Le Prix à payer - Highlander Fanfiction

Chapitre 48 : Le Prix de l'Immortalité

10072 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/01/2025 18:23

[Edit du 22/03/2026 : suite à la modification mineure (chapitre 20) du nombre de participants à la première manche : 312 (soit 156 combats répartis sur 39 jours), la seconde manche du Jeu a été remaniée significativement - impact sur les chapitres 46, 47 et 48]



La suite de l'hécatombe s'accéléra de manière implacable. Aélis ne restait jamais plus d'une journée au même endroit. Elle se déplaçait avec la furtivité d'un spectre, changeant de cachette pour ne pas devenir une proie trop prévisible. Pourtant, la fatalité l'avait rattrapée une dernière fois. Une immortelle dont elle ignorait tout avait fini par passer au pied de son refuge, activant le mécanisme impitoyable du compte à rebours. Elle n'avait eu d'autre choix que de descendre de son arbre pour abréger l'attente. Le combat avait été bref, sans gloire, laissant Aélis plus épuisée qu'elle ne l'avait jamais été, son âme saturée par les échos d'un Quickening dont elle ne voulait pas.

Désormais, le ciel ne comptait plus que trois cartes actives. Le 8 de Trèfle, dont elle savait qu'il appartenait à Methos. Le 2 de Triangle, qui était sa propre carte. Et l'As de Croix, dont elle ignorait encore l'identité.

Vingt-quatre heures s'écoulèrent dans un calme plat, une stagnation que le Jeu finit par rompre avec sa froideur habituelle. Une chance sur trois... Le dôme s'illumina et, comme elle l'avait pressenti au fond de ses entrailles, un symbole vira au rouge. Le sien. Un compte à rebours de douze heures s'afficha sous son signe, égrenant les secondes d'une condamnation à mort programmée. Pendant quelques minutes, une panique viscérale la submergea. Son souffle se fit court, sa gorge se serra sous le poids du métal qui menaçait de la broyer à la fin du décompte. Puis, lentement, elle se ressaisit. Elle inspira l'air frais de la forêt, sentant la force revenir dans ses membres. Elle était condamnée par le système, certes, mais elle n'était pas encore morte. Elle pouvait encore agir. Si elle restait cachée, elle finirait décapitée par son propre collier.

Aélis se redressa, ses membres lourds protestant contre l'effort. Elle ne ressentait ni peur ni colère, seulement une clarté étrange. Elle ne resterait pas ici à attendre que la machine fasse son œuvre. Elle descendit de son perchoir une dernière fois, non pas pour chasser, mais pour rejoindre le seul point de repère qui lui restait dans ce chaos : le pierrier où elle avait vu Methos disparaître. Elle voulait le retrouver. Pas pour l’affronter, ni pour obéir à la logique absurde de cette boucherie organisée, mais parce que c’était la seule conclusion qui lui paraissait juste. Methos était un survivant ; il l'avait toujours été. Il saurait quoi faire de l'avenir, il saurait jouer avec le temps comme il l'avait fait pendant cinq millénaires. L'idée qu'il puisse être celui qui recueille son héritage, celui qui prendrait sa tête pour continuer la route, s'imposait à elle avec une douceur amère. Si son existence devait s'achever dans ce simulacre de monde, elle préférait que ce soit entre ses mains, offrant sa force à celui qui avait encore la volonté de durer. Elle commença à marcher, l'épée à la main. Et si elle rencontrait l’immortel inconnu, le porteur de la troisième carte, l’As de Croix, avant d'atteindre le pierrier ? Alors, ainsi soit-il. Son sort serait scellé dans un combat final, une dernière danse de l'acier pour arracher son droit à une fin digne.


*


Aélis atteignit la lisière du pierrier. Elle ne chercha pas à se cacher. S'avançant dans le dédale de roches grisâtres, vers l'endroit précis où elle avait vu Methos disparaître quelques jours plus tôt, elle l'appela.

— Methos !

Sa voix ricocha contre les parois de calcaire, mais seul le silence lui répondit. Elle continua de progresser, l'incertitude lui serrant le cœur, scrutant chaque anfractuosité. Elle l'appela à nouveau, puis une troisième fois, espérant désespérément qu'il soit encore là, caché quelque part dans les ombres des pierres.

Soudain, la silhouette grise de l’immortel se découpa contre la roche. Il parut hagard, comme arraché à un long sommeil, la main crispée sur la garde de son épée. Lorsqu'il l’aperçut, un soulagement violent traversa son visage, illuminant ses traits un bref instant ; il savait enfin qu'elle était en vie. Mais presque immédiatement, ce soulagement fut balayé par une terreur pure. Il leva une main, la paume en avant, dans un geste d'arrêt instinctif et désespéré.

— Reste où tu es, Aélis. Ne t’approche pas plus !

Sa voix était tendue, chargée d’un mélange d’autorité et de panique contenue. Aélis l’ignora. Elle fit un pas de plus vers lui.

— Je ne suis pas venue pour me battre.

Elle releva la tête, plantant son regard dans le sien.

— Regarde le ciel, Methos, regarde mon collier. Mon temps est écoulé. D’une manière ou d’une autre, je vais mourir aujourd’hui. Le hasard a choisi ma carte. Je refuse que ce soit la machine qui m’achève.

Elle fit une pause, sa voix restant étrangement calme.

— Je veux que ce soit toi qui prenne ma tête.

Le visage de Methos se décomposa. Il recula d’un pas, manquant de trébucher sur un rocher.

— Tu racontes n’importe quoi. Je ne veux pas de ça. Je ne le ferai pas.

Il jeta un regard circulaire et désespéré autour d'eux, scrutant l'horizon impossible du dôme comme s'il cherchait une issue, une faille dans le système, n'importe quoi d'autre que le choix qu'elle lui imposait. Mais il n’y avait que la pierre et la lumière froide. Il parut soudain perdu, bouleversé, son instinct de survie habituel paralysé par l'absurdité de la situation.

Aélis s’arrêta. Elle baissa légèrement le regard, laissant Methos penser que son refus l’avait atteinte.

Pendant un instant, le silence fut assourdissant. Elle inspira profondément, cherchant un semblant de clarté, mais ce fut Soleman qui lui revint en mémoire. Son regard brûlant, non pas de résignation, mais de défi. Il n’avait pas seulement survécu. Il avait choisi de vivre. De s’emparer de son destin au lieu de le subir. Il aurait pu céder, accepter la fatalité, se laisser emporter par l’un des innombrables combats qu’il avait livrés. Mais il avait refusé. Il avait fait un choix – pour lui, et pour ce qu’il croyait encore possible. Il avait osé défier le cours des choses, tenter quelque chose, même sans certitude de réussite. Lui avait eu ce courage.

Un autre visage surgit dans son esprit, un autre choix, un autre sacrifice. Duncan. Elle revit son expression déterminée, ce regard empli d’une résolution implacable alors qu’il se lançait contre Horton, sachant que cette tentative lui coûterait la vie. Il n’avait pas agi pour lui-même, ni par vengeance. Il l’avait fait parce qu’il croyait qu’en éliminant Horton, il offrirait un monde meilleur aux immortels, un monde où ils ne seraient plus traqués comme des bêtes. Il savait qu’il risquait tout, mais il l’avait fait quand même.

Soleman avait choisi de vivre pour protéger ce qu’il restait. Duncan avait choisi de mourir pour tenter de changer les choses. Et elle ? En était-elle seulement capable ? N’était-ce pas là sa plus grande faiblesse, cette incapacité à envisager un avenir sans ceux qu’elle aimait ? Darius, Soleman, Thalia… Methos. Elle s’accrochait à des fantômes.

Elle les avait toujours suivis, d’une manière ou d’une autre. Ils avaient été ses repères, ses piliers, les seuls ancrages qui lui permettaient de traverser les siècles sans se perdre totalement. Peu importait où elle allait, peu importait combien de temps elle restait loin d’eux, ils avaient toujours été là, quelque part. L’idée de revenir vers eux, de les retrouver, avait toujours existé dans un coin de son esprit, même inconsciemment. C’était cette certitude, aussi fragile soit-elle, qui avait donné un sens à son existence.

Mais maintenant… il ne restait plus rien. Darius, Soleman et Thalia étaient morts. Et Methos… Methos serait celui qui lui survivrait.

Elle n’avait jamais su être seule. Elle avait essayé, elle s’était persuadée du contraire, mais ce n’était qu’une illusion. Elle avait eu des moments de solitude, oui, des voyages en terres inconnues, des années passées loin de tout, mais toujours avec l’idée d’un retour possible. Toujours avec la présence rassurante de ceux qui l’attendaient, ou qu’elle attendait. Mais si elle survivait à ce Jeu, alors tout disparaîtrait. Elle vivrait pour toujours sans eux. Sans aucun d’eux. Et elle ne voulait pas de cette existence. Elle ne voulait pas traverser les siècles en sachant que plus rien ni personne ne l’attendrait jamais. Qu’il n’y aurait plus personne pour comprendre d’où elle venait, pour partager ses souvenirs, pour lui rappeler qui elle avait été. Une vie solitaire, une éternelle errance sans but, sans point d’ancrage, sans visage familier à retrouver au bout du chemin. Elle se savait incapable de supporter cette idée.

C’était pour cela qu’elle ne pouvait pas être celle qui restait.

Elle leva la tête vers Methos. Il était là, silencieux, perdu dans ses propres pensées, et elle sentit un pincement au cœur. Il ne voulait pas mourir. Elle le savait. Il avait toujours été un survivant, il l’avait toujours été mieux qu’elle. Et malgré la lassitude, malgré le poids des millénaires, il continuerait. Peut-être pas tout de suite, peut-être pas sans douleur, mais il finirait par avancer.

Elle, elle ne pouvait pas.

Son choix était fait. Il était temps de lui dire.

Elle prit une profonde inspiration, et sur une impulsion soudaine, elle se mit à courir. Avant que Methos ne puisse réagir, elle franchit les derniers mètres qui les séparaient. Elle s'arrêta brusquement à deux pas de lui, alors que le collier de l’immortel s’illuminait d’une lueur rouge. Ses yeux s’agrandirent, fixés sur elle, puis il leva lentement le regard vers le dôme, où le compte à rebours du 8 de Trèfle venait de s'enclencher.

La fureur remplaça instantanément le choc sur son visage. C’était une colère froide, un masque pour la douleur qu’il refusait de montrer. Il s’avança vers elle, sa voix n'étant plus qu'un sifflement dur.

— Pourquoi ? Pourquoi tu as fait ça ? Tu avais encore du temps. Tu aurais pu attendre. Peut-être que…

Aélis ne cilla pas. Elle accueillit sa colère avec un calme profond.

— Rien n’allait changer, Methos. Tu le sais mieux que quiconque.


Methos secoua la tête, refusant d’accepter ce qu’imposait le Jeu. Dans son esprit, la machine à calculer ne s'arrêtait jamais : il y avait toujours une faille. Toujours une issue dérobée, un mensonge salvateur, une ombre où se glisser. Depuis cinq mille ans, il avait survécu en inventant un chemin là où d’autres ne voyaient que des impasses. Pourquoi cela serait-il différent cette fois ? Il fixait les hologrammes suspendus au-dessus d’eux. Une heure. Il lui restait une heure avant qu’ils ne soient acculés à l’ultime choix. Une heure avant que l’un d’eux ne doive tomber pour que l’autre survive. Ses poings se serrèrent malgré lui.

Il passait en revue chaque scénario possible. Fuir ? Impossible. Tant qu’ils avaient ces colliers, le compte à rebours était là pour les forcer à agir. Methos avait passé sa vie à éviter ces moments. Il n’avait jamais cru au destin. Il était un survivant, parce que c’était la seule chose qu’il maîtrisait vraiment, la seule constante à travers les effondrements d'empires. Il avait fui la guerre, s’était échappé des complots, avait traversé les âges en esquivant les lames qui cherchaient sa tête. Il n’était pas un héros, il n’était pas un martyr. Il survivait, parce que c’était ce qu’il savait faire de mieux.

Mais cette fois, il n’y avait pas de fuite possible.

Il se força à respirer plus lentement. Ce n’était qu’un Jeu. Un autre Jeu, comme tous les autres. Il devait juste comprendre les règles, trouver l’échappatoire que personne n’avait vue. Il avait déjà vu des situations qui semblaient sans issue, et pourtant il était toujours là, à réfléchir à la prochaine étape. Mais cette fois-ci, plus il creusait, plus il comprenait l’ampleur du piège. Le Jeu n’était pas seulement une mascarade cruelle, une distraction pour les mortels. C’était une conclusion, une boucle implacable se refermant sur eux. L’un d’eux devait mourir. Et ce ne serait pas Aélis. Il n’allait pas la laisser faire.

Il ferma les yeux un instant, chassant la nausée qui montait en lui. Il devait la convaincre. Il devait trouver les mots, briser cette résolution absurde qu’il devinait en elle avant qu’il ne soit trop tard. Et l’idée d’être celui qui restait… Non. Il ne voulait pas de ce rôle. Il ne voulait pas porter une mort de plus sur ses épaules. Il avait tout perdu, encore et encore, et il s’était toujours relevé. Mais cette fois… cette fois, il se demanda s’il en serait capable.


La voix d’Aélis brisa la spirale de pensée dans laquelle Methos s’était enfermé :

— Je veux que ce soit toi.

Un silence abyssal s’étira entre eux. Methos la fixa, ses yeux cherchant une faille, un signe de doute qu'il pourrait exploiter pour la faire reculer.

— Pourquoi moi ? Pourquoi pas l’inverse ? demanda-t-il enfin.

Elle le regarda longtemps avant de répondre.

— Parce que je ne veux pas d’une existence sans toi.

Les mots étaient simples, mais lourds de sens. Elle aurait pu s’arrêter là, mais elle devait aller au bout de sa pensée.

— Ni sans Soleman. Ni sans Thalia… Ni sans Darius.

Le dernier nom sembla vibrer plus fort que les autres. Surtout sans Darius…

Aélis baissa les yeux, et l’aveu s’imposa à elle avec une clarté brutale. Vivre sans lui, ce n’était pas seulement douloureux. C’était une absurdité. Une existence vidée de son sens, un souffle sans air. Peu importait ce qu’elle accomplirait, peu importaient les années qui passeraient, tout resterait creux, manquant de cette présence qu’elle avait tant cherchée. Elle pouvait combattre, survivre, prétendre, mais la vérité restait la même : sans Darius, elle n’existait qu’à moitié.

Methos ne répondit pas tout de suite. Son souffle se coupa imperceptiblement, comme s’il venait de heurter un mur invisible qu’il n’avait pas vu se dresser. Il détourna légèrement le regard, cherchant à s’accrocher à autre chose, mais tout lui échappait. Ses doigts se crispèrent malgré lui. Il n’avait jamais voulu se poser la question. Il n’avait jamais eu besoin de le faire. Mais maintenant… Il releva enfin les yeux vers elle, et il comprit.

— Darius…

Ce nom lui brûla les lèvres comme une évidence, un fantôme qui avait toujours été là, tapi dans l’ombre de leur histoire. Il le prononça avec une douceur douloureuse, comme s’il testait son poids, son existence. Comme s’il venait seulement d’admettre qu’il avait toujours su.

— Ça a toujours été lui, n’est-ce pas ?

Il n’y avait aucune rancune dans ses mots, seulement une tristesse profonde, une résignation teintée de compassion. Il voyait l’amour qu’Aélis portait encore à cet homme, et cela ne le diminuait pas. Au contraire, cela renforçait son respect pour elle, pour la capacité qu’elle avait à aimer si intensément. L’immortelle hésita. Elle aurait voulu lui dire que non, que ce n’était pas aussi simple. Mais elle ne pouvait pas mentir.

— Il était une part de moi, souffla-t-elle. Une part que je ne peux pas retrouver.

Methos hocha lentement la tête. Il comprenait pourquoi elle n’envisageait pas un futur sans eux. Il avait vécu des millénaires sans jamais s’accrocher à un amour immortel. Il avait aimé, il avait perdu, mais il avait appris à continuer, encore et encore. Elle, elle ne pouvait pas. Elle avait remonté le temps pour retrouver Darius. Elle avait affronté l’impossible pour ne serait-ce qu’un instant avec lui. Elle avait vécu ce que lui n’avait jamais osé espérer. Il rabaissa légèrement la tête, un sourire triste effleurant ses lèvres. Il prit ses mains dans les siennes avec une tendresse qu’il peinait à contenir. Il voulait qu’elle comprenne, qu’elle ressente la vérité dans ses mots, qu’elle ne porte pas ce poids seule.

— Ce que vous aviez trouvé, c’était rare, Aélis. Un amour immortel, quelque chose qui transcende le temps. Et je suis désolé… désolé que cela ait dû se terminer comme ça.

Il marqua une pause, cherchant les mots, mais aucune phrase ne pouvait combler ce vide. Son regard se plongea dans le sien, chargé d’une intensité qu’il ne savait plus masquer.

— J’ai de la peine pour toi. Parce qu’aimer de cette façon et perdre… c’est une souffrance que peu d’entre nous peuvent comprendre.

Aélis baissa les yeux un instant, laissant les souvenirs l’envahir, chaque image d’un passé révolu s’imposant à elle. Elle pensa à Darius, à sa sagesse, à sa chaleur, mais aussi à Methos, qui l’avait accompagnée dans les heures les plus sombres, qui avait tenté de panser ses plaies avec une patience infinie.

— J’ai été heureuse avec toi, finit-elle par murmurer, sa voix fragile mais sincère. Tu m’as tellement appris. J’ai grandi grâce à toi. Tu étais là, dans chaque moment difficile.

Methos hocha la tête, un sourire triste effleurant ses lèvres.

— Moi aussi, j’ai été heureux avec toi… Mais j’aurais voulu être plus. J’aurais voulu que ma présence puisse combler ce vide qu’il a laissé.

Il baissa légèrement la tête, reprenant d’un ton presque résigné.

— Mais j’ai compris. Ce vide était trop profond, trop vaste pour que quiconque puisse le remplir. Pourtant j’ai essayé.

— Tu as réussi, Methos. Pas à tout effacer, non… Mais à me rappeler que la vie pouvait encore être belle, même avec tout ce que j’ai perdu.

Il eut un léger sourire, triste, mélancolique.

— Et pourtant, tu choisis de partir.

Elle prit une profonde inspiration, comme pour se donner du courage.

— Ce n’est pas une fuite.

— Non.

Il ne pouvait pas lui enlever cela.

Ils se regardèrent, leurs silences disant ce que les mots ne pouvaient exprimer. L’air semblait chargé d’une gravité qui rendait chaque respiration plus lourde.

— Tu trouves que c’est égoïste, ce que je demande ? murmura-t-elle. Ne pas avoir à vivre avec ta perte, alors que toi, tu devras porter la mienne ?

Methos ferma les yeux un instant. Il savait ce que cette question signifiait. Il savait qu’elle voulait entendre qu’elle ne faisait pas un choix lâche, qu’elle ne trahissait pas ce qu’ils avaient construit ensemble. Il prit une profonde inspiration.

— Tout est égoïste, Aélis. Même nos sacrifices. Ce sont toujours des choix que l’on fait pour nous-mêmes, pour ce que l’on pense être juste… ou supportable.

Il marqua une pause, fixant ses mains qui tremblaient légèrement. Chaque fibre de son être hurlait de rejeter sa demande, de refuser cet avenir qui se dessinait. Mais au fond, il savait qu’elle avait raison. Il savait qu’il n’y avait pas d’autre issue.

— Mais j’ai compris ta requête, finit-il par dire, d’une voix basse mais posée. Et je l’accepte.

Ses mots semblaient sceller un pacte silencieux entre eux. Aélis sentit son cœur se serrer, et pourtant, une étrange paix s’immisça en elle. Methos serra légèrement ses mains, un dernier geste pour lui transmettre tout ce qu’il ne pouvait dire.


*


Cinquante mètres. C’était la distance exacte, calculée au centimètre près, qui séparait le fauteuil de Callestina de la surface de la réserve. Cinquante mètres de roche dense et de béton armé, un bouclier géologique suffisant pour empêcher les capteurs de son collier de s’activer, même si un immortel passait juste au-dessus de sa tête. Elle s’était terrée dans ce bunker dès les premiers instants de la seconde manche, attendant que la sélection naturelle qu'elle avait programmée fasse son œuvre.

Devant elle, un mur d’écrans haute définition diffusait les images capturées par les drones. Elle ne perdait pas une miette du spectacle. Elle avait tout suivi avec une patience de prédatrice : chaque duel, chaque tête tombée, chaque instant d’agonie ou de doute qui avait assailli les protagonistes de ce théâtre sanglant. Elle avait observé leurs difficultés, leurs souffrances et leurs vains espoirs avec un détachement glacial.

Maintenant, ses yeux restaient fixés sur la scène qui se jouait dans le pierrier. Elle observait les visages de Methos et d’Aélis, captant la moindre de leurs expressions à travers les objectifs haute résolution. Elle éprouvait un mépris profond pour celle qu’elle avait connue sous le nom de Marie. Pour Callestina, cette femme était bien plus qu’une simple adversaire ; elle était une ennemie dont la vision du monde l’insupportait. Elle la regardait offrir sa tête à Methos, prête à se sacrifier parce qu’elle se savait condamnée, et ce renoncement ne faisait que confirmer le dégoût que Callestina lui portait.

Ils sont presque au bout.

Une satisfaction froide s’infiltra dans ses pensées. Ce qu’elle avait construit, ce qu’elle avait imposé à leur espèce, arrivait enfin à son terme. C’était son chef-d’œuvre, son but ultime : prouver la nécessité absolue du Jeu. Démontrer, sans équivoque, qu’il n’y avait pas d’autre voie. Trop longtemps, les immortels avaient fui leur propre nature, s’accrochant à des illusions de rédemption et de coexistence. Elle leur avait offert la seule vérité qui comptait : survivre exige un prix. Un prix que peu étaient prêts à payer.

Elle n'était pas une simple participante ; elle était l'alpha et l'oméga de cette mascarade. Pour brouiller les pistes, elle s'était intégrée au Jeu, mais le hasard n'avait jamais eu sa place dans ses calculs. Lors de la première manche, elle n'avait rien laissé au destin, sélectionnant elle-même l'adversaire qu'elle allait affronter. Un guerrier à la réputation terrifiante, capable d'impressionner les foules, mais dont elle connaissait chaque faille. Sa victoire avait été une formalité, une démonstration de force nécessaire pour asseoir sa légende. Pour la seconde manche, son génie tactique s'était niché dans l'algorithme même de la réserve. Le prétendu tirage au sort, qui faisait trembler les survivants à chaque illumination du dôme, était sa plus grande réussite. Elle avait manipulé le système pour que la figure de la Croix ne soit jamais désignée par le sort. Pendant que les autres s'entre-déchiraient, elle était restée dans l'ombre de son bunker, intouchable. Elle était la reine d'un échiquier dont elle avait elle-même noirci toutes les cases.

Elle s’adossa lentement à son siège et laissa son esprit dériver tandis que les chiffres du compte à rebours continuaient de défiler sur les moniteurs.

L’idée était venue lentement, comme une graine plantée dans l’ombre. Callestina avait passé des siècles à observer les immortels. Combien avaient fui ? Combien avaient renié leur propre essence ? Ils se terraient, refusaient le combat, prétendaient que la survie était suffisante. Mais elle savait. Elle avait survécu non pas en fuyant, mais en s’adaptant, en dominant, en écrasant ceux qui se mettaient en travers de son chemin. Pourtant, une absurdité persistait. Une légende transmise de génération en génération.

"Il ne peut en rester qu’un." Un concept vide, sans finalité. Une prophétie que personne n’avait jamais essayé d’accomplir jusqu’au bout.

Alors elle l’avait fait.

Elle avait créé le véritable Jeu, débarrassé de ses ambiguïtés, de ses faux-semblants. Ce n’était plus un simple mythe, mais une mécanique implacable. Un filtre impitoyable, une épreuve où seuls les plus adaptés pouvaient espérer voir le jour suivant.

Et dans le fond, elle avait toujours su que ce serait elle. Elle était prête à affronter n’importe lequel d’entre eux, à les éliminer un par un, à être celle qui découvrirait ce qui se trouvait après la dernière tête tombée. La fin du Jeu. La réponse. Mais elle avait commis une erreur. Elle avait sous-estimé ceux qu’elle pensait inférieurs.


Son regard se fixa sur l’écran central. Aélis parlait de Darius. Encore lui. Ce nom agissait comme une brûlure sur la peau de Callestina, réveillant des échos qu’elle aurait voulu croire étouffés par les millénaires. Elle se revit, une éternité plus tôt, éperdue d’amour pour le chef de guerre charismatique. Et elle revit son rejet, ce refus glacial qui avait agi comme un poison lent, distillant en elle une haine plus durable que n’importe quel serment. C’était grâce à ce mépris, grâce à ce vide laissé par Darius, qu’elle avait puisé la force de devenir cette prédatrice absolue. Il l’avait façonnée en la dédaignant.

Elle méprisait ce qu’il représentait : cette idée absurde qu’un loup puisse se transformer en agneau. Darius avait fui le Jeu, s’était caché derrière des psaumes et des lieux sacrés. Un homme qui aurait pu être son égal s’il avait eu le courage d’embrasser sa véritable nature. Il se pensait au-dessus du combat, prêchant une rémission impossible alors qu’il savait, au fond de lui, que ce monde ne permettait aucune paix. Et Marie était là, l’éternelle rivale, celle qui avait suivi cette utopie avec une dévotion de martyre. Elle l’avait vue s’accrocher à l’idée d’un lien plus fort que le Jeu, refusant de voir que leur essence même était le conflit.

Lorsqu’un siècle plus tôt, la liste d’Horton avait été rendue publique et que le nom d’Aélis y était apparu, Callestina avait d’abord cru à un simple alias. Mais en fouillant les archives et les secrets des Guetteurs, elle avait compris l’impossible : Aélis était une version plus jeune de Marie, une anomalie temporelle encore introuvable. La compréhension avait mûri lentement en elle, nourrie par la folie de Jehan. L’homme était hanté par la mort de sa famille, consumé par l’obsession de réécrire le passé. Callestina avait immédiatement vu en lui l'instrument parfait. Il pensait plier le temps à sa volonté, construire une machine à remonter le temps pour obtenir des réponses. Callestina avait alors patiemment entretenu sa folie. Elle lui avait soufflé que le seul moyen d’apaiser ses tourments était d’envoyer Aélis dans le passé, d’accomplir la boucle : elle devait brûler cette église, elle devait tuer les siens pour pouvoir, une fois revenue à leur époque, expliquer l'inexplicable.

Mais Callestina se moquait éperdument des réponses de Jehan. Ce qu’elle voulait, c’était le tourment de Marie. La renvoyer des siècles en arrière pour la forcer à revivre cette rencontre, ce lien perdu, n’était qu’une forme de torture raffinée. Elle voulait la voir lutter, la voir souffrir de nouveau en sachant que le futur lui avait déjà tout arraché. Personne ne défie le temps sans en payer le prix, et Marie paierait pour deux.

Aélis. Marie. Callestina ne l’avait jamais crue capable d’aller si loin. Une survivante par accident, une ombre s’agrippant à un espoir insensé. Mais voilà où elle en était : poussée à bout, contrainte d’accepter la règle qu’elle avait toujours cherché à contourner. Callestina savourait cette ironie. Marie avait tout fait pour éviter l’inévitable, s’était battue contre l’idée même du Jeu, et elle se retrouvait pourtant face au dilemme ultime.

Le tuer, ou mourir.

Et après ? Après, le dernier survivant devrait encore l’affronter, elle.

Elle ferma brièvement les yeux, savourant l’ironie. Il ne pouvait en rester qu’un. Mais ce ne serait pas Methos, et ce ne serait certainement pas Aélis. Elle avait conçu la troisième manche pour s’assurer que ce serait elle. Tout avait été calculé, réglé au millimètre. Les pièges. Les règles. Les conditions de la victoire. Ce n’était pas un pari. C’était une certitude. Qu’ils fassent leur choix.


Une impulsion la poussa à se lever. Elle voulait voir le regard de Marie une dernière fois. Elle voulait que sa rivale comprenne, avant de disparaître, que chaque souffle qu'elle avait pris dans cette arène lui avait été accordé par la grâce de Callestina. Elle voulait lui rappeler qui tenait les rênes, qui était le véritable maître du temps et de la mort.

Elle savait que les deux immortels attendraient la toute fin du compte à rebours avant de passer à l'acte. Ils avaient ce sens du mélodrame qui les perdrait. Elle récupéra son épée et se dirigea vers la sortie du bunker. La troisième manche était déjà prête, orchestrée en dehors de cette arène, dans un lieu qu'elle seule contrôlait. Ce serait un événement magistral, une conclusion que personne n'oublierait. Mais avant cela, elle avait une mise au point à faire.


*


Ils quittèrent le pierrier d’un pas lent, s’éloignant des roches pour regagner la lisière de la forêt où les ombres commençaient à s'allonger. Dans ce périmètre de sursis, ils semblaient avoir occulté, d'un commun accord, l'existence de l'As de Croix. Le troisième immortel, l'inconnu qui rôdait encore quelque part sous le dôme, n'était plus qu'une abstraction lointaine face à l'immensité de l'heure qui s'enfuyait.

Tout échappait encore une fois à Methos. Aélis avait pris sa décision, et il n’avait rien pu faire d’autre que l’accepter. Il ne pouvait pas lui en vouloir. Il aurait pu refuser, s’accrocher à l’idée folle d’une dernière échappatoire, mais il n’était pas homme à se mentir, surtout pas à cet instant. Ce qu’elle lui avait dit résonnait en lui avec une justesse cruelle.

Elle avait toujours eu quelqu’un. Darius, Soleman, lui. Et si elle restait, elle n’aurait plus rien. Il la connaissait mieux qu’elle ne le pensait. Il savait ce qui l’animait. Elle était forte, elle avait appris à survivre, mais Aélis n’avait jamais été une ombre solitaire. Elle avait toujours trouvé des points d’ancrage dans ce monde chaotique, quelque chose ou quelqu’un qui valait la peine d’être aimé, protégé, suivi. Sans eux, il ne lui restait plus rien.

Il baissa les yeux vers sa main, celle qui avait serré la sienne quelques instants plus tôt. Il crispa ses doigts, tentant de retenir l’écho de ce dernier contact, mais il ne sentait déjà plus que l’ombre de l’absence. C’était étrange. Lui qui avait fait de la survie une religion, lui qui s’était juré de ne jamais céder à la tentation du désespoir, il se retrouvait à envier sa résolution. Aélis allait partir. Elle aurait enfin la paix.

Et lui ? Il resta figé un moment, réalisant brutalement ce que cela signifiait. Si le scénario d'Aélis se réalisait, s'il parvenait ensuite à vaincre ce dernier adversaire invisible, alors il serait celui qui reste. Le survivant ultime. Celui qui sait durer mieux que quiconque. Son esprit, incapable de s'arrêter de calculer, projeta furtivement cette vision d'un futur où il serait le dernier, marchant à travers des siècles vides, portant le poids de tous ceux qui avaient disparu. Darius, Soleman, Flavius, Duncan, Aélis… L’éternité n’était pas un privilège, c’était une prison où le temps finissait toujours par tout lui arracher. Il s'était cru différent, capable de traverser les époques sans s'attacher, mais les pertes s'étaient accumulées, formant un sédiment de douleur qu'il ne pouvait plus ignorer. Il comprenait enfin la lassitude de ceux qui avaient abandonné avant lui. Mais pour atteindre ce néant solitaire, il lui faudrait encore une fois sortir l'acier.

Ils s'arrêtèrent aux abords de la forêt, là où les arbres offraient un dernier rempart d'intimité. Aélis se tourna vers lui, le regard brûlant d'une intensité nouvelle.

— Promets-moi que tu ne vas pas simplement survivre, Methos.

Ses doigts se serrèrent autour des siens, cherchant un engagement que le temps ne pourrait effacer.

— Promets-moi que tu ne feras pas que traverser les siècles sans jamais rien attendre d’eux. Que tu vivras. Que tu trouveras un sens à tout ça.

Il sentit son souffle se bloquer. Il aurait voulu lui mentir, lui dire que ce serait facile, qu’il y arriverait sans mal. Mais elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Alors, il lui offrit la seule vérité qu’il pouvait encore formuler.

— Je promets d’essayer.


Le compte à rebours affichait encore trente minutes, trente minutes de sursis avant l'inévitable. Mais ce silence de fin du monde fut soudainement déchiré par une voix. Une voix claire, impérieuse, qu'Aélis reconnut immédiatement. Callestina se tenait à bonne distance, assez loin pour ne pas affoler les capteurs de leurs colliers, mais sa présence occupait tout l'espace. Aélis fixa le collier blanc au cou de l'arrivante. Tout devenait limpide. Le troisième et dernier joueur, celui qui les avait traqués sans jamais se montrer, était là.

L’immortelle balaya du regard le duo qui lui faisait face. Elle laissa un silence s’installer avant de briser l’intimité de leurs adieux d'une voix saturée de dédain.

— J’imaginais le plus vieux d’entre nous plus flamboyant pour son dernier acte, pas terré dans un pierrier comme un rat attendant que l’orage passe…

Elle tourna ensuite son attention vers Aélis, et un sourire cruel étira ses lèvres.

— Et toi, Marie, je vois que les siècles n’ont rien changé. Tu penses que donner ta tête est un acte de courage ? Ce n’est que la fuite d’une âme qui n’a jamais su porter le poids de sa propre éternité.

Callestina fit quelques pas de côté, encerclant invisiblement leur espace. Elle semblait savourer chaque seconde de leur stupéfaction. Pour Aélis, tout devint soudainement d'une clarté aveuglante. Les fils invisibles qui l'avaient tirée à travers le temps, les manipulations de Jehan, l'arène... tout convergeait vers cette femme.

— Tu as toujours eu ce don pour tout empoisonner, Marie, reprit Callestina, son ton chargé d'une rancœur que le temps n'avait fait que polir. Tout cela... c’est mon cadeau pour toi. Et pour Darius. Surtout pour lui. Il se pensait si pur, si au-dessus de nous. S'il est mort en saint, c'est parce qu'il était trop lâche pour être un roi. Et toi, tu es le dernier vestige de son échec.

— Tu parles de lui avec tant d'amertume, Callestina, murmura Aélis. Après tant de siècles, tu es toujours cette femme éconduite qui brûle le monde parce qu'on ne l'a pas regardée.

L'éclair de rage qui traversa les yeux de Callestina fut bref, mais révélateur. Elle reprit bien vite son masque d'impassibilité.

— Crois ce que tu veux. Mais avant de vous laisser à vos embrassades funèbres, réfléchissez bien. Ce que vous avez décidé ici... ce sacrifice... est-ce vraiment la meilleure stratégie ? Une ultime épreuve attend les deux survivants de cette manche. Lequel de vous deux est vraiment capable de me tenir tête ? Toi, Methos, le fuyard professionnel ? Ou toi, Marie, qui as encore le sang de Thalia sur les mains par ta propre impuissance ?

Elle marqua une pause, laissant le nom flotter entre elles comme un reproche.

— Choisissez bien qui prendra le Quickening de l'autre. Car le vainqueur n'aura pas le temps de pleurer. Je l'attendrai de l'autre côté, et je ne serai pas aussi indulgente que le hasard.

Sur ces mots, elle leur tourna le dos avec une indifférence glaciale.


Callestina s’éloignait avec la certitude de ceux qui ont déjà gagné, convaincue que son venin ferait le reste du travail. Son arrogance était son armure, mais elle était aussi sa seule véritable faille. En venant ici pour savourer son triomphe, en s'exposant pour le simple plaisir de voir Marie se briser, elle venait de commettre l'erreur que son intelligence aurait dû lui interdire : elle avait oublié que même une proie acculée peut encore mordre.

Aélis fixait la silhouette qui s'éloignait, et une pensée commença à germer, sauvage et brûlante. Callestina venait de parler d'une ultime épreuve, d'une suite hors de cette réserve, d'un monde qu'elle seule contrôlait. Elle était l'architecte, le grand démiurge de ce cauchemar.

Et si l'architecte tombait ?

Une lueur d'espoir traversa son esprit. Si Callestina mourait ici, maintenant, avant que le compte à rebours n'atteigne son terme, que deviendrait le Jeu ? Sans personne pour actionner les leviers de la troisième manche, sans personne pour exiger un vainqueur final, peut-être que la logique du sacrifice n'avait plus lieu d'être. Si elle restait seule face à Methos, débarrassés de leur bourreau, ils auraient peut-être, pour la première fois, une chance de s'en sortir tous les deux. Elle ne savait pas ce qui les attendait dehors, ni si la mort de Callestina libérerait les verrous électroniques du dôme. Mais elle savait une chose : elle ne laisserait pas cette femme sortir de cette réserve avec le sentiment d'avoir tout orchestré jusqu'au bout. Le doute que Callestina avait voulu semer entre elle et Methos s'était transformé en une résolution glacée. Elle n'était plus Marie l'utopiste, ni Aélis la fugitive. Elle était une immortelle qui n'avait plus rien à perdre, sinon la dernière personne qu'elle aimait.

Sur une impulsion soudaine, elle empoigna la garde de son épée et se rua vers Callestina.

— Non ! Aélis !

Le cri de Methos déchira l’air, mais il était déjà trop tard. Dans sa course effrénée, Aélis venait de franchir la limite invisible du périmètre de sécurité. Sous le dôme, un compte à rebours s’afficha sous la carte de l’As de Croix : le collier de Callestina venait de s'activer, liant irrévocablement son destin à celui de son assaillante.

L’immortelle se retourna, le visage figé par la stupéfaction. Elle n'eut que le temps de dégainer son épée dans un geste réflexe pour parer le premier assaut d’Aélis. Le choc du métal contre le métal résonna avec une violence sourde, envoyant des étincelles dans l'obscurité naissante de la forêt. Le combat qui s'ensuivit fut d'une férocité absolue. C’était le duel de deux tacticiennes ayant traversé les âges. Deux femmes qui avaient survécu aux siècles, terrassant des hommes dont la force physique brute aurait dû les écraser, compensant la puissance par la vivacité et la précision.

Methos, immobile à la lisière de la forêt, observait la scène, les traits distordus par l'effroi. Il ne pouvait que regarder, les poings serrés, priant pour que la fluidité d'Aélis prenne le dessus sur la froideur mécanique de Callestina.

Les blessures commencèrent à marquer les corps. Aélis parvint à entailler la cuisse de Callestina, qui répliqua par une estocade ouvrant l'épaule de son ennemie. Aucune ne flancha. Elles tournaient l'une autour de l'autre, deux prédatrices déchaînées, ignorant la douleur pour ne se concentrer que sur la faille fatale.

Mais l'arrogance de Callestina se mua bientôt en une concentration léthale. Profitant d'une seconde de fatigue de son adversaire elle esquiva un revers et abattit sa lame sur l'avant-bras de l'immortelle. Le coup fut profond, tranchant les muscles et les tendons. Le sang se mit à couler abondamment, poissant la garde de l'épée d'Aélis qui manqua de lui échapper. La douleur irradia, paralysant ses doigts, et sa garde s'affaissa. Callestina ne lui laissa aucune chance. D'un mouvement fluide et impitoyable, elle plongea sa lame droit dans le ventre de sa rivale.

Le temps sembla se suspendre. Aélis laissa échapper un souffle court, ses yeux s'agrandissant alors qu'elle sentait le froid de l'acier déchirer ses entrailles. Elle savait, à la seconde même, que le combat était terminé. Elle avait perdu. Methos laissa échapper un cri étouffé, le monde s'écroulant autour de lui.

Callestina se rapprocha, son visage tout près de celui d'Aélis, ses yeux brillant d'une lueur de triomphe maléfique. Elle savoura l'instant, ignorant le sang qui souillait ses propres vêtements.

— Regarde-toi, Marie, siffla-t-elle avec un mépris souverain. Tu n’as jamais été de taille face à moi. Pas hier, pas aujourd'hui. Tu pensais vraiment pouvoir venger Thalia ? Tu n’es qu’une ombre, et les ombres finissent toujours par disparaître.

D'un geste sec, elle retira sa lame et, profitant de la faiblesse de sa victime qui s'écroulait à genoux, elle fit tournoyer son épée une dernière fois au-dessus de sa tête.


Cette fois, Aélis savait que c’était la fin. Elle sentait la vie s'échapper par la blessure de ses entrailles, mais son esprit restait d'une clarté brutale. Les images de ses siècles d'existence défilèrent. Elle repensa à tous ceux qu'elle avait aimés, ses amis, ses amants, et tous les autres qui n'avaient fait que croiser sa route, pour un instant ou au fil des siècles.

Elle ressentit un pincement au cœur en pensant à Methos. Elle l’abandonnait. Il allait rester seul avec tout ce poids. Qu'allait-il devenir ? Parviendrait-il à vaincre Callestina ?

Les visages de Soleman, Thalia et Aram surgirent, mais ce fut celui de Darius qui s'imposa. Darius, l'homme qu'elle avait aimé pendant deux millénaires malgré les épreuves, les doutes et les silences.

Elle ne regrettait rien. Ni ses erreurs, ni ses victoires. Dans cette lucidité finale que seule la mort autorise, elle n'avait plus besoin de se mentir. Si c'était à refaire, elle choisirait de revivre chaque seconde de son voyage, d'endurer à nouveau chaque cicatrice que la route lui avait imposées. Elle avait choisi de remonter le temps pour une seule raison : lui. Tout ce chaos, ce sang versé et ce jeu monstrueux ne pesaient rien face à l'égoïsme sacré d'avoir retrouvé l'homme qu'elle aimait. Elle aurait traversé mille enfers, encore et encore, pour un seul instant de plus à ses côtés.

Elle se demanda s'il l'attendait quelque part, si elle allait enfin le retrouver. Une ultime pensée, presque absurde, l'effleura : existait-il, ailleurs, dans une autre boucle, un futur où il aurait survécu à Horton ?

Le tumulte de la bataille semblait s'effacer, laissant place à une étrange sérénité. Le monde était devenu fou, et elle ne serait plus là pour voir la suite.

Elle leva les yeux vers sa rivale pour regarder la mort en face.


La lame de Callestina décrivit un arc parfait, une ligne d'argent glacée qui trancha l'air et la chair dans un même sifflement. La tête d'Aélis se détacha de ses épaules et roula sur le sol terreux, ses yeux fixant une dernière fois le ciel artificiel du dôme.

Methos resta figé une seconde, le monde s'arrêtant de tourner autour de lui. Puis, dans un sursaut de rage pure qui balaya son instinct de conservation, il s'élança. Il ne cherchait plus à comprendre, il ne cherchait plus à fuir. Il voulait briser ce triomphe, décapiter Callestina dès que les premières décharges du Quickening ne commencent à la foudroyer. Il savait qu'elle serait vulnérable, affaiblie par l'absorption de cette énergie monumentale. C'était sa seule chance.

Mais avant même les premières manifestations énergétiques, Callestina leva une main, un rire rauque et saccadé s'échappant de sa gorge.

— Arrête-toi, Methos ! hurla-t-elle, les yeux brillants d'une démence lucide.

Il n'écouta pas, continuant d’avancer avec assurance.

— Ne sois pas stupide, reprit Callestina. Si tu fais un pas de plus, c’est toi qui perdras la tienne avant même d'avoir effleuré ma peau. Tu penses vraiment que j'aurais laissé mon chef-d'œuvre inachevé ? La troisième manche doit avoir lieu. C'est la règle.

Alors qu'il allait franchir la distance qui les séparait, une lueur écarlate balaya le sol à ses pieds avant de remonter brusquement sur lui. Il sentit une chaleur infime, presque imperceptible, se fixer sur sa peau, juste au-dessus de son collier. Il s'immobilisa net, le souffle coupé. Ce n'était pas un simple voyant, c'était la caresse de la mort. Il reconnut immédiatement la signature thermique du laser, la même arme qui avait fait pleuvoir la mort lors de la première manche dans l'arène.

Methos serra les dents à s'en briser la mâchoire, l'épée tremblant dans sa main. Il était là, à quelques mètres, condamné au rôle de spectateur impuissant alors que le ciel commençait à se déchirer. Les premiers éclairs jaillirent du corps d'Aélis, des filaments d'un bleu électrique qui s'enroulèrent autour de Callestina. Elle ouvrit les bras, accueillant la décharge avec une jouissance terrifiante, son corps secoué par des spasmes alors que l'essence de sa rivale se déversait en elle. Le Quickening fut d'une violence inouïe. Les arbres aux alentours semblèrent gémir sous la pression de l'énergie, et le sol vibra sous les pieds de Methos, qui dut détourner les yeux devant l'éclat aveuglant de cette agonie spirituelle. Callestina absorbait tout : sa force, ses compétences, et cette part de Darius qu'Aélis avait emportée avec elle.

Quand le dernier éclair s'évanouit dans le silence de la forêt, le blanc clinique revint sur leurs deux colliers, uniforme et neutre. Au-dessus d'eux, le compte à rebours avait disparu. Il ne restait plus que deux cartes dans le Jeu.


*


Surplombant la vaste étendue de la réserve, l’un des miradors principaux se dressait comme une sentinelle de verre et d’acier. C’était ici que battait le cœur technologique du Jeu, là où des techniciens et des agents de sécurité surveillaient chaque battement de cœur, chaque mouvement des immortels restants. Sur l’un des écrans principaux, le point rouge du laser restait désespérément fixe sur le cou de Methos, prêt à transformer son immortalité en un souvenir sanglant. Pour ce personnel employé pour veiller au bon déroulement des épreuves et à la stricte application des règles, le spectacle était une routine macabre, une série de protocoles à valider.

Dans une petite salle adjacente, un groupe de cinq personnes venait de mettre fin à une discussion à voix basse. Un consensus semblait avoir été atteint, une décision lourde de conséquences qui se lisait sur leurs visages fermés. Sans un mot, ils se levèrent d’un même mouvement, une coordination silencieuse qui trahissait une préparation minutieuse.

Ils franchirent le sas menant à la salle de contrôle principale. À la main, ils tenaient des impulsions électromagnétiques de poing, des armes au design épuré et compact, typiques de cet arsenal du XXIIe siècle capable de neutraliser aussi bien les circuits électroniques que les cibles organiques. Les techniciens ne levèrent pas immédiatement la tête, trop absorbés par la scène se déroulant sur les écrans devant eux.


*


Callestina restait agenouillée dans la terre souillée de sang, les mains crispées sur la garde de son épée. Sa poitrine se soulevait puissamment, aspirant l'air frais tandis que l'essence d'Aélis achevait de se fondre dans ses propres veines. C'était une ivresse absolue, une fureur de vivre qui balayait la douleur de ses propres blessures. Elle savourait déjà l'illusion de cette troisième manche qu'elle avait si minutieusement préparée, s'imaginant déjà briser Methos dans un dernier acte d'anthologie. Dans son esprit arrogant, le Jeu n'était pas fini ; il ne faisait qu'atteindre son apogée.

À quelques mètres de là, le plus vieux des immortels n'avait pas bougé. Le point rouge du laser visait toujours implacablement le centre de son cou, le gardant en respect. Il fixait Callestina avec une haine glacée, le corps tendu par le deuil et l'impuissance. Mais soudain, un mouvement infime attira son attention.

Un autre point rouge venait d'apparaître sur la gorge de Callestina, juste au-dessus du bord métallique de son collier blanc. Methos ne cilla pas. Il ne prononça pas un mot, ne fit pas un geste pour l'avertir. Au contraire, une transformation subtile s'opéra sur son visage. La tension désespérée de ses traits se relâcha, remplacée par une expression d'une froideur effrayante. Un sourire, léger, presque imperceptible, mais d'une cruauté absolue, s'afficha sur ses lèvres. C'était le sourire du survivant qui voit la roue tourner.

Callestina releva lentement la tête vers lui, s'apprêtant à lui lancer une dernière pique mesquine, une humiliation finale avant de l'emmener vers l'épreuve suivante. Mais elle n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche. Le regard que Methos lui lançait n'était plus le regard d'une proie acculée, mais celui d'un spectateur attendant le dénouement d'une tragédie grecque. Et il souriait.

Le doute s'immisça en elle, une fraction de seconde avant la compréhension. L'expression de triomphe sur son visage se mua en une grimace de pure terreur, mais elle n'eut pas le temps de prononcer un son. Dans un sifflement aigu, le rayon laser se transforma en une impulsion d'énergie pure. La tête de Callestina fut séparée de son buste d’un coup net. Son corps tomba au sol, rejoignant celui d'Aélis dans la poussière.

Le silence ne dura qu'une seconde.

Puis, le ciel de la réserve implosa. Ce n'était plus seulement le départ d'une âme, c'était l'effondrement d'un barrage retenant des millénaires de puissance accumulée. Methos, libéré de la menace qui venait de s'éteindre, ouvrit les bras. Il n'y avait plus de règles, plus de Jeu. Il ne restait plus qu'un seul survivant pour recueillir la tempête.

Un Quickening d'une magnitude colossale jaillit du corps sans vie de Callestina, une déflagration d'énergie pure qui fit voler en éclats les derniers vestiges de l'illusion technologique du dôme. L'onde de choc le frappa de plein fouet, soulevant son corps de terre. Ce n'était pas une simple absorption, c'était une invasion. Il devint le réceptacle de la somme de presque tous les immortels tombés dans cette arène, une concentration de force vitale si dense qu'elle menaçait de consumer ses propres veines. La foudre tombait du ciel, émanait de la terre, du sang versé, des corps au sol, pour converger vers lui dans un hurlement de lumière blanche.

À l'intérieur de son esprit, le chaos se déchaîna. Ce n'étaient pas des souvenirs qui l'assaillaient mais une marée brute de connaissances instinctives et d'émotions dévastatrices. Il ressentit la terreur des vaincus, l'extase des prédateurs, la fatigue des siècles et une soif de survie démultipliée par des milliers d'existences condensées. La puissance était telle qu'il crut un instant se désintégrer, devenir un avec l'orage. Il percevait désormais chaque vibration de l'air, chaque flux d'énergie circulant sous la terre, comme si ses sens s'étaient étendus aux limites du monde. C'était une apothéose douloureuse, une ascension forcée vers un sommet de puissance qu'aucun immortel n'avait jamais gravi avec une telle soudaineté.

Quand la lumière finit par s'éteindre, laissant la forêt dans une obscurité soudaine et un silence de mort, Methos retomba lourdement sur ses genoux. La réserve n'était plus qu'un champ de ruines fumantes. Il était seul, mais il portait en lui le poids d'un monde disparu, une force sourde et vibrante qui grondait désormais sous sa peau, changeant à jamais la nature de son éternité.


*


Methos était à genoux, le souffle court, ses doigts s'enfonçant dans l'humus encore vibrant de l'énergie qu'il venait d'absorber. Son corps entier semblait une corde trop tendue, vibrant d'une puissance brute qui menaçait de le briser de l'intérieur. Il n’eut pas le temps de comprendre, pas le temps d'analyser ce revirement du destin, quand une voix amplifiée par les haut-parleurs de la réserve, déchira le silence.

— Nous vous présentons nos excuses, commença l'inconnu d'une voix sourde. Nous aurions voulu intervenir plus tôt...

Un grésillement parcourut la ligne, comme si l'orateur cherchait ses mots face au carnage.

— Au début, certains d'entre nous ont cru, avec naïveté, qu'il ne s'agissait que d'un spectacle. Une expérience sociologique pour tester les limites de votre espèce, un moyen de vous voir vous entre-détruire dans un bocal sans que cela n'ait de réelles conséquences pour le reste de l'humanité. Mais nous nous trompions. Lorsque les premières images des massacres ont envahi nos écrans, lorsque nous avons vu des êtres millénaires se traquer et se décapiter avec cette sauvagerie, la vérité nous a frappés de plein fouet. La personne qui avait orchestré cette horreur n'avait aucune pitié, aucune limite. Des bruits de couloirs circulaient... on disait que l'instigateur du Jeu s'était glissé parmi les participants pour savourer le carnage de l'intérieur. Mais nous n'avions aucune preuve de son identité. Pas avant cette manche.

Methos leva les yeux vers les caméras des drones qui planaient toujours au-dessus de lui.

— Nous avons vu Callestina rejoindre son bunker dès le début de la seconde manche. Elle s'était mise à l'abri, intouchable, attendant que les autres fassent le travail pour elle. Son excès de confiance a été sa perte. Lorsqu'elle est sortie de son trou pour venir vous narguer, nous avons eu la confirmation qu'il s'agissait bien d'elle. Elle était le cerveau derrière ce monstre.

La voix flancha imperceptiblement, teintée d'un regret sincère.

— Le temps de nous réunir, de neutraliser les fidèles de Callestina et de prendre possession de la salle de contrôle... le mal était déjà fait. Mais une chose était certaine : nous ne pouvions pas permettre qu'un immortel capable de concevoir une telle monstruosité puisse sortir vainqueur. Nous ne voulions pas que Callestina soit la dernière.


Le silence retomba sur la réserve, plus lourd qu'avant. Il n’y avait plus d’hologrammes, plus de spectateurs invisibles, plus de règles imposées. Juste lui, debout, vivant. Encore une fois.

Il serra les poings. Il aurait voulu ressentir autre chose. De la colère, du soulagement, peut-être même un semblant de triomphe. Mais il n’y avait rien de tout cela. Juste un vide profond, un constat implacable : il était le dernier.

Et pourtant… quelque chose avait changé.

C’était subtil. Silencieux. Comme un voile qui se serait levé. Un fil tendu à travers les siècles, que ses sens captaient enfin. Il ne voyait pas davantage, mais il comprenait plus. L’histoire, les luttes, les choix — tout prenait sens avec une clarté nouvelle. Il percevait la logique de ce monde fracturé, les motifs enfouis sous les chaos successifs. Il ne détenait pas les réponses, mais il pouvait désormais poser les bonnes questions.

Il fixa un instant le ciel nocturne, ses pensées flottant entre le passé et l’avenir. Il ne croyait pas aux prophéties, aux destins tracés d’avance.

"Il ne peut en rester qu’un."

Une phrase qui avait traversé les siècles, répétée comme une fatalité. Mais la vérité, c’est qu’il n’avait jamais voulu être cet unique survivant.

Un goût amer lui monta à la gorge. Aélis était partie. Et lui ? Il était seul. Le dernier immortel debout. Tout était terminé.

Mais que faisait-on, après la fin ?

L’immortalité lui avait appris à ne jamais trop s’attacher, à ne jamais trop croire. Et pourtant, malgré lui, il avait espéré. Une échappatoire. Une autre issue. Mais elle avait choisi. Il se passa une main sur le visage, fatigué, usé par des millénaires de pertes accumulées. Aélis n’était qu’un nom de plus dans une longue liste de ceux qui avaient traversé son existence avant de disparaître. Mais elle avait compté. Plus qu’il ne voulait l’admettre. Et dans ce silence, une pensée lancinante l'envahit, le souvenir de cette lueur dans son regard lorsqu'elle cherchait encore une raison de croire en l'avenir. Elle n'avait jamais cessé d'interroger la noirceur du monde, cherchant à savoir s'il restait une étincelle de bonté à préserver.

Pouvait-on vraiment sauver cette humanité ?

Il aurait voulu se répondre que non. Qu’il n’y avait rien à sauver. Que ce monde, que ces hommes qui avaient observé ce massacre avec une curiosité morbide, n’en valaient peut-être pas la peine. Mais les paroles de l'inconnu résonnaient encore dans l'air. Ils avaient fait un choix. Ils avaient renversé Callestina, refusé son règne de terreur. Contre toute attente, l'humanité avait fini par briser ses propres chaînes. Il y avait encore une infime possibilité que ce cycle d'horreur ne soit pas éternel, et c'était vers ces hommes-là qu'il devait désormais se tourner.

Et maintenant, il savait. Il comprenait pourquoi tant avaient échoué, pourquoi certains s’étaient tus, pourquoi d’autres s’étaient relevés. Il portait en lui des siècles d’expérience, une vision du monde façonnée par des centaines, des milliers de vies.

Il n’était plus seulement Methos. Il était la mémoire de ceux qui l’avaient précédé, le témoin de l’humanité immortelle, et désormais, le seul capable de choisir ce qu’il en resterait.

Alors il allait voir.

Il n’avait pas de plan. Il ne savait même pas par où commencer. Mais il savait une chose : il ne se laisserait pas consumer par ce qu’il avait perdu.

Il vivrait.

Parce que c’est ce qu’il avait toujours fait.

Parce que c’est ce qu’elle aurait voulu.

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