déjà rencontré. Mais où ?

            Il n’en avait pas parlé à sa sœur, mais il avait un moyen de retrouver Hans. Un ancien rituel dragoniar permettait à son exécutant de voir au-delà du seuil de perception normal. Poussé à l’extrême, il permettait de se projeter dans le plan astral et de voyager hors du corps. Il connaissait ce rituel et l’avait même réussit plusieurs fois. Le seul souci résidait dans la fatigue que l’exercice infligeait. Pour le moment, il n’avait pas de raison d’en arriver là. Il était sûr que Hans était en sécurité avec Pierrick.

            Thomas réunit ses notes et partit pour son premier cours de la matinée.

 

            Jonas et Franck savaient qu’ils n’avaient que peu de chance de retrouver Pierrick. Mais après tout, ainsi il limitait le risque que l’espion ne les trouve. Si espion il y a. Mais ils ne pouvaient rester sans rien faire. Ils possédaient la liste des cibles potentielles. Ils passeraient la journée à les vérifier s’il le fallait. Les familles n’étaient pas très nombreuses mais parsemées dans tout le pays.

            La plupart du temps, les maisons avaient été vidées récemment. Les lenteurs légendaires de l’administration n’étaient plus à démontrer. Les voisins dirent dans la plupart des cas qu’ils étaient repartis en Allemagne ou pour tout autre pays. D’autres fois, il s’agissait d’une simple homophonie. Des gens français depuis plusieurs générations ou venant d’Alsace et de Lorraine où les noms ont des consonances germaniques.

            Le soir allait tomber sur la lande quand ils arrivèrent devant une nouvelle maison. La maison était à l’écart du reste du village. Comme ci ses occupants ne souhaitaient que peu être dérangés par leurs voisins. Franck poussa immédiatement le portail de métal qui grinça légèrement. Il allait s’engager dans le jardin quand la main de Jonas l’arrêta. Ne comprenant pas, il se tourna vers son ami en se préparant à lui demander ce qui se passait. Mais le regard soudain froid et concentré de l’agent de la section S valut tous les discours. Il avait sûrement remarqué quelque chose. Franck avait beau ausculté la façade de la maison, il ne remarqua rien. Il jugea, tout de même, plus prudent d’imiter Jonas quand il sortit sa baguette.

            Durant un assez long moment, Jonas et Franck restèrent immobile à observer la maison à deux étages. Aucune lumière ne filtrait par les fenêtres. Et pourtant, le soir tombait et avec lui l’intensité du jour. Tout d’un coup, Jonas se lança vers la maison d’un pas rapide mais silencieux. Pour ne pas faire de bruit, Franck fut obligé d’aller bien moins vite que lui. Il put tout de même le rattrapé lorsqu’il s’arrêta près de la porte d’entrée. Les deux chasseurs se placèrent de chaque côté de la porte. Jonas prit le temps de l’examiner attentivement. Ne décelant aucun piège, il approcha la main de la poignée et appuya doucement sur elle. La poignée n’avait pas fait quelques centimètres que la porte vola en éclat, obligeant les deux chasseurs à protéger leurs yeux. Des éclairs rouges et verts fusèrent par l’ouverture. Entre deux éclairs, Jonas surgit du couvert que lui assurait le côté de la porte et lança un stupéfix. Il finit son tour sur lui-même en se remettant à l’abri du côté de Franck.

« Je crois qu’on a trouvé, dit-il. Il y a trois types dans le couloir. Enfin deux, maintenant. »

Jonas refit le même mouvement que précédemment pour lancer un nouvel éclair de stupéfixion.

« Plus qu’un, fit-il tout en se cambrant en arrière pour ne rendre visible par l’ouverture que son buste et lancer un dernier éclair. »

Il se redressa et vint se mettre dans l’ouverture, un genou à terre, prêt à incanter de nouveau. Au bout d’une dizaine de secondes, il fit à Franck un geste lui intimant de le suivre.

            Jonas marchaient lentement, à pas feutré dans le hall d’entrée. Sa baguette, tenue à une main, et son regard pointèrent vers tous les angles morts, y compris le plafond. Sur la droite du hall, un escalier montait vers le premier étage. Au fond, une porte devait mener vraisemblablement aux pièces de vies telles la cuisine, le salon et la salle à manger. Les deux chasseurs avaient beau tendre l’oreille, aucun son ne leur parvenait. Jonas posa une oreille sur la porte du fond. Il écouta attentivement les bruits durant de longues secondes. Derrière lui, Franck, les deux mains crispées sur sa baguette, n’était pas rassuré. Son regard allait de la porte d’entrée à l’escalier, sa baguette suivant nerveusement le mouvement. Il jeta une œillade à son ami. Comment pouvait-il être si calme alors qu’une attaque pouvait survenir à n’importe quel moment ? Il sursauta légèrement quand Jonas lui tapota sur l’épaule. Par signe, il lui fit comprendre qu’il allait surgir dans la pièce juste derrière en se mettant le plus bas possible, Franck devrait le couvrir en lançant des maléfices de sa position debout depuis le hall. Franck n’était pas sûr de pouvoir l’aider comme il l’entendait mais acquiesça.

            Jonas se recula d’un mètre de la porte, prenant son élan comme un athlète. Il lança avec violence son pied vers la porte qui s’arracha de ses gonds. Il fit une roulade au sol, évitant par la même occasion l’éclair rouge qui vint de la droite. Un mangemort se trouvait dans l’axe de la porte.

« Stupéfix ! s’écria Franck. »

L’éclair percuta le mage noir en pleine poitrine, l’envoyant s’écraser contre l’évier. La poussée d’adrénaline retira toute peur de l’esprit de l’agent de la section IRIA. Il s’avança vers l’embrasure de la porte de la cuisine. Un autre mangemort se trouva dans sa ligne de mire. Ce dernier fit un avada kedavra qui passa au dessus de l’épaule de Franck. La contre-attaque du chasseur le mit hors combat.

            Franck pénétra dans la cuisine. Il découvrit deux autres mangemorts inanimés mis KO par Jonas. L’un d’eux avait le nez qui saignait abondamment, signe qu’il avait dû se prendre un coup plus qu’un maléfice. Deux portes partaient de la cuisine. L’une d’elle était déjà ouverte. Jona scrutait les ténèbres naissantes dans la pièce qui se trouvait au-delà de l’embrasure. Il s’agissait de la salle à manger. Demandant à Franck de ne pas bouger, il s’approcha de l’entrée. Un flash de lumière verte vint s’écraser contre le battant de la porte, forçant le chasseur à reculer vivement. Il plongea à travers l’ouverture et lança un stupéfix durant son vol plané. Il brisa sa chute d’une roulade et scruta tous les recoins de la pièce. Il leva le pouce en signe de victoire. Mais à ce moment là, Franck sentit des milliers d’aiguilles chauffées à blanc lui traverser le corps. Il hurla de douleur en s’effondrant, prit de spasmes incontrôlables. Jonas voulut se lancer à son aide mais il vit surgir du hall un sorcier à la peau blafarde et aux yeux violets exprimant une joie sans borne à faire souffrir le chasseur.

            Kylian Névris pointait toujours sa baguette vers Franck, même s’il avait cessé de lui infliger le sortilège Doloris. Jonas se tenait debout dans la salle à manger, sa baguette pointé sur la poitrine de Névris. Un sourire sadique se dessina sur les lèvres du mangemort.

« Je m’attendais à revoir Chaldo, souffla t-il. On s’est déjà vu, n’est-ce pas ?

-Il y a quelques mois au Ministère, répondit Jonas.

-A oui ! Je m’en souviens maintenant. Tu étais avec Chaldo et ce bon vieux Georges. Lui aussi d’ailleurs, ajouta t-il en désignant Franck. Je ne crois pas que nous ayons été présentés à l’époque.

-Je te connais Kylian Névris. Ancien chasseur de la section S, recherché pour meurtre, terrorisme, magie noire et j’en passe. Tu as tué Jannick Janis, la sœur de Suzanne Janis, avec qui tu étais pourtant fiancé.

-Je me suis rendu compte que l’Amour m’était inutile.

-Tu es juste devenu fou. Mais rien ne te fera revenir de ta folie. Si ce n’est la mort.

-Pas mal. Et toi, qui es-tu ?

-Jonas Marus.

-J’ai entendu parler de toi. On dit que tu es plutôt bon, l’un des meilleurs. Et lui ?

-Franck Vinol.

-Le meilleur de la section IRIA ! Je suis flatté !

-Qu’es-tu venu faire ici ?

-Une question dont tu connais déjà la réponse. Pourquoi la poser ? Cette famille est aussi descendante des druides germains. Du moins, du côté de la mère.

-Où sont-ils ?

-En haut. Du moins pour le moment. Je vais les ramener à mon maître.

-Comme ci j’allais te laisser faire.

-Comme ci tu étais capable de m’arrêter. »

            Névris avait raison, Jonas savait très bien qu’il n’était pas assez puissant et assez doué pour espérer le vaincre en duel. De plus, il tenait Franck sous sa menace. Il ne pouvait pas agir sans risquer sa vie. Comme devinant ses pensés, Franck gémit :

« Ne te préoccupes pas de moi Jonas. Tue-le. »

Son gémissement fut remplacé par un hurlement quand Névris réitéra son maléfice de torture. Lorsqu’il s’arrêta, il toisa Jonas d’un regard avide de violence.

« Quel courage pour un rat de bibliothèque ! Mais je sais que tu ne bougeras pas, ça se voit dans ton regard. Nous allons nous retirer avec les deux membres encore vivants de cette famille. Si vous vous tenez tranquille, vous aurez la vie sauve. »

Jonas ne dit rien. La colère d’être impuissant dans cette situation lui était insupportable. Et pourtant, il n’avait pas le choix.

« Pierrick, pourquoi n’es-tu pas là quand on a besoin de toi ? pensa t-il. »

            Jonas perçut le claquement caractéristique d’un transplanage provenant des étages. Névris tendit sa baguette vers un des mangemorts stupéfixés et le réveilla d’un énervatum. Le mangemort se releva en scrutant tous les recoins autour de lui. Repérant Jonas, il pointa sa baguette sur lui.

« Stop, ordonna Névris. Laisse-le. Réveille tes amis et rentrez.

-Oui seigneur, acquiesça le mangemort. »

Jonas ne lâcha pas Névris des yeux pendant que le jeune mage noir réveillait un à un les autres. Malgré tout, il le surveillait du coin de l’œil. L’immobilité de Névris et de Jonas était tellement parfaite qu’on les aurait facilement confondus avec des statues. Aucun des deux ne cillait. La tension était palpable entre les deux hommes. Chacun savait qu’à la première baisse d’attention, il pouvait être la cible d’un sortilège fatal.

            Une fois le dernier serviteur des Ténèbres parti, Névris sourit une fois de plus.

« Voila, je vais vous laisser à mon tour tout les deux, dit-il. Si vous voyez Chaldo, dîtes-lui que j’aurai des choses à lui avouer la prochaine fois que je le verrai. Des choses importantes qui changeront sa vision du passé, et ses choix futurs. Salut. »

D’un claquement de fouet, le mangemort aux yeux violets disparut. Jonas se précipita tout de suite auprès de Franck. Ce dernier était toujours recroquevillé sur le sol. Il haletait comme après un 100 mètres olympique et devait encore ressentir la brûlure du maléfice interdit, mais au moins il était vivant.

            Franck parvint à ouvrir les yeux et à relever la tête pour se tourner vers Jonas.

« Il a dit les membres encore vivants, souffla t-il difficilement.

-Reste ici, je vais aller voir. Hominum Revelio. »

Le sortilège ne détecta aucune présence. Il n’y avait donc plus de mangemort dans la maison. Mais cela signifiait aussi, qu’aucune autre personne vivante n’y était à par eux deux. Jonas se rendit d’abord dans l’autre pièce communiquant avec la cuisine. Il s’agissait d’un salon. Des traces de luttes démontraient qu’il y avait eu un combat acharné ici. Le canapé avait particulièrement subi les attaques. Les plumes des coussins avaient volé dans toute la pièce. Jonas contourna le canapé et découvrit derrière un corps gisant sans vie. C’était un homme d’une cinquantaine d’année environ. Il avait visiblement pris un sortilège de mort. D’un geste de la main, Jonas lui referma les yeux.

            Jonas monta au premier étage. La salle de bain était ouverte mais rien ne s’y était passé. La chambre des parents avaient été aussi le lieu d’un combat. Mais aucun cadavre n’y était. Juste quelques traces de sang. Le reste de la maison était intacte. En regardant les photos accrochées sur les murs des couloirs, Jonas devina que cette famille n’était composée que de deux parents et une fille de neuf ans. En comptant le corps du père dans le salon, cela voulait dire que Malgéus avait la mère et la fille entre ses mains. Névris avait dit que seul la mère était descendante des druides. Il aurait donc, de toute manière tué le père. Ce Névris ne connaissait pas la pitié.

            Jonas retourna auprès de Franck qui s’était assis malgré l’expression de douleur qui marquait encore son visage. Il lança à Jonas un regard interrogateur.

« Un mort dans le salon, le père, renseigna t-il. Ils ont enlevé la mère et la fille.

-Bon dieu, jura Franck. On a encore échoué.

-On ne pouvait rien faire. Ils avaient toutes les cartes en mains. Mais la partie n’est pas encore terminée. Je vais appeler une équipe pour venir s’occuper de la scène de crime. Nous allons faire un rapport à Maldieu.

-Un rapport ?

-En faisant attention, il ne faut pas oublier qu’on a un espion au département. Maintenant c’est sûr. Je ne sais pas comment il a fait, mais il a su pour la liste. Et par malchance, ils sont tombés sur la bonne maison.

-Et après ?

-Il va falloir prendre contact avec Pierrick au plus vite. En faisant gaffe de ne pas mener l’espion à lui. »

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