Le Prix à payer - Highlander Fanfiction

Chapitre 47 : Un Jeu Sans Issue

7205 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/01/2025 15:58

[Edit du 22/03/2026 : suite à la modification mineure (chapitre 20) du nombre de participants à la première manche : 312 (soit 156 combats répartis sur 39 jours), la seconde manche du Jeu a été remaniée significativement - impact sur les chapitres 46, 47 et 48]



Les 130 vainqueurs furent emmenés loin de l’arène, leurs corps meurtris et leurs âmes fatiguées transportés dans des chambres qui semblaient avoir été conçues pour masquer l’horreur de leur réalité. Ces espaces vastes et lumineux étaient décorés avec un minimalisme sophistiqué, baignant dans des tons clairs et apaisants. Le mobilier, simple mais d’une élégance irréprochable, offrait un confort presque déconcertant. Chaque chambre semblait vouloir envelopper ses occupants d’une sérénité artificielle, comme si le luxe pouvait effacer la brutalité des jours précédents. Aélis parcourut lentement l’espace, ses pas résonnant doucement sur le sol lisse. La salle de bains était un chef-d'œuvre de technologie avancée, les surfaces se transformant au toucher pour offrir des options qu’elle n’aurait jamais imaginées. Une douche d’un autre monde, avec des jets d’eau modulés par des capteurs qui s’adaptaient à ses besoins. Des commandes tactiles diffusaient une musique apaisante ou ajustaient l’éclairage en fonction de son humeur. Même la nourriture, servie en abondance par des mécanismes automatisés, semblait conçue pour ravir tous les sens.

Pourtant, malgré cet apparent paradis, les chambres restaient des prisons. Les portes verrouillées, les murs trop parfaits, tout était un rappel cruel de leur captivité. Il n’y avait aucun contact possible avec l’extérieur, aucune chance de voir ses amis ou de briser l’isolement. Aélis ressentait cette situation comme une torture supplémentaire, une cage dorée destinée à les étouffer lentement sous le poids de leur solitude.

Chaque jour, un jeune garde venait vérifier si tout allait bien, posant des questions d’une voix monotone, s’assurant qu’elle ne manquait de rien. Aélis le guettait, utilisant chacune de ses visites comme une opportunité. Elle l’abordait avec une persistance douce, insistant sur une seule demande : Voir Methos, lui parler, ne serait-ce que quelques minutes. Le garde, jeune et inexpérimenté, semblait troublé par son insistance. Aélis voyait ses hésitations, la lueur de pitié dans son regard, mais il répondait toujours la même chose, avec une gêne croissante :

— Je ne peux pas. Ce n’est pas autorisé.


Mais elle n’abandonnait pas. Jour après jour, elle répétait sa requête, ses mots chargés d’émotion, jusqu’à ce que le masque de neutralité du garde commence à se fissurer. Une nuit, alors qu’elle était allongée sur son lit, fixant le plafond immaculé, une vibration familière la traversa soudain. Son cœur bondit, un mélange de soulagement et de stupeur brute. Deux mille ans. C’était le temps qu’elle avait passé sans le voir, sans sentir sa présence, sans entendre sa voix autrement qu’à travers l’écho de souvenirs trop lointains. Et maintenant, il était là, tangible, réel.

Avant qu’elle ne puisse se relever, la porte de sa chambre s’ouvrit doucement. Methos apparut, flanqué du jeune garde dont le visage était empreint d’une nervosité palpable.

— Vous avez deux heures, dit-il à voix basse. C’est tout ce que je peux faire.

Aélis n’attendit pas plus longtemps. Elle se précipita vers lui, saisi son visage entre ses mains et l’embrassa, avec une ferveur qui dépassait les mots. Il y avait dans ce baiser toute la douleur d’un exil imposé, la brûlure de l’absence, le poids des millénaires passés à errer sans lui. Elle l’embrassa comme si elle voulait prouver qu’elle était toujours là, qu’elle avait survécu à ce que le temps et le destin lui avaient infligé. Methos fut d’abord immobile sous l’intensité de ce contact, puis ses mains trouvèrent ses épaules, son dos, s’agrippèrent à elle comme pour l’ancrer, pour s’assurer qu’elle n’était pas une illusion née de l’épuisement ou du désespoir. Elle sentait son souffle court contre sa peau, sa chaleur trop familière, et pendant un instant, plus rien n’existait que ce moment arraché à l’inévitable.

Lorsqu’ils se séparèrent enfin, Methos la fixa, son regard scrutant chaque trait de son visage, chaque ombre qui passait dans ses yeux. Il la connaissait depuis longtemps, et pourtant, il avait la sensation de découvrir une étrangère. Quelque chose en elle avait changé, une gravité nouvelle pesait sur ses traits, une flamme plus vive, plus dure, allumée par des épreuves qu’il ne pouvait qu’imaginer. Ce n’était pas seulement sa posture plus assurée. C’était son regard. Il y lisait une profondeur qu’il n’avait jamais vue auparavant, comme si elle portait en elle quelque chose qu’il ignorait. Il finit par murmurer, sa voix douce mais chargée de retenue :

— Tu es différente. Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose en toi a changé. Il y a une lueur dans tes yeux… elle brille autrement.

Il détourna brièvement le regard, cherchant ses mots.

— Je t’ai vue te battre. Contre Soleman. C’était magnifique et terrifiant à la fois.

— Quand tu as gagné, continua-t-il, j’ai ressenti un immense soulagement. Mais aussi un chagrin insupportable. Soleman… Il était mon ami, mais il était aussi le tien. Et toi… je ne t’avais jamais vue comme ça. Si forte, si résolue. Je t’ai presque à peine reconnue… Que s’est-il passé, Aélis ?

Elle baissa les yeux un instant, rassemblant son courage. Il y avait tant à dire, tant à expliquer, et pourtant si peu de temps. Lorsqu’elle releva la tête, son regard s’accrocha au sien, et elle laissa échapper un léger sourire amer.

— C’est de ça que je voulais te parler. Je dois te raconter ce qui m’est arrivé.

Pendant deux heures, elle parla.

Elle lui raconta tout, depuis cette nuit où Jehan l’avait arrachée à son époque, la plongeant dans une quête insensée. Elle lui parla de la mission qu’il lui avait confiée, de sa trahison, de son voyage à travers le temps. Elle évoqua son arrivée dans le passé, sa rencontre avec Darius, et l’illusion douce-amère de revivre des instants qu’elle n’aurait jamais dû retrouver. Elle lui confia ses batailles, ses sacrifices, ses erreurs. Callestina, Thalia, Aram… des noms qui portaient désormais le poids des morts et des regrets. Elle ne lui cacha rien, pas même la vérité sur Darius et sur ce qu’ils avaient partagé.

Methos l’écoutait en silence, son expression impassible, mais Aélis percevait les infimes réactions qui trahissaient ses pensées. L’incrédulité d’abord, puis un éclat de compréhension, et enfin cette gravité qui marquait ses traits lorsqu’il assimilait une vérité qu’il aurait préféré ne jamais entendre. Ils échangèrent quelques mots, des fragments de réflexion brisés par le poids du récit. Methos ne doutait pas de ses paroles – il la connaissait trop bien pour ça – mais il mesurait encore ce que cela signifiait. Peu à peu, une logique s’imbriquait, une explication aux incohérences et aux mystères qu’il avait perçus sans pouvoir les comprendre jusqu’ici.

Le temps leur échappa, filant plus vite qu’ils ne l’auraient voulu. Lorsque la porte s’ouvrit de nouveau, le jeune garde hésita avant de parler, presque gêné d’interrompre cet instant.

— Deux heures, souffla-t-il. Il est temps de partir.

Les deux immortels se levèrent lentement, comme si rompre cet échange risquait de les précipiter dans un gouffre dont ils ne reviendraient pas. Elle s’avança et l’enlaça, une étreinte empreinte d’une intensité nouvelle. Pas celle d’un simple adieu, mais d’une certitude douloureuse, celle d’avoir retrouvé quelqu’un juste avant de le perdre à nouveau. Elle murmura contre son oreille :

— Garde espoir, Methos. Des jours meilleurs arrivent.

Il resserra son étreinte un instant, son souffle se mêlant au sien, comme s’il pouvait y puiser un peu de cette foi qu’elle essayait de lui insuffler. Lorsqu’il recula enfin, son regard brillait d’une émotion qu’il ne chercha pas à masquer. Sans un mot de plus, il tourna les talons et disparut dans le couloir sombre, suivant le garde. Aélis resta un instant figée, fixant la porte refermée. Son cœur était lourd, mais pour la première fois depuis longtemps, il était empli d’une étrange sérénité. Peut-être que tout n’était pas encore perdu.


*


On les sortit finalement de leurs chambres, un par un, dans un silence froid et méthodique. Aélis sentit des mains fermes l’attraper, mais elle ne résista pas. Elle avait abandonné l’idée d’avoir un quelconque contrôle sur ce qui allait suivre. Escortée par des gardes silencieux, elle fut conduite à travers des couloirs interminables, jusqu’à une vaste salle éclairée par une lumière blanche et crue.

Le lieu ressemblait à un laboratoire, avec ses murs lisses et ses surfaces métalliques réfléchissantes. Les immortels, chacun emmené séparément, étaient allongés sur des tables de métal froid, leurs regards fixant le plafond sans vraiment le voir. Autour d’eux, des machines bourdonnaient doucement, des écrans affichaient des données cryptiques. Aélis fut invitée à s’installer sur l’une de ces tables. Avant qu’elle ne puisse poser une question ou protester, un gaz s’échappa d’une buse invisible, et le monde devint flou. Ses paupières se fermèrent, sa conscience se dissipa dans un sommeil artificiel et oppressant.


Lorsqu’elle ouvrit les yeux, tout avait changé.

Elle était seule. Couchée sur un tapis d’herbe douce, son corps engourdi, elle sentit la fraîcheur de l’air sur son visage et le murmure d’un ruisseau proche. Autour d’elle s’étendait une réserve naturelle immense, comme un tableau vivant. Des arbres majestueux se dressaient, leurs branches s’entrelaçant pour former des dômes de verdure. Plus loin, des forêts épaisses, des pierriers accidentés, et des cours d’eau scintillants dessinaient un paysage aussi magnifique qu’inquiétant. Pourtant, une présence insidieuse rompait la quiétude apparente. Tout autour d’elle, des drones silencieux flottaient, leurs mouvements aussi légers que ceux d’insectes. Leurs minuscules caméras suivaient ses gestes avec une précision implacable, capturant chaque détail de son réveil. Leur bourdonnement à peine perceptible ajoutait une tension sourde, rappelant que cette beauté sauvage était loin d’être naturelle ou innocente.

Aélis se redressa lentement, ses membres encore lourds, et porta instinctivement la main à son cou. Ses doigts effleurèrent une surface lisse et froide : un collier parfaitement ajusté à la courbe de sa peau. Il semblait fusionné avec elle, inamovible, étranger et oppressant. Elle dégagea son épée et l’utilisa comme un miroir pour détailler l’objet : il était blanc, épais, fait d’un métal inconnu, sans aucune attache visible. Elle tira dessus, tenta de l’arracher, mais il ne bougea pas. La confusion l’envahit alors qu’elle scrutait les alentours. Aucun signe des autres. Aucun signe de Methos. Elle était seule dans cette immensité.

Au-dessus d’elle, le ciel s’illumina soudain, projetant des hologrammes immenses dans l’air. Cent trente symboles apparurent, alignés de manière ordonnée, chacun d’un blanc pur. En plus des piques ou des cœurs d’un jeu de carte classique, elle vit des cercles, des carrés, des croix, des triangles, des étoiles et même des hexagones, tous marqués de chiffres allant de un à dix, ou de figures : valet, dame et roi. Elle observa ces cartes en silence, cherchant à en comprendre la signification. Quelle carte était la sienne ? Et celle de Methos ? Impossible de savoir. Aucun indice. Pas de voix cette fois pour expliquer les règles. Pas de directives, pas d’annonce sarcastique ou de fanfare. Seulement un vide angoissant.

Aélis inspira profondément, ses sens s’aiguisant peu à peu. Elle était seule, livrée à elle-même, avec seulement son arme et ses instincts pour survivre. L’immensité de la réserve dissimulait autant d’opportunités que de dangers. Elle savait que les autres immortels étaient là, quelque part, dispersés dans cette vaste étendue. Chacun d’eux était sans doute aussi confus qu’elle, portant le même collier, armé et prêt, volontairement ou non, à jouer un rôle dans ce nouveau chapitre du Jeu. Elle posa la main sur la garde de son épée, la seule chose familière dans cette situation incompréhensible. Elle savait qu’il ne s’agissait pas seulement de survie. Ils voulaient plus. Un combat non seulement pour la vie, mais aussi contre la folie de l’isolement, contre le poids de l’incertitude.

Elle se redressa complètement, balayant les environs du regard. Les drones étaient toujours là, suspendus dans le ciel, silencieux mais omniprésents. Les murs invisibles de cette prison naturelle, constitués d’un champ magnétique imposant, rendaient toute évasion impossible. Ils étaient seuls. Seuls face à eux-mêmes, face à leurs propres peurs, leurs propres instincts.

La seconde manche avait commencé.


*


Methos ouvrit les yeux sur un ciel trop pur, trop immobile. Une lumière dorée filtrait à travers le feuillage dense, peignant des éclats mouvants sur le sol herbeux. L’air était frais, chargé d’une odeur de terre humide et de résine, une sensation presque paisible, presque irréelle. Il resta immobile, les muscles tendus, sondant son propre corps avant même de bouger. Pas de douleur, pas de blessure. Juste une légère sensation de torpeur qui s’accrochait à ses membres, vestige du gaz qui l’avait plongé dans l’inconscience. Il tourna lentement la tête, son regard parcourant les environs. Une vaste étendue boisée s’offrait à lui, à perte de vue. Des arbres majestueux, un cours d’eau serpentant entre les rochers, des clairières baignées de lumière. Tout était trop parfait. Trop calculé.

Il redressa lentement son torse, et c’est à ce moment-là qu’il le sentit. Un poids étranger, froid contre sa peau. Sa main monta instinctivement à son cou, ses doigts rencontrant une surface lisse, métallique. Un collier. Un sentiment glacé s’insinua en lui. Il ne tira pas dessus. Pas tout de suite. Pas avant d’avoir compris ce que cela impliquait. Il n’y avait jamais de hasard dans ce Jeu. Tout avait une fonction. Un but.

Au-dessus de lui, l’air sembla vibrer, et soudain, des hologrammes surgirent dans le ciel. Cent trente symboles d'un blanc électrique, suspendus dans le vide comme un jeu distribué par une main invisible. Les piques et les cœurs côtoyaient des formes géométriques : des cercles, des losanges, des croix. Des chiffres, des figures. Un nouvel ordre qu’il ne comprenait pas encore, mais qui saturait le ciel de sa présence silencieuse

Methos se releva prudemment, sentant chaque muscle répondre sous la contrainte d’un terrain légèrement incliné. Son regard analysait chaque détail, chaque indice. Une réserve naturelle. Pas de sortie visible. Juste cette immensité sauvage, sans horizon net. Il leva la main vers le collier et tira légèrement. Inutile. Il ne bougea pas d’un millimètre, fusionné à sa peau comme une chaîne invisible dont il ne connaissait pas encore la portée. Les règles n’étaient pas expliquées, mais il les devinait déjà. Un piège. Un autre de leurs jeux. Il n’avait pas besoin de plus d’informations. Ce qui comptait, c’était ce qu’il savait déjà : il n’était pas seul ici. Ils étaient 130. Et la Manche venait de commencer.


*


Callestina ouvrit les yeux alors qu'elle était allongée sur un sol de terre battue. Elle ne perdit pas une seconde à chercher comment elle était arrivée là. Elle se redressa d’un mouvement sec, ses doigts effleurant machinalement le cercle de métal froid enserrant son cou. Le contact était dur, définitif.

Elle leva la tête vers le ciel. Le dôme immense affichait des cartes aux symboles stylisés qui flottaient au-dessus de la réserve. Elle resta un instant immobile, le visage parfaitement neutre, observant les icônes électriques qui baignaient la plaine d’une lueur artificielle. Son regard balaya les figures sans la moindre hésitation.

Puis elle se mit en marche. Elle n'attendit pas de voir si d'autres se réveillaient aux alentours. D’un pas rapide et assuré, elle s’enfonça dans la forêt dense qui bordait la zone de son réveil. Les fougères se refermèrent derrière elle, et en quelques secondes, sa silhouette disparut totalement sous le couvert des arbres. Elle s'éloigna vers les profondeurs de la réserve, d'un pas si direct qu'il semblait suivre une piste tracée d'avance.


*


Les premières heures furent marquées par un silence trompeur. La nature environnante, magnifique et intacte, n’était qu’un décor illusoire masquant l’implacable réalité du Jeu. Methos s’était installé dans un pierrier, une légère élévation lui permettant d’avoir une vue dégagée sur une partie du terrain sans s’exposer. Il avait trouvé un renfoncement naturel sous les rochers, suffisant pour se dissimuler si nécessaire. Chaque mouvement était mesuré, chaque respiration contrôlée. L’attente était son alliée, la précipitation un piège mortel. Il passa du temps à observer. Il analysa les drones flottant à intervalles réguliers dans le ciel, suivant des trajectoires précises. Il étudia l’affichage immobile des cartes suspendues au-dessus de l’arène. Cent trente symboles lumineux. Un simple alignement figé, attendant son premier changement.

Puis, enfin, l’attente prit fin.

Dans un espace dégagé, à plusieurs centaines de mètres, deux silhouettes émergèrent, leurs colliers brillants d’une teinte rouge lumineuse. Methos ne les connaissait pas, mais leurs postures parlaient pour elles. Des guerriers, l’un plus imposant, l’autre plus agile, tous deux conscients de ce qui allait suivre. Un frisson glacé le parcourut lorsqu’un détail apparut sous les hologrammes de deux cartes. Un compte à rebours venait de s’enclencher.

Il vit la tension monter, l’instinct de survie s’imposer. Le premier attaqua, tranchant l’air d’un mouvement vif, mais son adversaire esquiva, répondant d’un coup précis. Methos observa, impassible, cherchant à comprendre. C’était un combat comme tant d’autres qu’il avait vus, mais ce qui l’inquiétait, c’était ce qu’il ignorait encore. Enfin, l’un d’eux trouva une ouverture. Une lame s’enfonça dans la chair, un corps s’effondra, la tête roula au sol. Le Quickening éclata. Le compte à rebours s’arrêta immédiatement, la lumière rouge des colliers s’éteignit. Le vainqueur, haletant, attendit, le regard levé vers le ciel. Puis l’hologramme changea. La carte du perdant se grisa.

Methos comprit alors. Ce n’était pas seulement un combat. Ce n’était pas seulement tuer pour survivre. Ici, il fallait prendre la tête de son adversaire avant que le temps ne s’écoule. Sinon… il n’osait pas encore deviner ce qui se passerait. Mais il savait une chose : il ne testerait pas cette hypothèse sur lui-même.


*


Aélis se fondait dans la nature comme une ombre. Depuis son réveil, elle n’avait fait que ça : observer, attendre et essayer de comprendre les règles de cette nouvelle manche. Elle avait rapidement pris de la hauteur pour dominer la réserve, trouvant refuge en haut d’un arbre colossal, un pin aux branches solides qui lui offrait une cache idéale. Dissimulée par le feuillage, elle scrutait l’horizon, ses yeux balayant la végétation à la recherche du moindre mouvement.

Elle avait déjà compris le fonctionnement cruel de ce tournoi. Le combat qu’elle avait observé plus tôt lui avait servi de leçon : dès que deux immortels entraient dans un périmètre d’environ cinquante mètres — la même distance que la vibration caractéristique leur permettant de se reconnaître — le métal blanc de leurs colliers virait au rouge. Au-dessus d’eux, un compte à rebours d’une heure s’affichait alors sous leurs cartes respectives. Elle savait désormais que seule la libération d'un Quickening permettait au vainqueur de voir son collier redevenir blanc et le timer s’effacer. La fuite était impossible ; le Jeu exigeait une conclusion.

Ce fut alors qu’elle aperçut Astrid s’avancer avec prudence dans une trouée. Son pas était sûr, mais son regard trahissait une tension extrême. Puis, à l’orée de la forêt, une autre silhouette apparut. Zafira. Aélis la reconnut immédiatement à son agilité naturelle. Les deux femmes coururent l’une vers l’autre sans hésitation, et lorsqu’elles se retrouvèrent, elles s’étreignirent longuement. Pas de méfiance, pas de combat. Seulement un soulagement immédiat.

Aélis leva les yeux vers les cartes holographiques. Comme elle s'y attendait, deux symboles venaient de s'allumer d'un éclat rouge : le Roi de Trèfle et le 5 d'Hexagone. Le décompte de soixante minutes apparut, implacable, au-dessus de leurs têtes. Elle reporta son attention sur les deux femmes. Leur étreinte s’était interrompue et elles regardaient désormais leurs colliers avec une méfiance grandissante. Elles comprenaient l'avertissement, mais aucune ne dégaina son arme. Au lieu de cela, elles s’assirent sur un tronc abattu, échangeant des paroles qu’Aélis ne pouvait entendre. Elles ne se battraient pas. Elles semblaient avoir choisi de passer ce temps à parler, ignorant le chronomètre qui brûlait dans le ciel.

Perchée dans son pin, Aélis resta immobile, le cœur serré. Elle observa, méthodique, refusant de détourner le regard, car elle savait que comprendre chaque nuance de cette horreur était essentiel pour sa propre survie.


*


Astrid avançait prudemment dans la réserve, sa posture tendue, chaque muscle prêt à réagir au moindre mouvement. La forêt dense s’ouvrait soudainement sur une clairière bordée d’herbes hautes, baignée d’une lumière douce et trompeuse. Elle connaissait ce calme. C’était celui qui précédait toujours la tempête. Elle balaya l’horizon du regard, cherchant un signe, un indice sur ce qui l’attendait. Puis, son cœur bondit. Une silhouette familière émergeait des ombres de la lisière opposée. Petite, rapide, une fluidité féline dans ses gestes. Zafira. Astrid cessa de respirer un instant, le choc lui nouant l’estomac. Son instinct lui criait de ne pas bouger, de ne pas croire à ce qu’elle voyait. Après tout, elle s’était trop souvent retrouvée seule dans ces jeux cruels pour se permettre de croire à une trêve du destin. Mais ce n’était pas une illusion. Elle connaissait cette démarche, ce regard perçant qui la cherchait à travers l’espace qui les séparait. Alors, dans un même mouvement, elles se mirent à courir l’une vers l’autre.

Leurs pas résonnèrent dans le sol meuble, rapides, impatients. Lorsqu’elles se rejoignirent enfin, elles s’agrippèrent mutuellement, leurs doigts s’accrochant au tissu, à la peau, comme si elles avaient peur de voir l’autre disparaître en fumée.

— Tu es en vie, souffla Zafira contre son épaule, son souffle court.

Astrid hocha la tête sans répondre immédiatement, trop prise par l’émotion brute de ces retrouvailles. Un instant, elle ferma les yeux, savourant cette chaleur humaine qui lui avait tant manqué. Puis, une sensation étrange lui fit ouvrir les paupières.

Un bip. Doux, insidieux.

Elles se détachèrent légèrement l’une de l’autre, leurs regards se croisant avec la même question silencieuse. Zafira porta la main à son collier, y découvrant la lueur rouge qui pulsait lentement. Astrid en fit de même, un frisson glacé lui traversant la nuque.

— Qu’est-ce que c’est ? murmura Zafira.

Astrid observa autour d’elles, son instinct de guerrière en alerte. Puis son regard se leva vers les hologrammes flottant au-dessus de la réserve. Deux cartes venaient de s’illuminer, marquées d’un décompte. Soixante minutes.

— Un compte à rebours, dit Astrid, la voix étonnamment calme.

Zafira grimaça, détaillant le chiffre.

— On dirait qu'on nous donne une heure pour… quoi ?

Elles échangèrent un regard, la lucidité s’installant malgré l’incrédulité. Elles savaient que ce Jeu ne tolérait pas la rencontre.

— Assieds-toi, dit finalement Astrid. J’ai besoin de te regarder.

Zafira obtempéra, venant s’installer sur un tronc couché tandis qu’Astrid prenait place à ses côtés. Leurs mains se rejoignirent, leurs doigts s’entremêlant.

— Ce jeu n’a pas de sens, murmura Astrid, brisant le silence. Il ne s’agit pas de savoir qui est le plus fort ou le plus habile. Ce n’est pas un combat. C’est un massacre déguisé en spectacle.

— Ils veulent un combat, murmura Zafira. Et nous avons une heure pour leur donner satisfaction.

— Alors nous ne leur donnerons rien, répondit Astrid, sa voix empreinte d’une résignation digne.

Zafira la regarda intensément.

— Tu as été mon ancre, Astrid, dans cette foutue éternité.

Elle marqua une pause, la gratitude immense dans ses yeux.

— Ce dernier siècle passé avec toi... il a été beau, infiniment. Grâce à toi, j'ai pu oublier l'horreur des cages et des aiguilles.

Elle sourit faiblement. Astrid serra sa main plus fort.

— Tu as donné un sens à ces cent dernières années. Je ne sais quelle horreur nous attend à la fin de ce décompte, mais je n'aurais pas pu imaginer une fin plus honorable qu’ici, dans tes bras.

Elles passèrent l’heure restante à parler. Non pas du Jeu, mais de l’avenir qu’elles n’auraient pas, des siècles qu’elles rêvaient de parcourir. Elles pleurèrent leurs amis, mais surtout, elles se firent des promesses insensées de se retrouver, de ne jamais laisser la mort gagner leur lien. Elles s’embrassèrent, savourant chaque contact, chaque mot. C’était leur adieu, leur rébellion silencieuse.

Zafira ferma les yeux un instant. Une image traversa son esprit, fugace et douce : le souvenir de Giulia. Peut-être, pensa-t-elle, allait-elle enfin la revoir, l’âme libérée du fardeau de l’immortalité.

Lorsque le compte à rebours atteignit zéro, il y eut une fraction de seconde de silence absolu. Puis, sans avertissement, sans la moindre chance de répit, les colliers explosèrent en parfaite synchronisation. Les têtes des deux immortelles furent arrachées en un éclair fulgurant. Pas de Quickening, pas de transmission de pouvoir. Seulement la violence froide et mécanique d’un système implacable.

Aélis resta figée, un frisson glacial parcourant son échine. Ce n’était pas une exécution. C’était un message. Un rappel cruel qu’il n’y avait pas d’alternative. Ici, le choix n’existait pas. Lentement, ses yeux remontèrent vers les hologrammes suspendus au-dessus d’elle Les cartes du Roi de Trèfle et du Cinq d’Hexagone s’effacèrent, se grisant progressivement jusqu’à disparaître. Cent-vingt-quatre cartes restantes. Elle inspira lentement, ses muscles tendus comme si elle venait d’assister à un spectacle dont elle était elle-même la cible. L’arène ne laissait pas de place aux principes, pas de place aux erreurs. Elle le savait déjà, mais à cet instant, elle le comprit d’une manière bien plus viscérale.


*


Les jours se succédèrent, la grille des cent trente symboles blancs s’amincissant lentement. Chaque fois qu'une icône se grisait, Aélis sentait un poids supplémentaire l'écraser. Elle fixait longuement ces cartes, cherchant désespérément à deviner quelle carte était la sienne et laquelle pouvait appartenir à Methos. Mais sans indice, elle ne pouvait qu'espérer que son symbole à lui faisait encore partie de ceux qui brillaient. De son côté, Methos devait sans doute scruter la même grille, guettant la moindre disparition avec la même angoisse muette.


Pour assurer sa survie, elle décida de transformer les abords de sa cachette en un piège mortel. La patience et la ruse étaient désormais ses seules alliées. Elle choisit une clairière située à l’orée d’une pente abrupte, un terrain qui forçait naturellement le passage.

Durant plusieurs heures, elle utilisa son épée pour creuser la terre meuble, dégageant une fosse suffisamment large pour engloutir un homme. Elle y disposa des piques taillées avec soin dans des branches solides, fixées fermement au fond du trou. Une fois l'ouvrage terminé, elle s’employa à effacer toute trace de son labeur. Elle recouvrit l'ouverture de branches fines et de feuilles mortes, rendant le camouflage indécelable.

Enfin, elle traça son piège psychologique. Elle laissa des empreintes bien visibles et cassa quelques branches sur son passage, créant un sentier qu’un prédateur suivrait instinctivement. Puis, elle regagna son arbre et attendit.


Le premier adversaire apparu moins de deux jours plus tard. C’était un homme à l’allure athlétique, avançant avec une prudence manifeste. Dès qu’il entra dans le périmètre, Aélis sentit la vibration caractéristique alors que son collier prenait une teinte rouge. L’inconnu s’arrêta, sentant lui aussi la présence d'un autre immortel. Il observa les traces au sol, puis ses yeux balayèrent immédiatement le fond de la forêt. Il s'attendait à une attaque venant des fourrés, persuadé que sa proie se terrait plus loin, dissimulée derrière un tronc ou dans l'épaisseur des bosquets. Il continua d’avancer, le regard rivé sur les zones d'ombre de la végétation, négligeant de regarder où il posait les pieds. Lorsqu’il atteignit la zone camouflée, le sol se déroba brusquement sous lui. Son cri de surprise fut étouffé par le bruit sourd de sa chute et le craquement des piques.

Aélis ne lui laissa pas le temps de se ressaisir. Elle descendit de son pin avec agilité et s’approcha du bord de la fosse. L’homme était empalé, luttant pour respirer, son sang imbibant déjà la terre. Sans une hésitation, elle leva son épée et l'acheva froidement d'un geste sec. Les premières décharges du Quickening la frappèrent, l'enveloppant d'une lumière aveuglante tandis que, là-haut, un premier symbole blanc s'éteignait définitivement.

Dès que la lumière se dissipa, l’immortelle s'efforça de reprendre ses esprits. L'énergie brute qu'elle venait d'absorber la rendait momentanément vulnérable. Le Quickening était un signal pour tous les immortels des environs. Elle devait effacer les traces de son combat, et vite. Elle s’allongea au bord de la fosse et, au prix d'un effort douloureux, hissa le cadavre hors du trou. Elle le traîna sur quelques mètres puis, revenant précipitamment vers son piège, elle s'employa à le reboucher. Elle disposa de nouvelles branches fines, éparpilla de la terre fraîche et recouvrit le tout de feuilles mortes, redonnant à la clairière son aspect innocent.


Elle venait tout juste de déposer la dernière poignée de feuilles lorsqu’elle ressentit une nouvelle vibration. Son esprit fit immédiatement le lien avec la silhouette qu'elle redoutait le plus : Gorath. La haine, viscérale et brûlante, l’envahit instantanément, se mêlant à une peur glaciale. C’était lui. L’assassin de Soleman. Elle se redressa lentement, tournant la tête vers l’orée du bois.

Gorath apparut comme un fauve attiré par l’odeur du sang. Sa silhouette massive se découpa contre la lumière du jour, sa démarche lourde et assurée faisant craquer les branches sèches sous ses bottes. Il ne se cachait pas. Il n’avait pas peur. Il avançait comme un guerrier certain de sa victoire, son épée bâtarde levée dans une poigne brutale. Dans le ciel, l'hologramme du Valet de Cœur et celui du 2 de Triangle s'illuminèrent d'un rouge agressif.

Il aperçut Aélis, debout au milieu de la petite clairière, encore affaiblie par son précédent duel. Un sourire carnassier étira ses lèvres. Il pensait l’avoir trouvée, acculée, prête à être cueillie. Cette dernière, pétrifiée par la haine et la terreur, dégaina son épée d'un geste machinal. Elle n'avait pas eu le temps de remonter se cacher dans son arbre. Elle était exposée, au sol. Gorath accéléra le pas, fixant son regard furieux dans le sien, savourant déjà sa vengeance. Il suivait exactement le chemin qu’elle avait tracé pour lui, le sentier psychologique balisé par ses empreintes.

Un pas. Il s’approchait, balayant l'épée devant lui. Un autre. Son poids fit grincer le sol. Encore un. Il était juste devant la fosse nouvellement camouflée. Aélis serra les dents, retenant son souffle. Fais-le. Gorath avança, prêt à bondir pour lui fendre le crâne…

Le sol s’effondra sous lui.

Un cri bref, un grondement de surprise, suivi immédiatement par le bruit sourd et écrasant de sa chute au fond du trou.

Aélis s’avança immédiatement vers le bord. Elle n'avait plus peur. Elle ne ressentait plus que la froide nécessité de la justice. Elle planta ses yeux dans ceux de la Montagne. Gorath s’était empalé sur les piques, son torse puissant transpercé de part en part. Sa respiration était sifflante, mêlée de grognements de douleur et de colère noire. Le sang coulait, mais il vivait encore. Son regard furieux, injecté de sang, se planta dans celui d’Aélis.

— Sale petite… cracha-t-il dans un dernier élan de fureur.

Elle n’attendit pas la suite. Son épée fendit l’air avec une précision chirurgicale. Un seul mouvement, net, sans hésitation. Pour Soleman. La tête de Gorath roula au fond de la fosse. Puis le Quickening l’engloutit. Une explosion de lumière d'une violence inouïe déchira la forêt. Les éclairs s’infiltrèrent en elle, brûlants, déchaînés, fusionnant avec son être. Des émotions brutales, des siècles de violence et une force colossale s’abattirent sur son corps.

Le silence retomba comme un couperet. Son collier rouge s’éteignit. Gorath était mort. Dans le ciel, la carte du Valet de Cœur se grisa définitivement.

Mais le Jeu n’était pas terminé. Cette fois, Aélis ne prit pas le temps de reboucher son piège ou de dissimuler le corps. Elle savait que ce second Quickening agirait comme un signal irrésistible pour tous les prédateurs des environs. Elle ne pouvait pas risquer d'être surprise alors qu'elle était encore vulnérable. Sans un regard en arrière pour l'endroit où elle avait passé ses premiers jours, elle ramassa son épée, prit ses jambes à son cou et s’enfuit à travers les bois, cherchant à mettre le plus de distance possible entre elle et la fosse de Gorath.


*


Aélis avait trouvé un nouveau refuge, dans un chêne massif en lisière d’une forêt dense, offrant une vue imprenable sur un pierrier désolé, parsemé de blocs de calcaire gris. Depuis sa position, elle surveillait ce paysage minéral, espérant que l'aridité du lieu tiendrait les curieux à distance.

Elle ne savait pas que Methos était là, juste en bas.

Lui s'était promis de rester en retrait. Il s'était glissé dans l'un des creux naturels formés par l'effondrement des roches du pierrier, une cachette étroite qui le dissimulait totalement aux regards. Depuis le début de cette seconde manche, il analysait chaque risque avec la froideur qui l’avait toujours gardé en vie. Mais soudain une vibration familière, celle qui annonce l'approche d'un autre immortel, résonna dans sa tête. Son collier blanc vira au rouge. L'un d'eux venait de passer à proximité, bien trop près de sa cachette pour qu'il puisse encore espérer rester invisible. Il se figea. Il reconnut immédiatement cette empreinte énergétique, une présence qu'il n'avait pas ressentie depuis des siècles. Il n'avait plus le choix. Rester terré dans son trou, c'était accepter de voir le compte à rebours s'égrener jusqu'à l'explosion. Il se redressa lentement, émergeant des décombres comme un spectre gris au milieu des pierres.

Indira était là, à trente mètres de lui.

Elle avançait méthodiquement, sa silhouette élancée se découpant sur le gris du calcaire. Methos se souvint l'avoir vue combattre lors de la première manche, mais leur histoire remontait à bien plus loin. Une guerrière née dans l’Inde du VIIe siècle, dont le regard acéré dissimulait une intelligence redoutable. Ils s’étaient connus dans une autre vie. Ils avaient partagé des nuits à philosopher sous les étoiles, une confiance tacite qui, aujourd’hui, ne pesait plus rien face à l’inéluctable de leur situation.

Elle le vit au même instant. Un sourire sans joie passa sur ses lèvres. Il n’y avait rien à dire. Dans un autre monde, ils auraient partagé un dernier verre. Ici, il n’y avait que la lame.

Perchée dans son arbre, Aélis retint son souffle. Elle reconnut immédiatement la démarche et la silhouette de Methos alors que les deux immortels s’avançaient vers un terrain plus plat en bas du pierrier pour combattre. C'était lui. Elle leva les yeux vers le dôme : deux symboles venaient de s'allumer en rouge. Le 8 de Trèfle et la Reine de Cercle.

Le combat fut rapide et brutal. Le choc de l’acier résonna contre les parois du pierrier, vif comme une sentence. Indira attaquait avec rapidité, mais Methos était plus patient. Il esquiva, para, s’adaptant en un instant à son rythme. Il n’avait pas envie de ce combat, et pourtant, son épée trouva une ouverture. Un éclair d’acier, une entaille nette au flanc, puis le coup fatal. La lame trancha proprement. Le corps d'Indira s’effondra sur la pierre nue. Methos ferma les yeux un bref instant, le temps d'un regret fugace, avant que le Quickening ne s'abatte sur lui. Une tempête d’énergie pure ravagea le pierrier, hurlant son droit d’exister un jour de plus.

Elle vit Methos se redresser péniblement, ramasser son arme et quitter au plus vite ce lieu devenu un phare pour les autres prédateurs. Il repartit vers le pierrier et l’escalada pour disparaître quelque part dans le dédale de roches, une silhouette solitaire fuyant sa propre victoire. Elle le regarda s'éloigner jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'une ombre parmi les pierres. Son cœur lui criait de le rejoindre, de briser cette solitude insupportable, mais sa raison la glaçait : si elle s'approchait, l'un des deux serait inévitablement condamné.


*


Les jours suivants furent marqués par une accélération brutale de la violence. Dans le ciel, les cartes se grisaient les uns après les autres, témoignant de l'hécatombe qui se jouait dans la réserve. Un nouveau danger, plus insidieux, était apparu : celui du "vautour". Déclencher un combat était devenu un risque mortel pour le vainqueur, qui, épuisé par son duel, s'exposait à ce qu'un autre immortel caché à proximité ne surgisse pour l'achever.

Puis, brusquement, le silence revint. Pendant vingt-quatre heures, plus aucune icône ne s'éteignit. Comme si chacun, terré dans sa cachette, attendait que les autres fassent le premier pas. La réserve semblait figée dans une attente insupportable.

C'est à ce moment-là que la mécanique du Jeu brisa l'impasse.

Aélis, toujours aux aguets dans son arbre, vit soudain le dôme s'embraser. Les quatre dernières cartes de l'enseigne des Cœurs s'illuminèrent simultanément d'un rouge vif. Immédiatement, un compte à rebours général de douze heures s'afficha sous elles. Les règles venaient de changer : ce n'était plus une question de proximité, mais d'appartenance à un groupe. Elle comprit l'implication immédiate : si aucune tête ne tombait dans le délai imparti, les quatre immortels restants de cette famille seraient exécutés à distance par leurs colliers.

Elle observa ces symboles sanglants avec une fascination mêlée d'horreur. Pourquoi eux ? Pourquoi cette figure plutôt qu'une autre ? Elle se dit que comme beaucoup de choses ici – à commencer par l’attribution arbitraire des cartes pour chacun – c’était sans doute le résultat d'un tirage au sort. Le hasard avait sa part dans ce jeu macabre, une loterie algorithmique qui décidait qui devait mourir pour relancer la machine. La cruauté du Jeu ne résidait pas seulement dans la violence, mais dans cette froide indifférence qui jetait des noms en pâture pour briser la stagnation.


La panique s'installa rapidement. En moins d’une heure, plusieurs silhouettes se mirent à découvert, forcées de sortir de l'ombre pour trouver une proie et sauver leur vie. Ce n'était plus une traque silencieuse, mais une course contre la montre où l'instinct de conservation l'emportait sur la prudence.

Le chaos se déplaça vers une vaste zone dégagée, là où un ruisseau serpentait entre des rives de galets. Deux hommes se rencontrèrent sur la rive devenant le théâtre d'un affrontement désespéré. Le duel fut court, une lutte pour le droit de respirer encore quelques heures. Dès que la tête de l'un d'eux roula sur les pierres humides et que le Quickening jaillit dans une explosion de lumière, le compte à rebours de douze heures s'éteignit brusquement pour l’ensemble des survivants de la figure. Le système avait reçu son tribut. Le sacrifice d'un seul venait de sauver temporairement les autres membres du groupe.

La réserve retomba dans un calme trompeur, mais l'illusion de sécurité s'était envolée. Chacun savait désormais que le Jeu pouvait les désigner à tout moment, sans raison, par le simple hasard d'un symbole.

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