Juste la montagne, toi, et moi. par

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Continuation / Amitié

1 De vieux amis

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Ça faisait des mois qu'il n'y avait pas eu une seule goutte d'eau. La sécheresse avait fait des dégâts, et tous étaient très inquiets. Dans la vallée, beaucoup étaient sur le point de mettre la clef sous la porte, voir même peinaient  à se nourrir. Le grand-père lui même n’avait jamais vu une sécheresse aussi sévère. Personne n'y croyait plus quand, enfin, des nuages menaçants firent leur apparition en haut de la montagne. Quand les premières gouttes tombèrent, ce fut un soulagement et une joie à la hauteur de l'inquiétude générale. 


Peter était  à l'estive quand l'orage éclata , et même lui qui savait  si bien décrypter les signes du ciel se fit surprendre. Il gardait  son troupeau ainsi que quelques chèvres qui appartiennent aux habitants de la vallée. En quelques minutes à peine, aussi bien lui que les chèvres étaient détrempés . Il  partit aussi vite que possible, d'autant plus qu'en haute montagne, les orages peuvent être très dangereux. 



Heidi, inquiète, l'attend en scrutant son arrivée par sa fenêtre. Elle aussi sait qu'il ne faut pas se trouver en haute montagne par temps d'orage. Elle se précipite sous la pluie à peine l'aperçoit-elle  pour l'intercepter.


"-Peter ! Peter !! Arrête !!

-Mais quesque tu fais sous la pluie ? T'es folle , vas te mettre  à l'abri ! Il faut que je redescende tout de suite !"


Les quelques instants que Heidi passe sous la pluie suffisent pour qu'elle aussi, à son tour, soit trempée jusqu'aux os. C'est le grand-père qui clôt  la discussion:


" - Peter ! Viens te mettre à l'abri ! Tu ne peux  pas redescendre avec ce temps ! Mets tes chèvres dans la grange et viens vite, je les traierais plus tard !

- Mais...

- Et dépêche toi, tu vois bien que ma petite fille se mouille par ta faute !!”


Même s’il  est vieux à présent, jamais Peter n’oserait  le contredire. Même le son de sa voix en impose, malgré le temps passé. Il a vite fait de rentrer les chèvres et de se mettre au chaud lui-même, trop content de ne pas avoir à redescendre  sous la tempête ; et de passer la nuit sous le même toit que Heidi.


"- Tiens prends ça et vas te sécher.  Et mets tes vêtements au bord du feu, si tu veux  qu'ils soient sec demain matin. " Lui dit le grand-père en lui tendant un vieux drap. 

Le chalet où ils se trouvent contient peu de meubles. Il est rustique comme tout ce qui s'y trouve. Il contient seulement le minimum indispensable à la vie ici. On y trouve entre autre juste deux chaises, ce qui oblige Peter à s'asseoir sur un vieux coffre ce soir-là.  

Le repas fut rapide comme chaque soir, un bol de soupe avec du lait de chèvre et 2 tranches de lard.

Peter ne pouvait pas s'empêcher de regarder Heidi à la dérobé, elle est encore plus belle avec ses cheveux  mouillés rabattus ensemble sur le côté songe-t-il. Habituellement, elle les attachait toujours rapidement pour ne pas être embêtée, et c'est la première fois  qu'il la voyait ainsi depuis bien longtemps.

Ces regards du coin de l'oeil, bien que discrets, n'échappent  pas au grand-père, qui ne relève pourtant pas. 


Heidi se lève  en un bond, et monte au grenier qui lui sert toujours de chambre. Cette pièce a très peu changé depuis l'enfance de la jeune fille. La majorité du plancher reste couvert des réserves de paille de l'année. Juste un petit coin vers la fenêtre est arrangé par les soins de Heidi : un tas de paille couvert par un drap lui sert toujours de lit, avec une vieille couverture de laine pour les nuits froides d'hiver. Seule une petite table basse à fait son apparition, recouverte de feuilles, et de crayon en tout genre. C'est là que la jeune fille passe son temps libre pour écrire ses romans, assise dans la paille, face à la fenêtre. Des heures durant, elle reste là en regardant le paysage à travers la vitre, jusqu'à trouver l'inspiration pour remplir sa page, et donner vie à ses personnages. 


" - Je vais faire ton lit Peter, mais attend pour monter je me change! "


Peter, qui est toujours en sous-vêtements, est de plus en plus gêné, il s'enroule comme il peut dans son drap mouillé, et n'est pas du tout à l'aise. Il voudrait  se coucher au plus vite.

     Enfin Heidi l’appelle :


" - C'est bon Peter, tu peux  monter." 


Il commence à monter les marches, et au moment précis  où ses yeux arrivent au niveau du plancher, un éclair illumine le grenier ; et par la même occasion laisse apparaître, ou plutôt deviner, la silhouette de la jeune fille sous sa chemise de nuit. Le jeune chevrier marque un temps d'arrêt, et sent  le rouge lui envahir le visage, en se réjouissant qu'il fasse trop noir pour que sa jeune amie puisse s'en rendre compte.


" - Et bin monte ! Qu'est ce que tu fais ? Tu vas finir par prendre racine.

 -  Oui je monte, où  tu as installé mon lit ? 

- Là-bas regarde, répond-t-elle en montrant un drap recouvrant un tas de foin dans un coin du grenier."


Peter se couche bien vite sur ce  lit improvisé, en se couvrant d'une couverture prêtée par le grand-père .


" - J'suis contente Peter que tu sois avec nous ce soir. Ça me fais vraiment plaisir. Tu m'a fait vraiment peur quand tu étais  sous les orages. Tu sais que tu es comme mon grand frère, il te serait arrivé quelque chose, je ne m'en serais pas remise, et je ne me le serais jamais pardonné. 

 - Mais enfin Heidi ce n'est quand même pas de ta faute si je n'ai pas vu les orages arriver.” Il marque un arrêt avant de poursuivre. “Toi aussi tu comptes beaucoup pour moi.

 - Mais pourquoi tu ne me le dis jamais alors ?” s'indigne la jeune montagnarde avec un ton triste. Mais seul le silence lui répond .

Il soupire, avant d'esquisser un léger  sourire triste. Heidi s’endort assez rapidement, mais Peter, lui, n'y parvient  pas. La présence de la jeune Heidi à ses côtés le trouble plus qu'il ne l’aurait pensé, et il n'arrive pas à faire abstraction du son de ses respirations qui semble remplir  l'espace. La fatigue finit par avoir raison de lui et il sombre dans un profond sommeil .


        ***


"- Hey Peter lèves-toi ! Tu fais quoi, ça fait une heure que le soleil est levé !! 

- ...

- Et bin ?

- Mais Heidi quesques tu fais là ?” répondit-il les yeux à peine ouvert. “Ah mais oui, c'est vrai, je suis chez toi ! Mais pourquoi tu ne m'as pas réveillé avant ? Je suis complètement en retard. Je devrais déjà être en train de remonter avec les chèvres et je ne suis même pas descendu... 

- Mais pourquoi est-ce que tu veux redescendre  pour remonter ? C'est complètement débile. 

- Les propriétaires des quelques chèvres que je garde avec mon troupeau vont m'insulter si je ne les préviens  pas que tout vas bien ! poursuit-il en enfilant ses vêtements à la hâte.

- Je dois  descendre au village acheter une nouvelle casserole à fromage, je leur dirais si tu veux , grand-père les a déjà traie  ce matin.

- Oh merci p'tite soeur ! Tu me sauve ! s’exclame-t-il en lui sautant dans les bras.

- Peter ...  tu m'étouffes.  

- Oui pardon, je pars  vite. Il marque un temps d'arrêt.

-Mais... je n’ai rien à manger ..

Heidi éclata de rire . 

- Mais tu ne pense qu'à manger. Je t’emmènerai  le casse-croûte. Ça sera l'occasion de passer l'après-midi ensemble... Ça fait si longtemps. 

- Oh merci !! À tout à l'heure alors.

- Oui à tout à l'heure, j'y vais.” dit-elle en commençant à descendre . 


Peter la regarda descendre  d'un air bien songeur. 


Le grand-père l’interrompit  dans des réflexions :


"- Tu lui a  déjà dit ? 

 -  Quoi donc grand-père ?

 -  Tu crois que je n'ai jamais vu comment tu la regarde ? 

- Euu ...

- Je pense que non, eh bien c'est très bien : ne le fait pas. 

- ...

- Pour elle tu es son grand frère et d'après elle, c'est impensable qu'il en soit autrement pour toi. Si tu lui dis, elle se sentira trahie, et tu la perdra surement complètement. " 


Tout cela il le savait déjà depuis longtemps. Il avait finit par se résigner, même si il aurait  voulu qu'il en soit autrement.


 ***


Heidi descend  rapidement, elle connaît  le chemin par coeur, elle pourrait pratiquement l'emprunter les yeux fermés. Elle est vraiment heureuse ; elle va enfin pouvoir passer un peu plus de temps avec Peter. Ça faisait si longtemps...

Ils se connaissent depuis bien des années maintenant.  Enfants déjà ils parcouraient la montagne ensemble, et pratiquement tout  ce qu'elle connaît des alpages, c'est lui qui lui a appris , tout le reste elle le doit  à son grand-père. Peter n'est pas comme les autres garçons du village, qui pour beaucoup la méprise pour la vie qu'elle mène , seule dans la montagne avec son grand-père. Et les rares garçons qui ne la rejettent  pas ne pense qu'à une chose : jouer avec ses sentiments avant de la rejetter sans ménagement. Heureusement , elle voit très clairement tout ça, et ne se laisse pas avoir par leurs belles et vaines promesses. 

Peter est son ami le plus proche, et son seul ami vivant près d'elle. Les quelques amies qu'elle s’était fait étaient partis depuis longtemps de la montagne, qui ne leur apporterait aucun avenir d'après elles. Elles avaient bien incité Heidi à faire de même, mais c’était peine perdue. Il y a bien Klara qui  vient la voir de temps à autre, mais ses visites s’espacent de plus en plus. Tout cela fait qu’elle est d'autant plus attachée à Peter. Elle a entièrement confiance en lui, il est comme son frère pour elle, et elle sait qu'il en est de même pour lui, même s’il le lui dit que rarement. Il est comme ça, il parle peu, et encore moins quand il s’agit de ses sentiments. Déjà petit, il était ainsi. 


" -Eh ! Heidi ! Quesque tu fais là ? Ça fait longtemps qu'on ne t’avait pas vue  au village. 

C'est une vieille femme du village qui  vient de l’interrompre dans ses rêveries . 

- Mais comme tu as changé! Tu est vraiment devenue un jolie brin de jeune fille. Mais raconte-moi plutôt ce que tu deviens ma petite? Le vieux ne t'as pas encore rendue folle ? Il est toujours aussi acariâtre et ronchon? Tu ferais mieux de venir vivre au village avec nous plutôt que de rester avec un vieux fou. 

Heidi voudrait  bien défendre son grand père, mais la comère ne lui laisse pas placer un seul mot tellement elle débite un flot de parole continue. 

- Et tes bouquins alors ? Tu continue toujours à écrire ?  Et tu as fini par trouver des éditeurs ? Et bien ! Repond moi?

- Oui Madame , j'écris toujours mais je n’ai  pas encore trouvé quelqu'un qui veuille les éditer. Mais...

- Bof , tu ferais mieux de laisser tomber. l'interromp la vieille femme. Ils ne s’intéressent pas à ce qui viens d'ici, on est trop reculé.  Ils préfèrent des écrivains des villes. 

- Vous avez peut-être  raison. Je verrais bien."


Heidi repart en songeant à ce qu'elle vient d'entendre. Elle a peut être raison finalement. Ils préfèrent les éditeurs des villes, jamais ils ne s’intéresseront à ses livres. Mais elle n'a pas le loisir de réfléchir à tout  cela bien longtemps ; un jeune homme qui se déplace rapidement sans regarder autour de lui lui rentre dedans , et la fait tomber au sol.


"- Mais regardez donc où vous allez” lui dit-il sans même l'aider à se relever.


 Et il repart aussi vite qu'il est arrivé. C'est un jeune riche venue des ville, un de ceux qui considèrent les filles comme Heidi comme de vulgaires paysannes . On peut le voir à ses vêtements et à son accent . Une des femmes du village qui passe par la l'aide à se relever.


"- Quelle goujat , c’est honteux,  s’indigne-t-elle .

- Oh ne vous inquiétez pas Madame Merlit, ça n'est pas bien grave.

- Mais regarde donc dans l’état que tu es !"

 

Même si la majorité de ceux de l’âge de Heidi la considère comme une originale qui vit seule avec son grand-père et qui s'obstine à écrire plutôt que de faire un métier comme tout le monde, les plus âgés qui se souviennent d'elle quand elle était toute petite l'aiment bien. Ils se souviennent d'elle quand elle est arrivée, et ils ont un peu pitié d'elle, qui s'occupe de son grand-père âgé. Mais Heidi n'aime pas se rendre au village. C'est un de ces petits villages de montagne où le temps ne semble pas avoir d'emprise. Les rues étroites sont délimitées par de petites bicoques tout en pierres. Pour tout commerces, on trouve une épicerie, une quincaillerie où on peut trouver tout ce que l'on cherche (du petit matériel de papeterie au plus gros outils), et un unique bar où se retrouve souvent les villageois. Ce n'est pas le village en lui-même que la jeune femme n'aime pas, mais elle aime sa solitude, et préfère éviter la foule ( bien qu'on ne puisse dire qu'il y ait foule au village). Elle y va le moins possible, seulement quand il n'y a pas le choix, et n'imagine pas une seule seconde vivre ailleurs que dans son chalet avec son grand-père. C'est là qu'elle a toujours vécu  et elle y est chez elle. 


Elle eut vite fait de prévenir ceux dont Peter garde les chèvres que leurs chèvres étaient en sécurité, et que leur lait leur sera redescendu le soir même ; puis d'acheter tout ce dont elle a besoin pour ne  pas avoir à redescendre de sitôt. Aussitôt fini, elle remonte à la hâte prendre de quoi déjeuner, pour rejoindre Peter au plus vite. 


Peter l’attendait déjà depuis un bon moment. 


" - Heidi ! Heidi ! Je suis là ! 

Elle eu juste le temps de poser son baluchon que Peter était près d'elle. 

- Alors t'a traîné, j'ai cru que tu viendrais pas! Mais... Quesqu'il t'es arrivée ? T'es pleine de boue ?!?

- Oh rien, un gars m'a renversé en ville.

- Quoi ?!?!! C'est lequel que j'aille lui apprendre la vie ?!? On bouscule pas une femme !

- Aucune idée, mais laisse, je me suis même pas fait mal.

- Comment ça c'est pas grave, et tu sais quand même qui est-ce qui t'a jeté à terre non ? 

- Oh ! D'abord tu te calmes! Ensuite on m'a pas jeté à terre mais bousculé par erreur. Et pour finir, je ne me suis pas fait mal alors il y a rien de grave.

- Oui pardon, mais pourquoi tu le protèges comme ça? Pourquoi tu ne veux pas me dire qui c'est ? 

- Mais arrête c'est rien, et je te le dirais pas parce que je le connais pas. Il est pas du village, il vient de la ville. 

- Et bin si je le croise il se souviendra de moi tu vas voir !! On leurs apprend pas la politesse dans les villes? 

-Allez c'est bon. Viens manger plutôt. 

- Oh oui j'suis mort de faim! Humm miam ça à l'air bon tout ça !! 

- Régale toi frangin. 

Je ne me lasserais jamais de ces paysages, c'est grandiose, je ne crois pas que je pourrais vivre ailleurs qu'ici. 

- Heureusement, t'a pas intérêt à me laisser seul ici. Tu crois vraiment que je te laisserais partir comme ça ?" rétorque Peter


Ils éclatent de rire en pensant à ces hypothèses si ridicules.

L'après-midi se finira en douceur par l'évocation de souvenirs d'enfance, de tous ces moments passés ensemble dans ces mêmes lieux, et au temps qui a  passé.


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